Je ne peux pas travailler... c'est la faute à Trichet ?
Par Antoine B. le mercredi 27 avril 2005, 00:53 - Lien permanent
Le débat qui fait rage, ces jours-ci, concerne la responsabilité de la BCE dans le chômage dans la zone Euro. L'explication est la suivante : la politique monétaire est sensée réaliser un arbitrage entre chômage et inflation. Or, les statuts de la BCE seraient biaisés dans un sens défavorable à l'emploi. La stabilité des prix y serait érigée en dogme, l'emploi n'étant qu'un objectif secondaire. On n'aurait jamais vu ça ailleurs dans le monde. De plus, elle est indépendante du pouvoir politique, si bien que des élus du peuples, soucieux de faire faire baisser le chômage, n'ont aucun moyen légal d'imposer une politique favorable à l'emploi à ces monstres froids de la BCE, obnubilés par le spectre d'une inflation qui n'est, aujourd'hui, plus à l'ordre du jour. (lire la suite)
Pour l'aspect "on n'a jamais vu ça !", je ne peux faire mieux que vous renvoyer à ce très bon article qu'Emmanuel a publié sur Publius. Il y explique de façon convaincante que cette idée est complètement bidon. Des dispositions similaires existent dans plusieurs autres pays. A part ça, est-il vrai que l'indépendance d'une banque centrale entraîne une plus grande stabilité des prix ? Ce Working Paper du FMI identifie bien une corrélation négative entre indépendance des banques centrales et inflation en Amérique Latine. En revanche, les auteurs ne se prononcent pas sur la causalité, car l'indépendance des banques centrales s'est, en général, inscrite dans le cadre de réformes plus larges, qui ont pu avoir des effets bénéfiques au-delà de cette indépendance.
Mais au fond, l'inflation, on s'en fout ! Ce qui nous intéresse, c'est l'emploi, surtout dans un contexte où l'inflation est faible. Or, pour maintenir la stabilité des prix, il faut des taux d'intérêt élevés, ce qui décourage l'investissement, contracte la masse monétaire, renchérit la monnaie nationale, ce qui est défavorable aux exportations. Donc, la BCE a un biais favorable à des taux forts, lesquels créent du chômage.
Alors voici ma petite contribution à ce débat. Je préviens par avance, c'est du vite-fait-bien-fait, le soir après le boulot, avec Breton et Emmanuelli qui s'invectivent à la télé en toile de fond. Je sais bien que je n'aurai pas un prix Nobel pour ça, ni même une publication dans une revue à comité de lecture. Mais comme je vais vous donner tous les éléments, vous pourrez juger en connaissance de cause, et faire avancer le schmilblick par vous-même.
Je récupère sur le site de l'OCDE les données suivantes :
| interet CT | inflation | chomage | déficit commercial | euro | |||
| Australia | 4,90 | 2,72 | 6,05 | -5,89 | 0 | ||
| Austria | 2,34 | 1,55 | 4,25 | -0,41 | 1 | ||
| Belgium | 2,34 | 1,96 | 7,95 | 4,19 | 1 | ||
| Canada | 2,97 | 3,16 | 7,63 | 1,95 | 0 | ||
| Czech Republic | 2,28 | 1,71 | 7,79 | -6,21 | 0 | ||
| Denmark | 2,36 | 2,25 | 5,55 | 2,67 | 0 | ||
| Finland | 2,34 | -0,01 | 9,01 | 4,07 | 1 | ||
| France | 2,34 | 1,44 | 9,44 | 0,41 | 1 | ||
| Germany | 2,34 | 1,11 | 9,64 | 2,26 | 1 | ||
| Greece | 2,34 | 3,50 | 9,26 | -6,46 | 1 | ||
| Hungary | 8,22 | 7,79 | 5,75 | -8,87 | 0 | ||
| Ireland | 2,34 |
|
4,59 | -1,41 | 1 | ||
| Italy | 2,34 | 2,94 | 8,64 | -1,42 | 1 | ||
| Japan | 0,04 | -2,52 | 5,26 | 3,14 | 0 | ||
| Korea | 4,30 | 2,28 | 3,56 | 2,02 | 0 | ||
| Luxembourg | 2,34 | 2,06 | 3,69 | 8,20 | 1 | ||
| Netherlands | 2,34 | 2,95 | 3,76 | 2,92 | 1 | ||
| New Zealand | 5,42 | 2,12 | 4,64 | -4,18 | 0 | ||
| Norway | 4,10 | 2,30 | 4,50 | 12,92 | 0 | ||
| Poland | 5,69 | 0,51 | 19,24 | -1,96 | 0 | ||
| Portugal | 2,34 | 2,34 | 6,24 | -5,12 | 1 | ||
| Slovak Republic | 5,89 | 4,66 | 17,51 | -0,86 | 0 | ||
| Spain | 2,34 | 4,01 | 11,30 | -2,80 | 1 | ||
| Sweden | 3,03 | 2,17 | 5,61 | 6,38 | 0 | ||
| Switzerland | 0,33 |
|
4,14 | 13,20 | 0 | ||
| United Kingdom | 3,67 | 3,03 | 4,95 | -1,86 | 0 | ||
| United States | 1,17 | 1,83 | 5,99 | -4,82 | 0 |
Ces données sont de 2003, car les chiffres de 2004 ne sont pas disponibles pour les taux de chômage standardisés.
Partant de là, tac, je sors mon vieux logiciel d'économétrie du placard, et je me pose une première question : le fait d'être dans l'Euro a-t-il une conséquence sur le taux d'intérêt de court terme ?
Variable dépendante : taux d'intérêt ; variable indépendante : "euro". Bing. P-value : 5,79%. La P-value, pour le dire vite et en gros, c'est le risque qu'on prend de se tromper en disant que l'indépendante a une influence sur la dépendante. Donc, plus la P-value est petite, plus la relation est forte. Donc, effectivement, il y a une forte présomption d'une influence de la BCE sur le taux d'intérêt. Mais le problème, c'est que le signe du coefficient est négatif : -1,29. Donc, faire partie de l'Euro permettrait, en moyenne, de faire baisser le taux d'intérêt de 1,29 points. Raté.
Même test avec le taux réel (intérêt CT - inflation, pour de petits chiffres, l'approximation n'est pas préjudiciable) au lieu du taux nominal. P-value : 5,47%, coefficiant = -1,09.
Bon, mais tentons le coup directement avec le chômage. Le fait d'être dans l'euro crée-t-il du chômage ?
Variable dépendante : chômage ; variable indépendante : Euro. P-value = 94,65%. No comment. Mais bon, ça c'est bidon, pour que àa soit significatif, il faut raisonner ceteris paribus, en mettant d'autres variables dans la machine. Alors allons-y :
Variable dépendante : chômage ; variables indépendantes : intérêt réel, inflation, déficit commercial, euro. Résultat : R2 tout pourri (17,89%), P-value associée au F de Fisher : 33% (c'est la P-value associée à l'ensemble des variables). Seule P-value individuelle relativement petite, celle associée au taux d'intérêt réel (9,24%). Donc, le fait d'être dans l'euro ne crée pas du chômage, la stabilité des prix et le déficit commercial non plus. En revanche, le taux d'intérêt si. Le coefficient est de 1,1. Cela signifie que si la BCE baissait son taux directeur d'un quart de point, on pourrait s'attendre à une baisse du chômage de 0,25*1,1 = 0,275 points. Autrement dit, rien du tout. (note : le lien entre euro et taux d'intérêt pose-t-il un problème de multi-colinéarité ? Je ne sais pas, mais le R2 n'est que de 13,6% entre ces deux variables)
Sur la base de cette petite analyse, il semble qu'il faille chercher ailleurs que du côté de Trichet pour régler notre problème de chômage.
Je re-précise que je sais bien ce qu'a de léger ce petit travail. Il faudrait ajouter des variables à l'analyse, comme le taux de change et le déficit public. Il faudrait aussi travailler sur plusieurs années, tenir compte des décalages, etc. Mais pour le moins, on peut dire que rien de flagrant n'apparaît qui puisse accréditer la thèse de la responsabilité de la BCE dans le chômage européen.


Commentaires
Le fait n'est pas d'être sûr que les actions de Trichet ont oui ou non un impact sur le chômage, admettons que cela se discute et que les faits peuvent évoluer !
Il faut donc laisser la possibilités demain aux politiques élus par les populations d'avoir un moyen de décider quelle doit être la politique monétaire européenne !!!
Qu'aujourd'hui, on (la majorité des dirigeants des pays de l'UE) souhaite qu'elle soit telle qu'aujourd'hui, très bien, cela s'appelle la démocratie !
Si demain, les dirigeants changent ou leurs avis changent, il faut qu'ils aient moyen de changer la politique monétaire !!
JD : Et pourquoi donc ? Pour faire un parallèle, les élus n'ont aucun pouvoir sur les juges, lesquels ne sont pas élus mais prennent pourtant des décisions importantes. Qui propose de soumettre la nomination des juges au suffrage universel ? Personne à ma connaissance. Tout le monde sent bien que des juges élus risquent d'être plus sévères avec des accusés impopulaires à l'approche d'une élection, si bien que la plupart des gens s'accordent à considérer qu'un exercice serein de la justice implique une indépendance des juges vis-à-vis du peuple et de ses élus. Ce qui n'empêche pas les décisions de justices d'être rendues "au nom du peuple français". Moi, il me semble qu'une banque centrale indépendante est préférable, surtout en ce moment dans la zone Euro, où certaines élites préfèrent entretenir le mythe que le chômage est causé par l'orthodoxie de Trichet plutôt que d'ouvrir des débats douloureux sur le fonctionnement de certaines institutions, comme le marché du travail.
Antoine,
Les juges cela n'a rien à voir, ils prennent des décisions dans le cadre de lois votés par le Parlement représentant le peuple et c'est pour cela que la Jusitce est rendue au nom du peuple français !!!
De plus, des juges élus cela n'a rien d'invraisemblable, il suffit de voir aux USA !!
La BCE, elle, n'est pas soumise à des lois qui peuvent changer et évoluer mais à une seule loi immuable : la lutte contre l'inflation !
par ailleurs, pourquoi te semble-t-il que la BCE doive être indépendante ? as-tu peur que la BCE doive suivre ce que souhaite la majorité des dirigeants européens ?
En admettant que les populations votent pour des gens qui souhaitent laisser filer l'inflation, il faut pouvoir laisser filer l'inflation !!!
peut-être se tromperont-ils mais remettre cela en cause c'est la fin de la démocratie !!
Pour moi là est tout l'enjeu du Référendum !
j'attends avec impatience ta réponse (qui probablement portera en partie sur une critique de la démocratie et sur le fait que l'economie est une chose trop importante pour la laisser au Peuple et à ses représentants !!)
"Les juges cela n'a rien à voir, ils prennent des décisions dans le cadre de lois votés par le Parlement représentant le peuple et c'est pour cela que la Jusitce est rendue au nom du peuple français !!!"
Oh que si, ça a à voir. La BCE prend des décisions dans le cadre d'un traité voté par les peuples ou parlements représentants les peuples européens.
"De plus, des juges élus cela n'a rien d'invraisemblable, il suffit de voir aux USA !!
Oui, mais je constate que les gens qui critiquent l'indépendance de la BCE ne critiquent pas l'indépendance des juges.
"La BCE, elle, n'est pas soumise à des lois qui peuvent changer et évoluer mais à une seule loi immuable : la lutte contre l'inflation !"
Non non, il y a d'autres objectifs, même s'ils lui sont assignés "sans préjudice" de la stabilité des prix.
"par ailleurs, pourquoi te semble-t-il que la BCE doive être indépendante ? as-tu peur que la BCE doive suivre ce que souhaite la majorité des dirigeants européens ?"
Oui, absolument. Surtout les dirigeants français, en fait.
"En admettant que les populations votent pour des gens qui souhaitent laisser filer l'inflation, il faut pouvoir laisser filer l'inflation !!!"
Si tu pouvais revenir quelques décennies en arrière et éradiquer l'hyper-inflation en Allemagne de l'entre-deux guerre, qui a favorisé la montée du nazisme, tu le ferais ?
"peut-être se tromperont-ils mais remettre cela en cause c'est la fin de la démocratie !!"
Ca dépend à quelle conception de la démocratie on se réfère. Selon la théorie de l'électorat-droit, la démocratie consiste à faire ce que veut le peuple car c'est bon par définition. Selon la théorie de l'électorat fonction, la démocratie repose sur l'idée que les facultés de discernement sont fortement répandues dans la population, et que demander son avis au peuple permet d'avoir plus de chance d'identifier la bonne politique, qui est définie indépendamment de la volonté populaire. En matière de politique monétaire, l'opinion du peuple m'importe peu, car je sais que 95% des gens ne comprennent rien à la politique monétaire, et qu'ils risquent d'être influencés par des démagogues qui vont leur faire croire que la cause de tous leurs malheurs se trouve dans les taux d'intérêt. Je préfère une politique monétaire stable et impopulaire que le populisme macroéconomique. Quant à parler de fin de la démocratie, c'est faux, puisque le champs des décisions qui relèvent du peuple ou des parlement reste très large.
tres sympa: je trouve en particulier tres pedago ta description des P-value!!!
histoire de t'embeter, si on rajoute la croissance dans les variables, cela modifie le schmilblick??
Je suis désolé Antoine mais je comprend parfaitement ton argument et c'est ce que je reproche au Traité constitutionnel et à l'organisation actuel de l'UE :
Tu considère que la politique monétaire ne doit plus être en les mains des populations (ou plutôt de leurs représentants).
C'est anti-démocratique : tu as la foi dans tes idées et refuse que d'autres (même une majorité demain!!) puisse penser autrement !!
Personnellement je trouve ça scandaleux et dangereux.
Les partisans de ton avis disent toujours "c'est l'Allemagne qui voulait ça car l'hyper-inflation a entrainé l'arrivée du nazisme".
Et le chomage ? ce n'est pas ça aussi la cause de la montée du nazisme ? et retirer la possibilité des peuples de décider de leur sort, ce n'est pas un début de dictature ça ?
En ce qui concerne les juges, tu sembles oublier qu'il y a un CSM et des cours d'appels et de cassation.
Aucun instance de contrôle n'existe pour la BCE !!
Si ton avis est si évident que ça qu'il représente le bon chemin (et peut-être l'est-il je ne juge pas), n'aie pas peur de la démocratie et convainc par des arguments plutôt qu'en supprimant les choix démocratiques.
De plus ton avis dans le contexte d'aujourd'hui pourra évoluer demain avec l'évolution du contexte.
Ne préjugeons pas de l'avenir et laissons les choses possibles ...
Si les gens ne peuvent pas voter sur des sujets auxquels ils ne comprennent rien (c'est alors aussi le cas pour ce référendum !), au moins votent-ils pour des gens qui les représentent et dont c'est le boulot de réfléchir et comprendre.
Si demain, ces représentants du peuple veulent modifier la politique monétaire, il faut qu'il en aient le pouvoir.
Etre contre cela, c'est être contre la démocratie et c'est une position qui se défend mais cela reste une position et non une Vérité !
c'est un des grands torts des élus actuels : ils pensent qu'on les a élu pour rendre immuable leur avis politique.
or on les a élu pour mettre en oeuvre leur politique à un instant t sans pour autant leur donner blanc-seing pour tirer une balle dans le dos de la démocratie !!
Les électeurs qui sont en train de s'apercevoir de cela, remettent justement en cause ce mode de fonctionnement et ne sont pas d'accord (du moins l'espère-je) !!
Les seules fois où ce genre de détournement se produit c'est dans les dictatures : on arrive au pouvoir et on fait en sorte que sa politique ne puisse plus être modifiée !!
Laissons la porte ouverte à de nouvelles idées demain, soyons optimistes ! et surtout, nous citoyens électeurs, ne nous laissons pas (plus ?) confisquer la démocratie !
Encore un fois, si les élus actuels pensent que leur politique est la meilleure, qu'ils n'aient pas la crainte qu'elle soit remise en question par des élections. Qu'ils expliquent et démontrent la supériorité de leur thèse.
JDT : "j'attends avec impatience ta réponse (qui probablement portera en partie sur une critique de la démocratie et sur le fait que l'economie est une chose trop importante pour la laisser au Peuple et à ses représentants !!)"
Comme Antoine est un hôte bienveillant, il a jugé bon de ne pas relever cela.
Moi, je le fais. Ce n'est pas correct.
A moins que vous vous connaissiez personnellement. Auquel cas mea culpa.
Antoine : "Je préviens par avance, c'est du vite-fait-bien-fait,"
Eh eh eh... j'ai déjà lu un truc du style quelque part...
En effet, dans l'esprit "à l'arrache, mais classieux", c'est très bien fait :o)
J'admire cet ancrage héroïque dans l'actualité.
Je crois que je vais plutôt aller à la danse...
Teuh teuh teuh... c'est Antoine la vaisselle. Moi, je suis frustré par rapport à ça... j'ai un lave-vaisselle.
Bon, fais gaffe quand même. A force de maintenir un ado-blog, tu vas finir par remplacer " tes penchants efféminés se confirment dangereusement." par "môa lôtre eh... té pd ou koi ?"
Entre parenthèses, il est de notoriété publique que les cours de danse sont un endroit particulièrement bien côté pour pécho en hétéro... Je suis un poête.
J D Tougal,
Tu sembles penser que l'indépendance de la BCE est une atteinte à la démocratie. Permets-moi de te rappeler respectueusement que l'indépendance de la BCE procède de l'approbation par le peuple français de la ratification du Traité d'Union Economique et Monétaire, dit de Maastricht, lors d'un référendum convoqué par le Président de la République, Monsieur François Mitterrand, dans les derniers jours de septembre 1992.
Bien naturellement, ce que le peuple a fait, il peut le défaire. Je te suggère donc, toujours respectueusement, de réclamer la rédaction d'un nouveau traité international relatif aux statuts de la BCE, qui pourrait comporter notamment deux articles.
Le premier stipulerait que toute modification de la politique monétaire procède d'un vote au parlement européen suite à un débat éclairé par trois rapports détaillés, l'un émanent des services de la commission européenne, le second du conseil des Chefs d'Etat de l'Union Européenne, le troisième de la commission spécialisée du parlement lui-même.
Le second article auquel je songe, tu l'as deviné, tient au fait que le premier article sent la démocratie indirecte, forme peu satisfaisante de la démocratie, et qu'il convient donc de le corriger en injectant de la démocratie directe. Ainsi, on pourrait légitimer le droit de pétition des citoyens de l'Union. Si une pétition qui reccueillait 1 million de signatures, dont 50% au moins originaires de citoyens résidents dans les pays ayant adopté l'euro comme monnaie nationale, réclamait une hausse ou bien une baisse des taux d'intérêt directeurs de la BCE, des référendums à ce sujet seraient alors organisés dans tous les pays membres où cette possibilité existe, les autres devant organiser un vote au parlement.
On obtiendrait ainsi une BCE très démocratique et nul doute que le chômage s'effondrerait partout dans l'Union Européenne et surtout en France.
Toute mesure constitutionnelle relative à l'économie monétaire est anti-démocratique.
Ce sont les valeurs fondamentales de nos sociétés acceptées par tous qui doivent faire l'objet d'une constitution pas ce qui fait débat car que les partisans du oui le veuille ou pas, les politiques monétaires font débat.
Je ne crois pas personnellement que les politiques actuelles aient tant démontré leur efficience qu'on puisse les considérer sans problème comme un fait établi !
Concernant la petite provoc' pour l'ami Antoine (que je ne connais pas personnellement), il a répondu en expliquant qu'on ne pouvait pas demander leur avis au Peuple sur des choses trop compliquées, avis que je partage.
Mais pourquoi dans cette Europe, interdire que demain des politiques économiques et monétaires différentes puissent être mises en oeuvre par des élus qui ne pensent pas comme les élus actuels ?
Je ne porte pas de jugement sur le fait de savoir si c'est souhaitable ou pas, je veux juste défendre le principe !!!
Mais j'ai malheureusement l'impression d'être un peu seul à tenir pour crucial l'expression démocratique des peuples !!
Bernard,
Crois-tu vraiment que lorsqu'on a fait voter les français en 1992 sur la création de l'euro, les citoyens aient bien cerné tous les enjeux ?
Perso je voulais voter oui (et je n'ai pas pu pour cause de voyage impromptu) car je suis pour la monnaie commune.
Ton argument est par contre révélateur de ce que je crains. Si demain, on veut remettre en cause la politique monétaire (avec tous les moyens que tu veux : pétition de 1 million de signatures, ...), je vois déjà poindre les discours "ah mais les français ont voté Oui à la constitution qui entérine l'indépendance de la BCE".
Je ne dis pas que ce sera impossible, mais cela seera beaucoup plus dur.
La minorité, plus ou moins grande, en faveur de l'indépendance aura pour argument la double expression de la volonté populaire : Maastricht et le référendum !
"La minorité, plus ou moins grande, en faveur de l'indépendance aura pour argument la double expression de la volonté populaire : Maastricht et le référendum"
Le référendum est inutile de ce point de vue, Maastricht suffit.
C'est pourquoi il convient de s'atteler dès ce jour au nouveau traité international que je te suggère, seul et unique moyen juridique de modifier les statuts de la BCE. Bon courage.
SM : "Eh eh eh... j'ai déjà lu un truc du style quelque part..."
Ben oui, ça me décomplexe de vous voir écrire des trucs intelligents à l'arrache. Et puis, à condition de donner tous les éléments, c'est toujours un début, que tout le monde peut améliorer, discuter, faire évoluer...
Bernard1 : ça, c'est une brillante idée. Refaire les statuts de la BCE. Chacun voterait pour son taux préféré, et le taux directeur retenu serait le taux moyen. Ou le taux médian ? Pourquoi pas ! Pareil pour les réserves obligatoires.
JD : va dans n'importe quelle ville universitaire, réunis 200 étudiants de première année en science éco ou science po, fais-leur un séminaire de 5 jours pour leur expliquer ta conception de la politique monétaire, puis retrouve-les un an plus tard pour vérifier ce qu'ils en ont retenu. Tu sera bien surpris de constater que la moitié n'a rien compris, qu'un bon tiers a tout oublié, et qu'une petite partie de ce qui reste a encore une vague idée de ce que tu as raconté. Alors tu imagines bien expliquer ça dans des débats télé à des spectateurs qui ne sont pas en fac d'éco ou de science po, ce que ça peut donner.
Loulou : c'est fait !
C'est certainement ce qu'il faut faire. J'ajoute que rien n'oblige à se borner à un seul taux d'intérêt (on pourrait voter sur le taux des prêts bancaires à 7 ans par exemple, ainsi que sur le taux de change contre le Renminbi), ce qui aurait l'avantage de créer une externalité excellente pour notre profession : l'analyse toujours renouvellée des "complex and variable leads and lags". Merci de ce soutien si précieux.
Antoine,
je suis très loin d'être expert en économie (en tout cas par rapport à toi).
Par contre, je constate que débat il y a au sein des économistes même si ce débat penche aujourd'hui assez nettement en faveur de la maitrise de l'inflation, etc ...
Une minorité d'économistes pense autrement.
Peut-être demain, mais bien entendu je n'en ai aucune certitude, parviendront-ils à faire valoir leurs arguments et convaincrent une majorité sur leurs avis.
En ce cas, je trouverai anormaln qu'il soit impossible de mettre en pratique une politique orientée différemment par rapport à celle suivie actuellement.
Je ne cherche pas à débattre du bien-fondé du changement mais simplement à laisser la porte ouverte.
J'ai nettement l'impression que la majorité actuelle cherche au contraire à la fermer définitivement car elle pense que sa vision des choses est aussi évidente qu'un commandement divin !!
Et c'est cette foi divine en un modèle économique qui me fait peur ...
Si je peux me permettre d'intervenir dans le débat, l'indépendance de la BCE est toute théorique, tout comme celle des juges. Dans la réalité, vous imaginez que les gars de la BCE continuent à faire la sourde oreille si une grosse majorité des gouvernements de l'UE voulait leur peau? C'est comme avec les juges, même lorsqu'ils sont couillus, il existe plein de manières de faire pression sur eux pour les amener là où est "l'intérêt de la nation".
Perso, je suis plutôt de l'avis de Tougal. Pas parce que ça changerait quelque chose à l'indépendance de la BCE puisque je n'y crois pas (malgré les efforts faits en ce sens dans les textes et par la stratégie têtue de la BCE, qui n'ont que ce but: que les gens y croient à cette indépendance). Juste parce que ça serait moins ridicule, plus transparent et qu'on gagnerait du temps en réactivité face à l'évolution du marché (le temps que passent les petits gars de la BCE à essayer de nous faire croire à leur indépendance avant de craquer sous la pression, mais trop tard pour être efficaces).
"trop tard pour être efficaces"
Ce point amène commentaire. Si on tient pour efficace la maîtrise de l'inflation, on pourrait penser que la BCE est efficace. Je pense pour ma part que la faible inflation actuelle n'est pas due à la politique de la BCE ou d'autres banques centrales pseudo-indépendantes. C'est un pur hasard. Sans quoi faut expliquer comment des pays avec des banques centrales peu indépendantes (formellement) ont aussi une faible inflation et pourquoi des pays de la zone euro ont une inflation relativement forte. En réalité, l'inflation est jugulée partout dans les pays développés et dépend d'autres facteurs (lesquels? sais pas).
Si on tient pour critère d'efficacité la baisse du chômage et la relance de la croissance, là je pense que tout le monde est assez d'accord pour dire que la BCE indépendante est inutile.
Donc, selon mon opinion, l'indépendance (formelle) de la BCE est inefficace aussi bien concernant l'inflation (elle fait juste illusion pour le moment, comme en son temps la Deutsche Bank) que bien sûr concernant la croissance (d'ailleurs, y'a pas relance même avec des taux historiquement bas, donc pour moi son rôle est ici nul).
Voyons les choses en face, inflation, (non-)croissance, chômage, tout ça c'est des problèmes dont les causes sont bien plus complexe que la simple dépendance ou indépendance d'une banque centrale. Cela est prouvé du fait qu'aucune banque centrale n'est réellement indépendante et que personne un tantinet méfiant n'y croit à cette indépendance réelle, malgré le travail d'illusionniste de haut-vol pour sauvegarder cette crédibilité.
Par contre, la BCE pourrait être plus efficace dans son action sur les marchés financiers, pour maîtriser le cours de l'euro (bonne excuse, le déficit commercial américain pour expliquer la hausse de l'euro; en fait, les ricains savent maîtriser le cours du dollar et ils le feront remonter quand bon leur semblera, déficit ou pas déficit).
Voilà, c'est juste mon opinion d'amateur.
Vulgos : "Juste parce que ça serait moins ridicule, plus transparent et qu'on gagnerait du temps en réactivité face à l'évolution du marché"
Il faudrait qu'elle soit moins indépendante pour qu'il soit plus clair qu'elle n'est pas indépendante... Bof. Quant la réactivité, je vois mal ce que ça changerait.
Il faudrait qu'elle soit moins indépendante formellement pour qu'il soit plus clair qu'elle n'est pas réellement indépendante. Cela évite la comédie de l'indépendance (genre: "je n'écoute pas les demandes du marché qui s'attend à une baisse des taux pour montrer que je suis indépendante", etc) qui ne fait que perdre du temps. Parce qu'on sait, pour reprendre l'exemple, que les taux baisseront finalement... mais pas assez d'un coup et trop tard (toujours pour montrer qu'on l'a fait de mauvais gré et pas pour faire plaisir au marché).
C'est ridicule, non? Je ne pense pas être le seul à le voir (ou croire le voir)...
independante , mais avec dans ses objectifs l'emploi au meme niveau que la stabilité des prix, c'est possible, non, comme la fed ?
Mathias: Comme dirait SM s'il était à jeun, le dollar est plus vieux que l'Euro. Il était difficile de créer une monnaie avec succès sans faire passer un message un peu clair sur le fait qu'on avait envie d'en faire un truc stable. A partir de là, en pratique, la conduite effective de la politique monétaire dépend plus du tempérament de ses dirigeants que de cette finesse constitutionnelle. Mettez Greenspan en Europe, il vous fera probablement du Greenspan, en se foutant probablement pas mal des statuts de la banque centrale qu'il dirige.
A. Belgodere: "Il était difficile de créer une monnaie avec succès sans faire passer un message un peu clair sur le fait qu'on avait envie d'en faire un truc stable."
Je veux pas faire le lourd et l'anti-BCE primaire mais c'est quoi une monnaie stable? Et par rapport à quoi? Ce qui compte chez nous et partout dans le monde c'est le change par rapport au dollar, celui-ci étant la monnaie de référence, pas que l'euro soit resté stable vis-à-vis du yen, de la livre ou du dollar taïwanais. Et donc, y'a-t-il eu stabilité? Je pense pas, l'euro a débuté à 1,10$, est descendu à 0,80$ et est monté à 1,35$ (de tête, chiffres appromixatifs) en 3 ans! Je veux bien croire que c'est le dollar qui fait le yo-yo, que c'est sa faute et pas à la BCE mais si elle est pas foutue de pallier à ça, c'est qu'elle sert à rien sur ce point.
Pourquoi les ricains peuvent-ils se permettre de monter ou descendre la valeur du dollar suivant leurs intérêts? Pourquoi les chinois peuvent-ils alligner leur monnaie sur le dollar? Et pourquoi les européens doivent-ils payer la note de cette instabilité? La payent-ils vraiment d'ailleurs?
J'aimerais bien comprendre tout ça.