La Chine ne crée toujours pas de chômage
Par Antoine B. le jeudi 2 juin 2005, 23:27 - Lien permanent
Chose promise chose due (lire la suite)
Rappel des faits : En commentaire d’une note brève et corrosive de VilCoyote, le débat s’engage sur l’hystérie xénophobe qui, selon Alexandre Delaigue, s’est abattue ces derniers temps sur la France. Comme il le dit d’ailleurs brillamment sur le blog d’éconoclaste, cette hystérie n’est pas le monopole des partisans du « non » au TCE, puisque les partisans du « oui » nous chantaient un couplet aux accents tout à fait semblables sur le thème : « L’Europe est le meilleur rempart contre les menaces indienne, chinoise, brésilienne et anglo-saxonnes ». Il est certain qu’on peut être pour le moins surpris par le fait que la classe politique soit unanime à faire du commerce international une menace pour l’emploi, alors que les économistes sont unanimes à considérer que ça n’a rien à voir, et (grosso modo) unanimes à prendre le commerce international pour un jeu à somme positive dans chaque pays. Sur ces entrefaites, un Laurent qui n’est pas Guerby nous explique qu’on est vraiment méprisants, et que la théorie des avantages comparatifs ne sert à rien dans un contexte où le capital est migrant. En effet, comme l’avait déjà noté Paul Krugman, « on assiste actuellement à un redéploiement massif du capital et de la technologie des pays à hauts salaires de l'Ouest vers les pays en voie de développement à bas salaires. Ce redéploiement du capital, ajouté à l'invasion de produits d'importation bon marché, est en train de détruire les emplois industriels bien rémunérés qui faisaient vivre la classe moyenne, aux États-Unis comme en Europe. » (oui, évidemment, cette phrase n’a aucun sens, puisqu’elle viole l’identité comptable I-S=M-X, et c’est en fait pour illustrer cette erreur que Krugman invente cette phrase à laquelle il ne croit évidemment pas).
La théorie selon laquelle le commerce avec la Chine crée du chômage a toutefois une vertu qu’il convient de ne pas négliger : elle est une proposition scientifique, au sens poppérien du terme, puisqu’elle est réfutable. Et, faisais-je remarquer à mon interlocuteur, elle est tellement réfutable qu’elle a déjà été réfutée. Mais, problème, cette démonstration de Kimon Berlin ne vaut pas clopinette, puisqu’elle porte sur des données de 1997. Or, selon mon interlocuteur, s’il est évident que la relation ne pouvait pas être établie, à l’époque, entre importations chinoises et chômage, il ne l’est pas moins que la logique économique a changé depuis, et qu’avec des données plus actuelles, on verrait bien que cette relation est apparue entre temps. Ni une ni deux, je commande sur le site de l’OCDE les données du commerce inter pays (série 2002, les plus récentes sont payantes). Je reçois ce mercredi le colis virtuel, sous forme de 7 mails de plus de 15MO en tout. Heureusement que j’étais au bureau quand ils sont arrivés, parce que si j’avais été chez moi, avec mon petit modem bas débit, je ne vous raconte pas la joyeuse soirée téléchargement que j’aurais passée. Bref.
Bien que n’ayant pas que ça à bricoler en ce moment, je perds quand même une petite heure à reconstituer des séries de taux de chômage et d’importations chinoises en part du PIB pour les pays de l’OCDE. Et là, anxieux, je lance la régression simple.
Encore raté.
Bien sur, il faudrait aller plus loin, et faire, comme je le fais habituellement, des régressions multiples pour isoler l’impact d’autres facteurs. Mais vous savez quoi, j’ai vraiment pas que ça à bricoler en ce moment, mais vraiment pas. Si encore je considérais l’hypothèse comme ne serait-ce qu’un peu crédible, je serais prêt à perdre encore une heure ou deux pour affiner l’analyse. Mais là, non. Pour vous éviter de perdre le temps que j’ai perdu, je vous donne les données, vous n’avez qu’à faire du copier-coller. Comme ça, si ça vous chante, vous pourrez les faire vous-même, les analyses plus fines, en vous aidant au besoin de cette petite note expliquant la marche à suivre pour faire de la régression multiple sous excel.
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|
IMP_CHINA %PIB |
chom% |
|
Allemagne |
0,953 |
7,757 |
|
Australie |
1,445 |
6,620 |
|
Autriche |
0,624 |
3,891 |
|
Canada |
1,164 |
7,176 |
|
Corée |
2,760 |
3,769 |
|
Danemark |
0,823 |
4,126 |
|
Espagne |
0,777 |
10,469 |
|
Finlande |
0,827 |
9,047 |
|
France |
0,761 |
8,532 |
|
Grèce |
0,710 |
10,194 |
|
Hongrie |
2,574 |
5,697 |
|
Irlande |
0,970 |
3,715 |
|
Italie |
0,634 |
9,491 |
|
Japon |
1,387 |
4,680 |
|
Mexique |
0,645 |
2,138 |
|
Norvège |
0,586 |
3,549 |
|
Nouvelle-Zélande |
1,780 |
5,291 |
|
Pays-Bas |
2,073 |
2,142 |
|
Pologne |
0,858 |
18,153 |
|
Portugal |
0,286 |
3,824 |
|
Rép.
Tchèque |
1,754 |
8,141 |
|
RU |
0,600 |
6,664 |
|
Slovaquie |
1,110 |
19,167 |
|
Suède |
0,488 |
5,064 |
|
Suisse |
0,535 |
2,360 |
|
Turquie |
0,636 |
5,790 |
|
USA |
1,013 |
4,685 |
Mais, m’objectera-t-on encore, ces données datent de 2001, et on est en 2005. Oui, je sais. Pardon, mais les données gratuites s’arrêtent à la cuvée 2002, qui présente des chiffes jusqu’à 2001. Mais par chance, le site de l’OCDE, pour nous mettre l’eau à la bouche, donne gratuitement les données jusqu’à 2003 pour 3 pays, parmi lesquels, oh surprise… la France. On se rapproche ! De 0,76% en 2001, les importations en provenance de Chine sont passées à 0,86% du PIB français. J’ai beau tourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas comment quelques dixièmes de points de PIB pourraient expliquer un chômage français qui tourne autours de 10%.


Commentaires
Sale Crypto Ultra Liberal elististe fier de tes connaissances ! BOUUHHH !
...
( j'imite bien? )
ouah, de l'économétrie avec 27 points et une variable, c'est trop fort!! Surtout que cette variable est complètement endogène. En fait c'est pas la première fois que je vois ça sur ce blog; construis moi un modèle DSGE, calibre le sur l'économie française, mets des rigidités sur le marché du travail français, et introduis du commerce avec la chine, si tu montres que cela n'a pas d'impact sur le chomage, là j'y croirai.
je ne vais pas vraiment cote stat, je ne sais pas trop quoi faire de ces donnees pour en tirer quelque chose mais juste une petite remarque illustree :
le T-shirt qui etait produit en france (et exporte aussi) a 10 euros est maintenant importe de chine a 1 euros en france et chez nos anciens clients, alors bien sur en % de PIB ce n'est pas grand chose mais cela doit faire du chomage. ce n'est bien sur pas un bon exemple car actuellement je pense que dans le textile, la tunisie souffre plus que nous ;-).
On va visiblement pouvoir faire bientot la demonstration avec des voitures chinoises, l'importation en valeur ne sera peut etre pas choquante mais la fermeture (du a la concurrence a l'export) des usines renaut et peugeot risque de se voir ;-).
En fait ce qui m'embete le plus, ce ne sont pas les importations mais l'exportation des investissements, je ne serais rassure que lorsque la chine investira aussi massivement chez nous, car intuitivement il doit etre possible de faire un lien entre le taux d'investissement, les investissements a l'etranger par nos companies et le taux de chomage.
c'est une petite reaction a chaud, assez paresseuse, alors pardonnez moi les betises ;-), je ferai joujou avec spss si besoin.
A mon tour de faire une petite réaction de béotien : Regarder uniquement la croissance en France des importations en provenance de Chine pour faire le lien avec le chomage me parait très court pour en tirer des conclusions dans quelque sens que ce soit !!
Ne peut-on pas imaginer aussi que la croissance de ces importations dans tous les autres pays partenaires commerciaux de la France a aussi un impact très sérieux sur la situation de nos entreprises et leur positionnement sur le marché global ?
De plus, le problème n'est évidemment pas uniquement chinois. Peu importe pour les salariés lorsqu'ils sont licenciés pour cause de délocalisation, si l'entreprise va s'installer en Chine ou en Bulgarie (pour des raisons de facilité culturelles et de "proximité").
Le problème lorsqu'il est évoqué est appelé "problème chinois" car il est clair que le système capitaliste dictatorial chinois est le plus efficace qu'on puisse imaginer. Et dans un monde où l'efficacité fait valeur fondamentale ...
Kit : « construis moi (...) »
Avant de me donner des instructions de recherche, il va falloir que vous deveniez mon supérieur hiérarchique. Avant de me les donner en me tutoyant, il va falloir que vous deveniez mon ami. Pour devenir mon supérieur hiérarchique, il va falloir vous méfier de certaines affirmations définitives. Exemple :
« cette variable est complètement endogène »
Il faut être très prudent avec ce genre d’affirmations. Si vous aviez dit « il y a peut-être un problème d’endogénéïté », j’aurais loué votre prudence scientifique. Mais là, en disant « complètement endogène », vous êtes « complètement ridicule ».
On raisonne en logarithmes.
Si je régresse :
E = B + b(M – Y)
Avec E: ln(taux d’emploi), M : ln(importations) Y : ln(PIB)
J’obtiendrai une estimation de « b », qui est l’élasticité du taux d’emploi par rapport au poids des importations dans le PIB.
Mais ça ne veut rien dire, car il y a une endogénéïté complète. Alors voyons ça.
Le PIB lui-même dépend du taux d’emploi :
Y = A + a(E+L)
Avec L ln(population active)
Et les importations dépendent elles-mêmes du PIB :
M = C + cY
Bien sûr, pour estimer l’impact des importations sur le taux d’emploi, il faut se concentrer sur l’impact d’une augmentation de la composante exogène des importations sur le taux d’emploi. Autrement dit, la donnée pertinente, c’est dE/dC, et non dE/dM
Faites le calcul, à l’équilibre dE/dC = b/(1+ba(1-c))
Et là, il va vraiment falloir s’accrocher pour me montrer que « c », l’elasticité-revenu des importations, est tellement différente de 1 qu’elle suffit à rendre caduque toute régression simple de E sur M-Y. Pour l’instant, « b » vaut –0,0013, autrement dit, rien du tout. Divisez ça par (1+ba(1-c)) et essayez de me montrer que ça donne un chiffre qui ne soit pas ridicule.
Autre exemple :
« ouah, de l'économétrie avec 27 points et une variable, c'est trop fort!! »
La littérature économique est remplie de ce genre de choses. Ce n’est jamais un aboutissement, comme je l’ai déjà dit dans mon billet, mais ça donne quand même de précieuses indications.
Si vous voulez d’autres estimations de l’impact en terme d’emploi du commerce avec les pays du Sud, vous pouvez lire cette enquête de l’INSEE.
Si on regarde le taux de chômage, peut-être n'y aura-t-il aucune influence des importations chinoises, peut-être même que ces importations seront créatrices d'emploi. Il n'empêche que ceux qui travaillaient en France dans le textile ont perdu leur job et que les emplois créés ne les concernent pas. C'est bien de regarder l'ensemble de la société et de constater que l'échange bénéficie à la collectivité, tout comptes faits, mais faudrait pas oublier qu'il y a des gens qui se retrouvent sur le carreau. Et pour ceux-là, il faut trouver une solution qui n'est pas aussi simple que de les reconvertir en informaticiens (vous imaginez l'ouvrier de base du textile se transformer en informaticien à 45 balais?). Si vous ajoutez pour eux la concurrence sur le sol national de main d'oeuvre étrangère à bas coût, eh ben ça vous fait un bon paquet de votants du FN.
Donc quid de ces gaillards et de tous ceux qui encore aujourd'hui finissent chez nous l'école sans diplôme ou avec un diplôme minable? On les envoie en Chine?
Vulgos : oui, mais c’est vrai pour tous les chômeurs, quelle que soit la raison pour laquelle ils ont perdu leur emploi. Les gens qui sont aux chômage suite à une délocalisation en chine ne représentent qu’une petite fraction des chômeurs français.
Remarque au passage : les arguments du type "avant on achetait des t-shirts en France, maintenant on les achète en Chine, donc cela crée du chômage en France chez les fabricants de T-shirts" est un sophisme de composition qui consiste à ne prendre qu'une partie d'un phénomène pour en dégager des conclusions fausses. C'est, à l'envers, exactement le problème de la vitre brisée : si je casse mon carreau, je crée des emplois chez les vitriers, mais c'est au détriment des autres secteurs dans lesquels j'aurais pu consommer au lieu de remplacer ma vitre.
L'effet des échanges internationaux est exactement le même. Si un français achète un T-shirt chinois à 1 euro au lieu de 10, il lui reste 9 euros pour acheter autre chose. Dans le même temps, les chinois voulant être payés en choses utiles, et pas en morceaux de papiers avec des ponts dessinés, un français devra bien leur fabriquer un produit valant un euro pour compenser. Au total, l'effet sur l'emploi du fait d'acheter à l'étranger est neutre (parfois légèrement positif, parfois légèrement négatif : en France, il est positif depuis une quinzaine d'années).
Les échanges ne modifient que la structure des emplois : des emplois disparaissent dans les secteur des biens échangeables les moins rémunérateurs, des emplois sont créés dans les biens non échangeables et les secteurs les plus productifs. On voit donc très mal l'intérêt du protectionnisme, qui consiste à modifier la structure des emplois en faveur des secteurs peu productifs et mal payés.
A. Belgodere et A. Delaigue: je suis pas vraiment d'accord. Je ne parle pas que de la Chine mais de tous les concurrents à bas coût. Tout ça représente pas mal d'emplois, surtout industriels, perdus. Bon, ok, c'est juste un changement de structure d'emplois, on perd les emplois du secondaire et on les regagne dans le tertiaire, etc. Mais vous me semblez voir ça de très haut et vous oubliez qu'il y a des gens qui ne pourront pas passer du secondaire au tertiaire, ou qu'ils ne pourront pas retrouver un emploi dans un secteur plus productif du secondaire tout simplement parce qu'ils ne sont pas assez qualifiés (les emplois plus productifs ne demandent-ils pas plus de qualifications?) et ne le seront jamais.
En gros, vous obligez tout le monde ici à faire peu ou prou des études sous peine d'être un exclus. Le hic, c'est que tout le monde n'est pas capable ou n'a pas le goût de faire des études, du moins dans l'état actuel de la politique d'enseignement. Ce sont ceux-là qui ont voté non parce que pour eux l'avenir n'est pas rose: c'est une peu probable reconversion (vu leur incapacité à s'adapter) ou le chômage.
Moi je veux bien, c'est presque une loi naturelle, "adapte-toi ou crève". Mais ceux qui doivent crever, je sais pas pourquoi, ils râlent.
"En fait ce qui m'embete le plus, ce ne sont pas les importations mais l'exportation des investissements, je ne serais rassure que lorsque la chine investira aussi massivement chez nous"
disont qu'il faut donner une raison d'investir en France, c'est le meme probleme partout, l'exemple de l'amerique du sud est encore plus flagrants.
"Mais vous me semblez voir ça de très haut et vous oubliez qu'il y a des gens qui ne pourront pas passer du secondaire au tertiaire, ou qu'ils ne pourront pas retrouver un emploi dans un secteur plus productif du secondaire tout simplement parce qu'ils ne sont pas assez qualifiés (les emplois plus productifs ne demandent-ils pas plus de qualifications?) et ne le seront jamais."
d'un autre cote, certains emplois seront toujours demandé. dans certaines industries, si une entreprise se specialise dans la production de bien typiquement francais, et qu'elle arrive a definir la demande de son secteur du marché, celle ci ne subira pas la concurrence etrangere, sa particularite etant de produire quelque chose qui n'est justement pas etrangers.
certainement, d'autres employés se retrouveront au chomage, et c'est la que la reformation doit se faire, certains emplois ne peuvent etre delocalisés (electricien, plombiers...). l'important, c'est surtout d'eviter ce que l'on appelle en anglais "hysteresis", le chomage de long terme qui demotive et quiempeche les chomeurs de retrouver des emplois.
Zilch: "si une entreprise se specialise dans la production de bien typiquement francais"
oui, mais cela me semble assez marginal comme possibilités. Et puis, elles existent déjà comme le parfum, la haute-couture, l'agro-alimentaire, etc. Et même là, la concurrence est possible, voir les difficultés des producteurs vinicoles. De plus, rien n'empêche de délocaliser la production si le label est identique (j'ai vu par exemple du jambon de parme vendu en Italie et produit à l'étranger).
"certains emplois ne peuvent etre delocalisés (electricien, plombiers...)."
C'est juste me semble-t-il, je crois que c'est la seule solution. C'est sur ceux-là que l'effort doit porter. Toujours est-il que plombier et électricien ce sont déjà des boulots d'ouvriers qualifiés où il y a d'ailleurs pénurie de main d'oeuvre. Reformer, ok, mais y'aura quand même une grosse partie qui n'en sera pas capable. Ce qu'il faut c'est créer des jobs très peu qualifiés non délocalisables, c'est-à-dire dans les services. C'est possible mais ils n'ont pas la stabilité et autres avantages du travail en usine, ce qui créera malgré tout des résistances parmi ceux qui devront s'adapter. En plus, ils dépendent très fort de la consommation des ménages et on ne peut pas dire qu'elle soit au beau fixe ici. Pas fastoche à faire, des dents vont grincer...
"le chomage de long terme qui demotive et quiempeche les chomeurs de retrouver des emplois."
je crois que ce chômage de long terme provient de la résistance au changement. Ex: un gars perd son job en usine, il peut retrouver un boulot de serveur, mais préfère rester au chômage vu le bas différentiel entre ce qu'il gagne sans rien faire et ce qu'il gagne à faire un boulot pénible et chiant (je l'ai fait, serveur c'est chiant).
Donc là, va falloir payer mieux les serveurs et payer moins les chômeurs. Pas fastoche, re-grincements de dents.
Enfin, tout ça pour dire qu'il y a des perdants de la mondialisation et que c'est normal qu'ils râlent. Ceux-là s'en foutent que la Chine crée des emplois vu que eux ils ont perdu le leur. Même s'ils en retrouvent un ailleurs, dans le meilleur des cas, cette situation aura été pour eux pénible à vivre (perte d'habitudes, effort d'adaptation, "précarité" du nouvel emploi, etc).
"Mais, m’objectera-t-on encore, ces données datent de 2001, et on est en 2005. Oui, je sais. Pardon"
Pas vraiment nécessaire de s'excuser, les données un peu trop récentes sont souvent révisées à la marge dans les années qui suivent (j'avais vu ça dans certains tableaux du Dept. of Trade US, ce doit être vrai ailleurs).
A. Belgodere: "s’il est évident que la relation ne pouvait pas être établie, à l’époque, entre importations chinoises et chômage"
Tiens, au fait j'ai aussi une petite remarque sur la preuve en question. La Tunisie a peu d'importations chinoises et pourtant souffre terriblement des exportations chinoises sur le textile. Cette relation est montrée où? Je veux dire, imaginons que dans un pays X tout le monde bosse dans le textile, ce pays X n'important quasiment rien de Chine et que la Chine casse les prix sur le textile, tout le monde se retrouvera au chômage dans le pays X (les exportations de textile chutant) alors même qu'on n'aura vu aucune relation importations chinoises dans le pays X-chômage dans le pays X. Non?
Exactement Vulgos,
la Chine crée du chomage de maniére indirect, les professions comme par exemple les Informaticiens qui ne trouvent pas de travail car les entrepises investissent dans des centres de R&D en Chine (ou en Inde) uniquement pour des raisons de couts.
Comment quantifier ce phenomene ?
Calculer le vieillissement des populations Informaticienne avec un emplois en Europe, ou (l'evolution de)l'age de ceux qui n'ont pas d'emplois, je pense qu'il existe un relation avec l'évolution de l'age.
Mais ce baser sur les importations pour quantifier ça ..
@a delaigue "L'effet des échanges internationaux est exactement le même"
je ne suis pas totalement ok la dessus, car la chine ne nous achete pas de produit mais nous prete des fonds (via les US) et il ne nous reste pas 9 euros car nous n'avons rien gagne car perdu nos clients, qui achetent desormais a 1 euros et non plus a 10.
TOUT ce que l'on produit, ils peuvent le produire a moyen terme deplus ils n'ont aucun besoin de nous comme client car leur marche est suffisament grand et competitif pour amortir toute production a bas cout (main d'oeuvre illimite)
donc a terme : nous (ET nos anciens clients) achetons tout, vetement, voitures,services financiers etc a bas cout aux chinois et indiens, et ils nous pretent de l'argent pour faire fonctionner le flux.
ca risque de ne pas tourner rond eternellement, a moins de produire aux prix competitifs des chinois.
je ne suis pas optimiste pour notre croissance et notre systeme social dans le future.
Ah, je vois, je pars quelques jours en vacances et je me fais piquer mon site =)
Je vais de ce pas commander la version 2002 de STAN, et je mettrai à jour mes dessins (il y a aussi l'évolution 94-97 qui n'a pas été abordée ici et que je vais pouvoir étendre à 2002).
fredouil: si j'ai bien compris, vous voulez dire que les chinois sont prêts à nous donner une partie de leur production, sans contrepartie. Je trouve que c'est une très bonne affaire.
Les avantages comparatifs, ça marche aussi bien quand l'autre est en moyenne 10 fois meilleur ou 10 fois moins bon que nous. Ça marche du moment que les coûts d'opportunité sont différents.
@Kimon,
franchement le dogme des avantages comparatifs, cela m'en touche une sans faire bouger l'autre, j'ai passe l'an dernier, un semestre de mon MBA/MAcc a Tsinghua/Beijing, il vont nous bouffer tout cru.
On ne va bientot rien avoir a leur apporter, ils (inde/chine/bresil/indonesie) sont plus dynamiques, innovants, competitifs que nous. Notre avantage comparatif ce sera de nous vendre pour le tourisme, triste futur, je ne suis pas sur que nos peuples vont apprecier la decheance, le libre echange sans vaseline va etre dur a faire passer.
Vulgos :
« La Tunisie a peu d'importations chinoises et pourtant souffre terriblement des exportations chinoises sur le textile. »
C’est une bonne remarque, mais elle ne concerne pas les pays de l’ocde, pour lesquels le débat est « produire sur place ce qu’on consomme » vs « acheter ailleurs ».
« Moi je veux bien, c'est presque une loi naturelle, "adapte-toi ou crève". »
Pas du tout. Sauf, peut-être, dans le système français qui, je le répète, a pour particularité d’exclure les moins productifs. Cela dit, quand tu dis « ou crève », tu fais référence au chômage. Or précisément, il n’y a pas de lien entre importations chinoises et chômage. D’une certaine manière, c’est aussi simple.
"Ah, cet idiot de Ricardo va s'en prendre plein la gueule!"
En fait ce n'est pas lui qu'il faut boxer, ce sont les couillons qui croient a ses betises, que le mieux pour une societe est d'etre la plus efficace pour avoir le plus de biens materiels, quitte a sacrifier les moins productifs.
Une societe heureuse n'est pas forcement celle avec le plus de SUV.
Les economistes sont, apres le militaires ceux qui sont les plus nuisibles a l'humanite ;-)
"En fait ce n'est pas lui qu'il faut boxer, ce sont les couillons qui croient a ses betises, que le mieux pour une societe est d'etre la plus efficace pour avoir le plus de biens materiels, quitte a sacrifier les moins productifs."
Nième version foireuse de la théorie de l'avantage comparatif.
Ca faisait longtemps qu'on n'avait pas alimenté le bêtisier. Celle-là va relancer la machine ! :o)
"Grâce" à Ricardo, des milliards de gens gagnent tous les jours, dans le même temps, la possibilité de s'offrir un confort matériel meilleur que sans lui, de branler plus que sans lui et même pour certains de payer des prélèvements pour filer un coup de main à ceux qui ont des soucis...
Conclusion : il faut lâcher la grappe de Ricardo, qui n'a jamais dit que l'objectif était toujours plus de confort matériel, à tout prix. La preuve : sa théorie de la croissance débouchait sur l'épuisement de celle-ci dans un état stationnaire.
Remarque 1 : il faudrait sur ce blog ou ailleurs un article propre sur la notion de productivité.
Remarque 2 : ça va s'arrêter quand ce délire sino-polonais ?
"Mais vous me semblez voir ça de très haut et vous oubliez qu'il y a des gens qui ne pourront pas passer du secondaire au tertiaire, ou qu'ils ne pourront pas retrouver un emploi dans un secteur plus productif du secondaire tout simplement parce qu'ils ne sont pas assez qualifiés"
Il me semble que la mobilité de la main d'oeuvre est une *condition* de la spécialisation. Si des salariés ne sont pas en mesure de changer de métier, c'est la spécialisation qui est entravée, et non leur accès à l'emploi.
en attendant, personne ne se pose la question de savoir comment font les autres.
l'Irlande, La Garnde Bretagne, les pays scandinaves, souffrent de la meme concurrence et reussissent a garder un chomage bas, pourquoi?
plus la chine nous vend ses produits, plus ses habitants deviennent riches, et plus ils importent de nos produits de luxe,airbus... vin...
ce dont la france a besoin c'est d'une economie moins centralise, et plus competitive et ca passe inevitablement par la facilite a creer une pme et la maintenir en vie. tant que ce probleme ne sera pas aborde, nous ne pourrons pas beneficier de ce que les nouveaux riches de chine auront a offrir.
J'écrivais à propos de Ricardo "La preuve : sa théorie de la croissance débouchait sur l'épuisement de celle-ci dans un état stationnaire"
Ce n'est pas vraiment une "preuve", mais un détail intéressant.
Sans aller faire de la science économique poussée sur la concurrence des manchots de terre adélie aux ouvriers francais, il me semble que la mesure iso-budgétaire qui s'impose en France est de supprimer les trappes à non emploi : c'est a dire le fait que pour un certain nombre de RMIste et autres chomeurs, reprendre un emploi au SMIC a temps partiel - ou meme a temps complet - représente une perte de niveau de vie. La mesure a prendre est simple, il faut graduer les aides diverses et les rendres continues et non plus dependantes en seuil d'une variable oui/non qui entraine des effets de seuil très pervers surtout bien sur dans la zone a bas revenu.
Ca devrait meme etre un principe constitutionnel, si taxation et aides au revenu il y a, elles devraient etre continues :).
Cette situation (de trappe) a ete vécue dans ma famille proche - et il y a quelques années déja, rien de nouveau -, elle fait assez souvent un tour dans les médias nationaux, mais à ma connaissance pas vraiment étudié statistiquement.
Ensuite le chomage est notoirement très mal mesuré internationalement.
Laurent