Et dire qu'ils sont keynésiens ! Chapitre 1
Par Antoine B. le jeudi 17 mars 2005, 00:09 - Lien permanent
Par Antoine Belgodere
Voici le premier de 2 billets (pas forcément consécutifs) consacrés à des théories du chômage formulées par des nouveaux keynésiens. Ce qui m'amuse dans ces théories, c'est que chacune contient un petit quelque chose de surprenant de la part de keynésiens, en tout cas si on s'en tient à une vision caricaturale de l'héritage de Keynes ("pour faire baisser le chômage, il faut augmenter les salaires et la dépense publique pour que les gens consomment plus..."). La première de ces théories, c'est la théorie du "salaire d'efficience". Plusieurs auteurs en ont donné des versions différentes. La version présentée ici est assez proche de celle de Shapiro et Stiglitz, mais je vous la sers dans une version light, peu formelle, et donc un peu librement adaptée. Les puristes rectifieront en commentaires. (lire la suite)
Tout part d'une idée simple : dans une entreprise, il est très difficile d'observer la productivité d'un travailleur isolé. Les gens qui ont lu ce livre (ou qui, comme moi, se sont contentés d'entendre son auteur à la télévision) en savent quelque chose. Il n'est pas très difficile, dans un certain nombre de services, de faire illusion. Or, sauf à être passionné par son emploi, un individu préfère généralement être payé à ne rien faire plutôt qu'à faire quelque chose. Mais s'il ne dispose pas d'une information parfaite sur ce qu'il se passe dans sa boîte, un chef d'entreprise peut néanmoins effectuer des contrôles. Il dispose d'un moyen de pression : s'il attrape un salarié à tirer au flan, il peut le renvoyer. Cette menace est-elle suffisante pour inciter à travailler ? Ca dépend. Si je me fais renvoyer, qu'est-ce que je perds ? Mon salaire, certes, mais pas définitivement. J'ai quand même une certaine probabilité de retrouver un emploi au bout d'un certain temps. Et puis perdre mon salaire, c'est plus ou moins grave selon la hauteur de mon salaire.
Donc, toutes choses égales par ailleurs, je suis d'autant plus incité à travailler que mon salaire est important, et que j'ai de faibles probabilités de retrouver un emploi si je suis renvoyé. Dans ces conditions, quel salaire l'employeur doit-il proposer ? Puisqu'il existe un niveau de salaire en deçà duquel ses salariés ont intérêt à tirer au flan, il a intérêt à ne pas proposer moins que ce salaire. On comprend bien qu'il n'a pas non plus intérêt à payer plus. Ce salaire minimum à partir duquel les salariés sont incités à travailler est une fonction décroissante du chômage. Plus il y a de chômage, plus il est difficile de retrouver un emploi en cas de licenciement, et donc plus on est incité à vouloir conserver un salaire même faible.
Ici, le sens de la relation est dans le sens : chômage => salaire. Dans ce graphique, la variable expliquée est le salaire, et la variable explicative est le taux de chômage.
C'est bien beau, mais on oublie là une dimension importante du problème : les entreprises ont pour objectif de faire du profit. De façon très classique, la demande de travail est une fonction décroissante du taux de salaire. Elles sont d'autant plus incitées à embaucher que le salaire est faible. De même qu'elles n'ont pas intérêt à payer leurs salariés en deçà du salaire pour lequel ils sont incités à travailler, elles n'ont pas non plus intérêt à les payer au-delà de leur productivité marginale. On retrouve là une relation plus familière salaire=>chômage. Cette fois-ci, le sens de la relation s'est inversé, de même que son signe. Plus le salaire est important, plus il y a de chômage.
L'équilibre du modèle se situe à l'intersection de ces deux courbes. Ce point représente le seul couple (chômage-salaire) compatible simultanément avec l'incitation à travailler pour les salariés et la maximisation du profit des firmes.
Si le chômage était inférieur au chômage d'équilibre, le salaire ne serait pas assez important pour inciter les salariés à travailler. Donc, les employeurs l'augmenteraient pour développer cette incitation. Ce qui augmenterait le coût du travail, donc le chômage. Par tâtonnements, on en reviendrait à l'équilibre.
Ce qui est amusant, dans ce modèle, c'est que le chômage, in fine, s'explique parce que les salariés sont trop payés. Une amélioration de l'information détenue par les employeurs conduirait à un chômage d'équilibre plus faible, mais également à un salaire d'équilibre plus faible (la première courbe serait déplacée vers le bas). C'est une conclusion assez inattendue, pour des Keynésiens !
A.B.


Commentaires
Meuh, le chômage à cause des salaires trop élevés, c'est on ne peut plus keynesien. En théorie, l'employeur pourrait offrir un salaire moins élevé, correspondant mieux au tirage au flanc effectif. Si on tient compte du coût d'embauche et de licenciement, c'est une solution plus optimale. Il ne le fait pas du fait de la rigidité à la baisse des salaires, qui oblige à l'ajustement par lourdage.
"Meuh, le chômage à cause des salaires trop élevés, c'est on ne peut plus keynesien"
Ben, oui. C'est un peu le sens de ce billet :-) Je dis que c'est inattendu de la part de keynesiens parce que le "keynesianisme vulgaire" (dixit je sais plus qui) a tendance à véhiculer l'idée contraire. Mais dans le prochain modèle nouveau keynésien que je vais présenter, c'est effectivement le contraire : le sous-emploi vient des salaires trop faibles. (je sais que vous voyez déjà de quoi il s'agit, mais SVP ménagez le suspens !)
"Meuh, le chômage à cause des salaires trop élevés, c'est on ne peut plus keynesien"
Oui, parce que Keynes, sur la question du chômage, ne se distingue pas énormément des classiques. Si ce n'est sur un point : la possibilité d'une baisse des salaires réels dans un contexte de déflation.
J'ajoute, pour ne pas rester sur une formulation maladroite, que Keynes ne pense pas possible la baisse des salaires réels dans un contexte déflationniste. (c'est donc une impossibilité...)
bonjour mr
je suis un jeune étudiant en economie internationale,je desire avoir des informations concernant un sujet d'exposé:pvd et chomage avecun cas pratique.
merci