Travailler plus pour gagner plus
Par Antoine B. le vendredi 10 juin 2005, 14:01 - Lien permanent
Billet écrit pas VilCoyote
L'article 25 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 concernant les droits et obligations des fonctionnaires prévoit qu'ils "doivent consacrer l'intégralité de leurs activités professionnelles aux tâches qui leur sont confiées".
L'article 25 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 concernant les droits et obligations des fonctionnaires prévoit qu'ils "doivent consacrer l'intégralité de leurs activités professionnelles aux tâches qui leur sont confiées".
Le leitmotiv du gouvernement depuis 2002 est qu'il faut pouvoir choisir de travailler plus pour gagner plus - ce slogan étant principalement conçu contre les 35 heures. Soit. C'est vrai, après tout, que dans un pays où la constitution proclame le droit au travail (en adhérant à la déclaration des droits de l'homme), il n'est pas normal d'empêcher les gens de travailler (ce qu'on ne confondra pas avec leur-filer-un-boulot-gratos-sans-qu'ils-en-branlent-une-pour-le-trouver-parce-que-ce-serait-marqué-dans-la-constitution).
Or, sauf exceptions, les fonctionnaires n'ont pas le droit d'exercer d'activité privée. Pourquoi?
Serait-ce pour une raison morale? Civil servants, nous n'aurions pas le droit de jouer des deux côtés de la barrière, de manger à tous les râteliers, publics et privés? Nous devrions être dévoués corps et âme au service désintéressé de la nation, et toute intrusion dans la sphère ignominieuse du profit privé relèverait de la haute trahison? Si les activités ne sont pas incompatibles (genre ministre de la Défense et PDG d'un groupe d'armement) et que l'activité privée ne nuit pas à la bonne réalisation de la tâche publique, on en voit mal la raison.
Ou bien considère-t-on que les fonctionnaires, privilégiés par leur statut, n'ont pas le droit d'aller se faire de l'argent de poche dans le privé, au détriment des pauvres chômeurs qui auraient bien volontiers pris cet emploi? Mais le slogan travailler plus pour gagner plus implique, comme nous le disent Cahuc et Zylberberg, que le travail ne se partage pas; donc si travailler 35 heures au lieu de 39 ne crée pas d'emplois, pourquoi travailler 39 au lieu de 78 en créerait?
Moi, du haut de mes 18 heures de cours et 1340€ nets, j'aimerais peut-être pouvoir travailler un peu plus, histoire d'arrondir les fins de mois. Mais je n'en ai pas le droit. Pourquoi le gouvernement, qui nous bassine avec le déclin de la valeur travail, la France comme parc de loisirs etc... n'abroge-t-il pas cette loi? En plus, ça pourrait faire croire aux gens qu'on peut être fonctionnaire ET travailler. Manquerait plus que ça, tiens.


Commentaires
Cette loi est fantastique (sens propre). Elle est déjà partiellement abrogée de facto (exemple : universitaires qui travaillent dans des cabinets de consulting).
Mais il y a tromperie sur la marchandise quand, pour exemple, ce post retient un emploi du temps de 18 heures. Pour un prof du secondaire, au moins 50% de la charge de travail est invisible (domestique) et/ou extra-planifiée (surtout pour le privé).
Ce qui me gêne vraiment, c'est qu'un maître de conf puisse s'en tirer sans publier avec 6h/mois (et une présence en cours parfois assez effacée, de surcroît). Mais je ne pense pas que la solution soit dans la loi de 1983.
Quelle est la valeur pecuniaire de la securite absolue de l'emploi ? Elle est peut-etre de facto compensee en nature par cette interdiction (et d'autres choses).
Rien n'empeche a un fonctionnaire de passer consultant ou professeur particulier dans le privé et travailler 35h par jour s'il se sent bridé par cette interdiction. S'il ne le fait pas, en suivant la theorie liberale individuelle classique c'est qu'il estime que c'est moins profitable pour lui :).
Laurent
Coyote : alors, ces premières vacances d’été, pas trop angoissantes ? ;-)
Plus sérieusement, c’est une bonne question, à laquelle aucun raisonnement macroéconomique n’apporte de réponse. La loyauté ? Tss…
Le seul argument que je vois est le suivant : comme vous avez la sécurité de l’emploi, il y a un risque que vous ne négligiez le travail que vous faites pour l’Etat au bénéfice de l’autre boulot. C’est pas très convainquant, mais j’ai pas mieux en stock…
La raison initiale de cette interdiction doit tenir à de possibles conflits d'intérêts entre activités privées et service de l'Etat. A mon avis, les cas de conflits d'intérêts sont très peu nombreux, et cette interdiction ratisse beaucoup trop large.
Mais à l'inverse, historiquement, le statut de fonctionnaire s'explique par l'indépendance dont les employés de l'Etat doivent jouir vis-à-vis de toutes sortes de pressions du politique, d'intérêts privés, etc... Il est clair que très peu de fonctionnaires sont réellements soumis à de telles pressions, et pour ceux-là seulement leur statut est justifié.
La meilleure solution serait donc à mes yeux d'abroger l'interdiction d'exercer une activité professionnelle additionnelle pour tous ceux qui renonceraient à leur statut de fonctionnaire.
Je pense qu'Etienne est dans le vrai, pour ce que j'ai moi-même pu comprendre de cette règle.
Concernant ce que dit Antoine, si c'est imaginable, c'est trompeur à bien des égards.
Cela suppose que l'effort du fonctionnaire n'étant pas observable, il convient de réduire les opportunités de se consacrer un peu trop à d'autres activités. On comprend bien que parmi ces autres activités, il y a aussi le bullage, voire pire, la rédaction de sites Internet...
Dès lors, ça ne tient pas la route.
Le cas des profs a été évoqué. Ils ont le droit de cumuler certaines activités, étant limités à une liste. Cette limitation pose problème. Prenons le cas des enseignements technologiques ou professionnels. Est-il cohérent de recruter des enseignants à la sortie de l'école et de ne pas leur donner la possibilité de cumuler (au moins temporairement, selon des termes à définir) un emploi en tant que professionnel du domaine dans lequel ils enseignent ? Peut-on sérieusement penser que cela nuira forcément à l'institution qui les emploie ? Il y a surement au contraire des pertes en matière d'apprentissage par la pratique, dont leurs élèves sont les premières victimes. Il est ensuite assez facile de dire que les enseignants sont déconnectés de la production. En matière d'immersion dans l'entreprise, on propose des stages contingentés en place et en durée. Pourquoi ne pas profiter de la possibilité que peuvent avoir certains de faire progresser leur expertise, par des moyens moins centralisés et plus appropriés ?
Car, en parallèle, qu'apporte par exemple les heures de cours particuliers, les cumuls d'heures dans des organismes de formation professionnelle (publics de préférence), heures acceptées, elles ? Rien de très intéressant à mon sens.
Je ne consteste pas le principe de cette loi, il y a des arguments qui peuvent soutenir ses termes. Mais, je constate qu'elle véhicule une logique assez étriquée.
En ce qui concerne plus spécifiquement les enseignants, il me semble qu'on en revient à une idée simple : il n'y a pas de GRH à l'Education nationale. Les enseignants sont appelés à faire preuve de psychologie avec leurs élèves, de rechercher leur épanouissement personnel dans un cadre institutionnel. Mais qui fait de même pour eux ?
Bon, si ce n'était que ça... Mais c'est un point critique.
Toujours sur ce thème, celui que je connais le mieux par la force (faiblesse ?) des choses, j'ai une question à soumettre au peuple : la notion de productivité existe-t-elle dans l'enseignement ?
Pour finir, je lis guerby parler de "compensation". Cette logique du sacrifice est bien étrange pour moi. Qu'est-ce qui justifie de "compenser" ? Quel critère de justice sociale peut soutenir qu'une personne dont l'emploi est garanti à vie ne doit pas cumuler à côté ? J'ai bien deux idées, que je ne trouve pas convaincantes :
- le partage du travail
- le rejet de l'envie
Et, pour éviter tout procès d'intention, je signale que je ne suis pas un ardent défenseur du statut de fonctionnaires des enseignants.
J'en profite, puisque VilCo a parlé de ses 18 heures de cours (en fait, sauf erreur de ma part, le voyou n'en a que 6 cette année normalement, mais il ne l'a pas dit ;o)), oubliez l'idée des 35 heures de présence sur place dans le secondaire. Si on amène ça à un président de conseil général ou régional, il fait une jaunisse. La place manque cruellement dans les établissements du secondaire. Le coût budgétaire serait en fait phénoménal. Car, vous n'imaginez pas de stocker cette populasse, ses livres, ses ordinateurs etc. dans la salle des profs quand même ? Sachant qu'il y a environ 0,5m² par prof dans la plupart des établissements. Il suffit de voir une prérentrée (tout le monde est là en même temps) pour le comprendre. Sinon, bien sûr, on peut aussi réduire les nombres d'heures de cours et libérer de nombreuses salles pour les transformer en bureaux...
"Saligo de balance!"
Ouai... Mais, cela dit, quand on sait que tu as du supporter les heures de Ioufme, je pense que tu seras plus heureux l'an prochain avec trois fois plus d'heures !
Car, précisons que les 6 heures stagiaires sont complétées par les bons conseils des gentils formateurs de l'IUFM... Ce qui est une vraie punition en général.
Arf... T'as fait ça à un "sociologue" du XXème siècle ? :o)
Tu veux vraiment éteindre l'espèce ?
"Un miracle que j'en aie pas tapé un quand même"
Je ne crois pas aux miracles. Ptêt parce que t'étais certifié, non ? Basiquement rationnel. ;o)
J'ai eu la chance de ne pas être dans ce cas...
Et tu crois qu'ils penseraient quoi de la fin du fonctionnariat dans les Ioufmes ?
SM : « Concernant ce que dit Antoine, si c'est imaginable, c'est trompeur à bien des égards.
Cela suppose que l'effort du fonctionnaire n'étant pas observable, il convient de réduire les opportunités de se consacrer un peu trop à d'autres activités. On comprend bien que parmi ces autres activités, il y a aussi le bullage, voire pire, la rédaction de sites Internet...
Dès lors, ça ne tient pas la route. »
Je suis d’accord, ça ne tient pas la route, mais je ne vois vraiment rien d’autre.
"Je suis d’accord, ça ne tient pas la route, mais je ne vois vraiment rien d’autre."
Pour tout te dire, je pense que c'est pourtant ce que doivent penser sans nuances beaucoup de gens. Et là où c'est drôle, c'est que ça se retourne en "protection" du fonctionnaire contre ce genre de remarques.
Salut à tous !
Je viens de lire avec attention tous vous commentaire et je constate trop souvent que dès que l'on parle de fonctionnaires on pense toujours aux profs !!!
Laissez moi rire je fais des cours j'en prépare et je corrige également des copies dans un autre institution et je souris quand j'entends certains se plaindre qu'avec 20h de cours par semaine ils en passeraient le double à préparer les cours puis à corriger des copies. Allons de qui se moquent-on pour affirmer se genre de chose!!! A part pour le jeune enseignant qui dois tou mettre en place oui cela lui prend du temps mais pour ceux qui ont de l'expérience permettez moi à ce jour d'en douter surtout au regard de cette pédagogie descendante ! Pour en revenir donc au cumule des emplois je ne suis pas un expert mais on attrape pas des mouches avec du vinaigre et si vous voulez résoudre se genre de problème commencez par faire en sorte que nos salaires suivent l'inflation et vous aurez certainement moins de demande de fonctionnaires désireux tout simplement d'arrondir les fins de mois. Le fait d'interdir aux fonctionnaires un double emploi ne permettra pas de reduire le chômage. Preuve en est de puis le temps il augmente toujours. Arrêtons également de taxer le travail si vous voulez qu'un pays soit productif et compétitif il faut travailler pour développer et faire valoir nos compétences à l'etranger et être capable de garder nos cerveaux en les payant confortablement et éviter que nos capitaux partent à l'étranger. Ce n'est le fonctionnaire qui est responsable de tout ça. Actuellement l'institution publique ne permet de valoriser le personnel qui travail rééllement et se contente de fonctionner par intéret entre copains, par sournoiserie et jamais dans l'intéret communs. Alors n'ayant le retour de son investissement de son administration certains fonctionnaires désirent cumuler 2 emplois et c'est pas en interdisant que cela va améliorer les choses. Laissons ceux qui veulent travailler libre de leur chois et commencons par inciter les gens à travailler plutôt que d'accompagner le chômage.Au plaisir !