Ce qu'on appelle la croissance, ce n'est autre que l'augmentation du PIB. Et le PIB, ce n'est rien d'autre que la somme de nos revenus à tous. La sinistrose ambiante semble indiquer que bien des gens ne sont pas satisfaits de leurs revenus. J'ai déjà évoqué ici la question de l'évolution des salaires entre 2002 et 2004, en m'appuyant sur les données de l'INSEE. On peut difficilement imputer au grand capital cette impression de stagnation du pouvoir d'achat, puisque la part du capital dans la valeur ajoutée est très stable. Le problème vient de ce que la valeur ajoutée n’augmente pas suffisamment. Ça freine le pouvoir d’achat des salariés, et, puisque le volume des prélèvements obligatoires dépend de la valeur ajoutée, ça limite également les marges de manœuvre de l’Etat.

Si on vivait dans un monde où chacun se contentait d’amour et d’eau fraîche, ça ne serait pas bien grave. Mais la réalité est que beaucoup de gens souhaiteraient avoir plus d’argent, et sont donc mécontents. C’est pour cette raison qu’il faut de la croissance. Comment créer de la croissance ? A long terme, en finançant la recherche et l’éducation, en favorisant l’investissement, etc. A court terme, en augmentant le travail. Le graphique suivant montre le nombre d’heures travaillées en 2003 par travailleur dans certains pays de l’OCDE (source : l’OCDE)

La France n’est pas la plus laborieuse, loin s’en faut. (attention toutefois, l’axe des ordonnées ne commence pas à 0). Autre donnée montrant le problème de travail de la France, le rapport entre les personnes employées et la population de plus de 15 ans (même source) :

Je ne juge pas du bien-fondé de cette idée. Dans l’idéal, il me semble que le temps de travail devrait être choisi individuellement, en fonction des arbitrages de chacun entre loisir et revenu. Mais on peut comprendre qu’il soit tentant d’augmenter le volume de travail en France pour augmenter le revenu national. Evidemment, lutter contre le chômage aurait en gros le même effet que d’augmenter le temps de travail des gens qui travaillent déjà. Mais c’est peut être plus difficile politiquement à mettre en œuvre.

Toujours est-il qu’au lieu de dire ça, c’est-à-dire « nous allons augmenter le temps de travail afin d’augmenter le revenu national », le gouvernement a utilisé un subterfuge grossier, dont la finalité démagogique n’a d’ailleurs pas été atteinte. Il a misé sur l’émotion provoqué par un drame sanitaire (la canicule) pour cibler sur une utilisation particulière du supplément de revenu. L’idée est que si les gens sont incapable de comprendre le raisonnement suivant :

« Nous allons travailler plus pour avoir un plus grand revenu pour pouvoir faire plus de choses, comme par exemple augmenter les aides aux personnes âgées », on va leur vendre une variante :

« Nous allons travailler plus pour les personnes âgées ». C’est la même chose, mais en plus court, ça doit mieux passer.

Si le gouvernement a fait fort dans la démagogie, sur ce coup-là, le PS, en la personne de François Hollande, a surenchéri d’une fort belle manière : celui-ci s’est engagé, en cas de victoire de la gauche, à rétablir le jour férié de la pentecôte. Outre qu’il ne s’agit pas là d’une promesse très risquée, puisque tout porte à croire que de toute façon, l’expérience ne sera pas renouvelée, on peut noter que le PS ne craint pas le ridicule en faisant de cette mesurette la première décision du gouvernement Raffarin qu’il s’engage à abroger. N’eût-il pas été plus courageux de s’engager à revenir sur la réforme des retraites, ou celle de la sécu ou celle du statut des intermittents ? On n’a peut être que les ambitions qu’on peut…