Racisme ordinaire
Par Antoine B. le mercredi 20 juillet 2005, 13:56 - Lien permanent
Tout le monde proteste contre la possible OPA de Pepsico sur Danone. Mais personne ne dit en quoi un tel rachat poserait un problème. Parce que les acheteurs sont américains ? L’évidence de l’association entre « multinationale américaine » et « mal » est devenue telle qu’il n’est même plus besoin de justifier un tel rejet. L’américanophobie est un argument naturel, instinctif, qui se substitue avantageusement à un discours argumenté.
PS : à suivre, aujourd'hui à 16h, un chat avec Elie Cohen sur le sujet

Commentaires
La droite (tout sauf liberale en France) n'est pas de reste ...
Vu les methodes de gestion de Danone (Lu, ca ne vous rappelle rien ?), je vois mal ce que Pepsi pourrait faire de " pire", donc tout argument du genre "oui mais les ricains sont des managers sans coeur, Danone protege si bien le modele social francais" me semble a priori ridicule.
Evidemment, peut-etre que l'eau minerale, le yaourt et les biscuits sont strategiques pour l'economie francaise, voir pour la nation francaise, et que c'est pour ca qu'il faut empecher la fusion ...
Il parait que Nestle pourrait etre le " cavalier blanc". Faudrait qu'on m'explique en quoi c'est mieux.
(et aussi ce choix de vocabulaire, car apres tout, le cavalier blanc et le cavalier noir, ils ont la meme chose en tete quand ils poursuivent la princesse ... )
LSR
M'enfin, c'est pourtant simple: groupe de haute technologie dont le developpement est une nécessité stratégique pour notre pays et qui est au coeur de notre défense nationale!
Ah, la belle politique industrielle que voila!!
Et concernant l'offre d'achat de Unocal par Cnooc? Racistes aussi les ricains ou lucides?
Je ne comprends même pas pourquoi on demande l'avis des hommes politiques dans une affaire de ce type. Un vieux reflexe des journalistes sans doute !
Gerard Augustin Normand remarquait ce midi qu'il était assez cocasse de constater que lorsqu'une entreprise Américaine venait faire ses emplettes en France tout le criait au loup alors que lorsque EDF ou la RATP se developpent en Italie ou en UK personne ne trouve rien à redire.
Nicolas: "alors que lorsque EDF ou la RATP se developpent en Italie ou en UK personne ne trouve rien à redire."
... en France bien sûr. Par contre en Italie ou en UK ça ralait un peu sur les français (qui pourtant avaient obtenu après négociations au sommets européens, donc avec l'Italie et la GB, une "rallonge" du délai avant de devoir eux aussi privatiser EDF).
A propos de Nestlé en chevalier blanc :
"Reste qu'une telle mobilisation pourrait avoir des effets paradoxalement plus dévastateurs à terme pour Danone. Si Nestlé se présentait en "chevalier blanc" et achetait Danone, Bruxelles, au nom du respect de la concurrence, l'obligerait à céder des pans entiers d'activité, notamment dans les eaux minérales, où la domination du groupe suisse serait excessive. Or, les repreneurs industriels pour ces activités ne sont pas très nombreux sur la planète, les plus crédibles étant Coca-Cola ou... PepsiCo."
www.lemonde.fr/web/articl...
L'amusant c'est que, en faisant l'hypothèse qu'un tiers des actionnaires individuels de Danone soient étrangers, 47 % du capital de l'entreprise se trouvent déjà aux mains de l'ennemi.
Le comique c'est que plus la rumeur enfle, puis l'action monte. Plus elle monte, plus elle rend l'opération onéreuse, donc moins celle-ci a de chances d'avoir lieu. En somme, plus on croit à l'OPA, moins elle est probable. C'est bien foutu, le capitalisme.
Le rigolo, c'est que les producteurs laitiers s'inquiètent de leur avenir, si PepsiCo gagne. Produire des yaourts au Mexique et les vendre en France, ça doit être très rentable comme activité. Mais après tout, on cultive bien des betteraves sucrières en Finlande...
Denys: "Le comique c'est que plus la rumeur enfle, puis l'action monte. Plus elle monte, plus elle rend l'opération onéreuse, donc moins celle-ci a de chances d'avoir lieu. En somme, plus on croit à l'OPA, moins elle est probable."
Exact. Celui qui a éventé l'information (ou la rumeur, mais il semblerait qu'elle soit fondée) devait l'avoir prévu.
Denys: Pas si simple. La hausse des prix ne fait qu'anticiper la prime que Pepsi payera pour les actions Danone. Elle ne rend l'OPA pas moins probable, ni plus onereuse pour Pespi.
LSR
"Evidemment, peut-etre que l'eau minerale, le yaourt et les biscuits sont strategiques pour l'economie francaise, voir pour la nation francaise, et que c'est pour ca qu'il faut empecher la fusion ..."
Voilà un bon programme pour le P.S. 2007 : la nationalisation des yaourts et de l'eau (dégueulasse) en bouteille.
Plus sérieusement, Hollande est réaliste, il signale que l'Etat doit juste froncer les sourcils ("dissuasion", "ne verrait pas d'un bon œil") et propose des actions qui ne seraient pas conduites depuis Matignon.
Apparemment ce n'est pas l'avis de tout le monde :
"l'Etat n'a pas renoncé et ne renoncera pas à utiliser tous les moyens puissants dont il dispose pour protéger les intérêts économiques et sociaux de la France"
Besancenot ? CGT ? FO ? PCF ? Nicolas mange vraiment à tous les râteliers... C'est bizarre, dans les surveys "Les valeurs des Français", je ne vois ni Danone ni le patrimoine industriel français en général. En quoi Danone est-il un intérêt français ?
Copé est rigolo : "Pour l'instant, il s'agit de rumeurs et rien de plus". Il avait adopté la même stratégie au début de sa gaymardisation.
Elessar: "La hausse des prix ne fait qu'anticiper la prime que Pepsi payera pour les actions Danone."
Imaginons que le cours était à 10 et que Pepsi a prévu d'offrir 15 par action. Imaginons qu'il n'y ait pas eu de rumeur, le cours restant à 10, Pepsi peut faire une offre à 15. Facile.
Si maintenant la rumeur fait monter le cours à 14, les spéculateurs anticipant une offre à 15, il ne reste plus qu'une marge de 1 pour convaincre les actionnaires de céder leurs parts et Pepsi devra offrir 19 pour avoir la même force de conviction qu'au départ auprès des actionnaires. Donc, même en admettant que l'anticipation est inférieure au prix que Pepsi était prêt à payer, cela renchérit ou difficulte l'OPA.
(Si l'anticipation surestime l'offre possible de Pepsi, il n'y aura tout simplement pas OPA.)
Vulgos: La prime est ajoute au prix "fondamental" de l'action, cad avant les rumeurs d'OPA. Avant les rumeurs, il faut convaincre ceux qui detiennent Danone parce qu'ils croient en cette action. D'ou la prime. Apres les rumeurs, les detenteurs ont change: ce sont maintenant des speculateurs, qui anticipent pouvoir revendre a 15 au moment de l'OPA. Pas de prime necessaire pour les convaincre de vendre, c'est de toute facon ce qu'ils comptent faire. Donc Pepsi offre toujours 15, meme si le prix est a 14,9.
S'il reste a ce prix encore quelques detenteurs d'origine (i.e. qui possedaient deja l'action quand elle etait a 10), soit ils voudront vendre a 15, soit non. Mais si c'est non, c'est du au fait que la prime initiale de Pepsi est trop basse, pas a la montee des cours due aux rumeurs. Ils n'auraient jamais vendu a 15.
LSR
Message pour Antoine Belgodere: je t'ai envoye un message par le lien sur le blog. Tu l'as recu ?
LSR
news.tf1.fr/news/economie...
tiens, tiens :
"Gérard Augustin-Normand * : Je pense que la rumeur a été savamment organisée par Danone et les pouvoirs publics français afin de rendre une OPA plus difficile et de constituer un socle d’actionnaires institutionnels français solide autour de Danone."
Elessar: oui, vous avez raison. Reste le cas où l'anticipation dépasse le prix que Pepsi était prêt à mettre.
Vulgos: En cas de depassement (mettons le prix a 16), Pepsi n'a qu'a attendre. Ou, plus provocateur, offrir ... 15 !
Les speculateurs, qui ne voulaient pas de Danone quand elle valait 10, auront le choix de vendre a 15 (le prix passera immediatement de 16 a 15 en cas d'OPA), ou de ne pas vendre et de se retrouver avec des actions Danone sur les bras qui redescendront (apres echec de l'OPA) a nouveau a leur niveau fondamental de 10. A eux de voir ...
LSR
Gérard Augustin-Normand a sans doute d'autant moins tort que, chez les Riboud, on sait ce qu'OPA veut dire.
Quant à la spéculation sur le comportement des spéculateurs, elle me semble hautement spéculative, d'autant que je me suis laissé dire qu'une pilule empoisonnée, pour reprendre l'expression consacrée, restreignait fortement les droits de vote d'un acquéreur qui ne réussirait pas à obtenir les deux tiers du capital. A mon avis, pour Pepsi, sur ce coup, c'est trop tard. On parie ?
LSR : pas reçu. Je t'ai envoyé un mail pour te donner mon adresse. Tu peux réessayer ?
"Mais personne ne dit en quoi un tel rachat poserait un problème. Parce que les acheteurs sont américains ?"
Depuis hier, je m'interroge un peu. Je te rejoins pour considérer que c'est encore le "retraité californien" qui est en ligne de mire subliminale, vu les discours.
D'un autre côté, la question est de savoir surtout si Pepsi Co est un acheteur "sérieux". On cite ces jours-ci l'exemple d'Alcan avec Pechiney. Fermetures de sites et délocalisation des centres de décision et de recherche. Sur ce cas, la question que je me pose (et à laquelle je n'ai pas de réponse), c'est de savoir si ces restructurations sont le fruit d'un calcul économique ou d'un arrangement ordinairement raciste poure reprendre tes termes. Si c'est ce genre d'arguments qui vaut, il est clair que c'est ennuyeux.
Bref, je questionne la notion d'intérêt national servie ces jours-ci. Si une entreprise est rachetée par un acteur rationnel et que le territoire français offre des avantages, il n'y a pas de raison que les intérêts nationaux en souffrent. Il est exact cependant que la culture d'entreprise nationale ou les liens politico-financiers rendent le plus souvent le territoire abritant le siège social plus intéressant.
En somme, je ne sais pas trop ce qui est bon dans cette histoire pour Danone et la France.
Arrêtons de dire n'importe quoi. Il ne s'agit pas d'associer mal et américain mais plutôt d'associer rachat et opa sauvage à perte d'emploi sur le territoire national ! Si tu regarde les communiqués de presse plutôt que le traitement réservé pas les journalistes tu verras que cela n'a rien à voir avec de l'anti-américanisme primaire pour un grand nombre de prises de position.
La proposition du député de la Haute-Vienne Alain Marsaud de créer des fonds de pension en France répond à cette exigence de garder nos entreprises (le capital ne serait pas aussi éparpillé) sous contrôl français pour que notre savoir faire et nos productions profitent à nos investisseurs (retraités et autres).
Loulou : « M'enfin, c'est pourtant simple: groupe de haute technologie dont le developpement est une nécessité stratégique pour notre pays et qui est au coeur de notre défense nationale! »
Ne sous-estime pas le rôle des biscuit pour regonfler le moral des troupes en cas de guerre :-)
SM : « Sur ce cas, la question que je me pose (et à laquelle je n'ai pas de réponse), c'est de savoir si ces restructurations sont le fruit d'un calcul économique ou d'un arrangement ordinairement raciste pour reprendre tes termes »
J’ai bien du mal à faire confiance en Chirac pour déterminer s’il s’agit d’un calcul rationnel.
« En somme, je ne sais pas trop ce qui est bon dans cette histoire pour Danone et la France. »
(un peu de provoc’) : moi non plus… et je m’en fous ! Ce que je sais, c’est que les décisions concernant Danone n’auront aucun impact sur l’économie française. Tu as une estimation de l’impact macroéconomique du plan social de Pechiney ?
Balsamo : « (le capital ne serait pas aussi éparpillé) »
Et ça pose un problème qu’il le soit ?
« pour que notre savoir faire et nos productions profitent à nos investisseurs »
Pour ça, il faut interdire les investissements étrangers en France. Les mêmes qui protestent contre cette possible OPA n’ont pourtant pas été aussi unanimes à applaudir la baisse des investissements directs étrangers en 2004
Antoine : " moi non plus… et je m’en fous ! Ce que je sais, c’est que les décisions concernant Danone n’auront aucun impact sur l’économie française. Tu as une estimation de l’impact macroéconomique du plan social de Pechiney ?"
Je ne vais pas te dire autre chose que faible directement. Le fait est qu'indirectement, je l'ignore en termes quantifiés. Mais j'imagine que ce genre de choses ne doivent pas être prise à la légère dans un pays où le capital social s'effrite à vue d'oeil. Il y a un enjeu probablement non négligeable en termes de réseaux industriels et de moral des agents.
A partir de là, il me semble utile de s'interroger, sans exagérer l'impact de l'affaire. Et je ne t'étonnerai donc pas si je te dis que je n'ai guère confiance en nos dirigeants et commentateurs avertis et visibles concernant l'angle d'approche à retenir. Ta remarque sur l'IDE l'atteste...
je refuse d'etre naif ;
les americains defendent aussi leur bout de gras , et savent tres bien le faire sans etre fair play quand il faut ( cf les actions en justice en cours aux US contre Pineau etc)
le pragmatisme amércain est leur force; pas le liberalisme !
mathias : sans faire d'angélisme, l'affaire dans laquelle Pineau est poursuivi relève du non respect du droit américain. Elle me paraît donc peu appropriée en guise de comparaison.
Pas naïf, ok. Mais pas confus non plus, non ?
Bizarre, aucun ministre d'État ne s'est encore porté au secours de Taittinger :
www.iht.com/articles/2005...
Oh… est-ce que ça voudrait dire que… non… des opportunistes, au gouvernement, mais vous n'y pensez pas.
www.lesechos.fr/info/rew_...
l'Affaire Danone, c'etait du flan.
"PepsiCo a certifié à l'AMF ne pas préparer une opération sur Danone"
"(un peu de provoc’) : moi non plus… et je m’en fous ! Ce que je sais, c’est que les décisions concernant Danone n’auront aucun impact sur l’économie française. Tu as une estimation de l’impact macroéconomique du plan social de Pechiney ?"
Et ça rigole et ça discute sur savoir si l'impact est direct ou indirect. "- Tu crois que c'est 1% sur le revenu marginal décroissant? - Mais non, 0.5% tout au plus. Et puis le turnover fera augmenter le rendement." (c'est n'importe quoi, c'est fait exprès, c'est une caricature)
En clair, ça s'en fout.
Pendant ce temps, des gars se sont retrouvés au chômage, ils sont précarisés, peut-être des futurs ou des déjà pauvres, peut-être surendettés, peut-être... Des drames de la vie quoi.
Ben voilà, deux visions du monde sur un même événement...
Vulgos,
il n'y a pas d'evenement.
Zilch: je faisais référence à Pechiney et plus précisément à cette phrase: "Tu as une estimation de l’impact macroéconomique du plan social de Pechiney ?".
vulgos : en effet, deux visions du monde. Et ici, le but principal est d'en aborder une en particulier. Votre erreur est de croire qu'elles n'ont pas de lien et, surtout, qu'en aborder une, c'est ignorer l'autre. Vous prendriez vous pour le défenseur de la veuve et de l'orphelin au milieu des bobos parisiens ?
Vous devriez jouer au "schisophrène" de temps en temps. Vous verriez, on en apprend beaucoup sur les autres et sur soi.
Econoclaste-SM : "Votre erreur est de croire qu'elles n'ont pas de lien et, surtout, qu'en aborder une, c'est ignorer l'autre."
Aborder, ok. Tomber dedans, pas ok.
"Vous prendriez vous pour le défenseur de la veuve et de l'orphelin au milieu des bobos parisiens ?"
Je dois avouer que...
En fait, c'est exactement la critique que je me serai faite si je n'avais déjà des oscillations idéologiques spatio-temporelles. Je prends en effet toujours le contre-pied du discours ambiant. Y'a pas si longtemps que je me suis fait jeter comme un malpropre d'un blog de rouges et d'un blog de libertariens. L'avantage c'est que je vois tout de suite si le discours est modéré et rationnel, j'ai rien à dire ou alors plus poliment.
Ici, je suis en train de battre des records de longévité, c'est bon signe. Quoique l'ambiance est parfois tendue, ce qui prouve que l'extrême-centre, le tao politique, n'est pas encore atteint.
"Vous devriez jouer au "schisophrène" de temps en temps."
Je suis déjà un schizophrène asynchrone (un troll quoi). Ultra-libéral avec un communiste, communiste avec un ultra-libéral, sceptique et modéré quand je suis seul ou avec d'autres de mon acabit. Pour me donner ce conseil, vous devez avoir les mêmes tendances... la modestie et la diplomatie en plus, peut-être (car vous aurez remarqué que j'ai aussi des bouffées mégalomaniaques et que j'aime parler de moi).
Vulgos : « Je dois avouer que... »
Bobo parisien… ça me va bien ça. Mes séjours à Paris se comptent sur les doigts des deux mains.
« Pendant ce temps, des gars se sont retrouvés au chômage, ils sont précarisés, peut-être des futurs ou des déjà pauvres, peut-être surendettés, peut-être... Des drames de la vie quoi. »
Oui. En m’intéressant à la macro, je m’intéresse au sort des millions de personnes en difficulté dans ce pays. En vous intéressant à la rubrique économique de Voici, (Pechiney, Lu, Danone), vous ne vous intéressez qu’à une toute petite partie d’entre eux. J’ai donc plus de compassion que vous pour les gens qui souffrent.
vulgos : "Je dois avouer que..."
Ouai, mais ici c'est inutile...
"l'extrême-centre, le tao politique, n'est pas encore atteint."
Ben, vous n'avez pas compris ? Les jours où on trouve ça amusant, on dégomme. Les autres, on ignore. Y a pas vraiment de tension, en fait. Pas de conflit. C'est du jeu. Le jeu, certains jours on s'y met, d'autres non.
Que voulez vous qu'on réponde sur le fond à quelqu'un qui tire systématiquement (j'exagère) à côte de la cible qu'on a posée ? Alors, il y a des réponses sur la forme, des réponses qui ramène sur la cible. Mais ça peut pas aller plus loin. Une journée fait 24 heures.
"Pour me donner ce conseil, vous devez avoir les mêmes tendances..."
Pas vraiment. Quand je vous conseille la schisophrénie, c'est dans l'idée par exemple d'intervenir ici sur la même longueur d'ondes que la plupart d'entre nous : l'analyse économique. Croyez moi, ça ne fera pas de vous un homo economicus décérébré, ni un libertarien. Ce qui revient à peu de choses près au même...
Je vois simplement ça comme une façon d'aborder la connaissance.
Que voulez vous ? Je co-anime un site consacré à la théorie économique. Je fais de mon mieux pour publier des choses de qualité. Le temps passant, je pense que j'arrive à atteindre bon an mal an cet objectif (sinon, j'arrêterais). A quoi bon donner mes impressions détaillées sur d'autres choses, pour lesquelles je me considère sans aucun intérêt ou presque ?
Et je pense pouvoir dire qu'Antoine fait pareil ici.
Ce que je pourrais vous reprocher, c'est de ne pas assez respecter cela.
A. Belgodere:
"Bobo parisien… ça me va bien ça."
Parisien peut-être mais des bobos y'en a pas qu'à Paris. Et j'en parle d'autant mieux que j'ai moi-même aussi des tendances.
"En m’intéressant à la macro, je m’intéresse au sort des millions de personnes en difficulté dans ce pays."
ça se discute. La macro j'aime bien aussi, même si je suis qu'un amateur. Mais le risque est grand de ne plus voir que des chiffres et des masses, pas des individus. Par exemple, lorsqu'on parle d'emploi, "la destruction créatrice" est le genre même du concept qui voit un bien pour l'ensemble mais oublie les individus.
"J’ai donc plus de compassion que vous pour les gens qui souffrent."
C'est très possible, je suis peu compatissant. Ce qui me motivait, c'était le goût de la critique (qui n'est jamais "personnelle").
Econoclaste-SM:
"Ouai, mais ici c'est inutile..."
Je ne pense pas, pourquoi? Sommes-nous tous pauvres? Sommes-nous indifférents au sort des pauvres? Répondre deux fois non c'est ne plus être très loin de la boboïtude (même s'il manque peut-être encore d'autres ingrédients).
"Y a pas vraiment de tension, en fait. Pas de conflit. C'est du jeu. Le jeu, certains jours on s'y met, d'autres non."
C'est marrant, à tort ou à raison, moi je n'arrive à concevoir le jeu que dans le conflit. Y'a quoi comme jeu où y'a pas de conflit?
"Que voulez vous qu'on réponde sur le fond à quelqu'un qui tire systématiquement (j'exagère) à côte de la cible qu'on a posée ?"
Sur le fond, rien. C'est une question intéressante et je vais me justifier.
En économie, mon but n'est très souvent pas de discuter sur le fond tel que vous le désirez parce que:
1) j'en ai pas les moyens (le bagage technique).
2) c'est cacher les prémisses idéologiques sous un débat technique.
Au départ, je suis philosophe (il serait plus correct de dire que j'ai fait des études de philo) et l'économie m'intéresse parce qu'elle ressemble fortement dans sa naïveté à la philosophie d'antan. C'est amusant de voir les économistes parler de théorèmes économiques, de lois économiques, etc. De vouloir avoir l'air scientifiques en somme. Ainsi plus ils sont lugubres, c'est-à-dire plus ils sont techniques, "jargoneux", avec l'économétrie par exemple et plus ils ont l'impression d'être scientifiques. Mais on découvre vite qu'ils ne le sont pas, qu'ils ne prédisent rien ou souvent piteusement, par contre qu'ils font beaucoup de métaphysique, d'idéologie, qu'ils expriment leurs goûts et leurs désirs.
Donc, je peux pas m'empêcher de tirer à côté. C'est plus fort que moi.
"Ce que je pourrais vous reprocher, c'est de ne pas assez respecter cela."
Oui, vous avez raison. Je ne participerai plus (ou très rarement, sur le fond) car je ne peux que ne pas assez respecter cela pour les raisons que je vous ai donné. Et je n'ai pas l'intention d'emmerder des gens qui sont intellectuellement honnêtes (c'est rare) et dont les efforts sont tout comptes faits en un certain sens utiles.
Apparemment le gouvernement a bien appris sa leçon. Breton veut systématiser le cas de figure Danone :
BRETON veut faire du cas Danone un exemple [lundi 25 juillet 2005]
Le ministre des Finances a estimé dans le Monde que l’agitation spéculative et politique autour de Danone devait "servir de pédagogie aux chefs d’entreprise", qui doivent "faire en sorte d’éviter" les OPA hostiles. "Ils ont des responsabilités à l’égard de leurs salariés et de leurs actionnaires. Une entreprise au capital éclaté doit savoir qu’elle a plus de risque de susciter une OPA hostile", a estimé Thierry BRETON. Après une semaine de rumeurs concernant un possible raid de PepsiCo sur Danone, donnant lieu à une montée au créneau de la classe politique, les autorités financières françaises ont annoncé que le géant américain ne préparait pas d’OPA hostile sur le groupe français, ce qui a fait chuter l’action Danone.
-- www.professionpolitique.i...
Addendum : il faut abonner Thierry Breton aux Échos. Dans l'ordre chronologique :
Danone : savoir raison garder
“Enfin, la France donne une fois de plus l'image d'une nation où rien ne se passe sans que le politique s'en mêle.”
-- www.lesechos.fr/journal20...
Danone : à chacun son métier
“Par conséquent, si Thierry Breton a raison d'inciter les patrons à exercer leurs responsabilités au lieu de se réfugier derrière le bouclier de la puissance publique, encore faut-il que les politiques fassent leur vrai métier, qui ne consiste pas à parler à tort et à travers mais à rendre nos entreprises plus fortes par une bonne politique économique.”
-- www.lesechos.fr/journal20...
@Vulgos
"C'est amusant de voir les économistes parler de théorèmes économiques, de lois économiques, etc. De vouloir avoir l'air scientifiques en somme. Ainsi plus ils sont lugubres, c'est-à-dire plus ils sont techniques, "jargoneux", avec l'économétrie par exemple et plus ils ont l'impression d'être scientifiques. Mais on découvre vite qu'ils ne le sont pas, qu'ils ne prédisent rien ou souvent piteusement, par contre qu'ils font beaucoup de métaphysique, d'idéologie, qu'ils expriment leurs goûts et leurs désirs."
il faudrait lire Hayek:
nobelprize.org/economics/...
Zilch: waow, merci, j'imprime pour le relire attentivement. Hayek, c'est quand même du bon je trouve, j'ai été "ultra-libéral" un moment à cause de lui. Dieu merci, Bastiat m'en a guéri... :-)
Ca y est, on a touché le fond !
Dominique de Villepin en appelle au "patriotisme économique"
www.lemonde.fr/web/articl...
phnk.com/blog/?2005/07/29...
Fernand Reynaud not dead.
François : tu m'as devancé. A-t-on touché le fond ? Pas sur... on va peut-être avoir droit à une campagne de pub dans laquelle Johnny et Depardieu achèteront des T-shirts fabriqués dans les usines françaises de Sarko en disant, pouce levé vers le haut "nos amplettes sont nos emplois !"
Ce qui est extraordinaire dans ces commentaires c'est l'idée selon laquelle être racheté par les étrangers signifie nécessairement mauvais traitement des salariés et délocalisations. Cette idée n'a aucun autre fondement que raciste, car tous les faits vont dans le sens inverse. Par exemple, d'après E. Graham, les salaires dans les entreprises détenues par des capitaux américains sont 1.4 fois plus élevés que les salaires nationaux dans les pays riches, 1.8 fois plus élevés dans les pays à revenu intermédiaire, et plus de 2 fois plus élevés dans les pays pauvres. M. Vulgos peut donc s'inquiéter pour les salariés du groupe Danone : à tout prendre, ils viennent plus probablement de perdre une occasion d'être mieux payés.
Quant aux questions vues plus haut, oui, dans l'affaire Cnooc-unocal, le gouvernement américain a eu une attitude raciste et irrationnelle.
ANtoine : je t'ai préparé un trackback avec le prochain discours de politique générale de Villepin :
“Moi j'aime pas les étrangers. Non, parce qu'ils viennent manger les yaourts des Français. Ouais. J'aime pas les étrangers, c'est vrai, c'est comme ça, c'est physique. C'est curieux parce que comme profession je suis Premier ministre.”
discours qui rappelle une reaction d'Agecanonix dans album d'Asterix:
"ici, on a rien contre les etrangers, simplement on prefere les etrangers de chez nous!"
econoclaste-alexandre: "M. Vulgos peut donc s'inquiéter pour les salariés du groupe Danone : à tout prendre, ils viennent plus probablement de perdre une occasion d'être mieux payés."
Ce sont bien entendu les salariés qui auraient été mieux payés, pas les ex-salariés. C'est pour ceux-là que je m'inquiétais. Que dit Graham sur les écrémages dans les sociétés rachetées par des capitaux américains?
"Quant aux questions vues plus haut, oui, dans l'affaire Cnooc-unocal, le gouvernement américain a eu une attitude raciste et irrationnelle."
C'est par pur dogmatisme libre-mercantiliste que vous ne pouvez concevoir une motivation rationnelle aux réactions américaines. Sinon vous diriez que les américains se trompent peut-être, que peut-être il n'était pas préjudiciable de vendre Unocal aux chinois. Peut-être.