Les gentils monopoles publics
Par Antoine B. le samedi 7 mai 2005, 01:01 - Lien permanent
Le jeudi, sur France 2, juste après le journal de 20h, Gilles Leclerc interviewe un homme politique pendant quelques minutes. Hier soir, l'invitée était Marie-George Buffet, secrétaire générale du PCF. Pour expliquer en quoi le TCE constituait, en cas d'adoption, une menace pour les services publics français, elle a pris un exemple qui m'aurait laissé perplexe s'il ne m'avait déjà fait hausser les épaules des dizaines de fois auparavant. (lire la suite)
Cet exemple est celui d'EDF. Selon M-G.B., si l'État français décidait de ré-accorder à l'entreprise le monopole de l'électricité "afin de garantir à tous l'accès à l'électricité", alors les entreprises concurrentes attaqueraient ce monopole en justice et obtiendraient gain de cause. On retrouve ici un argument souvent entendu, selon lequel l'État devrait s'arroger un monopole légal dans toutes les industries dans lesquelles le monopole est une structure de marché "naturelle". Si elle part d'un raisonnement économique cohérent, cette idée s'avère être, selon moi, très bancale à l'arrivée.
L'économiste qualifie de "monopole naturel" une activité économique caractérisée par la sous-additivité des coûts. On est dans une telle situation lorsque le coût moyen de production décroît avec les quantités produites. Autrement dit, si les coûts sont sous-additifs, il n'est pas deux fois plus coûteux de produire deux fois plus. C'est le cas en présence de coûts fixes importants ou d'externalités de réseau. Par exemple, si deux compagnies de chemin de fer créent simultanément chacune leur propre réseau de voie ferrée dans la même zone géographique, il en résultera une perte économique évidente. N'est-il pas absurde, en effet, d'imaginer, à 10 mètres de distance, deux paires de rails distinctes, vides 99% du temps ? Il serait bien plus économique de n'en utiliser qu'une seule ! Aussi doit-on s'attendre, dans une telle configuration, à voire les deux entreprises rivales fusionner afin de n'exploiter qu'un seul réseau ferré, formant ainsi un monopole. Mais alors se pose le problème suivant : un monopole est doté d'un pouvoir de marché qui peut être préjudiciable au consommateur. Une entreprise qui n'a pas de concurrent peut monter ses prix tant que la perte de consommateurs rebutés par la hausse des prix n'annule pas le gain unitaire supplémentaire.
Ainsi, une partie au moins de ce qu'on gagne en terme de coût pourrait être perdu si le monopole profite de sa situation pour faire grimper les prix. Quelle est la solution à ce dilemme ? La réponse classique est la suivante : quitte à ce que l'industrie concernée soit gérée par un monopole, autant que ce monopole soit exercé par l'État. L'État, qui, dans la tradition néoclassique est souvent considéré comme un planificateur central bienveillant, est censé pratiquer une tarification au coût marginal, afin de ne pas tirer une rente de l'exploitation du monopole. Il serait donc la solution permettant de bénéficier simultanément de l'économie liée à la sous-additivité et d'une tarification aussi avantageuse que celle qui prévaudrait en situation concurrentielle.
Il est naturellement tentant d'attaquer cette théorie en remettant en cause cette hypothèse naïve de l'État bienveillant. Mais ce n'est pas ce que je compte faire ici. Je remets à plus tard la question de la bienveillance des pouvoirs publics, et j'en accepte l'hypothèse en attendant. Je n'évoquerai pas non plus les (éventuels) bienfaits de la concurrence du point de vue de l'incitation à innover.
J'accepte, pour les besoins du débat, l'idée que l'État devrait prendre en charge les monopoles naturels. Ce que je n'accepte pas, en revanche, c'est l'idée selon laquelle ce monopole devrait être un monopole légal. La différence entre un monopole et un monopole légal est suffisamment forte pour rendre illégitime toute confusion entre les deux. Un monopole est un offreur sans concurrent. Un monopole légal est un offreur à qui la loi garantit qu'elle ne peut avoir de concurrent. J'aimerais qu'on m'explique en quoi l'existence de monopoles naturels justifierait qu'une loi interdise à quiconque à part l'entreprise désignée de fournir les biens ou services concernés ?
Tentons de chercher un argument. Si une entreprise fait concurrence à l'entreprise publique, cela entraînera une perte économique à cause de la sous-additivité des coûts. Fort bien, mais si l'entreprise publique n'a pas vocation à maximiser son profit, rien ne l'empêche, par exemple, de produire autant que si elle était seule, et de pratiquer une tarification au coût marginal. Dans cette situation, son concurrent privé ne pourra pas faire face, et sortira de lui-même du marché. S'il n'en sort pas et que les coûts sont effectivement sous-additifs, alors la perte économique sera subie par les actionnaires de cette entreprises privées. La corporate governance est peut-être une vue de l'esprit, mais de là à faire une loi pour interdire à une entreprise privée d'entrer sur un marché pour protéger ses actionnaires, c'est aller un peu loin.
Autre possibilité : malgré tout, l'entreprise privée gagne de l'argent en servant une partie du marché. Dans cas, les coûts ne sont peut-être pas tout à fait sous-additifs ! Après tout, c'est toujours une cause technologique qui rend les coûts sous-additifs. Une entreprise privée peut bien avoir développé une technologie qui la dispense de coûts fixes, par exemple. Dans ce cas, il n'est plus forcément économique de n'avoir qu'un seul offreur. On peut aussi imaginer qu'une entreprise propose une autre qualité du même service, trouvant des clients prêts à payer plus (ou moins) en échange d'un service de haute (piètre) qualité. Si c'est le cas, c'est que l'entreprise publique occupait mal l'espace des caractéristiques, et donc servait mal une partie de la demande.
Il y a un autre argument favorable à l'attribution de monopole, c'est que, pour certains services, il existe des zones dont la couverture est très coûteuse, et donc non rentable. C'est à cela que Marie-George Buffet faisait allusion. On pense à ces zones rurales éloignées qui seraient privées de transports publics, de téléphone ou d'électricité si seul le marché était fournisseur de ces services. Dans ce cas, le monopole légal est encore moins justifiable. On pourrait imaginer un argument formulé de la manière suivante : "La concurrence conduirait l'entreprise publique à ne se concentrer que sur les zones rentables, afin de pouvoir affronter ses adversaires". C'est bien beau, mais ça ne veut pas dire grand chose. Le principe même de l'entreprise publique est qu'elle n'a pas besoin de faire du profit pour exister. Le fait de faire un profit inférieur à ses concurrents ou inférieur à ce qu'elle pourrait réaliser ne compromet en rien son existence. Il existe d'ailleurs une autre manière, pour l'État, de s'assurer que certains services non-rentables qu'il juge utile soient fournis, c'est de les subventionner. Nul besoin de créer une entreprise publique.
Argument plus subtil : conférer un monopole légal à une entreprise publique lui permettrait de réaliser des sur-profits dans les zones les plus rentables pour financer le service rendu dans les zones les moins rentables. Cet argument est encore infondé. Si des activités non rentables sont entreprises par volonté publique (que ce soit justifié ou non), alors forcément, quelqu'un va financer le manque à gagner. Il n'y a aucune justification pour faire des clients des zones rentables les financeurs exclusifs des services rendus dans les zones non-rentable. Qu'est-ce donc que cette taxe qui ne dépend ni du revenu, ni du patrimoine, ni d'activités polluantes ? L'argent est fongible ! S'il faut financer des activités non-rentables, autant les financer par l'impôt, pourquoi créer une entrave à la concurrence en A pour financer un service public en B ?
J'ai beau chercher, je ne trouve d'argument valable pour justifier l'existence de monopoles légaux.
J'ajoute que j'ai fait, dans ce billet, l'impasse sur beaucoup de questions : Je n'ai pas cherché à savoir si, effectivement, le TCE empêchait les monopoles légaux. Je n'ai pas remis en cause le caractère bien-veillant de l'État, ni cherché à étudier comment un monopole public peut, lui aussi, créer des rentes préjudiciables au consommateur. Je n'ai pas non plus discuté la validité du modèle standard du monopole, ce que j'aurais pu faire en évoquant la théorie des marchés contestables. Je n'ai pas vérifié si, en pratique, la sous-additivité des coûts caractérisait bien les activités concernées par des monopoles publics. Enfin, je n'ai pas parlé de l'idée, pourtant très féconde à mon sens, selon laquelle il pourrait être opportun de scinder en deux les activités ayant des coûts fixes, en confiant au secteur public la gestion des coûts fixes (ex : les rails) et en développant la concurrence pour le reste d'activité (ex : l'exploitation de trains sur des rails publics).


Commentaires
Ah non, monsieur Paribus ! Mon correcteur d'orthographe est formel ! Monopôle prend un accent circonflexe ! (mais bon, je vais quand même l'enlever et te créditer de deux points, dont la prime au calembour, car mon dico affirme le contraire)
J'en déduit que tu suggere de supprimer la propriété intellectuelle car les monopoles légaux c'est mal, non ? :)
Plus sérieusement, je ne pense pas qu'il soit illégal en France pour une entité privée de poser des rails sur sa propriété. Le problème pour faire une voie de communication privée c'est la négociation avec des milliers de propriétaires fonciers, je pense que c'est possible dans des cas très particuliers mais pas dans le cas général.
Il me semble que le modele d'exploitation des rails par plusieurs société privées ne s'est pas revele si fantastique que ca la ou il a ete essayé.
La concurrence va aussi générer des couts, comme la communication et publicité, les multiples forces de vente, le manque de coordination des horaires (valeur négative pour le consomateur), des problèmes de responsabilité si le matériel d'une compagnie tombe en panne au milieu des voies et gene les autres ou fait des dégats d'ou frais juridiques, etc...
Un autre domaine du même genre est le réseau de distribution d'eau, la aussi le système de concession au privé ne fait pas non plus dans le succés éclatant. Pareil pour l'electricité.
La concession au privé d'infrastructures favorise aussi grandement la corruption qui est un cout supporté par le contribuable/consomateur.
Un des domaines ou la concession a l'air de marcher est les telecoms (quoiqu'il difficile de dire ce qu'aurait donné la continuité du monopole public - le réseau francais etait loin d'etre delabre ou en retard durant le monopole public), mais c'est sans doute parceque c'est relativement simple de partager les clients entre differents acteurs, pour caricaturer juste un fil a debrancher / rebrancher dans un local et le reste de l'infrastructure est totalement privé et partiellement dupliquée (ce qui est un plus pour la disponibilité dans ce marché).
Ce n'est pas le cas pour le réseau electricité par exemple, et la aussi pas vraiment de brillants succés du modele "privatisé" quand il est appliqué.
Pourtant la recette "européenne" est la même pour tous ces domaines qui me paraissent finalement plutot différents. De la à dire que c'est de la théologie qui parle plutot que de la science économique ...
Laurent
Laurent : « J'en déduit que tu suggère de supprimer la propriété intellectuelle car les monopoles légaux c'est mal, non ? :) »
Ah ben non. Je suis favorable au brevetage des innovations, pour créer une incitation à innover. A quoi incitent les monopoles légaux dont il s’agit ici ?
« La concurrence va aussi générer des coûts, comme la communication et publicité, les multiples forces de vente, le manque de coordination des horaires »
Oui, mais cet argument s’applique à absolument tous les secteurs économiques concernés par la concurrence. Faut-il interdire toute forme de concurrence dans tous les secteurs pour éviter les coûts suscités par la pub ?
Ils incitent a penser sur le long terme et non pas a laisser degrader l'infrastructure, la securite et le service quelque soient les resultats trimestriels ou les cours de la bourse des cinq prochaines minutes. Ce n'est pas necessaire dans tous les domaines economiques, mais dans certains cas, dont le ferroviaire, visiblement cela a un impact (je ne dis pas qu'il n'y a pas des choses a ameliorer a la SNCF car c'est tres vrai, mais il y a des moyens d'y arriver sans privatiser).
Pour les couts, un monopole est peut-etre relativement moins efficace, mais si cette inefficacite est inferieure aux couts de marketing et autres couts engendres par la concurrence alors il est economiquement benefique de garder le monopole public, non ?
Ensuite pour le manque de coordination des horaires ou des trajets, ca ne s'applique pas a tous les secteurs mais dans celui du transport ferroviaire oui au moins pour la partie a petites distances (l'avion a relativement moins de contraintes au niveau des grands aeroports).
Il y a d'autres couts specifiques au transport par rail mais bon je vais m'arreter la.
Il me semble que les analyses a partir de principes economiques "generaux" doivent etre nuances par les particularites de chaque activité. C'etait le gros de mon message. Ca veut dire que privatiser les constructeurs de voiture est sans doute raisonnable et efficace, d'etablir des regles claires pour partager la ligne de cuivre telephonique aussi, mais pas forcement pour les reseau d'eau, de chemin de fer ou electrique.
Tu as des references d'articles qui etudient l'historique des reseaux ferroviaires, d'eau et d'electricite en perspective monopole public vs privé ? Vu les quelques mesaventures du privé sur ces sujets, je suppose que des economistes se sont penchés sur la question.
Laurent
"Il existe d'ailleurs une autre manière, pour l'État, de s'assurer que certains services non-rentables qu'il juge utile soient fournis, c'est de les subventionner. Nul besoin de créer une entreprise publique."
Alors là, euh, cette phrase m'a un peu fait réfléchir toute la journée du samedi. Est-ce vraiment une meilleure idée, du point de vue du coût pour l'Etat, de subventionner le privé pour qu'il aille investir dans les niches non rentables, plutôt que d'y installer un service public?
Je suis pas économiste, mais à vue de nez, dans le premier cas, l'Etat payerait la différence entre le coup du service pour l'entreprise et le seuil de rentabilité de celui-ci, dans le second il financerait le déficit de l'entreprise publique, c'est-à-dire l'argent qu'elle perd à investir dans un secteur non rentable. Ca ne revient pas strictement au même? C'est-à-dire que dans les deux cas, l'Etat comblerait la différence entre le coup de revient et le prix auquel il souhaite que le service soit accordé, quelque chose comme ça... Il me semble donc qu'au point de vue du coût, subventions et entreprises publiques sont équivalentes.
Cependant, pour accorder des subventions bien ciblées, l'Etat doit savoir quels sont les secteurs qui sont non-rentables. Et les secteurs non-rentables, ce sont simplement ceux où les entreprises privées ne vont pas. Le problème, c'est qu'à partir du moment où l'Etat a introduit une subvention, ces secteurs sont investis par le privé, ce qui brouille l'information. L'entreprise publique n'a pas ce défaut.
Et si d'aventure, la technologie évolue, et qu'il devient tout à coup rentable d'installer Internet à 100Mb/s, même pour deux chalets perdus en Haute Savoie, à des prix raisonnables, que se passe-t-il? L'Etat se retrouve avec une subvention accordée pour rentabiliser un service qui est devenu rentable entre temps. Il doit donc logiquement couper cette subvention, mais encore faut-il qu'il le sache (obligation d'entretenir donc une administration qui contrôle la nécessité ou non d'accorder une subvention), et qu'il sache resister aux pressions des bénéficiaires de la subvention qui voudront continuer à en profiter (et pourront mettre la population avec eux en dépeignant "l'Etat qui accélère la désertification des campagnes"). Dans le cas contraire, on se retrouve avec une rente indue d'un secteur marchand par des fonds publics. Un peu comme la PAC, quoi.
Dans le cas où on avait créé une entreprise publique pour déservir ces deux chalets, par contre, l'évolution de la technologie permet simplement au privé d'investir aussi dans le secteur, et c'est donc le marché qui fournit l'information sur la nécessité de soutenir ou non un secteur (Bon, certes là, il faut affronter le lobby des fonctionnaires qui se retrouveront sous la menace d'une privatisation. Mais j'ai l'impression que ce genre de lobbys arrive rarement à ces fins, à long terme en tout cas)... à condition qu'il n'y ait pas de monopole légal, en effet. Et c'est là que je rejoins votre conclusion. Il ne faut pas instaurer de monopole légal dans les secteurs marchands.
Bon, comme j'ai dit, je ne suis pas économiste, j'espère donc ne pas m'être complètement enduit de ridicule en ce matin dominical.
"Le principe même de l'entreprise publique est qu'elle n'a pas besoin de faire du profit pour exister"
1. Certes, certes...mais le "profit" est de plus en plus utilisé en tant qu'indicateur de gestion optimale, et la perte utilisée pour identifier les canards boiteux. Il est devenu habituel de diviser les activités en autant de centres de profit...
Avec une concurrence partielle, le canard boiteux qui officie sur une zone de surcoût ne pourrait plus bénéficier de la péréquation interne, et condamné aux pertes, devrait être financé publiquement.
A partir de là, vu l'ambiance actuelle sur les impôts, vu que la critique est facile quand il faut payer l'impôt...on oublie vite les conditions initiales pour stigmatiser la gabegie publique, forcément publique.... A preuve : la perte ! CQFD.
2. Par ailleurs, le financement d'une activité non rentable sur une zone par ceux qui sont sur une zone favorisée, cela s'appelle simplement le principe de solidarité géographique et culturelle (qui peut générer des externalités positives, et des rendements croissants par la suite, si on tient vraiment à rester dans le domaine économique) et quelque part il semble bien que ce soit au principe d'une société.
3. Allez, un dernier argument pour la route : il n'est sans doute pas très "optimal" (pour eux) que les habitants de la Flandre financent des services en Wallonie, mais l'éclatement de la Belgique, et la création d'une zone délaissée, aurait sans doute des conséquences fâcheuses pour la prospérité future de la Flandre.
Cordialement,... une fois.
Laurent : « Ils incitent a penser sur le long terme et non pas a laisser degrader l'infrastructure, la securite et le service quelque soient les resultats trimestriels ou les cours de la bourse des cinq prochaines minutes. »
En l’occurrence, si l’entreprise est publique, elle n’a pas besoin d’un monopole légal pour penser à long terme. Soit dit en passant, les marchés financiers sont plus intéressés par le long terme que ce qu’on pense habituellement, comme l’illustre la dernière bulle internet.
« Il me semble que les analyses a partir de principes economiques "generaux" doivent etre nuances par les particularites de chaque activité. »
OK, mais je constate souvent que le fait de s’attarder sur des spécificités tend à faire oublier les principes généraux.
« C'etait le gros de mon message. Ca veut dire que privatiser les constructeurs de voiture est sans doute raisonnable et efficace, d'etablir des regles claires pour partager la ligne de cuivre telephonique aussi, mais pas forcement pour les reseau d'eau, de chemin de fer ou electrique. »
Note que je n’ai pas, dans ce message, parlé de privatisation.
« Tu as des references d'articles qui etudient l'historique des reseaux ferroviaires, d'eau et d'electricite en perspective monopole public vs privé ? »
Pas sous la main, mais ça existe. Il faut chercher sur IDEAS. Si Alexandre Delaigue est dans les parages, il doit avoir des réfs’.
Cyrille : « Ca ne revient pas strictement au même? »
A priori si, c’est un peu le sens de ma phrase : nul besoin de créer un monopole légal là où une simple subvention peut faire l’affaire. Si on introduit des mécanismes efficaces d’attribution du marché public, il se peut même que ça soit préférable.
« Dans le cas où on avait créé une entreprise publique pour déservir ces deux chalets, par contre, l'évolution de la technologie permet simplement au privé d'investir aussi dans le secteur, et c'est donc le marché qui fournit l'information sur la nécessité de soutenir ou non un secteur (Bon, certes là, il faut affronter le lobby des fonctionnaires qui se retrouveront sous la menace d'une privatisation. Mais j'ai l'impression que ce genre de lobbys arrive rarement à ces fins, à long terme en tout cas)... à condition qu'il n'y ait pas de monopole légal, en effet. Et c'est là que je rejoins votre conclusion. Il ne faut pas instaurer de monopole légal dans les secteurs marchands. »
C’est un argument intéressant. D’autant qu’il va dans mon sens en conclusion ;-)
L’autre Laurent :
« 1. Certes, certes...mais le "profit" est de plus en plus utilisé en tant qu'indicateur de gestion optimale, et la perte utilisée pour identifier les canards boiteux. Il est devenu habituel de diviser les activités en autant de centres de profit...
Avec une concurrence partielle, le canard boiteux qui officie sur une zone de surcoût ne pourrait plus bénéficier de la péréquation interne, et condamné aux pertes, devrait être financé publiquement.
A partir de là, vu l'ambiance actuelle sur les impôts, vu que la critique est facile quand il faut payer l'impôt...on oublie vite les conditions initiales pour stigmatiser la gabegie publique, forcément publique.... A preuve : la perte ! CQFD. »
C’est une autre question : est-il vraiment pertinent de subventionner telle ou telle activité ? Au nom de quoi ? Trop d’activités ne sont-elles pas déjà subventionnées ? etc. Mais si la décision est prise, à tor
dt ou à raison, de subventionner une activité donnée, alors j’aime mieux que cela passe par l’impôt plutôt que par la création d’un monopole légal.« 2. Par ailleurs, le financement d'une activité non rentable sur une zone par ceux qui sont sur une zone favorisée, cela s'appelle simplement le principe de solidarité géographique et culturelle (qui peut générer des externalités positives, et des rendements croissants par la suite, si on tient vraiment à rester dans le domaine économique) et quelque part il semble bien que ce soit au principe d'une société. »
Pardon, mais je suis bien plus sensible à la solidarité des riches envers les pauvres qu’à la solidarité géographique. Si les habitants de la région A sont plus riches, en moyenne, que ceux de la région B, alors un financement par l’impôt d’une activité dans la région B sera, de toutes façons, financée d’avantage par les habitants de la région A (supposons les populations égales). En revanche, créer un monopole légal injustifié pour faire payer plus un service aux habitants de A afin de financer le service en B est très injuste : les pauvres de A paieront, les riches de B en bénéficieront.
"Note que je n’ai pas, dans ce message, parlé de privatisation."
Certes mais tu as parlé du réseau de distribution d'electricité et du réseau ferroviaire pour lesquels ton raisonnement ne me semble pas très convainquant a cause de spécificités très fortes qui sont en prendre en compte dans tout modèle économique sérieux, et d'expériences de "mise en concurrence" sans grand résultat et quelques catastrophes qui incitent encore plus à ne pas faire de la théologie pure et dure. Comme je l'ai précisé la concurrence me semble adaptée à beaucoup de domaines, je n'oublie clairement pas le cas général :).
Au passage ni l'un ni l'autre ne sont des monopoles légaux, pour la SNCF je n'ai pas trouvé de texte donnant monopole sur le fait de poser des rails (ni jamais entendu parler), et il y a des lignes privées en France qui me font penser qu'il n'a effectivement pas de monopole légal. Pour la distribution d'electricité, cherche ELD sur google.
Laurent
Laurent : « Au passage ni l'un ni l'autre ne sont des monopoles légaux, pour la SNCF je n'ai pas trouvé de texte donnant monopole sur le fait de poser des rails (ni jamais entendu parler), et il y a des lignes privées en France qui me font penser qu'il n'a effectivement pas de monopole légal. »
Je n’ai pas dit non plus que la SNCF disposait d’un monopole légal. Je répondais à un argument de Mme Buffet qui considérait qu’il fallait rendre à l’EDF son monopole pour lui permettre d’assurer un service public accessible à tous.
Un exemple de marché protégé légalement est celui des liaisons maritimes Corse Marseille. La Corsica Ferries, qui assure les traversées vers Nice et Toulon, est interdite légalement à Marseille. Le service rendu y est-il meilleur qu’à Nice ? Réponse sans appel : non. C’est plus cher et en cas de grève, il n’y a pas d’alternative à la SNCM (à part la CMN, dont les capacités sont très limitées).
Pfff... Non, ça rentrera pas... Ca doit être un acte manqué, mais quel est le sens caché ?
A. Belgodere: peur d'être impuissant. Tu rapproches "tort" de "tordre" en plaçant un d. Le tordu est le contraire du droit, du tendu et tu nies sa réalité en l'opposant à ce qui a raison. Je pourrais ajouter que son vis-à-vis symbolique est donc "raison" et que dans "raison" il y a "raie" et, phonétiquement proche, "con". Mais inutile d'expliciter plus, les gens de bien sont déjà convaincus.