Banques centrales et prix d'actifs
Par Antoine B. le mercredi 6 juillet 2005, 15:12 - Lien permanent
Les autorités monétaires doivent-elle intégrer les prix d’actifs dans leurs prises de décision ?
Les communiqués de la BCE soulignent depuis plusieurs mois que l’envolée des prix de l’immobilier dans plusieurs pays fait l’attention d’une surveillance étroite de la part de la Banque centrale tant cette évolution est perçue comme potentiellement déstabilisatrice et pouvant faire peser un risque sur la stabilité à moyen terme des prix des biens et services. Ces observations répétées nourrissent toutefois deux interrogations : 1-Les Banques centrales ont-elles à se préoccuper des bulles financières ? 2-Ont-elles les moyens de détecter les problèmes et d’agir dessus à temps ?
1- Aux yeux de certains, les banques centrales n’ont à se préoccuper que des objectifs qu’elles se sont imposées (inflation, M3, voire croissance ou plein emploi) et n’ont pas à regarder l’évolution d’autres variables dans leur prise de décision. Toutefois, il semble que les bulles des prix d’actifs soient une source légitime de préoccupation pour les banques centrales. Leur présence peut en effet fausser les décisions économiques, consommation ou investissement, par des effets dits de richesse (ainsi la possibilité d’utiliser comme garanties pour des opérations d’emprunts des plus values latentes sur les actifs, immobiliers ou boursiers, détenus), et conduire à des hausses ou des baisses malvenues des prix des biens et des fluctuations marquées de l’activité. Aussi, que l’objectif de la Banque centrale soit uniquement un objectif de stabilité des prix, ou qu’il intègre aussi un objectif de croissance pour l’économie, l’existence d’une bulle exacerbe les cycles de l’économie et s’affiche à l’encontre des objectifs retenus par les autorités monétaires.
De plus, la banque centrale doit se préoccuper non seulement de la stabilité des prix des biens de consommation actuels mais aussi futurs. Or les prix des actifs peuvent aussi être considérés comme représentant les évolutions futures des prix à la consommation pour des raisons de lissage inter temporel de la consommation (cette théorie est confirmée par l’existence d’une relation empirique entre évolution des prix immobiliers et évolution ultérieure des prix à la consommation). Enfin, les banques sont en première ligne en cas de retournement brutal des prix des actifs : nombre de ménages et d’entreprises peuvent alors être confrontés à une impossibilité de rembourser les emprunts ce qui entraînerait une détérioration du bilan des banques, voire une crise de confiance généralisée. Les banques réduisent en retour les risques qu’elles prennent, ce qui freine d’autant plus la reprise. Il semble donc naturel que les Banques centrales surveillent ces facteurs d’instabilité. En conséquence, pour certains, l’indice des prix considéré par la BC devrait intégrer les prix d’actifs.
2-Si on peut donc admettre que les fluctuations marquées des cours d’actifs doivent être suivies par les autorités monétaires, on peut néanmoins se demander quelle est leur légitimité pour décréter que telle ou telle évolution est avant tout spéculative et déconnectée des fondamentaux (ce qui entraînera une correction future). Se pose de plus la question des moyens à leur disposition pour freiner le développement de telles bulles. Les évolutions des prix d’actifs peuvent avoir des causes structurelles temporaires : vieillissement de la population, innovations technologiques, développement de nouveaux modes d’intermédiation de la gestion de l’épargne, etc… Ces évolutions sont de plus censées représenter les anticipations faites par les marchés sur les évolutions futures (bénéfices, inflation, etc…). Il n’y a donc pas une valeur fondamentale unique calculable pour les actifs ce qui soulève le problème de la règle que devrait s’imposer la banque centrale pour déterminer si une évolution des cours est « normale » ou non, et donc nécessite une action de sa part. La banque centrale peut en effet agir de plusieurs manières : contraintes accrues sur les banques dans le but de freiner les crédits accordés ; une remontée marquée des taux est aussi un moyen utile pour dégonfler voire faire exploser une bulle financière même si il semble cependant délicat de faire du fine tuning quand la valorisation des actifs augmente de plus de 10 % sur un an. Plusieurs manières d’incorporer les actifs dans l’indice du coût de la vie peuvent être envisagées. Toutefois, si la prise en compte de l’immobilier ne pose guère de problème (on considère les achats immobiliers comme une consommation, quitte à les étaler sur plusieurs années pour représenter la part de l’emprunt), il n’en est pas de même pour les actifs financiers où le haut taux de turnover donne un poids trop important à cet indice. Il est donc difficile de déterminer l’indice du coût de la vie qui devrait être suivi par la banque centrale. Au-delà de ces questions de faisabilité technique, d’autres arguments peuvent être avancés pour défendre l’idée selon laquelle la banque centrale ne doit pas intégrer les prix d’actifs dans ses prises de décision : risques d’alea moral sur les marchés car les investisseurs intègreraient la réaction de la banque centrale aux évolutions de prix ou encore impossibilité pour la banque centrale de chasser deux objectifs avec une seule pierre. L’argument le plus fondamental est sans doute que la banque centrale n’a pas de supériorité manifeste par rapport aux marchés pour déterminer quel est le « bon » niveau du prix des actifs ! Elle risquerait donc de déclencher des crises en se basant sur une vision erronée de ce que doivent être les valeurs des actifs.
voili voilou. c'etait mon premier post. Les critiques sont bienvenues!


Commentaires
À propos de la bulle immobilière, y'a ça:
www.bulle-immobiliere.org...
des avis?
Bienvenue dans la bande, Loulou !
Le problème du prix des actifs est paradoxal pour les banques centrales : si une hausse des cours est imputable à une modification dans les anticipations, alors en effet, on peut penser que la banque centrale n’est pas la mieux placée pour évaluer la pertinence des anticipations du marché. En revanche, si la hausse des cours est due à la faiblesse de ses taux d’intérêt, il paraît légitime qu’elle se pose des questions.
Autre question sur le sujet : les banques centrales doivent-elles intégrer le prix des actifs parmi leurs objectifs finaux ou leurs objectifs intermédiaires ? Pour la première option, elles sont réticentes et on les comprend. Ce qui ne les empêche pas d’intégrer ces cours dans leur fonction de réaction (=> objectif intermédiaire), en tant qu’il sont sensés être le reflet des évolutions futures, en matière de profit, croissance, etc.
la plus grosse indifference c'est la valeur des salaires qui ne suivent plus pour le plus grand nombre. aujourd'hui il faut donc travailler 2 fois plus longtemps pour se payer un bien immobilier. le ralongement de la duree des credits a ses limites car seuls les plus jeunes biens payes pourront etre solvables . bientot beaucoup il y aura plus de vendeurs que d'acheteurs si ce n'est pas deja le cas . aux etats unis un specialiste de l'immobilier a deja vendu pour 250 milliards de dollards d'actifs immobiliers( vous connaissez barrack le requin de l'immo) il achete au plus bas et revent au plus haut . c'est un signe d'inquietude en tout cas.
aujourd'hui tout le monde s'accorde a dire que les prix de l'immobilier ont ete trop haut , et pourtant les agences font de la resistance qui risque de leur coter tres cher( licenciement des vendeurs) fermeture de quelques agence etc.. pourtant le president de pap prevoit ouvertement dans une intervieuw une baisse radicale des prix de 40 a 50/100 . pour une fois la verite au grand jour. liberation a fait sa une le 06/01/2006 " l'immobilier chute de pierre"
ainsi nous devrions constater les degats tres bientot d'une speculation . oui , car les vendeurs devront revoir leur pretentions a la baisse pour vendre. certains particuliers vivront un drame social car ils ont cru doubler leur richesse en un temps reccord et sans travailler . les acheteurs potentiels ( sauf derniers pigeons) different leur achat car ils sentent bien que les prix sont hyper surevalues. le marche ne peut se reposer que sur des secondo-accedants, tot ou tard il devra seduire les primo-accedants en baissant les prix de facon considerables . de plus les professionnels ont besoins aussi d'une baisse des prix , car apres avoir vendu au plus haut il faudra se reconstituer un nouveau stock a des prix interessants. ce sera un nouveau cycle.