Oui, mais…
Par Antoine B. le vendredi 27 mai 2005, 22:42 - Lien permanent
(ce texte n’engage que son auteur)
Bien que l’ayant largement laissée entendre, je n’ai jamais donné explicitement ma position sur le référendum de ce dimanche. Le moment est donc venu.
Je vais voter oui, mais avec un « mais ». Mes raisons de voter oui sont relativement peu originales. En gros :
1) J’aime la construction politique de l’Europe, parce que :
a- Je me sens européen, et à ce titre, la perspective d’une Europe fédérale, à terme, correspond assez bien à mes vues.
b- J’aime la séparation des pouvoirs, notamment quand elle est verticale. A ce titre, j’aime la décentralisation et l’européisation, et voir les Etats nations perdre de leur influence me satisfait pleinement.
2) L’Europe peut contribuer à améliorer la situation française, parce que :
a- Elle tend à imposer des règles qui vont dans le bon sens, notamment en ce qui concerne la concurrence.
b- Elle peut toujours servir de prétexte pour les dirigeants français qui n’osent pas revendiquer leurs réformes, et qui peuvent s’abriter derrière des règles émanant (réellement ou pas) de Bruxelles pour faire passer la pilule.
Mais il y a un « mais ». Le « mais », c’est que malgré mon vote positif, je ne peux m’empêcher de souhaiter la victoire du non. Voici pourquoi. Une grande partie des partisans du non attribuent à l’Europe la responsabilité de la faible croissance et du chômage français. Selon moi, ils ont tort. Le capitalisme européen continental crée du chômage. Le système français est (je simplifie) assez violent, car il est fondé sur l’exclusion des improductifs. Les sans-diplômes sont au chômage, et les vieux sont en préretraite. Quant à ceux qui travaillent, ils travaillent relativement peu, et doivent financer l’exclusion des autres. Si bien qu’ils ont l’impression, pas forcément injustifiée, de ne pas être suffisamment payés.
Nous rediscuterons en détail et avec plus de finesse de ces questions-là dans d’autres posts, comme nous l’avons déjà fait. La principale des choses à retenir, c’est que le malaise français provient, d’après moi, de la France et non de l’Europe.
Quelles que soient les vertus de l’UE, elle ne peut pas palier aux défauts du modèle français. Si bien que même en cas de ratification du TCE, il est fort probable que, dans cinq ans, la France connaisse encore chômage et croissance faible. Le problème est que, si, d’ici là, le traité est ratifié, la moitié de français qui fait, actuellement, de l’Europe le coupable de tous nos maux, aura beau jeu d’y voir une preuve de la pertinence de leurs analyses. La rupture n’en sera que plus forte entre des élites europhiles et une opinion populaire tentée par les discours démagogiques des deux extrêmes et des souverainistes.
Je suis assez favorable à une stratégie du pire. Si le non l’emporte, Fabius et Besancenot feront la fête. Et puis…Peut-être Fabius sera-t-il élu président ? Quel plaisir, alors, de le voir se dépatouiller dans d’impossibles négociations pour un nouveau traité ! Quel plaisir de pouvoir lui faire remarquer que le non n’aura été fondateur de rien du tout, que le chômage peut se passer du TCE, que les délocalisations (modestes, au demeurant) n’auront pas cessé, etc.
Au fond, ceux qui reprochent aux chefs des grands partis français leur béatitude déconnectée des réalités à l’égard de l’Europe et de la mondialisation n’ont peut être pas tort. Peut-être faut-il à la France quelques années d’expériences alter mondialistes, protectionnistes, jacobines, pour réaliser enfin que ni l’Europe, ni la mondialisation, ni le libéralisme, ni les étrangers ne sont les responsables de leurs petits malheurs. Le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? C’est en tout cas avec un petit sourire malicieux que j’accueillerai, ce dimanche, l’éventuelle victoire du non.


Commentaires
Sit autem sermo vester, est, est; non, non; quod autem his abundantius est, a malo est. (in Sancto Evangelio secundum Matthaeum, 5, 37).
Allons, je suis gentil, je traduis (avec l'aide du regretté Louis Segond, docteur en théologie - luthérien, ou calviniste, on ne sait pas trop, mais littérairement excellent): "que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu'on y ajoute vient du malin".
e chi u Signore a ci doga a tutti!
Mais qui payera le prix de cette politique du pire ?
Moi aussi, je rirai bien quand une fois au pouvoir, les alter-nationalistes d'ATTAC et compagnie se retrouveront à devoir tenir leurs promesses. Ca a sûrement une très grande valeur pédagogique pour eux de découvrir la réalité par l'expérience et par eux-mêmes.
Mais, ayant passé peu de temps à décrypter leur discours, je suis assez pessimiste. Une fois devant leur échec, ce sera quand même la faute de qqun d'autre. L'Europe qui ne veut que le libre échange (forcément, avec Nice :-]]] ), les méchants ricains/anglais/chinois/polonais etc. Leurs idées seront-elles réellement discréditées ?
Ce qu’il y a de magnifique (ou d’inquiétant ?) dans leur système de pensée, c’est qu’il ne repose pas sur la réalité. Le « non » de gauche parle d’un monde rêvé. Ils ont un idéal, et toute compromission (en particulier avec la réalité) est considéré comme une trahison. Toute critique raisonnée est impossible.
Tout ceci ne serait que doctes discussions si ce n’est que certains plus que d’autres payent aujourd’hui le prix des choix politiques et « sociaux » de la France. Et que ceux-ci, les pauvres, exclus, employés précaires, ouvriers de PME, RMIstes, chômeurs and co., continueront à payer tant qu’une certaine élite de gauche, elle-même bien protégée, continuera en leur nom de poursuivre un idéal et refusera de se salir les mains avec la réalité, les rapports de force tels qu’ils sont, les bons coté du libéralisme etc. Pour ne pas devoir renoncer a leurs rêves d'un monde parfait, cette élite refuse le compromis avec la réalité et préfère jouer sur les peurs et fantasmes (même les plus bas) et faire miroiter un grand soir impossible. Mais ce ne sont pas eux (les tenants du non) qui souffriront le plus d'un echec du TECE, mais bien le petit peuple qu'ils prétendent représenter.
L’idéal de pureté d’ATTAC me paraît très dangereux, car il peut facilement permettre tout et n’importe quoi, y compris des affiches xénophobes. Puisqu’ils ont raison dans l’absolu, ils ne sont plus tenu par les règles usuelles du respect et de la décence …
Bien que pessimiste sur l’issue du referendum, je ne suis pas sur de vouloir cette politique du pire.
LSR
Elessar : je comprends bien ton argument, mais il s’applique davantage aux élites de l’alter mondialisme qu’au citoyen lambda éventuellement tenté. Je reste convaincu que 5 bonnes années d’alter mondialisme appliqué seraient un bon remède contre l’alter mondialisme. Pas sans dommages collatéraux, hélas…
Tiens, c'est marrant, aucun commentaire sur le vrai vainqueur du référendum: Le Pen. La droite et la gauche, les français n'en veulent plus. L'extrême-gauche est finie (même en France, si si, sauf dans les médias). Reste qui? Hein? Le coup du "Hitler, lui, avait redonné du boulot à tous les allemands", je commence déjà à l'entendre régulièrement.
Au fait, vous avez vu un tableau dans le sondage Ipsos sur la répartition du oui et du non par famille politique? J'ai juste vu que x% de tel parti a voté oui ou non mais rien sur x% des non appartient à tel ou tel parti. Mal vu?