La dictature libérale
Par Antoine B. le samedi 9 avril 2005, 16:09 - Lien permanent
Par Antoine Belgodere
Il est un biais qui m'agace, chez certains marxistes. C'est celui qui consiste à ne pas assumer la dictature stalinienne. "Ce n'était pas du communisme", prétendent-ils. Il est certain que l'URSS était loin de ressembler au paradis terrestre auquel rêvaient Marx et la plupart de ceux qui ont épousé sa cause. Il ne s'agissait pas non plus d'un communisme pur et théorique. Pourtant, il est incontestable que les dirigeants soviétiques se revendiquaient du marxisme, qu'ils connaissaient au demeurant fort bien. L'honnêteté commande de chercher ce qui, dans le marxisme même, peut générer une telle dérive. Qu'y a-t-il de potentiellement criminel, par exemple, dans la volonté de voir apparaître l'"Homme Nouveau" ? A défaut de faire cette démarche, le minimum est de reconnaître que des atrocités ont été commises au nom du marxisme.
Sans me rendre compte de mon incohérence, j'ai longtemps tenu des propos similaires à l'égard du régime d'Augusto Pinochet. (lire la suite).
Pour qui souhaite faire du libéralisme la troisième grande tyrannie après le nazisme et le stalinisme, le Chili de Pinochet est un exemple remarquable d'alliance entre libéralisme économique et dictature criminelle. "Par définition, le libéralisme est incompatible avec la dictature. Le régime de Pinochet était dictatorial, donc il ne pouvait être libéral", ais-je fréquemment rétorqué. Le libéralisme, en tant qu'il refuse de sacrifier un individu au nom de l'intérêt général, est antinomique avec la dictature. Pourtant, cette réponse est hors-sujet. La question n'est pas de savoir si le libéralisme est dictatorial dans l'esprit de ses partisans théoriciens, mais si, oui ou non, le Chili était une dictature libérale.
Privatisations, droits de propriété, rigueur budgétaire, monnaie stable, tous les ingrédients des politiques économiques libérales étaient affichés par Pinochet. Des proches de Milton Friedman sont devenus les conseillers économiques du pays. Le Chili était, à cette époque, considéré comme un laboratoire du monétarisme. Au-delà de l'alliance de circonstance, y a-t-il, dans les théories libérales même, les germes d'une dérive totalitaire ?
Dans cette conférence, Dorval Brunelle répond par l'affirmative. Son argumentation ne suscite pas ma pleine approbation. Selon lui, Hayek avait de la sympathie pour les tyrans. Il aurait dit préférer une « dictature libérale à une absence de libéralisme dans un gouvernement démocratique ». Cette idée n'est d'ailleurs pas totalement unique en son genre. A quelques différences près, elle est également défendue par Gary Becker et, dans un autre style, par Fareed Zakaria.
Pour Brunelle, cette sympathie pour la tyrannie a des fondements idéologiques. Son raisonnement est le suivant : pour Hayek (dont il faut rappeler au passage qu'il n'est pas un économiste "orthodoxe", loin s'en faut), l'information est disséminée dans les différents individus qui composent l'économie. Il est impossible à quiconque de connaître les goûts, les talents, les techniques, les ressources, les prédispositions de chaque agent économique. Seul le marché, qui est une institution décentralisée, permet de coordonner les actions individuelles en tenant compte au mieux de cette information dispersée. En poussant la logique à l'extrême, la notion même de bien public ou d'intérêt collectif est un non-sens pour Hayek. Aucun planificateur ne peut se prévaloir de l'intérêt général, car il ignore tout de l'intérêt de ses citoyens. En l'absence d'intérêt collectif, il n'y a pas d'action collective légitime, si bien qu'un individu ne peut être considéré comme un citoyen. Sans biens publics, sans citoyen, il n'y a pas lieu de souhaiter la démocratie. On peut même aller plus loin en disant que, pour un libéral, un régime qui déciderait démocratiquement, c'est à dire avec l'appui du peuple, de fournir de nombreux biens publics, serait néfaste car il substituerait au marché une forme centralisée d'allocation des ressources.
A la réflexion, cet argument est quelque peu absurde. Toutes les écoles de pensée économiques, sociologiques ou politiques préconisent certaines actions qu'elles estiment bonnes pour la société. Si une école de pensée préconise la mise en place de l'ensemble de dispositions "E", c'est qu'elle estime que "E" est un ensemble de dispositions bénéfiques. Maintenant, supposons que, dans un pays donné, "E" soit impopulaire et que le peuple préfère, très majoritairement le contraire de "E". Alors, on pourra toujours reprocher à l'école de pensée en question de préférer une dictature qui impose "E" à une démocratie qui rejette "E". Il est probable que Noël Mamère et José Bové préfèreraient, quitte à choisir, une dictature qui interdirait les OGM et les émissions de gaz à effet de serre plutôt qu'une démocratie qui les encouragerait. Il est presque trivial de dire qu'Arlette Laguiller préfèrerait une dictature du prolétariat à une démocratie capitaliste. Moi même, je préfère une dictature respectueuse des minorités à une démocratie dans laquelle les minorités sont exterminées. En fait, on peut faire ce procès à toute personne qui n'inclue pas la démocratie dans "E". Ce qui n'est pas une condition trop restrictive. Par ailleurs, la volonté de limiter l'action publique n'a rien, à priori, d'incompatible avec une désignation démocratique des dirigeants. Il est évident qu'Hayek aurait préféré une démocratie libérale à une dictature antilibérale, mais il aurait également préféré une démocratie libérale à une dictature libérale. Si bien qu'il n'est pas très pertinent de vouloir faire un lien théorique entre libéralisme et dictature.
Néanmoins, les faits demeurent, et Augusto Pinochet fut, effectivement, un dirigeant à la fois tyrannique et libéral. Et, à l'évidence, le fait d'avoir été libéral n'excuse en rien les crimes qu'il a commis. Des milliers de personnes ont été assassinées sous son régime. Je ne peux donc voir que d'un très bon oeil les poursuites judiciaires qui ont été engagées contre lui par des familles de victimes.
En revanche, son libéralisme a peut-être évité au Chili un second drame, qui est celui de la difficulté à "sortir" de la dictature qu'ont connu certaines anciennes républiques soviétiques, et que connaît la Russie actuellement. Aujourd'hui, ce qui a changé, au Chili, depuis la chute de Pinochet, ce ne sont pas tant les structures économiques, que la démocratie qui a remplacé le despotisme. Ce document de la Banque mondiale contient des données sur l'état économique du Chili depuis les années 80. Si le Chili appartient encore aux PVD, il a néanmoins connu des périodes de croissance honorable. Cet article de "The Economist" explique les espoirs que l'on peut fonder dans l'économie Chilienne pour les années à venir, et parle de la fierté qu'ont les habitants du "modèle chilien" qui se dessine, et qui peut-être inspirera d'autres pays d'Amérique Latine. Tant mieux.
A.B.


Commentaires
J'avoue que les interpretations de l'histoire des differentes nations sur les seules bases du fonctionnement des échanges commerciaux (le marché) m'a toujours paru suspect. La liberté d'expression et la possibilité effective de renverser un gouvernement pour changer la politique générale sans violence (par un vote) me paraissent des critères plus pertinents. C'est sans doute impossible de "prouver" quoique ce soit mais je suppose que les penseurs libéraux ont étudié plus finement le sujet pour arriver à leur conclusion. Je suis curieux de savoir comment ils séparent théoriquement les trois effets (marché, expression, et démocratie). Je ne sais pas ce que disais Marx originellement sur ces trois points non plus à vrai dire :).
Pour ce qui est de la diffusion d'information via les prix sur un marché, le vote avec un citoyen égale une voix me parait relativement similaire a un marché "classique" mais pour la réglementation et les biens et services publics, avec comme différence remise a une valeur identique des ressources pour tout le monde a chaque vote par opposition a son compte en banque courant accumulé via son travail et celui de ses ascendants familiaux (héritage) pour les marchés "classiques". Et donc au passage la possibilité de retour à une allocation plus équilibrée de la propriété en cas de déséquilibre trop grand via impots, succession, nationalisation, ..., ce qui est pour moi difficilement possible dans un monde tout libéral à partir du moment ou un groupe de personne a acquis une trop grande force économique (et donc implictement militaire / violence) sans remise en cause du système par la violence.
En tout cas merci pour ton billet qui aborde un sujet très interessant !
Laurent
PS : sur l'héritage je crois que certains libéraux USA sont pour une plus forte taxation, dans une fondation présidée par le père de Bill Gates.
Laurent :
liberale aux USA désigne un courant progressiste, rien a voir avec les liberaux europeens.
Et la démocratie n'est pas comparable à un marché justement par le fait que 1 citoyen egale 1 voie et que le cout n'est pas forcement assumé par celui qui à voté. C'est un autre outil, qui a une vocation politique, pas une vocation economique.
Le marché alloue les ressources de facon optimale. La démocratie fait des choix politiques qui peuvent aller a l'encontre de cette distribution. Ce qui n'est pas forcement mauvais, mais pas non plus forcement bon.
binou: j'utilise liberal dans le sens utilisé par A.B., pas celui USA.
Pour la démocratie, j'ai qualifié ma comparaison.
"Le marché alloue les ressources de facon optimale" tiens au passage, je suppose que c'est en supposant l'equilibre stable predit par la theorie atteint, y-a-t'il des etudes sur les aspects temporels de convergence dans ces theories ?
De la même manière une allocation optimale au sens du marché n'est pas forcement mauvaise, mais pas non plus forcement bonne, non ? C'est simplement un optimum pour une equation dans un modèle, l'interpretation de cette équation et du modèle en "bon" et "mauvais" c'est autre chose :)
Laurent
Le libéralisme (au sens "classique" ou "Européen", Binou, c'est à dire celui qui prône le "free market") est assez partagé sur la question, pour le peu que j'en sache. Le lien que je donne dans la note sur le blog de Gary Becker exprime l'idée suivante : la liberté économique et la liberté politique sont toutes deux de bonnes choses, mais la première mène à la seconde, et pas l'inverse. Donc, une dictature libérale vaudrait mieux qu'une démocratie non-libérale, car dans le premier cas, le libéralisme conduit à la prospérité et à l'apparition d'une classe instruite qui finira par demander et obtenir la démocratie. L'exemple souvent cité est celui de la Chine ou de Hong Kong. En revanche, un démocratie illibérale peut conduire à une trappe à sous développement, dans lequel un Etat trop interventionniste empêche l'essor économique, mais ne peut se réformer car les intérêts corporatistes pèsent sur les élections.
Autre théorie, plus orientée "science éco", c'est celle des biens publics. Lindahl a montré qu'une fourniture de biens publics peut être optimale, à condition que le prix à payer soit adapté à chaque citoyen, afin de refléter la différence des goûts du publics. Un tel système de prix devrait être accepté unanimement par les citoyens. Il existe donc bien une théorie libérale compatible avec l'action publique.
On peut aussi citer la théorie du Public Choice de James Buchanan, qui s'intéresse à la manière dont sont prises, effectivement, les décisions publiques, sous l'influence des groupes de pressions, et en faisant l'hypothèse que les hommes politiques recherchent leur propre intérêt, et non l'intérêt général. Ce courant de pensé est donc plutôt méfiant à l'égard des institutions démocratiques, sans pour autant rejeter la démocratie.
Sur Gary Becker j'ai du mal a saisir comment on peut se sortir sans violence d'une dictature libérale ou une petite partie de la population a acquis la plupart des biens, alors que je peux très bien imaginer un renversement de système corporatiste inefficace par un simple vote, le "miracle suedois" et Thatcher me semble être des exemples récents.
Il me semble aussi que la liste des dictatures libérales devrait inclure l'Apartheid d'Afrique du Sud ou la démocratie est venue par un accord politique entre les autres pays sur un blocus commercial pour donner le droit de vote aux africains non blancs, une grande idiotie au sens libéral car le pays etait parfaitement efficace économiquement : l'esclavage etant imbatable pour l'exploitation des ressources naturelles et le travail non qualifié en général. Il me semble qu'il y a eu un prix de la banque de Suède en l'honneur de Nobel sur le sujet de l'agriculture et de l'esclavage, non ?
Hong Kong etait anglais et plutot democratique jusqu'a très recemment (rétrocession), quand a la Chine on peut espérer mais ce n'est pas encore fait malheureusement. Et je vois peu de signe d'une perte de controle politique du régime actuel qui à l'air plutôt habile pour se maintenir en place.
Bref Gary Becker ...
Je n'ai toujours pas trouvé de texte convaincant sur le role de la démocratie et de l'état dans une économie libérale théorique, la plupart des textes libéraux semblent impliquer (et sans le dire explicitement) que sans état ni démocratie tout marcherait très bien mais sans passer par la case démonstration minimale, ou simplement donner des indications sur les moyens de parvenir à une "quantité" d'état et de démocratie qui reste "optimale".
C'est dans cette optique que je suggerai le probable moyen de modéliser la démocratie par un marché particulier de la quantité de réglementation qui impose un retour à plus d'état en cas d'accumulation / déséquilibre de propriété à un niveau trop criant donc nuisible à la "poursuite du bonheur" social, mais bon je ne suis pas spécialiste.
Ce qui me gène dans la ferveur libérale, c'est qu'il n'y a rien qui dit ou conseille sur le moment il faut s'arrêter dans le moins d'état, la dernière étape semble toujours être : au fait maintenant on ne vote plus, au revoir la démocratie telle que vous l'avez connu, pensez à acheter des gros flingues et des munitions :).
Laurent
Sur Gary Becker et le coup de la liberté économique qui mène à la démocratisation, je pense que son idée est que ça se fait dans le temps et la progressivité. Le régime chinois n'a pas besoin d'être renversé pour se démocratiser. Je pense qu'il y a une vrai demande sociale de participation du peuple chinois aux décisions collectives. Il ne me surprendrait pas de voir apparaître, progressivement, des élections ouvertes au multipartisme, des journaux contestataires tolérés à condition d'être modérés, etc. La peur d'une révolution sanglante est peut être le meilleur moteur d'une évolution du régime. Ceci dit, je n'affirme rien, car mon niveau d'incompétence en science politique est vite atteint.
Sur le fait que les libéraux ne disent pas jusqu'où il faut s'arrêter dans le moins d'État, tu devrais lire Douglass North, et surtout "Le Mystère du Capital" de Hernando de Soto (bientôt chroniqué ici). Même si les libéraux ne sont pas "homogènes", un point d'accord entre eux, sauf chez les plus radicaux (les libertariens), est le rôle dévolu à l'État dans l'établissement d'institutions permettant l'échange marchand : tribunaux, titres de propriété, registres du commerce, droit du contrat, police, etc. Au delà, la plupart d'entre eux sont favorables à un financement public de l'éducation et d'une partie de la recherche (notamment Robert Barro et Milton Friedman, l'inventeur du principe des chèques-éducation). Beaucoup sont favorables à un revenu minimal pour les plus pauvres, notamment Hayek, Friedman (avec l'impôt négatif) et Frédéric Bastiat.
Cette note et ces réflexions sont très intéressantes, mais une confusion, au minimum sémantique, me semble les obscurcir un peu.
Le libéralisme dont il question ici n'est pas le libéralisme "au sens classique ou européen", mais seulement le libéralisme économique (et encore..., voir plus loin), lequel n'est qu'une des composantes du libéralisme (le vrai cette fois, la doctrine philosophique (*1)).
Certes les media européens ont pris la mauvaise habitude de raccourcir "libéralisme économique" en "libéralisme" tout court. Tandis que de l'autre côté de l'Atlantique c'est le "libéralisme politique" (autre composante de la doctrine libérale) qui se voyait raccourci en "libéralisme" tout court. D'où ce paradoxe que le vocable "libéral" est chez nous une insulte qui désigne une pensée droitiste, alors qu'outre-atlantique c'est une insulte qui désigne une pensée gauchiste (*2). Mais il me semble nécessaire de ne pas céder à ces approximations.
Ce pourrait n'être qu'une question de vocabulaire, mais je crois que la confusion est plus profonde. En séparant le libéralisme économique du reste de la doctrine libérale, on contribue à lui attribuer une fin (l'efficacité économique) qui n'est pas la sienne. Comme le précisait déjà Adam Smith, la liberté des échanges et des transactions constitue, en elle-même, une des liberté élémentaires auxquelles l'homme peut aspirer. L'efficacité économique qui en résulte n'est qu'un moyen pour atteindre d'autres libertés (facilités économiques et opportunités sociales, pour reprendre le vocabulaire d'Amartya Sen (*3)).
De mon point de vue, parler d'une "dictature libérale" n'est donc pas seulement un oxymore mais un non-sens. La liberté économique ne devrait pas être opposée à la liberté politique. Ce sont deux libertés élémentaires, qu'il convient certes d'encadrer (comme toute liberté, pour que celle des uns ne s'exerce pas au détriment des autres), mais qui sont bien plus complémentaires que substituables (je renvoie à nouveau aux nombreuses analyses de Sen sur ce sujet).
Je me permets donc de reformuler ce qui me semble être la problématique de la note d'Antoine : la doctrine pseudo-libérale qui considère l'efficacité économique comme une fin en soi porte-t-elle les germes d'une dérive totalitaire?
La note et les réflexions qui ont suivi me paraissent effectivement tenter de répondre à cette question.
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(*1) Ainsi, pour Pierre Manent, les précurseurs et fondateurs du libéralisme ne sont sûrement pas des économistes mais Machiavel, Hobbes, Locke, Montesquieu, Rousseau, Benjamin Constant, Guizot, Tocqueville ("Histoire intellectuelle du libéralisme", 1987, éditions Calmann-Lévy)
(*2) Voir l'éditorial de The Economist du 04/11/2004 ("There's a word for that").
(*3) Conférer, entre autres, les pages 16-18 et 35-40 d'"Un nouveau modèle économique" (2000, éditions Odile Jacob).
Antoine, merci pour tes précisions, j'attends ta note avec impatience :).
Pour Gary Becker, je ne conteste pas que tout début de liberté (d'épargne, de commerce ou d'autre comme l'expression et l'accès à l'information via internet - encore une fois comment séparer ces effets ?) en amène d'autre lentement et surement, c'est juste que le il vaut mieux un dictature libérale qu'une démocratie corporatiste me parait être un aveuglement dogmatique qui passe complètement à coté de la réalité (voir mes exemples).
Laurent
Milan : Merci pour ce commentaire. Je suis très heureux de trouver un fan d'Amartya Sen parmi les lecteurs de ce blog. Je ne sais pas s'il est très heureux de séparer le libéralisme économique de la philosophie libérale au sens plus large, mais force est de constater que cette séparation existe en fait. Sen, puisqu'on parle de lui, est assez éloigné de certaines positions normatives de bien des économistes libéraux. Les libéraux utilitaristes ont comme seul objectif de maximiser la "somme des bien-être". Ce n'était pas la finalité de Rousseau ou de Montesquieu, à l'évidence. Mais c'est le libéralisme qui s'est stratifié, et pas les commentateurs qui créent des frontières imaginaires. Il faut reconnaître que si l'on veut éviter ces imprécisions, il devient délicat de qualifier la pensée d'un Milton Friedman. Peut-être que l'anglicisme "free-market economist" est le plus à même d'éviter la confusion.
Laurent : ça ne te convaincra peut être pas, et je suis moi-même sceptique, mais Becker prétend, sur cette question, être très pragmatique et s'appuyer sur une étude empirique basée sur des indicateurs des 2 types de liberté (économique et politique). Il faudrait y regarder de plus près.
Effectivement le libéralisme s'est stratifié, multiplié, divisé et les commentateurs n'en sont pas responsables. Je trouve cependant dommage qu'ils n'aient pas réservé le vocable "libéralisme" à la doctrine originelle, classique. Et il me semble que ce serait pas mal de s'y astreindre au moins dans le monde et les discussions académiques, ne serait-ce que pour la clarté des propos.
Ceci dit, comme tu le soulignes bien, cela demande alors de disposer d'autres vocables pour désigner les "libéraux à l'européenne (continentale)". Question difficile à laquelle j'avoue n'avoir guère de réponse à l'instant présent.
"Free-market economists"? Ce n'est pas faux, mais ce n'est pas très restrictif. Quel économiste n'en est pas un actuellement? Mis à part quelques paléo-marxistes, je ne vois pas. Et même si l'on remonte un peu dans le temps, ce n'est toujours pas très restrictif. Rappelons, par exemple, que Keynes était bien sûr un partisan de l'économie de marché (soit dit en passant, il s'est toujours considéré comme un économiste libéral et il militait dans ce qui s'appelait à l'époque le Parti Libéral).
Dans le cas de Friedman, peut-être le vocable "monétariste" suffit-il à qualifier sa pensée. Mais peut-être est-ce, cette fois, trop restrictif. J'avoue ne guère connaitre de sa pensée autre que sa théorie monétariste.
Sinon, le vocable "libertaire" me paraît assez adapté pour désigner le courant de pensée qui défend une intervention minimale de l'Etat (et "libertarien" pour son partisan). Hayek et ses héritiers, entre autres. (On a tendance à qualifier ce courant de pensée d'ultra-libéralisme en France ... mais, ici aussi, une déviation a lieu, et, désormais, le plus souvent, il ne désigne que l'ultra libéralisme économique).
Décidément tout cela est bien complexe. Il faudrait faire plancher l'Académie française ou Alain Rey sur le sujet!
Seule idée qui me vienne, peut-être pourrait-on conserver les vocables proprement économiques (néo-keynésien, monétariste, etc...) lorsqu'il s'agit de désigner des doctrines seulement économiques.
Je continue à réfléchir.
Une autre idée. J'avais oublié que nous avons aussi à notre disposition le vocable "néo-libéral". Je ne l'aimais pas du tout (parce que ce qu'il recouvre me paraît travestir l'idée libérale originelle), mais, tout bien réfléchi, son emploi n'est peut-être pas une mauvaise solution. Cela permet de distinguer l'arrière-pensée philosophique de Friedman et affiliés de la philosophie libérale d'Adam Smith, d'en faire une branche du libéralisme moderne mais pas LE libéralisme. Pourquoi pas.
Emmanuel :
Entièrement d'accord sur Adam Smith! Et c'est justement pour cela que je trouve dommage d'utiliser aujourd'hui en Europe le terme "libéral" pour désigner les ... "supply-siders".
"Supply-siders", oui pourquoi pas. Je n'y avais pas pensé car on n'utilise, me semble-t-il, plus tellement cette expression en France (puisqu'on emploi "libéral" à toutes les sauces!), même dans le monde académique. C'est vrai qu'on me parlait des "économistes de l'offre" quand j'étais étudiant. Peut-être les profs continuent-ils à employer ce terme (?). C'est vrai, c'est pas mal.
Pour les "supply-siders", c'est vrai. Mais je pense qu'Emmanuel proposait ce terme pour les Chicago boys plutôt que pour les héritiers d'Hayek (pour lesquels "libertariens" est plus adapté).
Libéralement, on devrait soumettre le choix des termes au vote!
J'arrive un peu tard. C'était intéressant tout ça.
Un truc à propos des termes "libertaire" et "libertarien". Libertaire en français renvoie plus à une pensée anarchiste qu'à une vision anarcho-capitaliste.
et l'alliance de l'l'ultra liberalisme avec un communisme à la chinoise cela s'appelle comment
alain: si tu fais référence à l'économie chinoise, elle est loin d'être ultra-libérale et même libérale tout court. C'est une économie de marché très dirigée, avec du protectionnisme là où il faut, du "laissez-aller contrôlé" là où ça intéresse, etc. Ils n'ont fait que suivre en cela leurs prédecesseurs nippons, taïwanais, coréens, etc.
l'histoire de ramener ma fraise sans avoir grand chose a dire:
il me semble que Hayek parlait principalement de l'importance de garder la democratie limitée, par opposition a une democratie illimitée qui prendrait controle des moyens de production.
"Des dizaines de milliers de personnes ont été assassinées sous son régime."
en fait je crois que le compte s'eleve a 5500 pas plus, soit 6 fois mois que Cuba ou l'Argentine.
"En revanche, son libéralisme a peut-être évité au Chili un second drame, qui est celui de la difficulté à "sortir" de la dictature qu'ont connu certaines anciennes républiques soviétiques, et que connaît la Russie actuellement. "
je pense qu'il aurait été plus judicieux de mentionner l'Argentine, dont les generaux étaient au pouvoir pour les memes raisons que Pinochet mais n'ont pas laissé le pays dans le même etat.
je crois aussi pouvoir dire sans me tromper que Pinochet initialement n'avait rien d'un liberal, et que c'est un peu par coincidence que l'equipe d'economiste (les Chicago Boys) qui lui ont proposé les reformes se trouvait etre des disciples de M.Friedman.
il a d'ailleur fallu le convaincre de la necessité de liberer l'economie de l'emprise de l'etat pour vaincre l'inflation.
le cout fut enorme pour la société chilienne mais le resultat est la, le Chili est la seule economie veritablement solide d'amerique du sud.
Décidément, la blog-culture n'est pas avare de petites merveilles. Je ne doutais certes pas que le néo-libéralisme comptait de nombreux zélateurs, mais le fondateur de ce lieu de débat interpelle.
Plein d'emphase et débordant de références variées, voudrait-il prouver l'existence d'une véritable pensée néo-libérale en France que cela ne m'étonnerait pas. Admirateur du second Hayek, il n'en envie certainement pas moins l'envergure intellectuelle du premier, même s'il le connaît sans doute beaucoup moins bien.
Etonnant aussi, ce fameux Antoine, par sa prétention à manier habilement des concepts en en niant la complexité. Meilleur connaisseur de la pensée économique que moi semble-t-il. A l'inverse, quelle naïveté dans son laïus sur la dictature. On croirait un mauvais journaliste de TF1. Comme si le Chili de Pinochet était en tous points assimilable à la Corée du Nord ; que la Corée du Nord était assimilable à l'Afghanistan du mollah Omar ; que cet Afghanistan-là était assimilable au fascisme mussolinien. C'est une mauvaise plaisanterie..., et il est d'autant plus lamentable d'amalgamer les régimes "dictatoriaux" que l'on prétend faire honneur à la diversité du libéralisme.
En bref, celui qui est à n'en pas douter un jeune chercheur en économie trop à l'étroit dans son costume, est loin d'atteindre convenablement ses objectifs. Du reste, ne prétend-il pas avoir fondé un blog consacré à l'économie, où le débat se doit d'être économique, tout en exhibant de façon récurrente sa maigre connaissance de l'histoire et de la géographie politique de la planète. Aussi doit-il choisir, dans l'intérêt de son incertain rejeton, et cesser le double jeu: économiste en règle générale ; penseur sans frontières intellectuelles quand ça l'arrange.
Quoiqu'il en soit, que ce blog se limite ou non à la seule analyse économique, il faut souhaiter qu'une horde de régulationnistes s'en empare rapidement pour lui apporter une contradiction beaucoup plus substantielle. Je n'en suis malheureusement pas capable, mais les adorateurs du modèle dominant m'horripilent à un tel point que j'attends cela avec la plus grande impatience.
Gloire aux peuples néerlandais et français.
bonjour j'entend souvent parler de Sen mais personne ne dis quel est son courent de penseé? qui a la réponse?
Merci Galilea pour ce message bien représentatif de la façon dont l'économie est vue en France :
alors c'est les méchants libéraux contre les "keynésiens" (mettez ce qu vous voulez sous ce terme, par exemple Mankiw ou Robinson, c'est la même chose) ou les régulationnistes (remprenez les textes des années 70, remplacez intervention par régulation, Marx par... Marx et le tour est joué). Et surtout j'espère qu'une horde de régulationnistes (sic) viendra hurler plus fort que tout le monde. Après tout l'économie ce n'est que ça, d'ailleurs si on passait directement à "prescriptions normatives" dans les articles, on gagnerait du temps pour les téléchargements pdf.
Surtout je ne m'intéresse pas, je ne cherche pas à m'intéresser à des prédictions testables qui permettraient de dire
"merci les keynésiens hydrauliques mais là il va falloir reprendre". Non. Ce qui compte c'est :
lui il dit ça, il est libéral
mais lui il dit ça, et il est pas d'accord
Patron, la même chose
Belgo est ultra-néo-hyper libéral et il dit ça. M'étonnerait pas qu'il soit un américain camouflé.
@ Tania :
Sen est un liberal au sens anglais du terme, dans la lignée des Locke, Smith et autres : attachement à la liberté...
Il est aussi très influencé par Rawls, même s'il en fait une critique. Plus qu'une critique, disons tentative de dépassement
Il s'oppose aux free market sans être un interventionniste.
domaines : choix social (Arrow...) et développement
Brejnev ou Kroutchev étaient trop limités pour avoir une bonne connaissance du marxisme.
J e reconnais que leurs saletés ont été commises au nom du marxisme-léninisme, comme je reconnais que les crimes contre les femmes ont été commis au nom des hommes ou de l,humanité.Faut'il une castraton généralisée?
Déjà, les "idéologies" (qui résultent ou sont la cause du "non-sens collectif", c' est un cercle vicieux...) Eh bien faisons un vrai travail d' historien pour une fois... Extirpez du communisme le marxisme et tous ses descendants (russes, asiatiques, latinos), et rappelons que quiconque se revendique de Marx tout en laissant la politique à la politique, la sociologie à la sociologie, la philosophie à la philosophie, n' est pas marxiste, mais marxien, ce qui ne l' empêche pas d' être libéral d' ailleurs (c' est mon cas).
Lénine et tous ses successeurs marxistes, non-marxistes (ex: Mao et sa vision cyclique et non-progressive de l' Histoire), ou anti-marxistes (ex: les nazis), ont tous pour antécédants idéologiques communs Bismarck (ennemi du "vivant" de Marx), et son bouffon "socialiste" Lassalle, desquelles peuvent découler une divergeance doctrinale à l' encontre de Marx:
*notamment sur l' idée que la dictature du Prolétariat est purement politique, alors qu' en réalité elle est purement sociale (et nécessite un Etat dont les autorités peuvent être lestées de la vie sociale, ce qui n' aurait nullement été le cas de la Chine ou de la Russie, comme l' avait prédit Marx lui-même; sauf qu' hélas les marxistes l' ont occulté). *sur l' idée que la sociologie ne doit servir la politique pour ses propres fins et interêts, sous pretexte que ce dernier représenterait la Raison; hors politique, sociologie et philosophie ne sont nullement, même sous le patronyme "marxisme", un outil parfaitement aiguisé de façon à assurer l' équilibre quotidien de la population (voir le ridicule qu' engendre l' alliance rien de plus que conceptuelle et idéologique du marxisme à la pensée de Nietszche, des constructivistes... ou même des libéraux!); il figure cependant une exception qui nous vient d' ailleurs du monde anglo-saxon, phare du libéralisme: le marxisme analytique (instrument sociologique sans portée politique réelle, rendant en partie à Marx le caractère apolitique de son apport sociologique). Cet apport sociologique se résume à un outil: la "dialectique matérialiste", rien à voir avec le "matérialisme dialectique"( édifié en "Diamat" dans les universités soviétiques) et autres premisses idéologiques chez Lénine. *sur l' idée de Lénine selon laquelle "l' Impérialisme est le stade suprême du capitalisme"; c' est faux: le capitalisme connaît dans tout pays à un moment qui lui est favorable, une période d' épanouissement démocratique, qui n' est autre que l' "ellipse libérale" (par laquelle ne sont pas ou peu passées lesdites "patries socialistes" pour des raisons idéologiques); cette ellipse se résorbent, et là seulement nous remarquons un stade suprême du capitalisme (Etat de plus en plus fort au service d' un Marché de plus en plus concurrentiel, et tirant donc sa force aux dépends de l' Etat)... Lénine pensait de facto que la Révolution Mondiale partait des puissances impériales comme la Russie, l' Inde et la Chine (et chez Staline, le socialisme est réalisable dans la Russie seule!), hors impérialiste ou pas, ce sont les pays "les plus avancés" économiquement (matériellement avant tout) et démocratiquement (même si on peut entendre par-là la "lutte pour la démocratie"), c' est-à-dire non l' Orient, mais l' Occident (Europe, Amérique du Nord... selon Marx et Engels) *sur l' idée que l' Etat doit concentrer tous les pouvoirs, alors que le souci d' un Parti communiste est la répartition économique (l' économie étant bel est bien un pouvoir: le pouvoir par excellence, tant que le monde ne plonge pas dans une sorte de 1984...). Marx critique les libéraux (et n' aurait fait que ça selon le marxisme, ce qui inscrit indélébilement son aspect idéologique et abêtissant), y compris un certain Montesquieu, fervant défenseur de la division du pouvoir. Encore une fois les marxistes s' isolent sans rappeler les origines libérales de la famille Marx, ainsi et surtout que la "libéralité" de l' oeuvre de Marx et Engels (une jeunesse libérale-révolutionnaire chez Marx? N' y aurait-il pas alors du Revel chez Marx?)... *De fait, chez Marx, on est "pour le libre-échange en faveur de la Révolution", je cite. Et cette révolution doit être mondiale, tandis que le Parti se compose des éléments les plus résolus de la société à améliorer cette dernière, ce qui nécessite "la conquête de la démocratie" avant tout (y compris le socialisme); ceci nous vient du Manifeste du Parti communiste; et les mesures (que les libéraux actuels fustigent comme étant coercitives), ne sont que l' expression d' une diversité de mouvements politiques différents, eux également actuels... *L' impôt progressif (et sous-entendons direct), se leste car les impôts indirects sont abolis (cela relève d' une conjoncture politique qui serait somme toute qualifiée aujourd'hui de... libérale, oui, puisqu 'il s' agit d' empêcher les administration d' Etat d' engendrer son propre profit...), en effet sous un régime de Communes, ni l' Etat ni le Marché n' interviennent dans cette déliquessence de la fiscalité; Ensuite, l' abolition du droit d' héritage permettrait à l' Etat de contribuer à la baisse de la charge fiscale/d' impôts exigée des particuliers (encore une fois, nos communistes du Manifeste ont bien une libéralité, très intelligente de surcroît); l' abolition de la rente foncière et son affectation (progressive) aux dépenses de l' Etat, est tout au moins une mesure sérieusement écologique, qui n' affecte en rien le développement d' un capitalisme privé dans l' agriculture, quoiqu' il est censé se résorber dans la mesure du possible, et j' insiste "dans la mesure du possible" (et cette mesure ne figure ni chez les Verts, ni dans aucun parti "communiste"). La "collectivisation des terres", ce n' est même pas la peine d' y penser; par contre la "planification" agricole la suscitant n' est qu' un fantasme de politicien typiquement marxiste; en effet chez Marx... pas de planification! pas de politique pour les "plans", c' est à la société (aux prolétaires, au-delà de l' interêt politique) de décider du sort de ses terres, de tous ses moyens de production, de transport et de communication en général... j' ajoute que les "vagues de nationalisations" n' ont rien en commun avec l' union des transports, des communications entre les mains de l' Etat; chez Marx, la liberté d' entreprendre, la destruction créatrice, en un mot le capitalisme est tout sauf interdite. Quant à la concentration monétaire au sein du banque nationale, cette mesure n' a rien de dictatoriale si l' ont veut, à l' instar de Marx et à l' encontre des marxistes, défendre la liberté de la presse, d' expression, ce qui est autant de contre-pouvoir sur l' exercice economique de l' Etat la société (sur le Marché d' un point de vue libéral); cette concentration n' est utilement concernée dans le circuit économique que lorsqu' il s' agit de remédier au problème auquel les libéraux (ainsi que les marxistes) n' ont apporter aucune solution finalement sérieuse: la répartition.
Alexandre Adler, historien libéral, explique dans un ouvrage sur l' histoire du communisme que la seule période démocratique qu' aie connue l' URSS de Staline fut, contradictoirement, la contre-offensive sovietique sur le nazisme. Donc l' ellipse libérale en URSS (totalitaire) correspond à l' expression pure du capitalisme révélant le belliqueux comme un genre inhérent au capitalisme (ne dit-on pas "l' Empire Sovietique"? Terme contradictoire quand on sait qu' "entre la Commune ou l' Empire, il faut choisir!"). Regardons les Etats-Unis, qu' en reste-t-il de démocratique au sens de Tocqueville? pas grand chose...
Ce régime engendre les principes et l' économie libérée de toute emprise, de toute instance (comme si cette dernière allait répondre à Washington "ouais, de toute façon c' est ce que je voulais..."). Il intervient au Moyen-Orient comme l' Allemagne et l' URSS intervenait en Pologne (cette dernière fut défendue par Marx). Qu' y a-t-il de libéral si l' intervention d' un Etat n' est ni pour (libéral) ni contre (marxiste) le marché de son propre pays (comme c' est le cas en Chine, et de façon plus modérée, avec la technocratie européenne), mais contre l' Etat ET le Marché d' un autre pays?
Si cette intervention musclée de l' Etat n' est pas reconnue par tel ou tel courant libéral en Occident, et en particulier dans le monde anglo-saxon, c' est que ce libéralisme suit une voit idéologique à sa manière; (Nous faire) dire que le capitalisme crée plus de richesses, reste idéologique si rien derrière ne nous est appris sur la faillite totale de l' ordre mondial à répartir ces richesses (qui sous-entend la répartition des moyens, au-delà de celle des produits...). Préferer une dictature libérale à une démocratie multipartite faite de partis socialistes, pour y venir enfin, est tout aussi idéologique, si l' expression publique est contrainte à refuser toute perspective d' un progrès historique majeur (social, démocratique et universel... mais perceptible d' abord en argent, en prêt, en location, en abonnement, puis au fur et à mesure, en Commun, en terres, en domaines...)
Entre Wallenstein, demi-marxiste étudiant de manière assez brillante le capitalisme, et Aron, marxologue libéral (un des moins idéologiques à mon sens)
Voilà, séparons "marxisme" de "communisme", redonnons au libéralisme son héritage indépendant, et profitons-en pour lire Pelbois (le vrai successeur politique de Marx, avec sa Démocratie économique, très mal intitulée dans un ouvrage post-mortem "Pour un Communisme Libéral").
Marx fut surement un DIDIPP (Dead Idealistic Desperate Inventor Pioneer Philosopher)***; néanmoins tous les efforts que font les démocrates et les marxiens (contre la mythomanie de quelques idéologues de toutes les horizons politiques), contribent toujours contre ces idéologies qui se résorbent dans l' impopularité, à une seule et unique cause de cette grande aventure humaine: l'Histoire.
Une chance que la prophétie orwellienne est échouée...quoique... l' Angsoc, ne serait-ce pas ce puritanisme dit "libéral" ou "libertarien" qui sévit en Amérique du Nord? Dans le Manifeste communiste, on daisait dans l' introduction que les partis de la majorité comme ceux de l' opposition "se rejettent tout à tour l' infâme épithète de communiste"; on peut largement en dire autant du Parti Républicain et son adversaire Démocrate, et ses sujets (le vote américain pèse tellemnt plus que le vote brésilien dans ce monde, non?)
Chokomaton
NB: désolé de ne pas parler de Hayek, mais j' avais l' impression de parler de quelquechose de plus important que ces comédons idéologiques de l' Ecole autrichienne, ou je ne sais quelle autre mouvement...
Sur un point de détail : contrairement à ce que vous dites, la critique marxiste du stalinisme inclut la critique de la dénaturation qu'il a fait subir au marxisme en tant que théorie. Trotsky (par exemple dans La Révolution Trahie) a pointé les questions principales : "socialisme dans un seul pays", négation de la nécessité de la démocratie ouvrière, renforcement de l'état et de la famille, etc.
Le fait que les régimes staliniens aient agi "au nom du marxisme" ne nous renseigne bien entendu aucunement sur leur nature réelle, à moins qu'on juge qu'il est fiable de juger les hommes d'après ce qu'ils disent d'eux-même !