1- Aux yeux de certains, les banques centrales n’ont à se préoccuper que des objectifs qu’elles se sont imposées (inflation, M3, voire croissance ou plein emploi) et n’ont pas à regarder l’évolution d’autres variables dans leur prise de décision. Toutefois, il semble que les bulles des prix d’actifs soient une source légitime de préoccupation pour les banques centrales. Leur présence peut en effet fausser les décisions économiques, consommation ou investissement, par des effets dits de richesse (ainsi la possibilité d’utiliser comme garanties pour des opérations d’emprunts des plus values latentes sur les actifs, immobiliers ou boursiers, détenus), et conduire à des hausses ou des baisses malvenues des prix des biens et des fluctuations marquées de l’activité. Aussi, que l’objectif de la Banque centrale soit uniquement un objectif de stabilité des prix, ou qu’il intègre aussi un objectif de croissance pour l’économie, l’existence d’une bulle exacerbe les cycles de l’économie et s’affiche à l’encontre des objectifs retenus par les autorités monétaires.

De plus, la banque centrale doit se préoccuper non seulement de la stabilité des prix des biens de consommation actuels mais aussi futurs. Or les prix des actifs peuvent aussi être considérés comme représentant les évolutions futures des prix à la consommation pour des raisons de lissage inter temporel de la consommation (cette théorie est confirmée par l’existence d’une relation empirique entre évolution des prix immobiliers et évolution ultérieure des prix à la consommation). Enfin, les banques sont en première ligne en cas de retournement brutal des prix des actifs : nombre de ménages et d’entreprises peuvent alors être confrontés à une impossibilité de rembourser les emprunts ce qui entraînerait une détérioration du bilan des banques, voire une crise de confiance généralisée. Les banques réduisent en retour les risques qu’elles prennent, ce qui freine d’autant plus la reprise. Il semble donc naturel que les Banques centrales surveillent ces facteurs d’instabilité. En conséquence, pour certains, l’indice des prix considéré par la BC devrait intégrer les prix d’actifs.

2-Si on peut donc admettre que les fluctuations marquées des cours d’actifs doivent être suivies par les autorités monétaires, on peut néanmoins se demander quelle est leur légitimité pour décréter que telle ou telle évolution est avant tout spéculative et déconnectée des fondamentaux (ce qui entraînera une correction future). Se pose de plus la question des moyens à leur disposition pour freiner le développement de telles bulles. Les évolutions des prix d’actifs peuvent avoir des causes structurelles temporaires : vieillissement de la population, innovations technologiques, développement de nouveaux modes d’intermédiation de la gestion de l’épargne, etc… Ces évolutions sont de plus censées représenter les anticipations faites par les marchés sur les évolutions futures (bénéfices, inflation, etc…). Il n’y a donc pas une valeur fondamentale unique calculable pour les actifs ce qui soulève le problème de la règle que devrait s’imposer la banque centrale pour déterminer si une évolution des cours est « normale » ou non, et donc nécessite une action de sa part. La banque centrale peut en effet agir de plusieurs manières : contraintes accrues sur les banques dans le but de freiner les crédits accordés ; une remontée marquée des taux est aussi un moyen utile pour dégonfler voire faire exploser une bulle financière même si il semble cependant délicat de faire du fine tuning quand la valorisation des actifs augmente de plus de 10 % sur un an. Plusieurs manières d’incorporer les actifs dans l’indice du coût de la vie peuvent être envisagées. Toutefois, si la prise en compte de l’immobilier ne pose guère de problème (on considère les achats immobiliers comme une consommation, quitte à les étaler sur plusieurs années pour représenter la part de l’emprunt), il n’en est pas de même pour les actifs financiers où le haut taux de turnover donne un poids trop important à cet indice. Il est donc difficile de déterminer l’indice du coût de la vie qui devrait être suivi par la banque centrale. Au-delà de ces questions de faisabilité technique, d’autres arguments peuvent être avancés pour défendre l’idée selon laquelle la banque centrale ne doit pas intégrer les prix d’actifs dans ses prises de décision : risques d’alea moral sur les marchés car les investisseurs intègreraient la réaction de la banque centrale aux évolutions de prix ou encore impossibilité pour la banque centrale de chasser deux objectifs avec une seule pierre. L’argument le plus fondamental est sans doute que la banque centrale n’a pas de supériorité manifeste par rapport aux marchés pour déterminer quel est le « bon » niveau du prix des actifs ! Elle risquerait donc de déclencher des crises en se basant sur une vision erronée de ce que doivent être les valeurs des actifs.

voili voilou. c'etait mon premier post. Les critiques sont bienvenues!