Commerce équitable : pour ou contre ?
Par Antoine B. le jeudi 16 juin 2005, 18:39 - Lien permanent
Voici quelques réflexions un peu désordonnées sur le commerce équitable, les plus méchantes d’abord, les plus sympas ensuite (lire la suite)
Le commerce équitable, c’est cette démarche visant à vendre des produits en provenance de PVD à un prix supérieur à celui du marché, afin d’aider les petits producteurs locaux. L’association Max Havelaar est l’acteur le plus en vue dans ce secteur.
A priori, la première chose que m’évoque l’expression « commerce équitable », c’est un concept marketing douteux. Une étiquette qui sous-entend que la misère du monde est imputable à la manipulation de l’économie mondiale par les occidentaux. L’éradication de la faim dans le monde passerait par un retour à l’équité dans le comportement des riches à l’égard des pauvres.
La question de la pauvreté et de son éradication ne peuvent faire l’impasse sur le point suivant. Il n’y a que deux façons (non mutuellement exclusives au demeurant) de la combattre : produire plus et/ou redistribuer ce qui est déjà produit. Sauf à être malthusien, ou pire, fan de Georgescu-Roegen, il semble évident que la première option est préférable, bien que la seconde soit indispensable en attendant. A laquelle de ces options faut-il rattacher le commerce équitable ? Incontestablement à la seconde. Supposons que j’achète du café équitable 50 cts plus cher que du café standard. Ces 50 cts sont reversés aux villageois péruviens qui ont récolté le café. C’est très bien, mais on aurait pu obtenir (mutatis mutandis) le même résultat de façon beaucoup plus traditionnelle : j’aurai pu acheter mon café au prix du marché, et par ailleurs donner 50 cts à une association humanitaire intervenant au Pérou. Que le commerce soit équitable ou pas, ça n’augmente pas la production.
La principale différence est que ça serait beaucoup moins glamour. Les dons aux associations humanitaires sont rarement perçus comme une nouvelle voie vers un nouveau modèle de développement économique. Pourquoi le commerce équitable est-il présenté comme tel, alors qu’il produit à peu près les mêmes effets économiques ? Si j’estime important de faire remarquer qu’il ne s’agit que de redistribution, c’est parce que ça a des conséquences sur l’importance potentielle du phénomène.
Supposons que soit mise en place une vaste politique de redistribution à l’échelle planétaire, visant à accroître de 2 dollars par jours en moyenne le revenu des 2 milliards d’humains les plus pauvres. Premier constat, cet objectif semble relativement modeste. Fût-il réalisé, on n’aurait certainement pas l’impression d’avoir aboli les inégalités de revenus dans le monde. Pourtant, ça serait énorme. En terme d’ordre de grandeur, la somme représenterait à peu près le PIB de la France. Ou encore 5 à 6% du PIB des 20 pays les plus riches de l’OCDE. Autant le dire, vous pouvez bien prendre 90% des revenus de tous les Bill Gates du monde, vous serez bien loin du compte. En fait, on ne peut envisager de politique de redistribution qui aurait simultanément les deux caractéristiques suivantes : 1) réduire de manière significative la pauvreté à l’échelle planétaire, et 2) ne pas affecter de manière significative le niveau de vie des classes moyennes dans les pays riches. Cette situation changera peut être dans 50 ans si la Chine et l’Inde rejoignent d’ici là le club des pays riches. En attendant, on en est là. Il y a trop de pauvres et pas assez de riches pour qu’on puisse se satisfaire de la redistribution pour éradiquer la pauvreté dans le monde.
Ce constat conduit à relativiser fortement l’enthousiasme béat dont certains journalistes font preuve quand ils nous présentent cette « nouvelle voie vers le développement » que constituerait le commerce équitable. Le message qu’ils veulent faire passer peut se formuler comme suit : « Si tous les paysans pauvres du monde parvenaient à s’organiser en association commerce équitable et que les consommateurs occidentaux acceptaient de payer plus cher tous les produits importés des PVD, la guerre contre la pauvreté aurait emporté une grande victoire ». Pas besoin d’inventer le commerce équitable pour dire ça. Si tous les membres des classes moyennes occidentales acceptaient de donner 20% de leur revenu à l’aide humanitaire, le résultat serait le même. Le problème est qu’ils n’acceptent pas. En tant qu’il n’augmente pas la production, le commerce équitable n’a aucune raison d’être plus efficace que les autres politiques de redistribution.
Pire. Les modalités de la redistribution qu’implique le commerce équitable peuvent être très contestables. Ce point peut s’illustrer par une scène extraite d’un reportage que « Envoyé Spécial » consacrait récemment à ce sujet. Après avoir montré les bienfaits du commerce équitable dans une communauté villageoise sud-américaine, en terme d’équipements publics et de revenus, les journalistes s’intéressent à un autre village vivant de l’exploitation du café, mais qui, lui, n’était pas associé à Max Havelaar. Les revenus des travailleurs de ce second village dépendaient donc des cours mondiaux du café. Evidemment, ils étaient plus pauvres, et moins bien dotés en infrastructures publiques. Le but des journalistes était probablement de faire passer le message suivant : « voyez à quoi échappent les autres villageois grâce au commerce équitable. Si ce mécanisme se développait, ceux-ci aussi pourraient y échapper ». Pourquoi les autres villageois ne sont-ils pas associés à Max Havelaar ? Naturellement, ils en ont formulé la demande, mais les ventes du commerce équitable ne sont pas assez importantes, c’est donc impossible. Du coup, Max Havelaar ne s’occupe pas du tout d’eux. Si, au lieu d’acheter leur café plus cher, les clients de Max Havelaar avaient envoyé un chèque à une association d’aide au développement, celle-ci aurait pu, dans une zone d’intervention donnée, déterminer les besoins prioritaires des populations locales. Peut-être aurait-elle jugé utile de répartir les fonds plus équitablement entre les deux villages. Non pas que les aides soient systématiquement plus efficaces quand elles sont réparties entre un plus grand nombre de bénéficiaires. Mais l’avantage, avec l’aide humanitaire, c’est que chaque association peut réaliser l’arbitrage qui lui semble opportun entre nombre de personnes aidées et importance de l’aide par personne. Avec le commerce équitable, ce choix est impossible.
Ceci étant dit, à la différence d’autres opérations marketing alter mondialistes comme la taxe ATTAC, le commerce équitable m’inspire une certaine sympathie.
D’abord, parce que dans « commerce équitable », il y a « commerce ». Je ne sais pas quel est le rôle de la psychologie dans le développement. Mais je pense que la mise en avant du rôle du commerce dans le développement ne peut pas faire de mal. Quitte à ce que les alter mondialistes aient un slogan, je préfère que ce soit « commerce équitable » plutôt que « juste reconquête », « lutte finale », ou « dictature du prolétariat ». Ce qui suscite ou peut susciter l’enrichissement, c’est effectivement le commerce, le libre échange, et pas la guerre, la spoliation, ou le protectionnisme. Les promoteurs du commerce équitable souhaitent que les pays pauvres obtiennent de l’argent des pays riches, et ils veulent que cet argent soit obtenu en échange du fruit du travail des habitants de ces pays pauvres. C’est effectivement la solution la plus prometteuse.
Mais il n’y a pas que « commerce », qui me plait. A la réflexion, « équitable » me plait aussi. A quoi peut bien s’opposer le « commerce équitable » ? Qu’est-ce que le « commerce inéquitable » ? On pourrait penser, et c’est peut-être l’idée originelle des partisans du commerce équitable, qu’il s’agit, de la part des riches, d’acheter à bas prix les biens produits dans les PVD par des travailleurs sous-payés. Cet argument-là, soyons clairs, est parfaitement irrecevable. Le fait que les ouvriers chinois soient moins bien payés que les ouvriers suédois n’a rien d’inéquitable. Il y a 5 siècles, les travailleurs scandinaves étaient nettement moins productifs qu’aujourd’hui, et ils étaient en toute logique nettement moins bien payés. Ce qui s’est produit entre-temps, c’est que la Scandinavie s’est développée, a accumulé des moyens de production et, surtout, a amélioré son niveau technologique. Le résultat est que les ouvriers suédois sont devenus très productifs, et qu’ils sont donc bien payés. Il est parfaitement normal que, dans les pays qui n’ont pas connu le même développement que les membres de l’OCDE, les ouvriers soient moins productif. Cette moindre productivité implique des salaires moindres. Y a-t-il quelque chose d’immoral, de la part des pays riches, à profiter de l’existence de cette main d’œuvre bon marchée dans les PVD pour obtenir des produits à bas prix ? On pourrait répondre par l’affirmative si le commerce international aggravait le retard des PVD, et tendait à faire baisser les salaires dans les pays pauvres. C’est le contraire qui se passe. A mesure qu’elle nous envoie des habits, la Chine se développe, et les salaires des ouvriers chinois tendent à augmenter. Le commerce international est un jeu à somme positive. Et s’il faut chercher des perdants au développement du commerce international (ils existent), le modèle HOS, les faits, et même la simple logique montrent que ce n’est certainement pas chez les travailleurs des pays pauvres qu’il faut les chercher.
Pourtant, il y peut y avoir deux bonnes raisons de réclamer un commerce plus équitable.
La première qui me vient à l’esprit, c’est que le marché des matières premières peut être faiblement concurrentiel du côté de la demande. Si un faible nombre d’acheteurs interviennent sur le marché du café, alors on peut s’attendre à ce que ceux-ci obtiennent un prix inférieur à ce qu’il serait si le marché était concurrentiel. Si c’était vrai, on pourrait comprendre qu’une démarche visant à corriger cette sous-évaluation de la production soit qualifiée d’« équitable ».
Je ne connais rien au marché des matières premières. Si un des lecteurs de ce blog a des informations à apporter sur la question, il est le bienvenu. Ceci dit, je ne pense pas que la thèse de l’oligopsone soit valable. Cette illustration, extraite du site de Max Havelaar, présente la décomposition du prix d’un paquet de café, selon qu’il est équitable ou pas :
Si oligopsone il y a, où se cache-t-il dans ce schéma ? A priori, c’est dans la rubrique « intermédiaire ». Les intermédiaires « récupèrent » 6 centimes d’euro dans le café inéquitable. Ils ne prennent rien chez Havelaar. On voit qu’on est loin d’expliquer avec 47 cts de « bonus » qui reviennent au producteur quand on passe de l’inéquitable à l’équitable. D’autant que ces 6 cts qui disparaissent sont plus que compensés par l’apparition de 5 cts destinés au label Havelaar lui-même, et de 8 cts de frais de gestion de la coopérative. L’idée que l’opération consisterait à restituer au producteur la marge indue des intermédiaires est invalidée. En fait, ce schéma est quand même sacrément mal fait. Pourquoi des frais de coopérative apparaissent-ils dans le commerce équitable, et pas dans le standard ? N’y a-t-il pas de coopérative dans l’inéquitable ? De même, il est difficile de savoir tout ce que recouvrent exactement les « coûts d’importation, de torréfaction et de distribution », et les comparaisons sont rendues difficiles car ces coûts sont variables. Y a-t-il dans ce poste des rentes récupérées par les producteurs grâce à Havelaar ? Toujours est-il que ce qui semble ressortir de ces chiffres, c’est que le supplément de rémunération des producteurs vient essentiellement du supplément de prix payé par le consommateur.
La seconde raison de se réclamer du commerce équitable est plus convaincante.
Un des problèmes dont se plaignent les agriculteurs des PVD, c’est la concurrence déloyale qu’ils subissent de la part de l’agriculture hautement subventionnée des pays riches. Comment leur donner tort ? La surproduction des pays développés fait pression à la baisse sur les prix. Aucune logique économique ne permet de justifier ces subventions et cette surproduction. La seule justification est politique. Les agriculteurs, s’il ne représentent, comme l’a justement rappelé Tony Blair, qu’une modeste fraction de la population active, sont mobilisés, et donc susceptibles de faire basculer des élections. Comment qualifier cette situation, sinon de « commerce inéquitable » ? (Notons, toutefois, l’existence d’un débat entre économistes sur ce que serait l’impact d’un arrêt des subventions : en renchérissant le coût de la nourriture, il n’aurait pas que des effets bénéfiques pour les PVD, en particulier pour les populations non agricoles). Il est d’ailleurs notable que cette interprétation du commerce équitable est utilisée par Joseph Stiglitz, dans un des ses numéros habituel de jonglage pour flatter les altermondialistes sans se discréditer du point de vue académique.
Enfin, voici le plus important des arguments qui m’empêchent définitivement d’être hostile au commerce équitable : de quel droit serais-je contre ? Voici des gens qui ne demandent rien à personne, et qui arrivent à obtenir un meilleur prix des biens qu’ils fabriquent. Il ne s’agit pas d’une taxe à l’importation, d’un impôt, d’une restriction à une liberté individuelle, mais uniquement d’un argument de vente. J’ai commencé ce billet en parlant d’un « argument marketing douteux ». Et alors ? Toutes les grandes entreprises utilisent des tas de concepts marketing douteux ! N’est-ce pas là une liberté fondamentale, d’utiliser des arguments marketing douteux ? Ai-je jamais reproché à une multinationale d’en faire autant ?Quelle est l’inspiration colonialiste douteuse qui me pousse à contester le bien fondé d’une démarche de producteurs qui cherchent un moyen parfaitement légal de maximiser leur profit ? Pas de menace, pas de barrière à l’entrée, pas de monopole légal, juste un produit bien marketé.
Finalement, si c’est bon pour eux, c’est bon pour moi. Ca ne résoudra certes pas le problème de la pauvreté dans le monde, mais, aller, je m’en remets une petite tasse…


Commentaires
commerce "equitable" ===>>> bad bad
www.adamsmith.org/blog/ar...
Brillant..
Vraiment. J'ai non seulement appris, mais tu as permis à mon maigre cerveau de mettre un raisonnement sur ce qu'il croyait sentir.
Une question cependant. Les subventions agricoles des pays riches, ok. Mais ça ne concerne en rien certaines matières premières dont le café qui sert içi de "référence". donc ?
A quand un nouveau label : "orthographe équitable", qui donnerait aux perdus de l'orthographe le droit de s'essprimer sans des intermédiaires (correcteur orthographique...) ?
Alalala
Pourquoi me suis je spécialisé en recherche fondamentale ?
Jeune, l'économie ça m'intéressait : comprendre le monde, éradiquer la pauvreté. Mais bon les études afférentes portaient plus sur du marketing bête et stupide. Abandon. Mes tentatives de retour via des stages estudiantins dans des organismes d'aide au "développement" .... qui m'évoquaient trop le passé colonialiste de notre pays.
Donc là, je rend compte que je suis quand même un rien largué dans ma compréhension du Monde. Il me manque des bases. Bon un peu "d'éducation populaire" s'impose :-)
Ceci dit, je n'ai pas besoin d'avoir fait d'études (je fais peuple là ?) pour ressentir que le commerce équitable ne l'est pas, tant qu'il ne concerne , je ne sais pas 0,002% du volume globale.
Jck : ce lien est intéressant. Quelques commentaires :
« Fairtrade helps relieve middle-class guilt. »
Oui, c’est une niche. C’est à ce genre de choses que je pensais quand je parlais de marketing. Je vois bien ce qu’il peut y avoir de cynique là dedans, mais bon, ça rapporte, donc tant mieux pour eux !
« We should help people adapt, not encourage them to stay in outdated jobs »
Je voulais en parler, de ça. C’est un argument valable si on considère que les coûts d’adaptation sont d’autant plus élevés que la décision de changer de voie est prise tardivement. Est-ce vraiment le cas ? Il me semble que, tôt ou tard, les coûts d’adaptation seront encourus. En attendant, autant gagner le plus possible, quitte à ce que ça retarde un peu le changement d’activité.
« 25% of the world's Fairtrade coffee comes from Mexico, a relatively affluent country where the average income is $9000 (compared with $700 for Ethiopia) »
Oui, ça c’est un argument valable. En attendant, les mexicains ne volent pas les éthiopiens.
Emmanuel : « le prix du café (auquel ne se limite pas le "commerce équitable", mais passons) »
Ouais. En même temps, si j’avais été en train de manger un plat d’asperges quand l’inspiration m’est venue, j’aurais sans doute parlé d’autre chose :-)
« une étude sur la chaîne de valeur du café, qui semble confirmer la thèse de l'oligopsone.
www.aittfodela.com/pages/... »
Ah merci ! Je cherchais quelque chose comme ça. Je n’ai pas eu le temps de le lire, mais je le ferai.
« La grande question est de savoir que faire face à ce genre de situation : régulation concertée de la production façon OPEC (ce que fait plus ou moins l'ICO), fonds de stabilisation au niveau mondial, développement d'instruments financiers pour se couvrir contre une baisse des cours ? »
(attention, je traverse ma petite crise d’ultralibéralisme primaire) Ah, mais, mon bon monsieur, si les droits de propriété étaient correctement définis, des instruments financiers auraient déjà été développés depuis longtemps ! (Je sais pas si ça se soigne. Ca me prend de plus en plus souvent. C’est grave ?)
Emmanuel, VilCoyote et Paxatagore : quand j’ai vu qu’il y avait 10 commentaires, j’aurais bien du penser que la moitié allait être consacrée à ma pathologie dysorthographique. Aucun respect pour les infirmes… (en même temps, si je me relisais un peu plus attentivement. Bon, tout-à-l’heure, tante Ivement n’était pas là. Mais j’aurais pu le relire à oncle Ivement. Désolé.)
Eviv : « Jeune, l'économie ça m'intéressait : comprendre le monde, éradiquer la pauvreté. Mais bon les études afférentes portaient plus sur du marketing bête et stupide. Abandon. »
Ah, une victime des sciences de gestion ! Rien n’est perdu, ‘faut s’accrocher :-)
Eviv : « Une question cependant. Les subventions agricoles des pays riches, ok. Mais ça ne concerne en rien certaines matières premières dont le café qui sert içi de "référence". donc ? »
Donc oui, dans le cas d’espèce, l’exemple du café est mal choisi. J’ai une petite forme moi, en ce moment. Disons que ces subventions font pression à la baisse sur les revenus agricoles. Pression qui peut se répercuter sur les revenus des agriculteurs en général.
Emmanuel : j’ajoute que si la thèse de l’oligopsone se confirme, je n’arrive pas à voir où cette rente disparaît dans le schéma de Max Havelaar. Parce qu’avec 6 cts pour les intermédiaires d’un côté, contre 13 cts pour Havelaar et la coopérative de l’autre, le compte n’y est pas. A moins que ça ne soit dans les « coûts d’importation ». C’est peut-être ça. Toujours est-il que le gros de la différence est payé par le consommateur.
liberalorder.typepad.com/...
Pour ajouter quelques pierres à l'édifice : le café equitable a vraiment mauvais goût. Je me suis toujours demandé si cela faisait partie du marketing doloriste tendance "je fais vraiment une bonne action".
Sur la concurrence "déloyale" à cause des subventions agricoles, elle touche les pays à revenu intermédiaire type Brésil, Argentine ou Mexique, beaucoup plus que les pays très pauvres; quoiqu'il est possible que le café soit dans le même cas que le coton, c'est à dire une exception. Désolé de m'autociter, mais :
econoclaste.org.free.fr/m...
POur le reste, le défaut du commerce équitable, tel que cité par l'ASI, est vrai : cela perturbe le signal envoyé par les prix. J'ajouterais que cela pose un problème d'incitations : si je dois avoir l'air misérable pour pouvoir vendre mon produit plus cher que mon voisin, quel intérêt ai-je à m'enrichir? J'ai plutôt intérêt à conserver un personnel analphabete et sous-payé pour faire des plus jolies photos sur les boîtes max havelaar plutôt que de mécaniser ma finca.
AD : « Pour le reste, le défaut du commerce équitable, tel que cité par l'ASI, est vrai : cela perturbe le signal envoyé par les prix. »
Et pourquoi ça le perturbe ? Il n’y a ni taxe, ni subvention, ni restriction. S’ils le vendent à ce prix, c’est parce que des consommateurs ont ce consentement à payer. Vous raisonnez comme si les deux types de café étaient identiques. Ce n’est pas le cas ! Une boîte de café avec une photo de villageois péruviens et le logo Max Havelaar a plus de valeur, puisque les gens sont prêts à payer plus, car en plus de l’utilité qu’ils retirent du café, ils ont l’impression d’être d’honnêtes citoyens du monde. C’est stupide, mais l’utilité, c’est subjectif. Quelques bouts de tissu, ça ne vaut rien. Assemblés par Gautier, ça prend une valeur considérable. Pourquoi ? probablement parce que les gens qui portent du Gautier se croient raffinés. C’est stupide, mais ils sont prêts à payer pour ça. Je ne vais pas aller dire à Gautier que son activité fausse le signal envoyé par les prix sur le marché des habits, et donc qu’il est dans son intérêt d’arrêter de vendre des robes à ce prix là.
« si je dois avoir l'air misérable pour pouvoir vendre mon produit plus cher que mon voisin, quel intérêt ai-je à m'enrichir? »
ça dépend. Si ça vous rapporte plus de vous enrichir, quitte à perdre le bénéfice de l’image, il faut le faire. Si ça vous rapporte moins, c’est qu’en fait, ça ne vous enrichit pas, donc il vaut mieux ne pas le faire. (Hum, il faut vraiment que je fasse quelque chose, car ma crise vire à l’Autrichien, là…)
"j’aurai pu acheter mon café au prix du marché, et par ailleurs donner 50 cts à une association humanitaire intervenant au Pérou."
Attends, impression de déjàvu... j'ai lu ça en anglais il y a moins d'une semaine, chez un academic américain. Mais lequel ? Mahalanobis ? Marginal Rev. ? Brad DeLong ? Volokh ? J'ai oublié.
Ce qui me frappe dans la décomposition des couts, c'est que justement dans le modèle traditionnel il n'y a rien de frappant, d'injuste.
Je pensais que les intermédiares s'en mettaient plein les poches.
En fait on voit que si les producteurs gagnent peu cela signifie qu'il y a sans doute surproduction.
Une autre solution cela serait pour ces pays de transformer les produits car c'est là qu'on gagne de l'argent (1,45/1,8 €).
Sauf que... "l'escalade tarifaire" fait que les produits transformés sont soumis à des droits de douane nettement plus élevés que les produits bruts. Résultat : l'Allemagne et la Belgique sont le splus gros exportateurs de café au monde, en réexportant du café torrefié. Et la part de marché des PED dans les produits transformés n'arrête pas de diminuer. Encore de la "dirty tariffication" à l'européenne.
Texte lumineux, y compris la conclusion. Question: si le consommateur consent à payer plus pour acheter une idée généreuse, est-ce que cette idée comporte une partie de langue de bois (politique ou économique).
Garde mots : certainement, mais si de modestes paysans péruviens peuvent s'enrichier sur le dos de notre propension à la langue de bois, je ne vais pas les en blamer !
J'avais oublié de répondre à cela : "Et pourquoi ça le perturbe ? Il n’y a ni taxe, ni subvention, ni restriction. S’ils le vendent à ce prix, c’est parce que des consommateurs ont ce consentement à payer. Vous raisonnez comme si les deux types de café étaient identiques."
Si je vois une personne mendier dans la rue, et une autre lui donner une pièce, je ne vais certainement pas condamner moralement le comportement de l'un ou de l'autre. On pourrait très bien (c'est un peu votre argument favorable au commerce équitable) déclarer qu'il y a là prestation de service : le mendiant ne fait que fournir moyennant paiement au donneur l'occasion de se sentir bon et généreux. Le commerce équitable vu dans ce sens accomplit l'exploit de dissimuler la charité sous l'efficience marchande : en ce sens il a la possibilité de faire l'unanimité en sa faveur.
Sauf que sous l'habillage - et vous le montrez fort justement - cela reste de la charité et que personnellement, j'ai du mal à considérer la charité comme modèle d'enrichissement pour les pauvres. Parce qu'il y a des effets secondaires. Après tout, il fut un temps (peut-être pas terminé) dans lequel en Asie du Sud-Est, on faisait volontairement des mutilations suppurantes sur des enfants pour qu'ils soient plus à même d'apitoyer les donneurs charitables : la "concurrence" sur ce marché n'est pas sans effets externes négatifs, parce qu'il n'y a qu'un seul avantage compétitif : avoir l'air plus malheureux que le voisin. Tant qu'à vendre du vent, je préférerais encore qu'ils vendent du "biologique" : cela me paraît plus pérenne.
Le signal du marché dans les matières premières, c'est "le prix est bas, il faut produire autre chose". C'est d'une très grande brutalité : mais cela me paraît plus propice au développement que le signal "tant que j'aurais l'air pauvre, je pourrais bénéficier du complexe de culpabilité judeo-chrétien des occidentaux".
alexandre delaigue: ""l'escalade tarifaire" fait que les produits transformés sont soumis à des droits de douane nettement plus élevés que les produits bruts."
Tout à fait. Mais je ne pense pas que l'on soit prêts à vouloir perdre volontairement l'avantage que nous donne notre position de force. D'un côté, je vois que c'est ce genre de taxes qui niquent injustement les pays producteurs de café (pour prendre cet exemple). D'un autre côté, je me dis que si c'était torréfié là-bas, ça ferait des chômeurs ici (qu'on obligerait bientôt à faire la plonge dans un resto pour faire baisser les statistiques du chômage). C'est triste ce genre de struggle for life...
Antoine Belgodere: "Si tous les membres des classes moyennes occidentales acceptaient de donner 20% de leur revenu à l’aide humanitaire, le résultat serait le même."
Et si c'étaient les riches qui donnaient 20%? (c'est juste une question sans sous-entendu)
Salut,
Je n'ai pas encore lu le reste de l'article mais je tique d'ores et déjà sur le 2ème paragraphe : "cette démarche visant à vendre des produits en provenance de PVD à un prix supérieur à celui du marché".
Pour moi, le commerce équitable ne vise pas à vendre ces produits à un prix supérieur à celui du marché, mais à reverser davantage au petit producteur, ce qui a pour conséquence d'avoir des produits "commerce équitable" vendus à un prix supérieur. Le prix plus élevé n'est donc pas l'objectif mais la conséquence... Non ?
Allez, je continue ma lecture...
Bon, après avoir relu mon commentaire, je me trouve un peu dur, puisque je n'ai pas repris votre phrase dans son entier :
"Le commerce équitable, c’est cette démarche visant à vendre des produits en provenance de PVD à un prix supérieur à celui du marché, afin d’aider les petits producteurs locaux."
N'empêche que même ainsi, il me semble qu'il aurait mieux valu dire que (je me lance) le commerce équitable est une démarche visant à aider les petits producteurs en provenance de PVD, en vendant leurs produits à un prix supérieur à celui des marchés, pour leur reverser le différentiel.
Après, sur les questions purement économiques, je vous laisse gérer.
Je n'y connais rien en économie et je m'intéresse de très loin au commerce équitable. Je me demandais juste un truc: s'il faut répondre à des critères du style: "conditions de travail correctes et revenus décents" comment font les petits producteurs qui n'ont aucun moyen pour accéder au commerce équitable et acquérir des moyens?...
J'ai survolé rapidement l'article. Je ne le lirai pas en entier!
Il existe une différence fondamentale (et en ce qui concerne le commerce équitable fondatrice) entre acheter "du café équitable 50 cts plus cher que du café standard Ces 50 cts sont reversés aux villageois péruviens qui ont récolté le café" et "acheter mon café au prix du marché, et par ailleurs donner 50 cts à une association humanitaire intervenant au Pérou" le lien selon cet article étant "C’est très bien, mais on aurait pu obtenir (mutatis mutandis) le même résultat ".
Non. Car ici la manière prime sur le moyen (c'est l'idée qui est résumée par la formule "Trade, not aid" formulée à la Cnuced de Genève en 1964): ce n'est pas de la charité, mais le prix d'un travail pénible (parfois à un tel point qu'il est inconcevable pour un internaute enfauteuillé). Entre recevoir de l'argent sous forme d'aumône et en recevoir sous forme de salaire, il y a une différence insurmontable.
Seconde remarque: les coopératives n'existent effectivement pas dans ce que l'association Max Havelaar appelle "système traditionel". Il suffit pour s'en persuader de se pencher sur le système agricole latino américain (latifundia et minifundia). En revanche elle sont présentes dans le système du commerce équitable. Cette présence pouvant être, elle, critiquable.
Le commerce équitable est certainement à de nombreux égards problématiques et criticables. Mais pas à ceux détaillés dans l'article, pour ce que j'en ai lu au moins.
Le journalisme, même amateur, même virtuel, recquiert une étude rigoureuse du sujet traité, dans un souci d'objectivité.
Clem : "J'ai survolé rapidement l'article. Je ne le lirai pas en entier!"
C'est pas grave
là je suis en cours de PPCP et notre sujet cette année c'est... LE COMMERCE EQUITABLE !!
Au dèbut, je me disai "c'est cool le CE, c'est bien pour les pauvres paysans qui ce casse le ... pour les pays riche et qui sont payés au lance pierre, enfin quand ils sont payés..."
mais maintenant que j'ai lue ce "coup de gueule" je me dis
"Merde c'est vrai, on ce fait autant avoir que les paysans !!!"
En faite le faite que cette solution soit nouvelle nous pauvres moutons suivons le troupeau !!
Et bien merci à toi car maintenant je m'écarte de ce troupeau quite à me faire dévorer par le grand méchant loup!!
Bonne continuation.
je ne connaissez rien du commerce equitable et cette année je suis en premiere année de BAC pro comptabilité et dans le cadre de notre projet pluridisciplinaire a caractére professionnel j'ai appris ce qu'étais le commerce équitable. merci noémie
je ne connaissez rien du commerce equitable et cette année je suis en premiere année de BAC pro comptabilité et dans le cadre de notre projet pluridisciplinaire a caractére professionnel j'ai appris ce qu'étais le commerce équitable. merci
peut-être que tout cela est vrai ! peut-être qu'au fond il s'agit quand même de marketing ! mais pourquoi douteux ?Vous êtes tous bien nourris, riches, puisque devant un ordinateur ! Alors dites vous que si vous étiez à la place des 1 milliards d'agriculteurs dans le monde qui cultivent à la main et ne sont pas en mesure de satisfaire leurs besoins élémentaires parce que l'on achète pas assez cher ce qu'ils produisent, vous seriez bien heureux qu'ils y ait des personnes qui y croient, cautionnent, promeuvent cette démarche. Enfin, il y a une prise de conscience internationale ! enfin à notre petit niveau nous pouvons faire quelque chose pour aider ces personnes à se nourrir, se vêtir, s'instruire, développer leur outil de production, et devenir autonome par leur travail !
Un ouvrier suédois est beaucoup plus productif qu'un nigérian, et est payé en conséquence. J'ai juste un peu de mal à voir pourquoi c'est équitable (puisque ce n'est pas inéquitable). La science économique est à mon avis là pour éclairer autant qu'elle le peut le fonctionnement des activités humaines, pas pour les justifier a posteriori par des concepts moraux pour le moins discutables.
Par ailleurs, je suis assez d'accord pour dire que la cession aux producteurs d'avantages financiers sans aucune contrepartie n'est pas forcément souhaitable. Mais du fait de son caractère un peu particulier, la relation entre un producteur de produits du commerce équitable et l'organisation à laquelle il fournit ses produits peut aider le producteur à améliorer sa technologie de production (pour faire économiste); dans la mesure où des standards de qualité font également partie intégrante du concept (cf. site de Max Havelaar France) et où la relation entre un producteur et ses clients peut aider certains producteurs à se structurer (il y a un papier qui parle de ça dans un contexte assez différent: ideas.repec.org/a/aea/aec...
Peut-on réellement croire à ce genre d'idée, dans le fonds je n'en sais rien, mais personne n'a pour le moment (pour le peu que j'en sache) essayé de regarder sérieusement et objectivement (ce qui par ailleurs ne serait pas si facile que ça).
Salut à tous,
Pour ceux que cela intéresse, je reviens tout juste du Vietnam ou je suis en train de monter un programme de commerce équitable.
L'objectif est de créer une filière équitable dans le secteur de la noix de cajou. Voici le lien de mon blog qui est en début de construction:
www.fairtradevietnam.blog...
En ce qui est de mon opinion sur les bien fondés du commerce équitable, vous vous en doutez sûrement. Sans tomber dans la démagogie, je pense que le commerce équitable est un excellent moyen pour conscientiser les gens, via l'acte d'achat, sur les problèmes de pauvreté dans le monde. De plus, je suis convaincu que même si le commerce équitable ne va pas résoudre tous les maux du monde, cet outil continuera à croître au fil du temps et à contribuer ainsi à l'opérationnalisation des grands enjeux du développement durable.
Pour ceux souhaitant comprendre plus en profondeur mes opinions sur le commerce équitable, veuillez consulter le lien suivant:
reflexionsdejerome.blogsp...
Sur ce, bonne fin de journée.
Jérôme.