Un argument classique est celui de la compétition pour la nourriture, pour laquelle Neandertal aurait été biologiquement moins doué. En fait, il semble que la vision qu'on a d'un Neandertal stupide et physiquement faible soit fausse. Pour les auteurs, les raisons de la victoire de Homo Sapiens n'est pas à rechercher dans des différences biologiques, mais dans l'organisation économique. Les communautés Néandertaliennes étaient, semble-t-il, petites, fermées, et ne laissaient pas la place à la division du travail et au commerce. Homo Sapiens, en revanche, aurait compris avant l'heure le message d'Adam Smith, ou plutôt celui de Ricardo : l'avantage comparatif. Dans un modèle réjouissant pour les gens comme moi qui se plaisent à imaginer nos ancêtres des cavernes utiliser les multiplicateurs de Lagrange pour déterminer le temps optimal consacré à la chasse, ils explorent cette piste. 

Avec des aptitudes pour la chasse identiques que Neandertal, Sapiens s'en sort mieux grâce au commerce. Les plus doués chassent, chez sapiens, alors que les moins habiles consacrent leur temps à la fabrication d'outils, d'habits, etc. Les fans de Ricardo connaissent le résultat : cette spécialisation contribue à améliorer la situation globale des co-échangistes, et à augmenter la quantité de nourriture disponible pour la communauté. 

Le reste est un modèle biologique classique : la croissance de chaque population dépend de la quantité de viande consommée, et la quantité de viande est une quantité limitée (ben oui, ils avaient pas encore inventé l'élevage, c'est parce qu'ils n'avaient pas lu Schumpeter). Donc, en effet, les succès de Sapiens se sont faits au détriment de Neandertal. A la longue, les premiers se multiplient, les seconds disparaissent. Vous avez bien noté que ce n'est pas un commerce inéquitable avec Sapiens qui aurait fait disparaître Neandertal, mais bien l'absence de commerce entre les membres de la communauté.

Si vous êtes intéressé mais que vous êtes allergique aux modèles mathématiques, vous pouvez lire cet article de The Economist qui présente les résultats de ce travail.

A.B.