Petit article court, faute de temps (mais j’en ai deux longs en préparation. Teaser…)

Je viens de tomber sur cet article d’Eric Le Boucher, du Monde, qui date déjà du 5 mai. Il rend compte d’un travail de la Banque Mondiale sur un sujet qui m’est cher : le lien entre la qualité des institutions et les performances économiques. Sans surprise, ce lien existe et il est positif. Mais Le Boucher se trompe, à mon avis, dans sa manière du rendre compte du débat qui opposerait les partisans de deux thèses rivales sur la question du développement. Pour les premiers, la priorité serait l’économie, car en s’enrichissant, un pays finit par devenir démocratique. Pour les seconds, ce serait précisément des institutions démocratiques qui permettraient l’enrichissement économique. Selon l’éditorialiste du Monde, les résultats établis par la Banque Mondiale donnerait raison aux premiers. Son erreur consiste à appeler « démocratie » l’ensemble des bonnes institutions. En fait, le débat se situe au sein de l’ensemble des bonnes institutions, pour savoir lesquelles il convient de privilégier. Pour schématiser, on peut distinguer deux formes d’institutions, souhaitables toutes deux : d’un côté la démocratie (choix par le peuple de ses dirigeants, multipartisme, respect des minorités politiques, liberté d’expression…), et de l’autre, la liberté économique (reconnaissance de la propriété privée, respect de l’Etat de droit, absence de corruption, ouverture de l’économie…). L’idéal est d’avoir les deux. Le pire est de n’en avoir aucune. Le débat est de savoir ce qui est préférable pour un pays qui n’en aurait qu’une des deux. Selon Gary Becker, quitte à n’en avoir qu’une, il vaut mieux que ce soit la liberté économique, car celle-ci permet le développement, qui est lui-même un facteur de démocratisation.

Illustration de l’erreur de Le Boucher : il cite lui-même la Chine comme un contre exemple de sa thèse. A l’en croire, cette exception à la règle serait imputable à l’immensité de l’empire du milieu. En fait, la Chine est au contraire l’illustration de la validité du propos de Becker : la démocratie n’y existe pas, mais la liberté économique y est promue. Le résultat est que le pays se développe et que l’envie de démocratie se répand dans la jeune classe moyenne émergente. Ca ne remet pas en cause le rôle des bonnes institutions dans le développement, au contraire, mais ça permet d’observer que la démocratie n’est pas forcément la bonne institution la plus utile au développement.