Ça se confirme
Par Antoine B. le lundi 30 mai 2005, 01:01 - Lien permanent
Tout le monde a été surpris par ce sondage sur les « valeurs européennes », et en particulier sur le fait que 64% des français se soient déclarés d’accord avec les phrases suivantes :
« La libre concurrence est favorable à la croissance et à l’emploi », et
« La recherche de profits est favorable à la société ».
La victoire du « non » de ce soir est présentée, notamment par Besancenot, comme un désaveux pour le libéralisme. Qui faut-il croire ? Vraisemblablement, c’est bien le sondage de la fondation Jean Jaurès qui est dans le vrai. A en croire ce sondage d’Ipsos, seuls 40% des électeurs qui ont voté non l’ont fait en raison du caractère trop libéral du texte.
Or le non a totalisé 55% des voix. Il y a donc seulement 40*55/10000=22% de l’électorat qui a rejeté ce texte par rejet du libéralisme. Bien sûr, il y a aussi des anti-libéraux parmi les partisans du oui. Il faut bien monter à 35%. Mais ceux-là ont quand même accepté un texte faisant de la « concurrence libre et non faussée » un principe de base du fonctionnement de l’union. C’est pas si mal…


Commentaires
Moi j'me tue à le dire depuis des lustres. Ici comme avec les élections de Schroeder, ce que veulent les gens c'est du boulot et du fric (moins d'impôts). Pas un alter-monde.
Il y a sur-représentativité de l'extrême-gauche dans les médias français et ça fausse la perception des politiques.
La France sera le seul pays à dire non au TCE parce que trop libéral (et encore, c'est une illusion comme le montre cette note). Les autres qui diront non le trouveront trop socialiste, et ils auront raison. Si on est un libéral pur et dur et que l'Europe on s'en fout, vaut mieux en rester au traité de Nice.
Le seul truc qui m'a fait mal avec la victoire du non, c'est que mon idéal d'une Europe politique en a pris un coup. Sinon... Tiens, au vu du référendum, il paraît qu'ils boivent du petit lait en G-B en ce moment...
Antoine :
Remarques :
- ça reste la réponse n°2
- les questionnaires à réponses multiples possibles crée un problème d'"agenda". Si je mets au dessus de tout une réponse, je vais peut-être taire d'autres qui viennent après pour insister sur celle posée avant et qui me tient à coeur. A nuancer : si j'ai sous les yeux toutes les réponses, je peux tout lire et revenir en arrière avant de répondre. Si on me les énumère, j'ai tendance à répondre au fil de l'eau. D'où le problème d'agenda évoqué. C'est une version particulière du paradoxe de Condorcet.
- la réponse "Cela permettra de renégocier une meilleure constitution" est très importante. Dans la logqiue de ce que je dis au dessus, il peut être à juste titre jugé inutile de dire à la fois "j'aime pas le libéralisme" et "je veux un autre traité".
- "C'est l'occasion de s'opposer à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne", "Cette constitution représente une menace pour l'identité de la France" et même "Vous êtes mécontent de la situation économique et sociale actuelle en France" peuvent(moins pour la dernière peut-être) témoigner d'une opposition au libéralisme. Il n'est pas si facile que ça de distinguer libéralisme politique et libéralisme économique. La meilleure des preuves est probablement que dans le non, certains réfutent les deux.
Bref, je ne serais pas aussi catégorique que toi.
vulgos : "ce que veulent les gens c'est du boulot et du fric (moins d'impôts)"
Les méthodes préconisées pour y parvenir peuvent différer. Ce n'est pas la preuve d'une "indifférence" au libéralisme.
Il y a beaucoup à dire sur la schisophrénie française à ce niveau. Chacun sa gueule, mais surtout pas de libéralisme ?
"les questionnaires à réponses multiples possibles crée"
En fait, ils CREENT...
SM : en, je ne suis pas franchement catégorique non plus. Mais sincèrement, si j’avais dû faire un pronostic, j’aurais dit que 80% des gens qui ont voté non l’ont fait par refus de ce qui leur semble être un texte libéral, surtout s’ils ont le choix entre plusieurs réponses.
SM: "Les méthodes préconisées pour y parvenir peuvent différer. Ce n'est pas la preuve d'une "indifférence" au libéralisme."
Certes, mais l'autre-méthode c'est le socialisme marxiste et il n'y a plus beaucoup de monde pour croire en son efficacité. De plus, pour la plupart des gens, libéralisme est synonyme de capitalisme et mis à part 25% de la population (je ratisse très très large), personne ne remet en cause le capitalisme. Je reste convaincu que la plupart veulent du boulot et du fric, peu importe comment, et se désintéressent complètement du débat théorique. Quand on est chômeur ou en situation précaire, évidemment qu'on râle en voyant tel ou tel grand patron se faire virer avec des indemnités faramineuses, mais ça veut pas dire qu'on veut aller vivre en Corée du Nord ou qu'on milite pour Attac. Ce que cette personne veut c'est un boulot et gagner bien sa vie. D'ailleurs, quand le chômage monte, c'est pas le PC ou Arlette qui ramassent les voix, c'est Le Pen.
Je reste confondu par une analyse aussi pénétrante.
Puis je quand même suggérer, qu'il existe un entre deux entre l'ultra libéralisme et le goulag ?
Je reprend ici un post précédent :
Le vote non à la constitution en 2005, se caractérise par un fait nouveau insuffisamment souligné.
En 92, les classes moyennes assez diplômées (employés du public par exemple) avaient suivi dans le oui, les groupes supérieurs bien diplômés et manifestement gagnants à l'ouverture européenne (l'elite, pour dire vite).
En 2005, alors qu'elles progressent en nombre (hausse des niveaux d'éducation) les classes moyennes basculent vers le non (on le voit aussi sur la tranche d'âge moins de 24 ans).
Cela traduit une déception croissante vis à vis des promesses tant vantées du libéralisme et de la mobilité sociale individuelle (qui relèvent de plus en plus du marketing et d'un cynisme incroyable : faites ce que je vous dit...mais pas ce que je fais).
C'est à ce "désenchantement" que les représentants politiques doivent maintenant faire face : il ne s'agit pas d'un refus du libéralisme, mais d'un septicisme croissant devant des faits têtus (le gagnant s'affiche, tient des discours généreux...mais refuse dans les faits d'aider les perdants, par exemple en refusant l'impot sur le revenu) et une vie quotidienne de plus en plus difficile.
Oui, sans doute au libéralisme. Mais manifestement un libéralisme moins soumis aux diktats de lobbies qui organisent en douce, la création de rentes de situation.
Le seul moyen de redonner du pouvoir au politique, démuni face aux interêts objectivements constitués de groupes de marchands et de banquiers (relire Smith, vite !), et de faire revivre la parole du peuple, de s'appuyer sur une nouvelle légitimité populaire.
Il ne s'agit pas de s'opposer au libéralisme...mais simplement de le sauver, et d'éviter la dérive vers un système "invisiblement totalitaire".
Cordialement
Laurent (l'autre)
"Je reste confondu par une analyse aussi pénétrante."
Merci, ça me vient comme ça, sans effort. Le génie, sans doute.
"Puis je quand même suggérer, qu'il existe un entre deux entre l'ultra libéralisme et le goulag ?"
Qui a parlé d'ultra libéralisme? C'est quoi au juste l'ultra-libéralisme? D'un point de vue économique, la Suède est le pays au marché le plus libéralisé. Est-ce là l'ultra-libéralisme?
"Mais manifestement un libéralisme moins soumis aux diktats de lobbies qui organisent en douce, la création de rentes de situation."
C'est ce que j'appelle le corporatisme et ses privilèges. Le libéralisme lutte contre cela, précisément.
"relire Smith, vite !"
C'est aussi mon leitmotiv.
"Il ne s'agit pas de s'opposer au libéralisme...mais simplement de le sauver, et d'éviter la dérive vers un système "invisiblement totalitaire"."
On est bien d'accord donc. Et la plupart des gens aussi. Toujours est-il qu'il y a beaucoup d'intox et qu'on veut faire porter au libéralisme un chapeau qui ne lui appartient pas. Les français sont corporatistes et veulent conserver leurs privilèges, mais le corporatisme a des ratés, alors ils accusent le libéralisme des maux qui sont dûs au corporatisme. Cela permet de faire d'une pierre deux coups, maintenir le statu quo et trouver une cause aux problèmes, donc un exhutoire.
Laurent : « Je reste confondu par une analyse aussi pénétrante. »
Moi, je la trouve assez creuse et anecdotique. Ca, en revanche, c’est une bonne analyse.
Au fait j’ai reçu hier les données de l’OCDE.
Bon, alors je m'adresse au génie qui sommeille en toi pour préciser certains points.
Ce que l'on nomme journalistiquement "l'ultra libéralisme" est à mon sens, la soumisssion de toute l'organisation sociale aux "impératifs" (présentés comme tels)du marché. Il me semble au contraire que le modèle suédois hiérarchise les priorités et sait par exemple, proposer des services de qualité hors marché.
Là ou je vois des lobbies organisés par des multinationales pour modifier les règles juridiques en leur faveur, tu réponds corporatisme des français. Manifestement, il y a une profonde divergence d'analyse.
Il est facile et courant de désigner comme bouc emissaire des groupes corporatistes (tiens par exemple, les fonctionnaires, les cheminots, les agents des raffineries Total, bref ceux qui disposent d'un pouvoir de nuisance inversement proportionnel à leur nombre, cf autres messages). C'est tomber dans le panneau !
L'économie française est suffisamment dynamique à mon avis pour supporter cela.
Le véritable danger c'est tout simplement une captation organisée juridiquement (par démantèlement de toutes les protections sociales existantes), afin de répondre aux sollicitations pressantes des marchés financiers et alimenter l'EBE (puis les dividendes, et très éventuellement, l'investissement). Le capitalisme patrimonial à courte vue qui se met en place perd la tête (exemple, Bouygues s'endette pour verser des dividendes et soutenir son cours, les marchés financiers recoivent plus qu'il ne donnent..).
Dans toute cette affaire, le libéralisme n'est utilisé que comme un prétexte pour organiser cette captation et faire sauter les barrières. Après, c'est une autre histoire (voir par exemple, l'argumentation spécieuse du monopoleur Microsoft).
Cordialement
Laurent (l'autre)