Je vais voter oui, mais avec un « mais ». Mes raisons de voter oui sont relativement peu originales. En gros :

1)      J’aime la construction politique de l’Europe, parce que :

a-      Je me sens européen, et à ce titre, la perspective d’une Europe fédérale, à terme, correspond assez bien à mes vues.

b-     J’aime la séparation des pouvoirs, notamment quand elle est verticale. A ce titre, j’aime la décentralisation et l’européisation, et voir les Etats nations perdre de leur influence me satisfait pleinement.

2)      L’Europe peut contribuer à améliorer la situation française, parce que :

a-      Elle tend à imposer des règles qui vont dans le bon sens, notamment en ce qui concerne la concurrence.

b-     Elle peut toujours servir de prétexte pour les dirigeants français qui n’osent pas revendiquer leurs réformes, et qui peuvent s’abriter derrière des règles émanant (réellement ou pas) de Bruxelles pour faire passer la pilule.

Mais il y a un « mais ». Le « mais », c’est que malgré mon vote positif, je ne peux m’empêcher de souhaiter la victoire du non. Voici pourquoi. Une grande partie des partisans du non attribuent à l’Europe la responsabilité de la faible croissance et du chômage français. Selon moi, ils ont tort. Le capitalisme européen continental crée du chômage. Le système français est (je simplifie) assez violent, car il est fondé sur l’exclusion des improductifs. Les sans-diplômes sont au chômage, et les vieux sont en préretraite. Quant à ceux qui travaillent, ils travaillent relativement peu, et doivent financer l’exclusion des autres. Si bien qu’ils ont l’impression, pas forcément injustifiée, de ne pas être suffisamment payés.

Nous rediscuterons en détail et avec plus de finesse de ces questions-là dans d’autres posts, comme nous l’avons déjà fait. La principale des choses à retenir, c’est que le malaise français provient, d’après moi, de la France et non de l’Europe.

Quelles que soient les vertus de l’UE, elle ne peut pas palier aux défauts du modèle français. Si bien que même en cas de ratification du TCE, il est fort probable que, dans cinq ans, la France connaisse encore chômage et croissance faible. Le problème est que, si, d’ici là, le traité est ratifié, la moitié de français qui fait, actuellement, de l’Europe le coupable de tous nos maux, aura beau jeu d’y voir une preuve de la pertinence de leurs analyses. La rupture n’en sera que plus forte entre des élites europhiles et une opinion populaire tentée par les discours démagogiques des deux extrêmes et des souverainistes.

Je suis assez favorable à une stratégie du pire. Si le non l’emporte, Fabius et Besancenot feront la fête. Et puis…Peut-être Fabius sera-t-il élu président ? Quel plaisir, alors, de le voir se dépatouiller dans d’impossibles négociations pour un nouveau traité ! Quel plaisir de pouvoir lui faire remarquer que le non n’aura été fondateur de rien du tout, que le chômage peut se passer du TCE, que les délocalisations (modestes, au demeurant) n’auront pas cessé, etc.

Au fond, ceux qui reprochent aux chefs des grands partis français leur béatitude déconnectée des réalités à l’égard de l’Europe et de la mondialisation n’ont peut être pas tort. Peut-être faut-il à la France quelques années d’expériences alter mondialistes, protectionnistes, jacobines, pour réaliser enfin que ni l’Europe, ni la mondialisation, ni le libéralisme, ni les étrangers ne sont les responsables de leurs petits malheurs. Le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? C’est en tout cas avec un petit sourire malicieux que j’accueillerai, ce dimanche, l’éventuelle victoire du non.