La phrase la plus stupide du jour
Par Antoine B. le mercredi 25 mai 2005, 16:23 - Lien permanent
Oui, vue la cadence des conneries en ce moment, faut raccourcir les périodes sur lesquelles on juge les phrases les plus cons, sinon ça devient trop dur de choisir.
Le vrai internationalisme, cela ne peut pas être de mettre en concurrence "libre" un salarié chinois, un roumain et un français et de dire : "Que le moins cher gagne". Laurent Fabius dans Le Monde du 23 mai.
C'est bien la peine d'avoir fait l'ENA pour ne pas connaître les avantages comparatifs, quand même. Je suis curieux de voir ce que va devenir Lolo après les résultats de dimanche, quels qu'ils soient... parce que son coup de barre à gauche démago-populiste me semble fort devoir déboucher sur un suicide politique - il n'a manifestement plus d'avenir au PS, et il va devoir se recycler chez LO-LCR, où je ne suis pas sûr qu'un brillant avenir lui soit promis, malgré sa proximité avec le peuple - "Yo les mans en veste en jean en 125 à faire des wheelings devant chez René".


Commentaires
Non, le vrai internationalisme, c'est "que le plus cher gagne". Et ça tombe bien, il est français.
"avoir fait l'ENA "
et l'ENS.
Antoine, je ne serais pas aussi optimiste (... enfin ça dépend du point de vue) que toi à propos de l'avenir de Fabius.
Bon, c'est vrai, son passage de la droite du PS (il se voulait un nouveau Blair à la fin des 90's!) vers sa gauche (quelqu'un connait-il son nouveau modèle?) pourrait lui avoir fait perdre un peu en crédibilité.
Mais certains politiciens ne se sont pas si mal sortis de tels retournements de vestes.
N'oublions pas que le plus fameux d'entre eux a annoncé vouloir fonder un parti travailliste à la française en 76 (le RPR!) ... avant de se proclamer libéral-tendance-Thatcher en 86, de dénoncer "les bruits et les odeurs" des immigrés un peu plus tard ... puis de faire campagne sur la "fracture sociale" en 95 ... et d'être élu!
Tous les espoirs sont donc permis avec Fabius.
J'ai même une idée pour le slogan de sa campagne présidentielle de 2007 :
"Le changement dans la continuité avec Fabius, le Chirac de gauche."
Milan : bien vu, mais la note n'était pas de moi (je ne suis plus tout seul ici)
... Oups, désolé, j'avais oublié que tu avais un squatteur.
Mes excuses à l'auteur véritable, et donc je corrige "Vil Coyote, je ne serais pas aussi optimiste..."
Attention, mon petit coyote. Je suis très, très puissant et je peux vous dévorer tout cru si le coeur m'en dit :
www.casseursdepub.org/ima...
Quoi qu'il en soit, Fabius est en ligne avec beaucoup de français aujourdhui. Et, l'essence de la démocratie n'est elle pas d'avoir des représentants "représentatifs" ? Le débat sur la constitution a mis en évidence que nos politiques ne se voient pas comme l'émanation du peuple mais plutôt comme des chefs d'entreprise chargés de mettre au pas les citoyens/salariés qui "ne comprennent pas bien les enjeux, qui sont passéistes et réactionnaires et qu'ils méprisent".
Si on estime que la gestion des affaires publiques est une chose trop sérieuse pour être laissée au peuple, il faut le dire.
Emmanuel : La gestion des affaires publiques est trop sérieuse pour être confiée à une entité qui n’a pas d’opinion, qui est bien incapable de tenir entière dans une seule pièce, et qui n’a pas que ça à faire. (à en juger par le propos et l’ip, ce n’est pas l’Emmanuel habituel, si ?)
Emmanuel : effectivement, Fabius est parfaitement en phase avec la population française, en plein délire corporatiste et xénophobe, et gouvernée depuis quelques années uniquement à coups de phases d'hystérie collective. Si les français sont racistes, est-ce une raison pour que leurs élus le deviennent et les encouragent dans cette voie?
La démocratie n'est pas un système dans lequel les dirigeants se prostituent devant la population en l'implorant pour savoir ce qu'elle veut : la démocratie est un régime dans lequel les dirigeants sont pacifiquement et périodiquement remplacés lors d'élections.
Face à cela, ils ont le choix entre faire preuve de démagogie et de simplisme, flatter la foule dans ses instincts les plus vils; ou au contraire faire de la politique, ce qui signifie prendre des décisions en vertu de l'intérêt général -ce qui impliquera toujours de faire des mécontents - et expliquer ensuite ces décisions et choix. Dans cette alternative, le choix de Fabius ne mérite que le mépris.
Alexandre,
Je rappelle ce que tu écris :
"la démocratie est un régime dans lequel les dirigeants sont pacifiquement et périodiquement remplacés lors d'élections."
Cela ne s'applique pas à la France !
Il suffit de regarder les parcours de notre honnête et beau président pour s'en rendre compte. Chirac s'est présenté en 81 et 88 avant d'être élu en 95 puis en 02. Et, il y a tous ces personnages qui gravitent dans le cercle médiatico-politique et attendent tranquillement leur tour d'être aux "responsabilités" afin d'engranger les confortables bénéfices de la situation. La sratégie du politique français est donc simple : monter dans la hiérarchie du parti et attendre l'alternance. Il suffit de s'armer de patience
Certains reprochent leur démagogie aux nonistes. On peut en retourner largement autant aux ouistes qui ne font que brasser idées générales (paix, solidarité, progrés ...), tenter d'effrayer la population ("si le non passe, la France connaîtra une longue récession") et pratiquer l'amalgame avec entrain ("vous votez comme Le Pen"). Un discours préparé par des agences de com' qui utilise toutes les techniques avancées de manipulation des esprits et évite toujours de rentrer dans le vif du sujet : ce qui est écrit dans ce traite constitutionnel.
Beaucoup de nos concitoyens parcourent le texte, sont effrayés par certains articles et ne veulent pas adoouber une politique qu'on leur sert peu démocratiquement depuis un certain nombre d'années et qui a des effets néfastes sur leur quotidien. Le PIB a beau augmenter, il y a des catégories qui ont un quotidien de plus en plus difficile. N'en déplaise aux tenants du libéralisme acharné : un PIB croissant n'entraîne pas le bonheur universel
emmanuel: "N'en déplaise aux tenants du libéralisme acharné : un PIB croissant n'entraîne pas le bonheur universel."
Pourquoi en vouloir au libéralisme des problèmes de la France? Que je sache, la France est le pays le plus socialisant d'Europe. C'est ce système qui fait faillite (comme l'ont compris les allemands) et il faudrait condamner le libéralisme? Les pays les plus libéraux sont les pays nordiques, la G-B, l'Irlande, voire l'Espagne et les gens n'ont pas l'air de s'y plaindre.
Encore une fois, je rigole.
Le jour où les Rocard et autres "grands penseurs" auront prouvé qu'ils sont capables de gagner une élection (rien qu'une, faut pas trop leur en demander), on en parlera. Pour l'instant, ils ont démontré toute leur carrière durant qu'ils étaient des perdants.
En matière politique, le test, c'est l'élection. Tout ce qu'on peut dire aujourd'hui, c'est que la stratégie préconisée par Fabius, qui est celle qu'appliquait autrefois François Mitterrand, a connu un succès certain dans le passé.
Personnellement, je ne suis pas spécialement Fabiusien. Je pense même que DSK est probablement meilleur en situation de gouvernement. Encore faut-il être en situation de gouvernment. La bonne solution c'est un ticket DSK-Fabius ou plutôt Fabius-DSK en fonction du résultat de ce dimanche. Si ils ont envie de se chamailler d'ici 2007, c'est leur problème, leur perte. Mais attention, n'est pas Blair qui veut.
"effectivement, Fabius est parfaitement en phase avec la population française, en plein délire corporatiste et xénophobe, et gouvernée depuis quelques années uniquement à coups de phases d'hystérie collective."
Ok, il y a donc des vérités in-con-tes-tables qui relèvent de la règle du jeu et pas du jeu lui même (le prix est le révélateur absolu des besoins -non, non, pas des demandes solvables- oui, oui, des besoins de l'humanité, il faut juste accompagner la société dans son chemin vers les plateaux majestueux de la pareto-optimalité et de l'équilibre zen pour tout le monde..., mais à dotation initiale inchangée...faut pas pousser non plus), Alexandre Delaigue connait bien ces (ses ?) vérités absolues.
Malheureusement, ces vérités in-con-tes-tables demandent un peu d'effort d'apprentissage au début (faut bosser un peu, quoi ! Y a pas de repas gratuits).
Après, bien après, à long terme (qui comme chacun le sait est un multiple du court terme) tout va bien (...sauf problèmes de path-dépendancy, mais c'est une autre histoire).
Malheureusement, des frileux repliés sur leurs énormes avantages (salauds de fonctionnaires !) et des pistonnés de l'asymétrie informationnelle, haissant l'étranger qui-leur-vole-le-pain (un polonais à tous les coups...), sabotent les efforts vertueux de ceux qui ont la révélation (Alexandre and co) en pratiquant un discours démagogique et simpliste pour manipuler des foules (naive, la foule, of course...faut croire qu'elle n'a pas encore bien compris les subtilités du calcul de l'optimisation du capital humain).
Soupir... on sait bien pourtant (bien sur qu'on sait, on le sait, c'est tout)... que c'est cette petite minorité (ceci dit, ça commence à en faire beaucoup des crypto communistes dinosauriens, voire ... barbus), des fainéants protégés (ah, le coup de pied au cul salvateur de la concurrence !) qui par ses comportements de captation de rentes (un bon petit mark up imposé aux clients faibles, histoire de profiter d'un repos bien mérité), empêche la diffusion du bonheur à toute la population (si, si, ... toute la population).
J'ai tout bon, là ? J'ai compris le message de l'élite pensante qui pense pour le bien du peuple ? Je peux faire partir du club des aristocratiques "éclairés éclairants" ? Je peux quitter le parti méprisé, des xénophobes hystériques, corporatistes,... et voter oui au bonheur absolu et au TCE ?
Ah ! Au fait, une petite lecture sympa pour les vacances d'été (please, vite, une note de lecture !) : "1984", G. Orwell
1984, ça ne décrivait pas la société communiste que veulent les votes des non de gauche?
Laurent (l’autre) : pardon, mais vous n’allez pas impressionner grand monde ici avec ce genre de sorties, et notamment pas AD. Sur les aspects économiques, plutôt que de faire du Maris-Guerrien en (nettement) moins bon, vous gagneriez à expliquer en quoi dire que Fabius joue sur une hystérie xénophobe constitue une affirmation dogmatique de la toute-puissance de l’optimalité paretienne, une négation des phénomènes de path-dependency, un refus de la remise en cause des dotations initiales, une critique des fonctionnaires (il me semble qu’AD est fonctionnaire), etc. Votre discours relativiste suggère qu’en fait, toutes les théories se valent (Ricardo = Albert Jacquard = Jules-de-chez-Smith-en-face), que c’est être tyrannique de vouloir placer l’une d’entre elles au-dessus des autres, et que, finalement, la xénophobie n’est pas moins respectable que la non-xénophobie. Libre à vous de penser ça, mais libre à d’autres d’être affligés de voir cette non-pensée érigée en valeur suprême du génie français.
A. Belgodere: pas sympa pour Jules-de-chez-Smith-en-face ta comparaison avec Jacquard...
Bon alors puisqu'il faut être clair et direct pour être compris (même de l'élite !), en quoi Fabius, par son vote non, est :
1. Xenophobe ?
2. Hystérique ?
3. Corporatiste ?
Et accessoirement, mais pas secondairement, en quoi alors, les positions de ceux qui votent oui, ne le sont pas ?
Par ailleurs, loin de moi l'idée de faire du relativisme à tout crin, même qu'à tout prendre je serais assez partisan d'une réévaluation du savoir économique actuel (sauce instrumentaliste et friedmannienne) à l'aune du critère de falsification.
Par exemple, Jules-de-chez-Smith-en-face (que je connais très bien) dis toujours "t'es sur de ce que t'avance ? Montre, te, pour voir ? T'a pas un test réfutable sous la main ?"
Ca me rappelle une citation de K. Popper :
"Hormis peut-être certains marxistes, la plupart des philosophes de profession semblent avoir perdu le contact avec la réalité"
Cordialement,
Laurent
PS très respecteux des interlocuteurs :
A tout prendre, je suis assez flatté de la comparaison avec un sous Maris-Guerrien (même nettement moins bon) : c'est sans doute au final bien mieux qu'un sur-Belgodère.
Laurent (un autre):
"1. Xenophobe ?
2. Hystérique ?
3. Corporatiste ?"
1. Sinophobe en fait. Voire polacophobe, etc.
2. Hystérique, non.
3. Corporatiste, oui: "Le corporatisme, a-t-on dit, est le socialisme pour le bourgeois. Ses fondateurs tentèrent de combiner les avantages du capitalisme avec ceux du socialisme. Le corporatisme a la forme extérieure du capitalisme, il admet la propriété et la gestion privée, mais il confie à l’État, comme le fait le socialisme, le contrôle de la circulation des biens matériels. " (agora.qc.ca/mot.nsf/Dossi...
Ceux qui votent oui n'ont pas peur de l'étranger, ne sont pas trop hystériques et ne sont certes pas corporatistes puisqu'ils prônent la libre circulation des biens et des personnes à l'intérieur de l'Union (et sont plus ouverts aussi sur l'extérieur).
D’abord, les partisans du non ne sont pas xénophobes. Bernard Salanié n’est pas xénophobe, pas plus que les libéraux britanniques. Laurent Fabius non plus n’est pas xénophobe, et il y a peut-être des xénophobes chez les partisans du oui. En revanche, Laurent Fabius joue sur la xénophobie qui s’est emparée de beaucoup de français ces temps-ci. Xénophobie, ça a un sens. Ca ne veut pas dire « haine de l’étranger », mais « peur de l’étranger ». Fabius n’a pas peur de l’étranger, mais il tient un discours alarmiste, auquel il ne croit pas, pour conforter les peurs suscitées par le plombier polonais ou le maçon portugais. Lepen disait, et dit encore aujourd’hui, des choses tout à fait similaires sur les travailleurs magrébins. Certes, dans le cas de Lepen, s’y ajoute une forme de rejet absolu de l’étranger, alors que Fabius enrobe son discours de propos bienveillants sur le thème « il vaudrait mieux les aider à s’enrichir et à s’aligner sur notre model social ». Mais ces bonnes intentions ne s’expriment que lorsqu’il s’agit de modérer un propos qui, sans cela, apparaîtrait clairement xénophobe. Quand MG Buffet et lui étaient au gouvernement, il n’y a pas si longtemps, je les ai rarement entendus évoquer ce sujet. Mais de toute façon, lui sait (MGB peut être pas) que le raisonnement est stupide. Il se dit prêt à donner de l’argent pour aider la Pologne à se développer, tout en maintenant qu’il refuse d’en gagner en les aidant. Car commercer avec nous est une façon pour eux de s’enrichir et de se développer. Et commercer avec eux est une façon pour nous de payer moins cher ce qu’on importera de là-bas. Fabius n’est pas non plus hystérique, mais bien des français le sont, cf. les délires sur Bolkestein, sur les maçons portugais qui travaillent en France pour un misérable salaire portugais (de 1400 euros, dixit les syndicats qui ont dénoncé l’affaire), et sur cette farce de mauvais goût du reclassement de 9 ouvriers en roumanie pour 110 euros par mois. Il se trouve que le non attire les plus hystériques (mais beaucoup de partisans du non ne sont pas hystériques), et que Fabius le sait et qu’il en joue. Quant aux tests empiriques des théories, elles sont omniprésentes dans la littérature économique. A part ça, je m’excuse si j’ai été injustement agressif avec mon « nettement moins bon »
A Vulgos
1. Sinophobe est une forme de xénophobe. On avance pas d'un pouce.
2. Hystérique : ok, on progresse.
3. Corporatiste :
Curieuse définition du corporatisme qui fait de celui çi un socialisme. Si je comprend bien, le socialiste Laurent Fabius est donc ...un socialiste ! J'adhère bien volontiers à cette proposition.
Je note que vous certifiez ainsi qu'il ne faut pas entendre le corporatisme comme "une utilisation des pouvoirs économiques, sociaux et politiques par certains groupes puissants, dont le comportement s'apparenterait à celui des corporations de l'Ancien régime" (Wikipédia).
A A. Belgodère
Je suis heureux de voir le débat devenir plus argumenté.
"Car commercer avec nous est une façon pour eux de s’enrichir et de se développer. Et commercer avec eux est une façon pour nous de payer moins cher ce qu’on importera de là-bas"
Voila le cœur du raisonnement. Si je pense qu'il faut aujourd'hui nuancer cette croyance, à l'instar de Laurent Fabius, suis je un xénophobe ?
Faire du pouvoir d'achat l'Alpha et l'Omega de toute relation à l'autre, me parait singulièrement réducteur. C'est faire l'impasse sur les dimensions humaines, temporelles et monétaires (constructions d'avantages irréversibles, jeux de pouvoir et de répartition, problèmes de délais, de spéculation, de change...).
Par exemple (et ce n'est qu'un exemple d'un plus vaste problème), si le commerce international entraîne en interne des "réallocations d'actifs" (comme on dit pudiquement), alors il faut aussi prendre en compte et assumer le coût humain de redéploiement, et organiser la transition (et ce n'est pas une mince affaire que de transformer la fileuse de Roubaix en ingénieur à Toulouse). Il faut donc implicitement accepter un rôle accru pour l'Etat (à moins d'organiser un marché des droits à se reconvertir ?), et pour amortir le différentiel de coût avec les nouveaux entrants de l'UE, lancer une action volontariste de convergence (les fonds structurels ont bien fonctionnés pour l'Espagne, le Portugal et la Grèce. Ils sont où les fonds structurels pour les pays de l'Est ??)
Même Smith, approuvant les actes de Cromwell, admettait, qu'il fallait prendre parfois des mesures temporaires de protection.
De manière générale, j'ai l'impression que sur ce blog, armés d'un savoir économique (pourtant bien fragile), vous pensez détenir toutes les clefs de compréhension du monde moderne…à tel point, que vous vous permettez de railler les "ignorants" qui débitent des "conneries". C'est extrêmement dangereux, méprisant et pour ainsi dire totalitaire, d'où ma référence à Orwell.
La moindre des prudences intellectuelles est d'accepter qu'il puisse exister des savoirs non-définitifs et un espace de discussion (Habermas)
Cordialement
Laurent (l'autre)
C’est un peu le monde à l’envers, là. Les deux dernières fois où une phrase a été brocardée comme « stupide » sur ce blog, ces phrases étaient :
- d’un ancien premier ministre, actuel n°2 et vraisemblable futur leader du premier parti d’opposition, favori pour les futures élections.
- Du numéro deux de la principale organisation patronale française, frère de numéro 1 du parti majoritaire.
Si le débat public était dominé par la croyance unanime dans la théorie des avantages comparatifs, je conçois qu’on pourrait s’en plaindre et souhaiter entendre plus parler des coûts de réallocation de la main d’œuvre. Mais, actuellement, TOUS les responsables des grands partis politiques, en France, considèrent le commerce avec la Chine comme une menace, et la moitié considèrent le commerce avec la Pologne de la même manière. Qu’on me dise quelle personnalité politique influente aurait dit, à la télévision, ces derniers mois, que le commerce avec la Chine est une bonne chose car il nous permet d’avoir des habits moins chers. La réalité est que l’« espace de discussion » est totalement fermé aux libre-échangistes. L’hostilité au libre échange est motivée par des raisons économiques (salaires et emploi), alors que la quasi-unanimité des économistes sont favorables au libre-échange. Comme le souligne Emmanuel (le vrai, cette fois-ci), ils reconnaissent aussi qu’il y a des perdants (comme pour la révolution industrielle) et qu’il faut les aider. Par contre, dire qu’il y a des perdants ne veut pas dire « ça crée du chômage ». En parlant de Popper, l’idée que le commerce avec la Chine crée du chômage a bien été infirmée
Emmanuel :
Bon très bien, on progresse. Maintenant il faut m'expliquer la cohérence du discours qui émane de l'immense majorité des économistes, et qui dit :
1. Dans un contexte d'internationalisation croissante, le rôle de l'Etat est de compenser les perdants
2. Il faut diminuer la dépense publique qui à des effets déresponsabilisants (et aussi diminuer les prélèvements publics qui exercent un effet désincitatif).
Antoine (je peux ?)
Il y a un rythme de croissance de la Chine qui semble avoir échappé à beaucoup, et les données empiriques de 97 sont largement obsolètes (il y a la question du yuan et du dollar, la mise en place de l'euro, l'application progressive des règles d'ouverture de l'OMC, etc...). Mais ce n'est pas le débat : pour l'instant (et pour l'instant seulement), le commerce avec la Chine n'est pas "créateur net de chômage", le jeu est encore à somme positive.
Le problème est donc d'accompagner le double choc externe que constitue :
1. L'ouverture à la Chine (je suis ici bien d'accord pour signaler la duplicité du discours de G. Sarkozy à propos du textile, dans la mesure où il y avait 10 ans pour se préparer). Et je ne parle pas encore de l'Inde (cf déboires de la Silicon Valley US).
2. L'integration des pays de l'Est.
...pour une part importante de la population.
Sur ce point crucial de l'accompagnement au libre échange, je signale simplement un troublant paradoxe : entre le laisser faire et le laisser passer, il va bien falloir choisir.
Cordialement
Laurent (l'autre)
Laurent l’autre : « Antoine (je peux ?) »
Oui
« les données empiriques de 97 sont largement obsolètes »
J’ai commandé à l’OCDE les données de 2000 et 2002, qui sont gratuites (les plus récentes sont payantes). J’espère les recevoir par mail lundi, je m’engage à en parler (pas forcément lundi) même si elles ne vont pas dans mon sens.
« cf déboires de la Silicon Valley US »
Ben justement, la situation de la Silicon Valley n’empêche pas les USA de se porter plutôt bien. Sur le fait que le phénomène est de grande ampleur, justement, plus il y a de chinois et d’indiens, plus on a à gagner en avantages comparatifs.
Emmanuel
Premier problème : le discours en question est aussi, entre autres, celui du Public Choice, et il me semble que beaucoup d'économistes acceptent pas mal de postulats de ce courant de pensée.
Second problème : on touche là à la question de l'efficacité de la dépense publique, faire mieux avec autant (version soft).
Quand on sort de la formule incantatoire générale on s'aperçoit que les modalités ne sont pas évidentes. Par exemple, réduire "les taux d'imposition marginaux pour les individus en *bas* de l'échelle des revenus" signifie forcément trouver une recette compensatoire (si on n'est pas dans une logique de diminution des dépenses publiques): dans l'IS ? dans les taux marginaux des plus *hauts* ? Dans la TVA ? La TIPP ?
Si on veut être responsable d'un point de vue économique alors il faut expliquer que la compensation au perdant passe par un prélèvement accru sur le gagnant (pas de jarre de la veuve, on est bien d'accord).
Polanyi (un de mes favoris) souligne que la mentalité de marché conduit à instaurer une distinction artificielle entre motivations idéales (orgueil, esthétique, fierté, etc.) et motivations matérielles (la faim et le gain) que l'on lie à un système de production (interface avec la nature) orienté arbitrairement (on produit en vue de vente) par le système de marché autorégulateur.
L'Etat est effectivement alternativement utilisé pour soutenir autoritairement ou freiner le désencastrement du marché, mais Polanyi précise bien que son intervention "bienveillante" comme son intervention autoritaire, peuvent être aussi contreproductives.
Il me semble qu'il va bien au delà de l'étude des relations Etat-Marché: il s'agit chez lui de réintroduire dans le calcul "économique" moyens-fins, tous les éléments humains qui ont été expulsés par la logique du prix (ou plutôt l'inverse, réinserer la sphère économique dans la sphère sociale, à sa place, ...au fond de la cour).
Pour cela, il faut traiter le discours économique libéral (tel qu'il est pratiqué aujourd'hui dans les sphères du pouvoir) comme une idéologie.
En tant qu'idéologie, il tend à imposer une conception du monde fermée, séparant artificiellement les motivations idéales et matérielles, ce qui malheureusement, à des effets autoréalisateurs et autorenforcants...et c'est bien là le problème.
Si les économistes libéraux ne partagent pas les opinions de JM Sylvestre...qui le disent ouvertement et courageusement, bon sang !
Cordialement
Laurent (l'autre)
PS Antoine : Merci. J'attends avec impatience les données actualisées (et pourquoi pas une analyse en contenus d'emplois ?). Pour le jugement global sur les USA, j'ai pas mal de réserves...mais c'est un autre débat.
« Si les économistes libéraux ne partagent pas les opinions de JM Sylvestre...qui le disent ouvertement et courageusement, bon sang ! » Ben, entre lui et ce cher Jules-de-chez-Smith-en-face, je ne sais pas lequel est le plus crédible pour parler d’économie. Comme je n’écoute jamais ses émissions, j’aurais du mal, spontanément, à dire avec quoi je ne suis pas d’accord. Mais cite-moi quelques idées de lui, je te dirai ce que j’en pense, et je ne vois pas en quoi ça sera courageux.
Je fais référence à une observation d'Emmanuel qui signale que "la grande majorité des économistes" reconnait la nécessité d'une intervention compensatrice de l'Etat en situation de libre échange. En gros, donc, pas de laissez faire si on accepte le libre échange.
Or, Sylvestre (cité par Emmanuel) ressasse à l'envie, que les deux sont compatibles.
Pour être juste, c'est un coup l'un (anti fiscalisme primaire, critique de la gabégie publique et tutti quanti) un coup l'autre (ouverture necessaire à la concurrence internationale pour faire sauter les rigidités francaises, spécialisation obligée..).. selon les matins.
Le courage consiste donc à dire tout haut, et pas seulement entre initiés, confortablement, en privé, ce que "la grande majorité des économistes" pense.
Très cordialement
Laurent (l'autre)
Bah, si c’est ça JM Sylvestre, je le dis alors sans retenue : je ne suis pas d’accord avec JM Sylvestre.
D’une manière générale, bien qu’étant libéral, j’ai toujours préféré un bon keynésien ou un bon marxiste à un mauvais libéral.
Par ailleurs, je n’ai jamais accordé le moindre crédit à l’idée selon laquelle la mondialisation nous imposait, concurrence oblige, des réformes libérales. Le fait que je puisse, par ailleurs, les souhaiter, ne me conduit pas à mentir en prétendant qu’elles sont inéluctables. En fait, j’ai même prétendu le contraire dans mon post sur le bouquin d’Amable (et dans les commentaires).
Plus généralement, l’idée d’une concurrence entre les pays traduit souvent une grande méconnaissance des mécanismes économiques basiques (en particulier du « no-bridge »). Les promoteurs de ces idées (« comment voulez-vous que la France s’en sorte avec les 35 heures et les charges sociales dans une économie mondialisée ? ») sont souvent des managers qui pensent qu’un pays fonctionne comme une entreprise.
Dans tout ce que j’ai pu dire ici contre les 35 heures, par exemple, je n’ai jamais fait la moindre référence à la mondialisation. Les 35 heures n’ont, selon moi, que 2 conséquences : elles augmentent le temps libre des travailleurs et elles diminuent, toutes choses égales par ailleurs, leurs revenus. La mondialisation n’a rien à voir avec ça.
Autre conséquence non pas des 35 heures mais des lois limitant le temps de travail en général : elles diminuent les possibilités pour les salariés de choisir eux-mêmes leur temps de travail, en fonction de leurs propres arbitrages, qui varient d’un travailleur à l’autre. Ce qui, en soi, me déplait fortement. Mais là non plus, rien à voir avec la mondialisation.
Je serais ravi de mener un débat à une autre occasion sur la question des 35 heures (en particulier sur la question cruciale de la liberté de faire des choix libres en fonction de ses arbitrages "libres et non faussés")...mais je crois que l'on s'éloigne trop du post initial.
Je rappelle que mon indignation initiale provient des jugements à l'emporte pièce (ceux de VilCoyote ou d'Alexandre Delaigue) qui qualifient d'hystériques, de xénophobes, de corporatistes, voire de stupide, ceux qui osent avoir un avis divergent... et tout cela, au nom d'un prétendu savoir définitif de la science économique, ce qui ne manque pas de culot !
J'attend simplement de vrais arguments pour soutenir ces assertions et engager un débat.
Cordialement
Laurent (l'autre)
Alors voila, j'ai ressorti mon Ricardo pour-les-nuls (pfuff.. un peu de poussière...).
Soit donc un pays mauvais en tout (pas de bol). Tiens par exemple, l'Angleterre, il lui faut 100 bonhommes pour fabriquer du drap en un an, et 120 pour du vin (faut dire qu'il sont pas aidés par le fog).Et puis un pays super bon en tout. Tiens, le Portugal, 80 bonhommes pour du Porto (normal, il sont bien dotés en soleil –et c'est pour ça d'ailleurs que plein de suédois y viennent en vacances) et 90 pour du drap (ah ! Les merveilleuses petites mains…).
Chacun reste de son côté ? Ben non, l'ami Ricardo est là.
Le Portugal, il est un chouia meilleur dans le vin que dans le drap, l'Angleterre un chouia moins mauvaise dans le drap que dans le vin. Tope là ! Un petit gain à l'échange inter-branche, ça se trouve, et chacun heureux, va se spécialiser pour le meilleur (et pour le pire ?). Note que cela fonctionne aussi avec un chapelier multicartes et une petite cordonnière, ou alors entre une secrétaire et un ténor du barreau (ça c'est, Maître Yoda-Samuelson).
Mais attends là….pfuff…poussière. Les drapiers portugais de Lisbonne ils se téléportent instantanément à Porto (avec leurs petites économies) et hop…les voilà vignerons. Et puis les vignerons anglais de Londres font maintenant de superbes dentelles à Plymouth.
Mais attends là … pfuff…poussière. Sont pas très malins les anglais. Pourquoi ils iraient pas fabriquer du drap moins coûteux avec les drapiers (survivants) de Lisbonne ? Non ? NON. Peuvent pas. Ben, pourquoi ? La Manche, l'Atlantique. Pas possible, bloqué.
Bon alors, on peut pas ruser, style un peu moins d'hommes, un peu plus de machines ? NON. Attends là … pfuff…poussière. C'est coefficient fixe, rien à faire. Argh. Et si je livre en gros ? NON (c'est à la mode ce soir…). Attends là … pfuff…poussière. Constants les rendements d'échelle, constants.
Pfuff…poussière. Je range délicatement mon Ricardo pour-les-nuls.
Et maintenant, je regarde la Chine et la France. Tiens, un vol de capitaux sauvages vient de passer entre les branches. Et moi qui suis cloué au sol...
Suis poétique, là, et pas du tout populiste ou démagogique.
Laurent (l'autre)
Etre pris pour un con qui connaît pas son Ricardo, j'ai donné merci. J'ai même été pris pour un xénophobe stupide et hystérique.
Remarque, ça fait maintenant plus de 55% des français (votants) qui sont dans ce cas (et il y a pas mal d'enseignements à tirer de la sociologie des électorats).
Maintenant, il s'agit d'aller jusqu'au bout de ses opinions, et d'expliquer très précisément en quoi les tenants du non agitent "des craintes caricaturales infondées".
Merci Vil Coyote, d'éclairer ma lanterne.
Cordialement, et bonne nuit.
Laurent (l'autre)
Laurent(un autre): "et il y a pas mal d'enseignements à tirer de la sociologie des électorats"
Lesquels? Moi, au risque de paraître méprisant (pour le coup, je le suis, même si je me prends pas pour une lumière), je vois que plus le diplôme est bas et plus on a voté non. Ce non sent clairement le populisme.
PS: C'est juste mon opinion, peut-être idiote, exprimée franchement, je veux pas faire de la provoc méchante.