Le protocole de Beijing : ratification facultative
Par Antoine B. le samedi 19 mars 2005, 23:34 - Lien permanent
Par Antoine Belgodere
Imaginez qu'il y a 2 ou 3 ans, on ait proposé, à la place du protocole de Kyoto, une taxe de 50% sur les produits pétroliers, non pas limitée aux pays de l'annexe B, mais à tous les pays du monde. Cette proposition n'aurait pas été jugée très réaliste, et d'ailleurs, vous observez qu'elle n'a pas été formulée. Néanmoins, elle a été mise en oeuvre. Le spectaculaire (et réjouissant) développement économique chinois (accompagné de celui, pas mal non plus, de l'Inde) a fait pression à la hausse sur le cours du brut. L'augmentation de la production décidée par l'OPEP et la décision américaine d'exploiter les réserves d'Alaska n'y font pas grand chose : le prix du pétrole augmente à un rythme que les écolos les plus acharnés n'osaient imaginer. (lire la suite pour voir de beaux graphiques)
En 2002, comme le montre le graphique suivant, les prix, exprimés en dollars constants (de 2000), étaient nettement inférieurs aux sommets atteints dans les années 70, lors des fameux "chocs".
Aujourd'hui, on s'en approche.
Mais n'en tirons pas de conclusions trop hâtives. La hausse des cours a quand même une grosse différence avec une taxe pigovienne : elle bénéficie aux vendeurs. Si bien qu'une hausse des cours rend la prospection et l'exploitation de nouvelles réserves plus rentables. C'est d'ailleurs ce mécanisme qui a fait que, contrairement aux prévisions alarmistes du club de Rome, on a franchi le millénaire loin de la pénurie.
A.B.


Commentaires
La hausse des cours après les chocs des années 70 a sans doutes rentablilisé l'exploitation de ressources connues, stimulé la recherche de nouvelles ressources (avec plus ou moins de succès dans la decouverte : hausse des découvertes au milieu des années 70 qui repartent à la baisse avant même le second choc, les découvertes les plus importantes ont eu lieu alors que le pétrole était peu cher, parfois orienté à la baisse www.peakoil.net/uhdsg/Def... mais surtout elle a suscité d'importantes économies d'énergie. En ajoutant la baisse du rythme de croissance de l'économie mondiale (les chocs ont vraisemblablement joué un rôle) on comprend pourquoi les prévisions du club de Rome ne sont pas réalisées. Si le rythme de croissance des années 60 avait perduré, il y a fort à parier que le pic de production du pétrole (point haut à partir duquel la production ne fait que décroître, dépassé dans les années 70 pour les Etats-Unis) serait déjà derrière nous.
ha pardon, mais tout cela n'explique pas que les réserves prouvées aient augmenté. Pour ce qui est des économies d'énergies, c'est une erreur que de faire des prédictions sans intégrer l'ajustement des agents économiques au changement de prix. Je ne voudrais pas tomber dans la critique facile, d'autant que je ne me suis jamais plongé dans la lecture du rapport Meadows. Mais je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il était dans le vrai, avec juste quelques années de retard dues à la croissance molle. Il y a quand même derrière ces prévisions une vision malthusienne qui me semble infondée
PS : pour que le lien donné dans le message de guillaume fonctionne, il faut enlever la parenthèse et la virgule de l'adresse dans le navigateur.Si j'en crois le graphique que j'ai donné en lien, 1999 et 2000 ne sont pas tellement exceptionnelles pour les découvertes, en tout cas insuffisantes pour reconstituer le stock prouvé (le stock total ou ultime c'est une question de géologie). Donc qui croire?
J'ai l'impression que la différences essentielle entre les sources que nous citons vient de la méthode de comptabilisation des découvertes. Dans peakoil.net les (déclarations de) révisions des reserves sont attribuées à l'année de découverte du champ pétrolier (souvent dans les années 60), "revisions backdated". La logique est plutôt celle du géologue que de l'économiste ou du financier (quand une compagnie pétrolière annonce une hausse de ses reserves son cours augmente), elle évite la manipulation (fréquente d'après ce que j'ai lu) entre reserves possibles (parfois extrêment peu probables) et prouvées.
D'accord pour ne pas sombrer dans la malthusianisme mais à condition qu'on considère le fait que la quantité de pétrole que nous allons pouvoir extraire ne dépend pas seulement de considérations économiques.
"D'accord pour ne pas sombrer dans la malthusianisme mais à condition qu'on considère le fait que la quantité de pétrole que nous allons pouvoir extraire ne dépend pas seulement de considérations économiques."
C'est une façon un peu caricaturale de présenter l'argument. Il est bien certain que la quantité totale de pétrole disponible est fixe, et que chaque goutte utilisée est définitivement perdue. Il est également certain que les générations futures n'auront pas de difficultés énergétiques majeures (ça n'empêche pas des crises ponctuelles) car le rayonnement solaire est largement suffisant. Quant à la validité des différentes estimations, je suis mal placé pour trancher. Mais je suis à peu près sûr que les gens qui interviennent sur le marché pétrolier sont, eux au courant. Si la pénurie se profilait à l'horizon, ça se traduirait dans les prix. Ceux-ci, en dollars constants, ont eu tendance à baisser depuis 30 ans. Ils augmentent ces derniers mois, mais pas au point de donner l'impression d'une pénurie. Goldman Sachs évoque une possible montée à 100$ le baril. Mais si les intervenants sur ce marché pensaient que c'était inéluctable, les prix monteraient instantanément à presque 100$. Or on est encore sous les 60.Bel optimisme concernant l'énergie solaire.
Et sur la clairvoyance des marchés.
Les anticipations des intervenants sur les marchés pétroliers sont hétérogènes, et je ne suis pas bien sûr que seule l'analyse scientifique des équilibres à long terme (des fondamentaux disons) les guide.
Les experts sont encore plus divisés, souvent entre économistes (optimistes) et géologues (pessimistes).
Les fluctuations à court terme du prix du pétrole ne sont pas très informatives et il est vrai que les prix actuels pas excessifs en dollars constants. A noter cependant que des contrat à très long terme se concluent actuellement à des niveaux montrant que certains acteurs du marché n'anticipent pas de retournemenent (durable) à la baisse du prix du pétrole.
Je pense bien que vous savez qu'une goutte de pétrole consommée l'est définitivement. Mais de toute façon on arretera d'exploiter le pétrole bien avant qu'il ne soit épuisé. Le point critique est celui à partir duquel il deviendra clair que la demande en quantité doit baisser étant donné la contrainte sur l'offre. Et il suffit que cela soit l'anticipation dominante. Est-ce que la hausse du prix du pétrole suffira à placer en douceur l'économie mondiale sur une nouvelle trajectoire?
"Bel optimisme concernant l'énergie solaire"
C'est pas moi qui suis optimiste, ce sont les scientifiques écolos
"Et sur la clairvoyance des marchés."
Je suis pas dupe sur la possibilité qu'ils soient aveuglés, mais je dirais qu'à mon modeste niveau, je n'ai pas mieux en stock pour me faire une opinion. La différence entre les marchés et toutes les autres sources d'informations c'est que les intervenants sur les marchés jouent beaucoup d'argent sur des prévisions. ça ne veut pas dire qu'ils ne se trompent pas, évidemment. Mais il n'y a aucune raison qu'il y ait un biais dans un sens ou dans l'autre. Pour parler comme les statisticiens, je considère les cours comme une variable aléatoire de variance éventuellement grande et dont l'espérance mathématique est la vraie valeur.
Au fait, il doit y avoir quand même 2 ou 3 économistes chez Goldman Sachs, non ?
"Au fait, il doit y avoir quand même 2 ou 3 économistes chez Goldman Sachs, non ?"
Et alors?
Je suis également membre du club, on peut être "économiste sceptique"...
mais ça n'a pas besoin être le cas des économistes de Goldman Sachs pour prévoir le baril à 100$.
"Mais si les intervenants sur ce marché pensaient que c'était inéluctable, les prix monteraient instantanément à presque 100$." dites plutôt à des niveaux bien plus élevés que les 50 actuels, c'est au mieux ce qu'on peut dire.
Plutôt qu'aux marchés (même si je suis globalement d'accord avec l'idée que l'erreur d'anticipation est de moyenne nulle) je préfère en général me fier aux bons travaux académiques (même ou surtout en l'abscence de consensus). Malheureusement sur ce sujet, et pour en rester au volet économique des choses que je connais un peu, il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent...
""Au fait, il doit y avoir quand même 2 ou 3 économistes chez Goldman Sachs, non ?"
Et alors?"
Je faisais référence à la phrase : "Les experts sont encore plus divisés, souvent entre économistes (optimistes) et géologues (pessimistes)."
Il me semble que 100, c'est plutôt pessimiste comme prévision. J'ajoute que, selon la dépêche que j'ai indiquée, cette prévision est plutôt liée à un problème de temps d'ajustement de l'offre à la demande et à une perspective de grève au Nigeria. Ces deux problèmes relèvent du court terme.
"Plutôt qu'aux marchés (...) je préfère en général me fier aux bons travaux académiques"
C'est-à-dire que le type d'informations délivrées dans les deux cas n'est pas le même. On peut être un brillant théoricien des marchés, contribuer à mettre au point des modèles d'évaluation performants, et être totalement incapable d'estimer la valeur d'un titre particulier, faute de données pertinentes le concernant. J'imagine que les intervenants sur les marchés utilisent des outils formés par des académiciens, qu'ils "alimentent" avec des données aussi précises que possibles, ce que ne peuvent pas forcément faire les créateurs des modèles. En matière boursière, par, les exemples ne manquent pas d'universitaires qui se sont planté à 180°.
Sans indiscrétion, vous êtes économiste dans le privé ou vous êtes académicien, justement ?
Plutôt "académicien", mais je connais assez bien la façon dont sont réalisés les prévisions dans le privé (c'est souvent pas plus brillant dans le public cela dit). Le parallèle avec le partage du travail entre théoriciens , economistes appliqués et intervenants sur les marchés financiers (que je connais mal il est vrai) me paraît audacieux en ce qui concerne les questions de moyen et long terme.
maintenant le pétrole est à 70 USD, on s'approche doucement vers les 100$.
Je ré-ouvre ce débat car je suis un candide qui met du prétrole dans le réservoir de sa voiture. Je constate que les prix du pétrole sont des prix évalués par le marché essentiellment à court terme en fonction de l'offre et de la demande du moment (corrigé des crises politiques), donc les événements qui ont fait croître le baril de 45 à 70 sont essentiellment la croissance de la demande de la chine et de l'inde que les compagnies pétroliaires n'ont pas anticipée en investissant dans des raffineries supplémentaires.
Je suis surpris que personne ne se pose la question : "à qui cela profite?"
Une compagnie prétrolière a t'elle intêret à investir pour accroitre sa capacité de production ou bien à laisser filer les prix à capacité constante ?
Voilà une composante (majeure ?) de la determination du prix à court-moyen terme du baril.
Par contre je suis tout à fait d'accord avec l'idée que les besoins en pétrole vont diminuer avec le temps, car c'est essentiellemnt les industries chimiques et le transport qui ont la nécessité de cette matière première. Brûler du pétrole pour faire de l'électricité va devenir utopique! !!!
Voilà un modérateur du prix sur le moyen-long terme.
Pour le lon terme ,il faut garder à l'esprit que environ 5% du pétrole sert pour les engrais , donc pour nourrir la planète.....