Steven Landsburg, dans son livre "The armchair economist" (chroniqué chez les gauchistes d'Econoclastes et disponible chez Amazon), s'intéresse rapidement (pp.149, 150 et 151) au problème des prisonniers libérés sous caution en attendant leur procès et qui commettent un crime pendant cette liberté conditionnelle - ce qui revient au même que le cas qui nous occupe ici.

La question est : comment faire pour que les juges chargés de prononcer les mises en liberté conditionnelle utilisent pleinement et efficacement l'information à leur disposition pour déterminer la dangerosité du prévenu?

Pour Landsburg, la réponse est simple : il faut que les juges soient personnellement responsables (personally liable) de la conduite des prisonniers libérés. Et pour ça, on ressort le bon vieux people respond to incentives. C'est ce que semble avoir entrevu M.Sarkozy, mais fort incomplètement et un peu tard.

Il ne raisonne ici qu'en termes de sanction négative : radier le juge, lui faire un procès, le faire piétiner par un troupeau de caribous ivres, que sais-je. Cette punition aura manifestement valeur d'exemple, et on peut faire confiance aux juges pour ne plus jamais relâcher de criminel qui récidivera. En fait, on peut leur faire confiance pour ne plus en relâcher du tout - car il n'y a pas de sanction positive qui vienne récompenser une décision judicieuse de remise en liberté (comprenez par là les cas où le prisonnier ne retourne pas sur le champ découper en rondelles toute une famille avec une pelle de chantier rouillée un peu émoussée).

Pour que les juges continuent à faire pleinement et consciencieusement leur travail, il faut donc les inciter à remettre en liberté les "bons" prisonniers (le mauvais prisonnier, c'est le mec, y voit une femme... y tire). Landsburg propose que cette incitation soit financière; le montant de la somme accordée dépendra de l'arbitrage qu'auront fait les législateurs entre liberté du prévenu et sécurité de la société.

Que M.Sarkozy punisse donc ce vilain juge; mais que dans le même temps il mette en place des incitations positives pour que le système fonctionne. Sinon, tout le monde restera en prison. Ce qui l'arrangerait sans doute.