(il faut peut être régler vos options d'affichage pour que ce tableau ne déborde pas sur la droite)

Exports

Imports

Value

Annual percentage change

Value

Annual percentage change

2004

2001

2002 2003

2004

2004

2001 2002 2003 2004

World

8 880

–4

5

17

21

9 215

–4

4

16

21

North America

1 330

–6

–4

5

14

2 010

–6

2

7

16

United States

819

–6

–5

4

13

1 526

–6

2

8

17

South and Central America a

272

–3

0

13

28

238

–1

–13

5

27

Europe

4 024

1

7

19

19

4 133

–2

5

20

20

European Union

(25)

3 708

1

7

19

19

3 784

–1

5

20

19

CIS

263

0

5

27

35

171

16

9

27

31

Africa

228

–6

3

23

30

207

4

1

22

25

Middle East

379

–11

5

21

26

243

6

4

13

23

Asia

2 385

–9

8

18

25

2 214

–7

6

19

27

China

593

7

22

35

35

561

8

21

40

36

Japan

565

–16

3

13

20

455

–8

–3

14

19

a Includes the Caribbean

Source: WTO

Ces données proviennent d'un document disponible sur le site de l'OMC. Vous avez certainement noté le taux de croissance des exportations africaines et asiatiques en 2003 et 2004. Les exportations africaines, en particulier, ont augmenté de 23% et de 30% ces deux dernières années. C'est évidemment une bonne nouvelle.

La théorie du commerce internationale la plus conforme aux canons de l'orthodoxie économique est sans doute celle de Heckscher et Olin, qui a été formulée rigoureusement par l'incontournable Samuelson (d'où l'abréviation HOS). Selon cette théorie, le moteur des échanges internationaux est la différence entre les pays du point de vue de leur dotation en facteurs de production. En particulier, c'est la différence dans le rapport entre le capital accumulé par un pays et sa population active qui crée des opportunités d'échanges. Les pays pauvres, peu dotés en capital, sont incités à vendre aux pays riches des biens nécessitant peu de capital pour être produits, et à leur acheter des biens fortement intensifs en capital.

La logique rigoureuse du modèle HOS lui vaut sa place privilégiée dans tous les manuels d'économie internationale. Mais un phénomène empirique bien connu des économistes tend à relativiser sa pertinence : le gros des échanges internationaux est réalisé entre pays riches. Ce constat a considérablement orienté la recherche récente vers de nouvelles théories, fondées, entre autre, sur la concurrence imparfaite, pour expliquer le commerce entre pays riches.

Néanmoins, les chiffres ci-dessus semblent indiquer une tendance qu'aurait la réalité à se rapprocher de la théorie. Certes, ces données sont quelque peu en trompe-l'œil. Elles sont gonflées par un effet terme de l'échange lié à la hausse des prix du pétrole et des matières premières. Mais ce facteur n'explique pas l'intégralité de cette hausse. Le fait est là : les pays pauvres représentent, désormais, plus de 30% du commerce international. Ceci nous donne l'occasion de confronter deux discours sur la mondialisation.

Selon le premier, la mondialisation créerait du chômage dans les pays riches (cf. M. Allais) et accroîtrait la pauvreté des pays pauvres ("la mondialisation libérale se fait au bénéfice des plus puissants", J. Chirac).

Selon le second, la mondialisation serait favorable à la croissance dans tous les pays et n'aurait aucun impact significatif sur le chômage, lequel dépendrait essentiellement de facteurs internes (monétaires et/ou institutionnels).

Évidemment, vous n'aurez aucune difficulté à trouver des études rigoureuses et abondamment documentées sur cette question, et mon propos n'est pas de jouer dans la même catégorie que ces études. Je veux juste voir si, à vue d'œil, une tendance se dégage pour départager ces deux discours.

Commençons par le chômage dans les pays riches. 

"Among the major developed countries, unemployment levels decreased in Australia, the United Kingdom, the United States and Japan, but stagnated at high levels in the euro area." (cf. données sur le site de l'OCDE

Donc, cette poussée de mondialisation n'est pas incompatible avec la baisse du chômage dans les pays riches. Les seuls pays riches à voir leur chômage stagner (et non pas croître), ce sont les pays de la zone euro. Ce qui pourrait être un argument en faveur des explications monétaires du chômage. Mais la zone euro contient la France, l'Allemagne et l'Italie, pour lesquelles des causes non-monétaires pourraient être évoquées. Là n'est pas le propos. La poussée de mondialisation s'est bien accompagnée d'une baisse du chômage dans les pays riches, en moyenne. (notons qu'il a également diminué en Amérique Latine, en Asie et dans les pays du Commonwealth)

Voyons la croissance, maintenant. Celle-ci a été très forte (4%), au niveau mondial, en 2004. Dans quels pays cette croissance s'est-elle manifestée ? D'abord, elle a été forte dans des pays pauvres. N'en déplaise aux altermondialistes, la mondialisation est en train d'enrichir les brésiliens, les indiens et les chinois. Cet enrichissement ne se fait pas sans l'apparition d'inégalités entre les villes et les campagnes, mais ce phénomène, connu depuis les travaux de Kuznets, est un phénomène transitoire qu'il est difficile d'éviter quand un pays pauvre se développe, puisque les activités industrielles qui génèrent le développement se concentrent dans les agglomérations. Dans les pays riches, la situation est plus contrastée, puisque la croissance fut forte aux USA et au Royaume Uni, mais pour la croissance comme pour l'emploi, la zone euro enregistre une performance inférieure à la moyenne, rejointe par le Japon sur ce terrain. Toutefois, la croissance dans la zone euro et au Japon a été plus forte en 2004 qu'en 2003, preuve que des pays riches peuvent améliorer leur croissance dans un contexte de mondialisation. Petite remarque en passant : il est normal que la croissance soit plus faible dans les pays riches que dans les pays pauvres, en raison de la fameuse loi de la décroissance de la productivité marginale du capital. Dans un pays pauvres, les premières machines accumulées sont les plus utiles au travailleur. Plus un pays s'enrichit, moins les machines qu'il accumule accroissent la productivité des travailleurs (lire cette présentation par éconoclaste du modèle de Solow pour plus de détail)

Un chiffre en demi-teinte est celui de la croissance en Afrique. Elle fut de 4% en 2004, soit le même taux que celui de la croissance mondiale. Si l'Afrique, continent le plus pauvre, se contente de croître au même taux que le reste du monde, elle ne pourra pas combler son retard. D'un autre côté, l'Afrique des années 90 avait des taux de croissance inférieurs aux taux mondiaux. Nous sortons donc d'une période au cours de laquelle l'écart se creusait douloureusement. Les économistes de la croissance considéraient d'ailleurs ce phénomène comme un casse-tête (qui prenait le contre-pied de ce que je dis plus haut au sujet de la décroissance de la productivité marginale du capital). 4%, dans ces conditions, c'est quand même plutôt une bonne nouvelle. Il semble que cette croissance moyenne cache en fait des disparités entre des pays qui continuent à ne pas s'enrichir, voir à s'appauvrir (Burundi, République Centrafricaine, Éthiopie), et d'autres qui affichent des taux de croissance qui font penser à un début de processus de rattrapage (croissance en 2003 d'après la banque mondiale : Tchad, 9.9%, Guinée équatoriale 15.6%, Gambie 8.8%, Nigeria 10.6%, pour les premiers ; mais le biais pétrolier est fort). Souhaitons que ces bons résultats dans certains pays africains perdurent et fassent école. 

En voyant ces données, tout en étant conscient des limites de l'exercice consistant à se focaliser sur des chiffres qui concernent seulement deux années et trois indicateurs, je tends à me laisser convaincre davantage par le second point de vue que par le premier. Étais-je franchement neutre avant de rédiger cette note ? Bien sur que non !

A.B.