Il a gagné, les doigts dans le nez
Par Antoine B. le lundi 2 mai 2005, 17:45 - Lien permanent

Milan, lugubre contributeur d'un blog au fromage, a eu la bonne idée de me faire aller sur la home-page de Daron Acemoglu à l'occasion d'une discussion sur le développement. J'avais déjà lu de lui un article très théorique concernant l'impact du progrès technique sur les rémunérations relatives des facteurs. Je pensais donc qu'il était spécialisé dans ces obscures questions de croissance endogène. Arrivé sur la liste de ses publications dans des revues à comité de lecture, j'ai eu un choc. Entre 2000 et 2004 seulement, il a publié rien de moins que 32 articles, pour la plupart dans des canards aussi quelconques que l'American Economic Review, le Journal of Political Economy, le Journal of Economic Literature, ou encore le Quarterly Journal of Economics. La question que je me suis aussitôt posée est "qu'est-ce qui peut bien l'inciter à publier autant ?". Évidemment, ce qui incite, en général, un chercheur à chercher beaucoup, c'est la passion couplée à l'envie de faire une grosse carrière. OK. Mais, là, à ce point ? Le lendemain du jour où j'ai eu ces quelques réflexions, j'ai trouvé un élément de réponse, en découvrant qu'il venait de se voir attribuer la prestigieuse médaille Clark, récompensant le meilleur économiste de moins de quarante ans. Selon le Boston Business Journal, 11 titulaires de cette médaille ont gagné le prix de la Banque de Suède à la mémoire d'Alfred Nobel, plus communément appelé le Prix Nobel d'Économie. La rédaction d'Optimum lui adresse ses félicitations unanimes. En parcourant un peu ses articles, je me rend compte que la question des institutions et de leur rôle dans le développement des pays pauvres y est récurrente (Milan m'avait d'ailleurs mis un peu la puce à l'oreille). Sur la forme, ses textes sont très techniques. Je ne critique pas cet aspect des choses car c'est une approche qui me parait féconde en économie, mais gageons qu'il saura vulgariser ses découvertes quand il aura un peu plus de temps. Cet article concernant la performance économique du Botswana fait exception à la règle, il est très lisible et non moins intéressant.


Commentaires
"Entre 2000 et 2004 seulement, il a publié rien de moins que 32 articles"
Alala... Quand je pense qu'on met plus d'un mois pour pondre un billet à la con avec des calculs foireux et des fautes d'orthographe à la pelle...
Tant mieux si un de mes lugubres commentaires a pu ne pas être totalement inutile.
Tant mieux aussi pour Acemoglu s'il a gagné la Clark Medal. Je crois que j'avais écrit qu'il courrait après le Nobel, c'était une imprecision : c'est effectivement après la JBCM, passage quasi-obligé pour le Nobel pour les économistes qui enseignent aux US (je crois bien qu'eux seuls sont éligibles), qu'il courrait dans un 1er temps. Et courir est bien le mot car cette médaille, remise tous les 2 ans, est réservée aux moins de 40 ans ... or il est né en sept.67 (c'était donc son avant-dernière chance), d'où son allucinante production.
A propos de la vulgarisation des travaux d'Acemoglu, il a donné l'an passé 3 lectures publiques à la LSE qui portaient sur ses théories des institutions (entre autres l'article dont parle Emmanuel). C'était assez clair et sans équations. Il est bien possible que cela ait été publié quelque part. Et, si ce n'est pas le cas, il est au moins possible de trouver les slides de ces lectures (tout en bas de cette page et de celles des deux autres lectures) :
www.lse.ac.uk/collections...
(je remets la fin, qui sera probablement coupée, pour qu'Antoine puisse corriger:
...LecturesAndEvents/events/2004/20031222t0926z001.htm )
Ah ben non, ça a marché du 1er coup!
SM : Parle pour toi ;-)
Emmanuel : "Euh, t'arrête de me piquer mes idées de billet?"
Ben en fait, pendant que je l'écrivais, j'ai rechargé quelques 130 fois ceteris paribus de peur que tu ne publies un papier sur le même sujet
"find diamonds"
Les ressources naturelles sont une calamité pour les PVD...
Milan : merci pour le lien. Au fait, pour éviter les plantages au niveau des liens hypertextes, il suffit de ne pas les donner entre parenthèse, car sinon, l'ordinateur prend le ")" pour la dernière lettre de l'adresse.
Oui, il doit donc bien y avoir autre chose que la "find diamonds strategy" pour expliquer ce succès
oui
Emmanuel : n'oublie pas que contrairement aux institutions, les diamants sont éternels. :o)
Les diamands, hmmm, un sujet économique interessant sur la rareté et les marchés en.wikipedia.org/wiki/De_...
J'ai parcouru son article sur les institutions et la distance à la frontière technologique, et grossièrement j'ai compris que :
- lorsque des pays sont loins de la frontière technologique, ils adoptent une croissance par imitation des technologies, ce qui nécéssite de fort investissements. Dans ce contexte, la qualité des firmes ne compte pas trop. Mieux vaut protéger des firmes peu efficaces, mais qui ont un accès facilité au crédit. On retrouve là les analyses de Gershenkron.
- à l'inverse, lorsque des pays se rapprochent de la frontière technologique, il ne s'agit plus d'imiter mais d'innover. La sélection des firmes par le jeu de la concurrence joue alors un rôle important.
Or l'article est co-écrit par Aghion... habituellement, ce dernier ne met-il pas plutôt en avant les effets néfastes de la concurrence sur l'innovation ?