Le péril de l’homme providentiel
Par Antoine B. le vendredi 24 juin 2005, 00:01 - Lien permanent
L’opinion française est traversée par les tendances suivantes :
- Antiparlementarisme. La démocratie représentative est critiquée. Les partisans du Non au TCE ne manquent pas de faire remarquer que 80% des députés étaient pour le Oui, contre seulement 45% du peuple. Nicolas Sarkozy explique aux députés qui s’offusquent de ses propos populistes parlant de « nettoyer au karcher » une cité HLM qu’ils sont déconnectés du peuple, qu’ils ne pensent pas comme lui. Depuis 2002, à chaque élection intermédiaire perdue par l’UMP, la légitimité du parlement est très sérieusement contestée. Cet antiparlementarisme traduit en fait une méfiance croissante à l’égard de la classe politique traditionnelle.
-
Xénophobie. Pour l’extrême droite et le
nationalisme conservateur, le phénomène n’est pas nouveau. L’extrême gauche
antimondialiste a toujours eu un discours ambigu. Humaniste en façade, elle ne
rate pas une occasion d’alimenter des peurs irrationnelles des délocalisations
et de la concurrence des misérables du bout du monde (je ne parle pas de l’antiaméricanisme,
voire de certains relents antisémites parfois perceptibles, mais pas chez tous).
C’est la même peur des délocalisations, vers la Chine plutôt que la République
Tchèque, qui a servi d’arguments à nombre de partisans du Oui au TCE (« l’Europe
va nous protéger de la mondialisation, sera une force contre les USA, la Chine,
le Brésil l’Inde, etc.). Nicolas Sarkozy, dès l’annonce des résultats du
référendum, a mis la préférence communautaire au centre de ses préoccupations.
Enfin, si Samizdjazz
et Tanstaafl disent vrai, Jean-Luc
Mélenchon aurait dit : "Qu'ils aillent se faire foutre,
les Lituaniens ! T'en connais un, toi, de Lituanien ? Moi, j'en connais pas
!"
- Sinistrose. Elle était flagrante à l’occasion du « débat » entre Jacques Chirac et un panel de jeunes. Les salariés français ont une impression, pas injustifiée, de stagnation de leur niveau de vie. Le chômage de masse semble indécrottablement inscrit dans notre paysage social. Le système social français n’empêche pas la violence, la pauvreté, la canicule, l’inégalité scolaire, les problèmes d’intégration des minorités, etc.
Je ne serais pas surpris qu’un nombre important d’électeurs raisonnent, en 2007, de la façon suivante : « il nous faudrait quelqu’un qui nous comprenne vraiment, qui tranche avec tous ces politicards déconnectés de la réalité, quelqu’un qui saurait enfin s’attaquer à nos problèmes, en affrontant les dérives de la mondialisation » (avec, évidemment, des variantes entre la gauche et la droite). Bref, beaucoup d’électeurs seront à la recherche de l’homme providentiel.
A droite, il y en a un qui s’est positionné sur ce créneau depuis longtemps, c’est Sarkozy. Ce qui m’inquiète, en échos à un débat récent ici sur ses récentes sorties, c’est qu’il semble avoir pris un sacré tournant populiste.
A gauche, il s’est passé récemment un évènement peut-être important. Au cours de l’émission « le Vrai Journal », sur canal +, Karl Zero a demandé à son invité José Bové s’il allait « enfin » présenter sa candidature à la présidentielle 2007. A cette question rituelle (surtout en provenance de Zéro), il répond toujours que ça n’est pas son boulot ni sa vocation. Cette fois-ci, il ne l’a pas exclu. « On verra, dans les mois qui viennent, ce que sont les attentes des gens » (citation de mémoire). Et ça, ça change tout. Il n’a, pour les électeurs potentiels de l’extrême gauche, aucune casserole : il n’est pas membre d’un parti qui a défendu Staline, il n’a pas la lourdeur des trotskistes, il ne s’est pas compromis avec le social-libéralisme (prétendu) du PS. Ajoutons à cela qu’il est un expert imbattable en marketing politique, qui a réussi à faire passer le saccage d’un restaurant pour un acte de civisme, et la destruction obscurantiste de l’outil de travail de la recherche publique pour un acte de résistance.
Hollande n’a aucun charisme, Villepin est impopulaire, et le sera selon toute vraisemblance davantage dans quelques mois. De là à pronostiquer un second tour Bové-Sarkozy, il n’y a qu’un pas. Le chocs des deux hommes providentiels. L’hypothèse n’est pas si absurde qu’elle peut en avoir l’air. Il suffirait que tout ce qui est à la Gauche de Fabius joue une alliance stratégique au premier tour, autours du candidat du consensus. Puisse ce scénario paraître vraiment irréaliste dans quelques mois. Parce qu’un homme providentiel, plus ou moins xénophobe, hostile au parlement, critiquant les juges (surtout Sarkozy), ennemi de la science (pour Bové), élu avec l’ambition de sauver la France du péril mondialiste et porté par le peuple en transe, ça n’est pas une perspective très rassurante. Dans le cas contraire, il faudra ressortir les pinces à linge de Chirac…


Commentaires
Sarkozy saisit le défi lancé par Mélenchon :
"Imaginez qu'on puisse avoir dans quelques années un commissaire maltais et pas de commissaire français! Je comprends que ça interpelle dans notre pays"
permanent.nouvelobs.com/e...
Mais après tout, l'exemple vient d'en haut :
"Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui ensemble gagnent environ 15 000 FF et qui voit sur le palier à côté de son HLM entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosse et qui gagne 50 000FF de préstation sociale sans naturellement travailler.
Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela."
www.paroles.net/chansons/...
Il y a une absence dans la liste des hommes providentiels, qui susciterait surement un bruyant "pays d'merde !" s'il te lisait :o)
Je vois en tout cas que tu n'as pas pu résister bien longtemps... respire un grand coup...
Alexandre : tiens, on a eu le même parallèle à qq heures d'intervalle : phnk.com/blog/index.php?2...
Je le place en trackback.
Bové, ennemi de la Science !!
et je crois qu'il mange des enfants aussi !!
Sérieusement, pour s'opposer aux lobbys agro-alimentaires qui ont des moyens immenses, il faut parfois être border-line.
N'oublions pas que nos chers politiques nationaux et européens n'ont pas accepté (et allez, 1 point de plus pour la crise anti-élite politique mais il faut dire qu'ils le cherchent bien !) l'étiquettage des produits contenant des OGM.
Quant on ne laisse plus la liberté de choix, est-il si fou de mener des actions "illégales" ?
Nota Bene : je parlais bien évidemment de l'absence d'étiquetage des produits dérivés d'animaux (viande, lait, œufs, beurre, fromage, etc) nourris aux OGM !
"Quant on ne laisse plus la liberté de choix, est-il si fou de mener des actions "illégales" ?"
Est-il nécessaire pour autant de violer Ronald Mc Donald et de brûler sa maison ?
"Bové, ennemi de la Science !!"
Pas franchement son meilleur ami...
Le problème de la France c'est pas le populisme c'est l'élitisme.
Les partis politiques principaux PS,UMP,UDF sont kidnappés par des bourgeois.
La droite c'est les hauts fonctionnaires plus quelques médecins et patrons.
La gauche c'est les hauts fonctionnaires plus quelques profs d'université et quelques avocats.
Les ouvriers, employés, professions intermédiaires qui représente 80% des français n'existent pas.
Si les français votent pour des partis "populistes" c'est qu'il y a un problème d'offre.
La façon de parler des hommes politiques n'est pas normal n'ont plus, il faut avoir fait sciences po pour croire qu'ils parlent normalement. En france quand quelqu'un s'exprime normalement les médias disent qu'il "dérape".
En fait le populisme n'est que la conséquence de l'élitisme délirant de la société française.
On peut le constater dans les médias, le système scolaire, la politique, le monde du travail (hostile aux gens peu diplomés, aux immigrés, aux plus de 50 ans etc...).
Il faut garder à l'esprit que ce ne sont pas les Le Pen, Tapie, Besancenot, chasse Peche et tradition, Laguiller qui sont au pouvoir, ils ne sont que la conséquence de la réalité sociale créee par d'autres.
La France doit être le seul pays du monde ou les élites ne sortent pas de l'université, mais d'autres types d'établissement.
Le système scolaire est complétement élitiste, les postes importants sont pour une caste (ENA, Polytechnique).
Le système fiscal est aussi injuste, la France a des impots très elevés comme les pays Nordiques, mais surtout les impots comme la TVA, l'impots sur l'essence, alors que dans les pays nordiques c'est surtout l'impot sur le revenu (plus que proportionnel). Donc les impots en fait frappe durement le peuple.
Mon analyse est que la France a fait sa révolution trop tot (ou incomplètement) et qu'aujourd'hui des pays comme l'Allemagne ou l'Espagne , il y a peu encore très autoritaire, sont aujourd'hui bien plus démocratique.
A l'inverse l'idée démocratique diminue en France et aux Etats-unis (la mobilité sociale y est la même qu'en France).
Pas sur pour Bové : il faut qu'il obtienne ses signatures, qu'il trouve suffisament d'argent, qu'il ait des appuis, des soutiens.
L'extrême gauche, et le PS, qui ont certes du soucis à se faire, vont lui tomber dessus.
En outre, il est possible que les electeurs, pour eviter un second 21 avril, votent "immédiatement utile". Mais pour cela, il faudra que quelqu'un mette de l'ordre dans le PS. On en est loin...
SARKOZY populiste............ c'est encore un peu tôt pour l'affirmer, ne pas oublier qu'il a deux casquettes , (qui étaient incompatibles il y a encore quelques mois....)
En tant que chef de parti, il a joué la 'provoc' envers les membres du gouvernement à propos de l'affaire du juge qu'il faut "punir" , mais il a parfaitement pesé ses mots ; de plus il est avocat de formation.....
En tant que membre du gouvernement , il aurait pu à la limite faire déclencher une enquête administrative.
Mais nous ne savons pas encore lorsque il a prononcé cette phrase quelle casquette il portait . Là est toute l'ambiguité.
Mais son but est clair et c'est une vrai opération de marketing : ratisser large pour les élections de 2007.
Donc comme Antoine Belgodere j'ai de sombres pronostics pour 2007. Mais plus du côté de Sarokosy que de son malheureux adversaire.... jusqu'où ira t il pour son boulot de dans 2 ans ...?
Mais quel bazar...
SM : je m'absente un petit week end, et voilà le travail...
Ah, là, j'avoue que je ne sais pas quoi dire de mieux que rien...
Lorsque je vois Bove et que je pense a son pere que j'ai eu en cours : prof (ponte) de genetique al'IBGC, un enorme balais dans le cul.
je ne peux pas m'empeche qu'il y a du mechant freudien chez ce gignol.
Mais bon un face a face Sarko-Bove, la je rigole d'avance
@alexandre
"Sarkozy saisit le défi lancé par Mélenchon :
"Imaginez qu'on puisse avoir dans quelques années un commissaire maltais et pas de commissaire français! Je comprends que ça interpelle dans notre pays"
"
le probleme c'est qu c'est tres possible avec la reforme qui arrive en 2009 (il me semble), le nombre de commissaires va etre reduit a 15 pour 27 pays, deja que l'on a un commissaire de second rang, cette decheance me ferai mal au posterieur, vous rajoutez la Turquie et ce n'est plus la peine de papoter a propos d'identite europeenne en France.
Polonais, maltais, lituaniens, turques.
Ces gens vont vraiment finir par trouver notre grand pays tout petit.
Mais, comme le dit je ne sais plus qui, "qu'ils aillent se faire" foutre", non ?
Pour ma part je me moque bien de la nationalité d'un commissaire européen, pourvu qu'il soit compétent. Le principe de la construction d'un objet supranational et fédéral, c'est que parfois, des pas-de-chez-nous exercent le pouvoir. On peut trouver la construction de l'objet mal fichue : mais si on l'approuve, il faut en accepter les règles.
Pour ma part, étant donné l'état de la classe dirigeante nationale, le moins il y a de français qui prennent de décisions en Europe, le mieux je me porte.
"mais si on l'approuve, il faut en accepter les règles." eh bien justement de moins en moins de gens approuvent, en faite ils sont deja une minorite.
Bon trés intéressant ce blog...Le vrai probleme est que la France est étanche à toute réforme et adore les antagonismes...Donc on nous fait croire que Sarko il est libéral alors que c'est un conservateur ultra...On nos a fait le coup du plombier polonais alors qu'il y'a à peine 150 plombier polonais et qu'il en manque 3000 en France... En bon adulte on continue à croire au besoin d'un homme fort et dés qu'on en a un on l'admire. comme on continue à admirer degaulle qui nous considérer comme des veaux...La France est un pays qui chie sur les droits de l'homme (prison honnteuse) et qui a continué à recevoir de l'or de Haiti jusque dans les années 60 pour la liberté de haitiens. Les haitiens ont achetés leurs liberté à crédit un bon siècle avant.ET la France est un pays profondémment raciste et xénophobe.
Maintenant ayant quitter la France, je vais vous dire une chose : casser vous. Ce pays est en déclin d'abord et avant tout parceque ce déclin profite aux gens en place...
J'ai déjà envoyé un commentaire, mais pas au bon endroit je crois... Bon, je voulais dire à Antoine qu'il voit assez juste. Moi qui suis de l'autre bord : j'ai voté NON et je souhaite une candidature Bové, je partage à peu près toute son analyse. Scoop : nous ne sommes pas les seuls, Antoine, toute la classe politique sait qu'il y a une logique et qu'après l'ouverture de cette boite de Pandore (la victoire du NON) il est à peu près fatal qu'il y ait une candidature Bove, et dans ce cas il est prévisible que ce sera un tremblement de terre politique. Il sera au second tour (Ségolène n'est que l'élue des UNES, de magazine, médiatique, elle a balayé la grippe aviaire, mais en politique elle ne fera que pschitt, comme dira Chirac) et la, le débat va vraiment décoiffer. Rien que pour ça, j'ai plein d'amis même de droite (je veux dire Hollandistes ou Rocardiens) qui voteront pour lui.
Toute la classe politico-médiatique le sait, mais il ne faut pas le dire, Antoine ! Tu as fais une erreur ! Espérons que personne ne te lis !
En dehors de ça, quelques nuances : non, Bove n'est pas ennemi de la science, allez ! Déconnes pas ! Nombreux sont les scientifiques qui pensent qu'il faut être prudent avec les OGM, voyons... Un dernier point, tu n'as pas encore vu le pire, Antoine. Non seulement il y aura une candidature Bové, mais il y aura aussi, dans notre pays, un linkspartei comme chez nos voisins allemands. A cela près qu'il fera 25% comme base de départ...
Bon, ne fais pas cette tête ! Tu te plains (à juste titre !) de la sinistrose ambiante ! Eh bien là, ça va décoiffer !
Cordialement,
JPB