Rappel des faits : En commentaire d’une note brève et corrosive de VilCoyote, le débat s’engage sur l’hystérie xénophobe qui, selon Alexandre Delaigue, s’est abattue ces derniers temps sur la France. Comme il le dit d’ailleurs brillamment sur le blog d’éconoclaste, cette hystérie n’est pas le monopole des partisans du « non » au TCE, puisque les partisans du « oui » nous chantaient un couplet aux accents tout à fait semblables sur le thème : « L’Europe est le meilleur rempart contre les menaces indienne, chinoise, brésilienne et anglo-saxonnes ». Il est certain qu’on peut être pour le moins surpris par le fait que la classe politique soit unanime à faire du commerce international une menace pour l’emploi, alors que les économistes sont unanimes à considérer que ça n’a rien à voir, et (grosso modo) unanimes à prendre le commerce international pour un jeu à somme positive dans chaque pays. Sur ces entrefaites, un Laurent qui n’est pas Guerby nous explique qu’on est vraiment méprisants, et que la théorie des avantages comparatifs ne sert à rien dans un contexte où le capital est migrant. En effet, comme l’avait déjà noté Paul Krugman, « on assiste actuellement à un redéploiement massif du capital et de la technologie des pays à hauts salaires de l'Ouest vers les pays en voie de développement à bas salaires. Ce redéploiement du capital, ajouté à l'invasion de produits d'importation bon marché, est en train de détruire les emplois industriels bien rémunérés qui faisaient vivre la classe moyenne, aux États-Unis comme en Europe. » (oui, évidemment, cette phrase n’a aucun sens, puisqu’elle viole l’identité comptable I-S=M-X, et c’est en fait pour illustrer cette erreur que Krugman invente cette phrase à laquelle il ne croit évidemment pas).

La théorie selon laquelle le commerce avec la Chine crée du chômage a toutefois une vertu qu’il convient de ne pas négliger : elle est une proposition scientifique, au sens poppérien du terme, puisqu’elle est réfutable. Et, faisais-je remarquer à mon interlocuteur, elle est tellement réfutable qu’elle a déjà été réfutée. Mais, problème, cette démonstration de Kimon Berlin ne vaut pas clopinette, puisqu’elle porte sur des données de 1997. Or, selon mon interlocuteur, s’il est évident que la relation ne pouvait pas être établie, à l’époque, entre importations chinoises et chômage, il ne l’est pas moins que la logique économique a changé depuis, et qu’avec des données plus actuelles, on verrait bien que cette relation est apparue entre temps. Ni une ni deux, je commande sur le site de l’OCDE les données du commerce inter pays (série 2002, les plus récentes sont payantes). Je reçois ce mercredi le colis virtuel, sous forme de 7 mails de plus de 15MO en tout. Heureusement que j’étais au bureau quand ils sont arrivés, parce que si j’avais été chez moi, avec mon petit modem bas débit, je ne vous raconte pas la joyeuse soirée téléchargement que j’aurais passée. Bref.

Bien que n’ayant pas que ça à bricoler en ce moment, je perds quand même une petite heure à reconstituer des séries de taux de chômage et d’importations chinoises en part du PIB pour les pays de l’OCDE. Et là, anxieux, je lance la régression simple.

Encore raté.

Bien sur, il faudrait aller plus loin, et faire, comme je le fais habituellement, des régressions multiples pour isoler l’impact d’autres facteurs. Mais vous savez quoi, j’ai vraiment pas que ça à bricoler en ce moment, mais vraiment pas. Si encore je considérais l’hypothèse comme ne serait-ce qu’un peu crédible, je serais prêt à perdre encore une heure ou deux pour affiner l’analyse. Mais là, non. Pour vous éviter de perdre le temps que j’ai perdu, je vous donne les données, vous n’avez qu’à faire du copier-coller. Comme ça, si ça vous chante, vous pourrez les faire vous-même, les analyses plus fines, en vous aidant au besoin de cette petite note expliquant la marche à suivre pour faire de la régression multiple sous excel.

 

 

 

IMP_CHINA %PIB

chom%

Allemagne

0,953

7,757

Australie

1,445

6,620

Autriche

0,624

3,891

Canada

1,164

7,176

Corée

2,760

3,769

Danemark

0,823

4,126

Espagne

0,777

10,469

Finlande

0,827

9,047

France

0,761

8,532

Grèce

0,710

10,194

Hongrie

2,574

5,697

Irlande

0,970

3,715

Italie

0,634

9,491

Japon

1,387

4,680

Mexique

0,645

2,138

Norvège

0,586

3,549

Nouvelle-Zélande

1,780

5,291

Pays-Bas

2,073

2,142

Pologne

0,858

18,153

Portugal

0,286

3,824

Rép. Tchèque

1,754

8,141

RU

0,600

6,664

Slovaquie

1,110

19,167

Suède

0,488

5,064

Suisse

0,535

2,360

Turquie

0,636

5,790

USA

1,013

4,685

 

Mais, m’objectera-t-on encore, ces données datent de 2001, et on est en 2005. Oui, je sais. Pardon, mais les données gratuites s’arrêtent à la cuvée 2002, qui présente des chiffes jusqu’à 2001. Mais par chance, le site de l’OCDE, pour nous mettre l’eau à la bouche, donne gratuitement les données jusqu’à 2003 pour 3 pays, parmi lesquels, oh surprise… la France. On se rapproche ! De 0,76% en 2001, les importations en provenance de Chine sont passées à 0,86% du PIB français. J’ai beau tourner le problème dans tous les sens, je ne vois pas comment quelques dixièmes de points de PIB pourraient expliquer un chômage français qui tourne autours de 10%.