Bientôt l'Euro ?
Par Antoine B. le dimanche 1 mai 2005, 21:18 - Lien permanent
La Lettonie, Malte et Chypre intègrent le système de change européen, plus connu sous le nom de MTC2, pour Mécanisme de Taux de Change. Jusque là, ce système concernait ou avait concerné 5 pays : la Grèce, qui est maintenant passée à l'Euro, le Danemark, qui était censé le faire et qui ne l'a pas fait, et trois des 10 nouveaux pays membres de l'Union Européenne : l'Estonie, la Lituanie et la Slovénie, qui l'ont intégré en juin dernier. Le principe n'est pas fondamentalement différent du SME : c'est comme un système de changes fixes, sauf qu'une marge de fluctuation autours d'un cours "pivot" est permise. Cette marge est assez large, puisqu'elle est de plus ou moins 15% autours du cours pivot (sauf pour le Danemark où elle est de plus ou moins 2,25%). Il faut dire que l'Estonie et la Lituanie n'ont pas, à l'heure actuelle, utilisé ces marges, et la Slovénie quasiment pas. Donc, en gros, on peut dire que la politique monétaire de ces pays est calquée sur celle de la BCE. En fait, pas tout à fait, puisque les taux d'intérêt des banques centrales en question sont, en général, plus élevés. Par conséquent, si l'on en croit l'idée (vous allez penser que c'est une obsession) que la BCE est responsable du chômage, on devrait observer une augmentation du chômage dans ces trois pays depuis le mois de juin dernier. (lire la suite)
Raté. Voici leurs taux de chômage pour les 4 trimestres de 2004 :
| 2004q01 | 2004q02 | 2004q03 | 2004q04 | |
| Estonie | 10,1 | 10 | 10 | 8,5 |
| Lituanie | 13 | 11,3 | 10,6 | 10,6 |
| Slovénie | 6,8 | 6 | 5,9 | 6,4 |
(source : le site extrêmement mal fait d'Eurostat)
Au-delà de cette question, on peut se demander ce que gagneraient ces pays à franchir le pas en passant carrément à l'Euro, plutôt que de garder ce système.
Avant tout, le défaut du MTC comme de l'Euro, c'est de les priver de politique monétaire. En cas de récession, la banque centrale ne peut pas du tout (avec l'Euro) ou pas beaucoup (avec le MTC) faire marcher la planche à billets pour alimenter le système en liquidité. De même, en cas de surchauffe, la banque centrale ne pourra pas resserrer un peu la vis, pour éviter l'inflation. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne bénéficieront pas d'une politique monétaire, mais ce sera celle de la BCE, identique pour toute la zone. Encore faut-il que la conjoncture de ces pays ressemble à la conjoncture moyenne de la zone. Pour que ça soit le cas, il faudrait une forte intégration économique.
En revanche, les principaux avantages de la stabilité du taux de change, ce sont la sécurité et la baisse des coûts de transaction. Si deux monnaies s'échangent à un taux stable, il est peu risqué de faire des échanges entre ces deux monnaies. De même, les coûts de change liés aux commissions bancaires, voire même à la simple nécessité de faire des calculs de conversion, sont réduits. Dans le cas du passage à l'euro, la stabilité est, en quelques sorte, définitive, et les coûts de change nuls. La réduction de ces coûts est d'autant plus importante si les deux économies sont fortement intégrées.
Mais quitte à avoir vraiment un taux de change stable, la monnaie unique permet d'éviter un danger qui menace tout système de type SME ou MTC, la fuite spéculative des capitaux : en effet, dans un système à deux monnaies et taux de change fixe, la banque centrale doit intervenir sur le marché des devises pour soutenir sa monnaie. Le problème est que pour ce faire, elle doit disposer de réserves en devises étrangères. Si la rumeur commence à chuchoter que les réserves de la banque centrale s'épuise, ou que les taux d'intérêts qu'elle impose à son économie son trop forts, les investisseurs vont anticiper une dévaluation, et donc échanger massivement la monnaie dont ils anticipent la dévaluation contre l'autre, avant que la mesure ne soit prise, ce qui va accélérer l'épuisement des réserves étrangères. Ce risque est rendu impossible par l'adoption d'une monnaie unique. Notez bien qu'il est également rendu impossible si un système de changes flexibles est adopté. Ce qui fait dire à certains économistes que les changes fixes sont une solution intermédiaire moins satisfaisante que les deux solutions extrêmes que sont les changes flexibles d'un côté ou l'union monétaire de l'autre.


Commentaires
question d'un béotien :
quel est le lien entre l'adoption ou l'entrée dans la zone euro, et la balance commerciale du pays ?
Je croyais qu'il fallait avoir une balance commerciale plutôt excédentaire pour rentrer dans la zone euro...et pour avoir cette balance excedentaire il fallait diminuer les importations, donc la consommation (puisqu'on importe ce qu'on consomme), donc la croissance du PIB (puisque la consommation des ménages est le plus gros contributeur de la croissance)...après, le taux d'emploi étant le facteur d'ajustement, il diminue...
Je me rends compte, avec les chiffres fournis que mon raisonnement est erroné, et cela doit venir de mon postulat de base, d'où la question, professeur !
...taux d'emploi étant le facteur d'ajustement entre croissance de la productivité et du PIB
Bart : "Je croyais qu'il fallait avoir une balance commerciale plutôt excédentaire pour rentrer dans la zone euro..."
Non : http://europa.eu.int/scadplus/leg/fr/lvb/l25014.htm
"pour avoir cette balance excedentaire il fallait diminuer les importations, donc la consommation (puisqu'on importe ce qu'on consomme), donc la croissance du PIB"
On n'importe qu'une petite partie de ce qu'on consomme. Un pays qui voudrait (pour X raison) améliorer le solde de sa balance commerciale en diminuant ses importations chercherait à priori à reporter la demande qui s'adresse à l'étranger sur son industrie nationale.
OK, il n'y a pas de lien pour l'admission dans la zone euro, l'Espagne avait en effet une balance commerciale déficitaire à l'époque, j'ai perdu une occasion de me taire..Et puis c'est marqué noir sur blanc sur europa..
Mais si on regarde les gros pays européens dans les 90's, on s'aperçoit que deficit commercial/croissance sont liés (Espagne et R-U versus France et Allemagne).
La zone euro en elle meme (et donc ses deux principales economies)ne devait elle pas avoir un fort excedent commercial pour assurer une forte valeur de départ à l'euro (=supérieure au dollar) ? (encore une fois c'est une question de béotien)
"On n'importe qu'une petite partie de ce qu'on consomme. Un pays qui voudrait (pour X raison) améliorer le solde de sa balance commerciale en diminuant ses importations chercherait à priori à reporter la demande qui s'adresse à l'étranger sur son industrie nationale."
---> sauf si on est dans un système de libre échange où on ne peut user de protectionnisme...Comment reporter la demande sur le marché interne sans mettre des barrières douanières ? augmenter les normes qualités/environnementales ou les aides de la PAC ? même sur le textile ou tous les made in "Asia" ?
Ananlyser les liens entre politique monétaire et taux de chomage dans de petits pays ayant une situation géopolitiuque tout à fait particulière (comme la Lituanie ou l'Estonie), pourquoi pas.
En tirer des conclusions pour la politique monétaire que doivent suivre la France ou l'Allemagne, cela me parait pour le moins hasardeux.
J'allais répondre la même chose que Tougal.
Il faudrait comparer ces trois pays avec trois autres pays européens similaires et n'ayant pas encore intégré le système de change européen. Cela nous permettra de déduire que pour les petits pays européens sortant du sous-développement il y a très probablement ou peu probablement intérêt à intégrer le système de change européen. Rien d'autre à mon avis.
Intéressant tout de même, comme tout le blog en général. (je fais un peu le fayot pour pas avoir l'air de tout critiquer, et puis je le pense, alors...)
Moi aussi, comme vulgos, je vais dire que j'apprecie le blog et les sujets traités.
Toutefois, cela ne m'empêche pas de trouver parfois le ptit père Antoine un peu dogmatique sur certaines thèses économiques !
Notamment, l'absolu bienfaisance de la limitation de l'inflation sous pretexte qu'une hyper-inflation a engendré un monstre en Allemagne.
Perso, je pense qu'entre une "hyper-inflation" et une limitation coûte que coûte à 2%, il y a de la marge.
En période de disette salariale, il est difficile de ne pas penser que la limitation de l'inflation (officieuse en tout cas car l'inflation réelle avec notamment l'immobilier, qui excusez moi du peu représente 30% des dépenses des ménages, s'envole depuis belle lurette) sert essentiellement aux détenteurs de capitaux !
Quoi qu'il en soit, Keep on going Mr Belgodere ...
Bart :
Y = C+I+G+X-M (Y: revenu, I: investissement, G: dépense publique, X: exportations, M: importations)
Le revenu dépend négativement des importations (c'est une identité comptable)
Vulgos et JD: merci pour vos encouragements et ne vous excusez pas de ne pas être d'accord avec moi, c'est un peu le but de ce blog de susciter la controverse. Avant tout, je n'ai rien cherché à démontrer en donnant les chiffres du chômage de ces pays. J'ai juste voulu dire que si la relation était si évidente entre la politique de la BCE et le chômage, ça ce verrait. Encore un cas où cette relation ne s'observe pas. Au passage, j'ai encore entendu dire tout à l'heure sur France Inter par Dupont-Aignan que la BCE nous imposait des taux d'intérêt trop fort. En terme réels, on est proche de 0, on ne doit pas avoir la même définition de la force.
JD : si l'inflation réelle s'envole (ce que je conteste, au demeurant), alors ça doit être très bien, puisqu'il y a un arbitrage inflation-chômage ! Si l'inflation réelle est forte, le chômage réel doit être faible, non ? Cela dit, si tu t'inquiètes de la hausse des prix de l'immobiliers, tu devrais peut-être plaider pour une hausse des taux d'intérêts, car des taux bas entretiennent l'éventuelle bulle.
Vulgos : L'euro est, en effet très stable, et c'est bien le dollar qui est instable. On le serait à moins, étant donnée l'importance des déficits jumeaux américains. Et le fait que le dollar soit plus ou moins l'étalon de valeur mondial n'y change pas grand chose.
Denys : tiens, oui, ce serait drôle une petite stagflation.
A. Belgodere: Ben si ça change quelque chose, non? Si c'est l'étalon qui est instable, ce sont ceux qui ne le suivent pas dans son instabilité qui sont de fait instables. Avec un euro à 1,80$ on serait vachement dans le caca et on s'en fouterait de savoir si c'est l'euro ou le dollar qui est instable. C'est la relation EUR/USD qui compte, pas l'un ou l'autre pris séparément. A quoi elle sert la stabilité de l'euro si le dollar descend? C'est pourquoi les chinois ne veulent pas d'un yuan "stable" mais d'un yuan qui ne bouge pas par rapport au dollar.
Dis-moi (gentillement) si je dis une connerie. J'essaye de comprendre.
D'accord avec toi sur la relation BCE-chômage, là comme ailleurs elle n'a aucun effet. Merde, mais à quoi elle sert la BCE? Même l'inflation, je suis convaincu qu'elle n'a aucun effet dessus (les contrôles des salaires sont bien plus effectifs). Greenspan, je vois ce qu'il fait, mais la BCE?
"Perso, je pense qu'entre une "hyper-inflation" et une limitation coûte que coûte à 2%, il y a de la marge"
"Coûte que coûte" ?
216.109.124.98/search/cac...
Petit détail de base : dans un régime de changes fixes, en économie peu ouverte(ce qu'est la zone euro, malgré les t-shirts chinois et les plombiers polonais), la politique monétaire est nettement moins efficace pour la stabilisation conjoncturelle que la politique budgétaire.
"Y = C+I+G+X-M (Y: revenu, I: investissement, G: dépense publique, X: exportations, M: importations)
Le revenu dépend négativement des importations (c'est une identité comptable)"
---> oui, mais Consommation des menages (C)=75%du PIB (Y), et un gros C nécessite un gros M (sachant que M/C sera petit)
j'y suis allé un peu fort avec 75%, mais c'est plus de la moitié de la croissance du PIB...
"Coûte que coûte" ?
2,4% et à cause des pays de l'Est qui venaient à peine de rentrer dans l'UE. En plus ces pays ne représentent pas grand chose dans le PIB total européen, donc faire une moyenne non pondérée de tous les pays est fallacieux. Selon moi, c'est un argument bidon pour montrer que la BCE laisse un peu de latitude à l'inflation. J'ai l'impression que vous défendez la BCE sans arguments qui aient vraiment du répondant.
Emmanuel: Autant pour moi. Je sens ma douleur. M'apprendra à me mêler de ce qui me regarde pas...
Et mon argumentaire qui ne voit aucune utilité réelle dans l'indépendance formelle de la BCE? Qu'elle ne sert pas à garder l'euro dans une "bonne" parité face au dollar? Voire qu'elle n'est pas vraiment utile pour contenir l'inflation? J'ai l'impression que ce sont des grosses conneries absurdes parce que personne ne prend même la peine de me contredire. Et vu mes limites en économie...
Bart : C/M n'est pas constant. M dépendent de C, pas l'inverse.
vulgos : "Et mon argumentaire qui ne voit aucune utilité réelle dans l'indépendance formelle de la BCE?"
Indépendance formelle, ça ne veut pas dire grand chose. Trichet est-il sous l'influence ou sous les ordres d'un pouvoir exécutif ou législatif, oui ou non ? Si c'est oui, il n'est pas indépendant, si c'est non, il l'est. Le fait que cette indépendance figure formellement dans un traité est une bonne manière (bien que pas infaillible) de l'obtenir en fait.
"Qu'elle ne sert pas à garder l'euro dans une "bonne" parité face au dollar?"
Les déficits américains font chuter le dollar. C'est normal. Si le dollar était stable, l'euro serait sous-évalué.
"Voire qu'elle n'est pas vraiment utile pour contenir l'inflation?"
On ne peut pas dire que l'inflation soit actuellement nulle. J'imagine ce que ça serait si Chirac donnait des instructions à Trichet. (ce serait pire)
A. Belgodere: "Trichet est-il sous l'influence ou sous les ordres d'un pouvoir exécutif ou législatif, oui ou non ?"
Ah, un effort, merci j'apprécie... m'ennuie un peu.
En fait, c'est plus subtil que l'ordre direct. Trichet sait ce qu'il peut ou ne peut pas faire, ce qu'il doit ou ne doit pas faire s'il ne veut pas voir sa carrière s'arrêter net. Tiens, je sais pas ce que ça vaut, mais j'ai trouvé une petite étude à l'appui de ce que j'avance: www.project-syndicate.org...
"Les déficits américains font chuter le dollar. C'est normal."
Je suis pas spécialiste mais il me semble que les déficits américains c'est pas nouveau. Pourtant, le dollar a monté et descendu. Je suis pas sûr qu'il y ait corrélation entre le niveau du dollar et les déficits. Enfin, je dis ça instinctivement parce que j'ai l'impression qu'on a toujours une bonne raison pour expliquer que le dollar monte ou descend mais que ces raisons n'expliquent en fait rien, sans quoi le cours de la monnaie serait assez prévisible. Je vois plutôt une volonté délibérée du gouvernement ricain de laisser glisser le dollar ou de l'appuyer suivant certains intérêts nationaux.
"On ne peut pas dire que l'inflation soit actuellement nulle."
Même à 2,4%, elle reste ridicule. Elle est aussi historiquement basse que les taux. Je crois me souvenir que l'inflation était beaucoup plus forte autrefois. Je comprends pas cette peur de l'inflation alors qu'il n'y en a quasiment pas...
Et de toutes façons, je pense pas que Trichet puisse influer sur l'inflation à la hausse ou à la baisse. Si Chirac voulait laisser monter l'inflation, il suffirait d'une ou deux mesures gouvernementales. Je crois que vous donnez trop d'importance à la BCE et aux banques centrales en général sur cette question. La politique budgétaire et salariale me semble de loin plus efficace.
Moi j'accuse pas la BCE du chômage ou d'autre chose, je dis juste qu'actuellement elle sert à rien et donc que le débat sur savoir si elle doit monter ou pas les taux, etc, est foireux. Enfin, c'est vraiment l'impression que j'ai et je n'ai encore rien vu pour me faire changer d'avis.
"Bart : C/M n'est pas constant. M dépendent de C, pas l'inverse."
--->euh, oui, on est d'accord !? c'est bien en diminuant C qu'on a diminué M et le taux d'emploi...