L'INSEE a RAISON, les gens ont TORT !
Par Antoine B. le vendredi 18 mars 2005, 16:24 - Lien permanent
Par Antoine Belgodere
"Comment ? 1,6% d'inflation seulement, qu'ils disent à l'INSEE ? Ha, mais moi ma bonne dame, je le vois bien en achetant mes carottes et ma baguette de pain : c'est beaucoup plus que 1,6 %. Je sais pas ce qu'ils regardent, moi, à l'INSEE, mais moi, je vois bien que ce que j'achète, ça n'arrête pas d'augmenter !"
Que répondre à cette ménagère en colère, que l'on entend si souvent se plaindre dans nos journaux télévisés ? (lire la suite)
Pour commencer, lui expliquer gentiment que si l'indice des prix n'était basé que sur le prix de ses carottes et de sa baguette de pain, il y aurait une petite arnaque sur la marchandise. Puis, si elle se montre intéressée, lui expliquer plus précisément la méthodologie utilisée par l'INSEE pour calculer son IPC. Si, en revanche, elle se montre réticente et qu'elle insiste en expliquant que tout ça, c'est des foutaises et qu'à elle, on la lui fait pas, la réponse optimale consiste à lui souhaiter cordialement une bonne fin de journée et de passer son chemin. En revanche, l'erreur à ne pas commettre, c'est, justement, de l'inviter à s'exprimer dans un micro-trottoir télévisé.
Moi, sur mon blog confidentiel, je peux me permettre de dire ça. Thierry Breton, lui, il est ministre de l'économie et des finances. Donc il a une contrainte que je n'ai pas : il doit plaire à cette hystérique, comme tout dirigeant ou prétendant à l'être dans un régime d'opinion. C'est pourquoi il a demandé à l'INSEE de créer un nouvel indice des prix à la consommation. Ce nouvel indice ne doit comprendre des biens que les gens achètent souvent dans leur vie de tous les jours. Il reflètera mieux ce que vivent les gens au quotidien, en matière de hausse des prix.
Le seul problème de ce nouvel indice, c'est qu'il est complètement bidon. Tout l'intérêt d'un bon indice des prix, c'est de pondérer l'évolution du prix de chaque type de bien en fonction du poids de ce bien dans la dépense totale. Celui de l'INSEE est un indice de Laspeyres chaîné annuellement. Pour ceux qui souhaitent des précisions techniques sur cet indice, ce lien est fait pour vous. Pour ceux qui ont la flemme :
Le taux de croissance du PIB nominal entre l'année 0 et l'année 1, c'est (PIB1/PIB0)-1. Le PIB étant la valeur des produits finis fabriqués dans l'année. Le PIB nominal s'obtient en multipliant le vecteur des prix P par celui des quantités Q. PIB1=P1*Q1 et PIB0=P0*Q0. Exemple : si on a produit, l'année 1, 2 tomates à 1 euro et 3 baguettes de pain à 1,5 euros, le PIB nominal est 2*1 + 3*1,5 = 6,5 euros
La logique de la méthode de Laspeyres, c'est de faire la décomposition suivante : PIB1/PIB0=P1Q1/P0Q0=(P1Q1/P0Q1)*(P0Q1/P0Q0)
P0Q1, ça désigne le PIB réel, exprimé dans les prix de l'année 0. Autrement dit, c'est la valeur qu'aurait la production de l'année 1 si les prix en vigueur étaient ceux de l'année 0. L'indice des prix, c'est donc (P1Q1)/(P0Q1), soit le PIB nominal sur le PIB réel. Pour reprendre l'exemple de tout à l'heure, supposons que les prix l'année 0 étaient de 0,5 euros la tomate et 1 euro la baguette, l'indice des prix est : 6,5/(2*0,5+3*1)=6,5/4=1,625. Soit 62,5% d'inflation. On voit donc bien que les prix sont pondérés par les quantités. Si vous voulez savoir quel est le détail de la pondération de l'INSEE, ce lien vous le donne.
Pourquoi, alors, y a-t-il une différence entre ce qui est ressenti par la ménagère en question et l'IPC ? Un facteur de désaccord, c'est peut-être que l'IPC porte sur des évolutions moyennes, alors que la ménagère en question n'est peut être pas un individu moyen. Un autre aspect, sans doute plus important, c'est que la ménagère ne base son estimation que sur ses achats quotidiens, alors que l'IPC tient compte de tout. Mais c'est précisément en cela que l'IPC est plus fort que l'impression de la ménagère. Si celle-ci observe, au jour le jour, une infinité de petites hausses, elle a tendance à être mécontente. Mais le jour où elle achète un des biens d'équipement dont le prix a baissé, elle n'a peut être pas le réflexe de corriger à la baisse son impression d'inflation. C'est une attitude psychologiquement compréhensible, mais ce qui ne l'est pas, c'est que Thierry Breton demande à l'INSEE de se conformer à ce biais psychologique.
Que dira-t-on le jour où l'indice "Breton" sera en baisse, mais où les prix des biens exclus de cette "indice-de-la-vie-de-tout-les-jours" augmenteront violemment. On dira l'inverse de ce qu'on dit maintenant : "oui, d'accord, le prix des carottes et de la baguette de pain a baissé, mais dès qu'on veut s'acheter un lave-linge ou un ordinateur, c'est carrément la ruine ! Pourquoi l'indice de l'INSEE n'en tient-il pas compte ?"
Et la réponse sera : parce qu'il a une guerre démagogique de retard.
A.B.


Commentaires
Je pense qu'il faudrait tordre le cou à votre titre en tort, orthographiquement parlant.
Ce brave Raymond Barre qui ne disait pas toujours que des betises et n'etait pas ne de la derniere pluie - il ne l'est d'ailleurs toujours pas - avait fait remarquer un jour, au debut des annees 1990, que la psychologie avait un role crucial dans la prevision de la conjoncture. Nombreux sont les innocents qui se sont plantes en l'oubliant. Chacun sait dans le metier depuis les annees soixante-dix que l'INSEE calcule honnetement et correctement son indice de prix. Mais la n'est pas le probleme.
Il se trouve que dans l'ensemble de la consommation des menages, il y a un tout petit panier susceptible d'etre paye en (T)euros, qui plus est de maniere somme toute repetitive. Il est fort probable que la perception de hausse des prix a l'achat de ce tout petit panier influence plus que de raison la perception de l'inflation qu'ont nos chers menages, et il n'est pas exclus non plus que cela influence, comme le prix de l'essence a la pompe, la perception de l'evolution de leur pouvoir d'achat telle qu'elle reside dans leurs cranes a-statistiques. Meme la BCE, peu enclinte aux speculations intellectuelles, a fini par s'en apercevoir. On ne peut exclure que Breton ait compris que, maintenant que le passage a l'euro est derriere nous, il y a un benefice a tirer au fait de demontrer que les choses rentrent dans l'ordre, meme pour le panier si meprisable de la menagere de base.
D'abord : l'analphabétrave est très problémationel, j'en ai bien conscientisage. Surtout quand on fait un billet où on se croît malin de dire du mal des gens. Vivement que mon correcteur d'orthographe comprenne le sens de mes phrases.
Sur le fond, Emmanuel et Bernard, c’est évidemment vous qui avez raison, et moi qui ai t tt t tt tor...T. D’une part, la psychologie, c’est très important, et d’autre part, une agrégation est toujours une perte d’information. Donc si on peut désagréger l’indice des prix et proposer une information plus fine, c’est pas plus mal. Ce qui m’a agacé, dans cette histoire, c’est le côté démagogique du propos. La chose a été présentée comme une correction d’une erreur commise par l’INSEE. Comme si celle-ci était à côté de la plaque, et qu’il fallait qu’un ministre proche des réalités du terrain remette de l’ordre dans tout ça pour qu’elle publie enfin un indice réaliste. Si la mesure avait été présentée comme une simple mesure de communication, je n’aurai sûrement rien dit.
Et puis, au fond, je crois qu'en fait je l'aime bien cette ménagère en colère.
Ce post est entièrement juste. On est là face à une énième tentative de trucage statistique pour berner la population. Plusieurs précisions à faire (à partir de ce document qui analyse le phénomène de l'inflation perçue).
www.credit-agricole.fr/ca...
- le problème est un problème de fluctuations de prix (certains montent fortement, d'autres baissent) et pas à "l'effet euro". désolé de m'autociter, mais voir "la maladie des coûts" sur econoclaste.
- Cette perspective tendance "panier de la ménagère" (on n'est plus dans les années 30...) a un côté agaçant car elle conduit à quitter la réalité économique pour sombrer soit dans le populisme le plus débile (oui madame michu, le lecteur dvd que vous avez acheté l'année dernière a vu son prix divisé par 10, mais on ne va pas en parler et ne penser qu'à l'essence du solex qui elle monte) soit dans le mépris des gens (sont bêtes les ménagères. Il serait bon que la réflexion sur l'indice des prix fasse abstraction de ces considérations.
- ce qui veut dire que l'indice des prix n'a pas à être un instrument pour favoriser la "confiance". Dans les années 50 pour cacher l'inflation on avait choisi le filet de lotte (dont le prix ne bougeait jamais) pour représenter le poisson dans l'indice des prix; dans les années 70 la CGT avait fait son propre indice des prix pour exiger des hausses de salaires plus fortes avec l'indexation. La manipulation politique des chiffres, c'est du soviétisme, pas de l'économie. L'indice des prix (avec tous les défauts inhérents au calcul) doit refléter une réalité le plus fidèlement possible.
- Dans les récriminations autour du pouvoir d'achat, un élément est négligé : la fiscalité, qui augmente pour l'essentiel des gens. Mais ça, ça n'est pas dans l'indice des prix. Il y a une quinzaine d'années, on a même sorti le tabac (pourtant un poste de dépense considérable, surtout pour les ménages modestes) de l'indice pour des raisons purement politiciennes : résultat, le gouvernement a organisé lui-même le décalage inflation perçue-réelle.
- Breton est un pitre démagogue : pas étonnant que Chirac l'aime tant.
Je souhaite apporter mon soutien à la ménagère, pour lui confirmer que son sentiment ne relève pas simplement de la psychologie. Sa disposition à payer n'appartient qu'à elle en quelque sorte.
Et j'amène mon soutien à Alexandre, car la maldie des coûts va exactement dans le sens de ce que je dis au dessus. J'ajoute que la fiscalité et sa hausse y sont directement liées. Peut-être est-ce là que la ménagère affabule un peu, mais encore faudrait-il lui dire les choses telles qu'elles sont.
Enfin, la ménagère n'a pas torDT de négliger la baisse du prix du lecteur de DVD. Ca fait des années qu'on lui dit que si son mari perd son boulot, c'est pour payer pas cher ces trucs là. L'effet est donc neutre de son point de vue. D'un point de vue normatif, elle n'a pas forcément à rougir de cette posture. Enfin, moi j'dis ça...
Gredin ! Dès qu'une ménagère de moins de 30 ans est en difficulté, te revoilà pour lui porter secours ! Sur la défense des retraitées, on t'entend moins :-). Mais si sa disposition à payer n'appartient qu'à elle-même, pourquoi veut-elle l'imposer à l'INSEE ?
Alexandre : j'ignorais le coup du filet de lotte, mais je le note. Remarquez, ça vaut bien l'indice "Big-Mac"sa disposition à payer, c'est pas à l'insee qu'elle l'impose coco, c'est à son comportement de consommation et d'épargne. Et le breton, y voudrait bien trouver un truc pas cher pour lui ouvrir le sac à main. Ben ouai, un ministre des finances qui fait un peu de politique, c'est dingue, non ?
allez ciao
Objet : indice INSEE hausse des dépenses et des salaires
Bonjour,
On fait dire tout ce qu'on veut à l'évolution de notre pouvoir d'achat.
Ainsi doit t'on se méfier du contenu et des pondérations des indices des prix généraux affichés sur le site de l'INSEE. L'exemple le plus flagrant je pense reste la part du loyer dans les dépenses d'un foyer : 10.4%.
Dites moi quels sont ses gens qui ont la chance de dépenser si peu de leurs revenus pour se loger ?
Pour se faire une idée plus juste de l'évolution des prix, mieux vaut prendre un exemple représentatif de la réalité :
Soit un salarié qui gagne actuellement 1400€ net/mois.
Aujourd'hui nombreux sont ceux qui voudrait gagner tant...
Voici détaillées ses dépenses mensuelles :
- loyer : 450€, il l'occupe depuis peu, avouez qu'aujourd'hui il a eu de la chance de trouver un loyer à ce prix là... il aimerait investir mais il a déjà l'impression de s'y être pris trop tard...
- produits alimentaires et boissons non alcoolisées : 350€ (qui inclus également les petits produits de consommation courante tels lessive, produits d'entretient... qui ont subis les mêmes augmentations), il sait qu'il pourrait faire ici quelques économies, mais il déprimerait à manger chaque jour des pâtes ou des patates...
- gazole : 85€, calculés sur la base de 18000 km/an, s'il partait moins en vacances il ferait là aussi quelques économies,
- fioul domestique : 45€, il chauffe pas trop pour pas amputer le budget,
- eau et ordure ménagères : 45€
- électricité : 40€
- habillement : 40€, il achète neuf mais pas cher...
Voici qui nous fait un total de 1055€.
Ces dépenses vous semblent-elles réalistes ?
Alors sachez que si en janvier 96 elles représentaient 56% de son salaire, elles comptent aujourd'hui pour 75%...
Encore que j'ai cru (pour me simplifier la tâche) à l'indice INSEE des produits alimentaires, alors que s'il est largement pondéré de pâtes, de patates et de pain, il prend peut-être très mal en compte les habitudes des consommateurs...
Bien-sûr ce ne sont pas ses seules dépenses, il y a aussi :
- ses impôts sur le revenus, 100€ s'il est célibataire, 0 s'il est marié ou pacser avec une personne sans revenu, ce serait bien mais ils devraient consommer plus de pâtes, il vaudrait quand même mieux qu'elle travaille aussi...
- ses assurances auto et habitation : 70€,
- l'entretient de sa voiture (2 pneus/an+courroie de distribution/8 ans+entretient courant) : 30€,
- téléphone : 40€,
- cinéma : 16€ (2 places 1 fois ou 1 place 2 fois),
- bière : 10€ (une bière par semaine, c'est son bonheur...),
- apéro : 9€ (il reçoit de temps en temps),
soit 275€ que j'ajoute et il reste 70€/mois, de quoi se payer une payer une voiture d'occasion dans une dizaine d'année (pourvu que la sienne tienne jusque là...).
Ces dernières dépenses ne figurent pas toutes sur le site INSEE, elles restent de toutes façons négligeables vis à vis des autres 1055€, puis je ne pense pas que ce soient la baisse de celles-ci qui mène à l'augmentation dans les prochaines années du pouvoir d'achat de notre employé.
Inutile je crois d'entrer dans le moindre détail, ce qui est intéressant c'est d'observer l'évolution des premières dépenses vis à vis de la hausse générale des salaires.
J'espère que nous réussirons à faire en sorte pour que ça change, pour nous et pour nos enfants !
Vos critiques méprisantes sur la pauvre ménagère, qui contrairement à beaucoup de gens fait son marché tous les jours et peut donc suivre l'évolution des prix, passeraient encore si l'Insee disposait d'un panier fiable.
Or on peut avoir des doutes : ces dernières années les prix des denrées alimentaires, du logement, de l'énergie, du tabac ... ont connu une progression très sensible, et pourtant l'Insee ne voit rien et continue de nous pondre un indice miraculeusement scotché aux 2% de la BCE. Mais quand on analyse de plus près les pondérations rien d'étonnant : le poste logement+charges est resté miraculeusement à 13.4% du budget (soit pour un ménage gagnant environ 2000€, une dépense mensuelle inférieure à 300€!!, bonne blague!!) ; le tabac, les dernières augmentations risquent de marquer mal au niveau de l'indice?, allez hop on le vire ; quant à l'essence là encore il est manifestement sous-évalué si on considère le poste des transports ...
Avant de défendre aussi "naïvement" l'Insee, il faudrait peut-être voir pourquoi l'Etat a tout intérêt à conserver un indice faible. C'est qu'en plus de devoir respecter les normes de la BCE, l'indice des prix sert de référence aux réévaluations de nombreuses prestations (retraites, minima sociaux ...), aucun intérêt donc à le voir trop augmenter et refléter la réalité ...
J'ai un emploi stable et un salaire qui augmente bon an mal an plus que l'inflation annuelle (Insee).
J'ai emprunté en 1990 à taux fixe.
En 1990 je vivais simplement comme aujourd'hui et pourtant ces dernières années je vois fondre peu à peu mes économies. Fort heureusement bientôt certains prêts vont se terminer et je vais à nouveau retrouver de la marge.
Le prix de l'immobilier a fortement grimpé ces dernières années et je ne me vois pas devenir propriètaire en 2005 sinon à rallonger fortement la durée des prêts pour y arriver.
L'insee dit 1€ en 1990 vaut 1.3€ en 2005 soit à la louche 30% d'inflation.
Ma maison achetée en 1990 110000€ vaut actuellement au prix du marché 240000€; avec le calcul Insee inflation 110000x1.3= 143000€ soit une plus value virtuelle de 97000€.
Le consommateur actuel doit donc mettre sur la table beaucoup plus d'argent aujourd'hui pour pouvoir se loger !!!
C'est comme cela que l'on voit aujoud'hui des gens emprunter sur 25/30 ans et même 35, alors qu'en 1990 la règle était de 15/20ans.
Il faut ajouter à cela que les produits manufacturés sont globalement moins fiables, la qualité diminue. Et le prix des services a flamber, mieux vaut se faire les choses soit même à tous points de vue.
Et j'en passe.
Simples observations de la vie courante et du portif qui se vide plus qu'avant sans que l'on comprenne vraiment où !?
Bye
@ Belgo. : "(et moi je suis un bel illettré, merci à mes relecteurs de me le faire remarquer)"
L'illetritude semble plutôt une norme et un rite de passage sur ce BLOG (auquel je sacrifie).
Je lis dans le commentaire de bernard 1 :
"Meme la BCE, peu enclinte aux speculations intellectuelles, a fini par s'en apercevoir."
enclinte enclinte... Vous me copierez 100 * encliNE.
Bravo pour les Captcha antispam... ils sont de vous ?
Parce que "Quel est le prénom de Walt Disney ?" , j'aime bien