En attendant que vous vous bougiez le train, bande de feignasses...
Par Antoine B. le samedi 12 mars 2005, 15:35 - Lien permanent
Par Antoine Belgodere
...écoutez bien la leçon des professeur Richard Posner et Thomas J. Philipson. Les éminents économistes de Chicago vous expliquent la différence entre poids idéal et poids optimal. Si vous êtes rétif au langage barbare de la microéconomie, ce post vous propose une interprétation non formelle de leur article. (lire la suite)
On a pris plus ou moins l'habitude, en microéconomie, de réfléchir sur la base de fonctions d'utilités insatiables. Dit de manière très simple, on fait généralement l'hypothèse que plus a de choses à consommer, mieux on se porte. Cette hypothèse n'est évidemment pas valable pour le poids. On ne peut pas dire que plus on a de poids, plus est heureux. On ne peut pas dire non plus que moins on a de poids, plus on est heureux. On peut légitimement penser qu'il y a un point d'inflexion. Pour un poids très faible, la dérivée de l'utilité par rapport au poids est positive. Cela signifie que quand on est très maigre, on est heureux de grossir un peu. Inversement, quand on a un poids très élevé, on est heureux de maigrir, donc la dérivée de l'utilité par rapport au poids est négative. Le point d'inflexion, c'est le poids pour lequel la dérivée est nulle. Pour ce poids spécifique, on est malheureux de grossir et malheureux de maigrir. C'est le poids idéal. Notez qu'il ne s'agit pas du poids idéal "objectif" tel que défini par les médecins, mais d'un poids idéal "subjectif", tel que ressenti par l'individu concerné. Ce poids idéal "subjectif" ne tient pas compte uniquement des questions médicales, mais également de la séduction, de la confiance en soit, de la volonté de prouver qu'on est riche (dans les sociétés pauvres où chacun ne mange pas à sa faim), etc.
Mais ce raisonnement a un problème : il néglige les questions d'arbitrage qui se posent à nous tous. Rien n'est gratuit, et le temps est limité à 24 heures par jour. Notre utilité, naturellement, ne dépend pas uniquement de notre poids, mais également : de notre alimentation, du reste de notre consommation et de notre loisir. Notre poids lui-même dépend des calories que l'on ingurgite, de l'exercice que l'on fait pendant le travail, et de l'exercice que l'on fait pendant nos loisirs. Nous devons répartir notre temps de manière optimale entre travail, loisirs sportifs et loisirs non sportifs. Et l'argent qu'on gagne en travaillant, on doit le répartir de manière optimale entre la nourriture et les autres types de consommation.
Dans ces conditions, il est fort possible que le poids choisi à l'optimum ne corresponde pas au poids idéal. Quelqu'un qui est à son poids optimal peut très bien accepter de s'en éloigner, si sa perte d'utilité liée au poids est plus que compensée par le gain d'utilité lié à d'autres consommations permises par ce renoncement au poids idéal. Exemples :
Quelqu'un qui est très pauvre a de bonnes raisons (hélas) d'échanger quelques calories contre de quoi se loger, se chauffer, se soigner, etc. Si le revenu de cet individu augmente, ou si le prix de l'alimentation, il va pouvoir rapprocher son poids optimal de son poids idéal.
Quelqu'un qui vit dans un pays riche est confronté à d'autres arbitrages. Le prix de la nourriture étant faible, il est incité à troquer sa sveltesse contre des plaisirs gustatifs. La technologie dans les pays riches étant moins intensive en activité physique, il va brûler moins de calories en travaillant. Mais son salaire horaire étant élevé, il se peut qu'il souhaite troquer une partie de son revenu contre du temps libre. Mais l'effet de ce troc est indéterminé, car on ne sait pas s'il va utiliser ce temps libre pour faire du sport ou non. Là encore, tout est question d'arbitrage : si je vais faire du jogging pendant une heure, je me prive d'une heure de belote ou de télévision. Posner et Philipson mettent sur le compte de la grande diversité des programmes télé aux Etats Unis, qui répond aux attentes du téléspectateur, la plus forte propension des européens à faire de l'exercice. C'est un argument un peu difficile à admettre d'ici, mais notre sportivité serait due au fait que le coût d'oportunité du sport est moins grande chez nous, car notre télévision répond moins à nos attentes (je vous avais prévenu, ce sont des économistes de Chicago !).
D'après les auteurs, la demande de finesse est une fonction croissante du revenu. Si c'est vrai, on devrait s'attendre à voir baisser la courbe du surpoids, à mesure que le PIB s'accroît. On peut également miser sur le développement des technologies permettant de faire du sport... tout en regardant la télé.
Petite remarque : il serait intéressant de voir comment évolue l'obésité dans les mois à venir en France dans les premières régions concernées par la télévision numérique terrestre, par rapport aux autres. Comme celle-ci ne sera pas implantée sur tout le territoire en même temps, on devrait pouvoir disposer de 2 échantillons différents.
Conclusion sans surprise des auteurs : s'il faut réduire l'obésité, le marché s'en chargera ! (je vous ai déjà dit qu'ils étaient de Chicago ?)
A.B.


Commentaires
Quelle horreur, cet article!
Hélas, il se fait tard et demain tôt je pars en vacances. Je ne peux donc pas prendre le temps de déconstruire l'article pour mieux le démolir. Toutefois, quelques idées et critiques en vrac:
1) "In a postindustrial and redistributive society, such as that of the United States today,"
Mouhahahaha ! Laissez-moi rire ! Désolé, mais on reconnais bien là le ridicule fantasme "Chicagoien" du Welfare américain comme pays de cocagne pour glandus. C'est mal parti ...
2) Il part évidemment du point de vue rationnel et informé. L'obésité comme signe de mal-être, ou comme protection symbolique contre un environnement ultra-agressif (c'est les US qd même), ou tout simplement par ignorance (interroge un peu un pauvre noir sur la diététique, c'est édifiant), il ne connait pas. Passons.
3) Il y a un détail empirique qui me chifonne: ce sont plutôt les pauvres qui sont obèses aux US, et aussi eux qui font les travaux manuels. Evidemment, il peut répondre qu'ils seraient *encore* plus gros s'ils faisaient un travail non physique, mais son explication perd quand même de sa pertinence.
4) Encore un détail: il dit que les avancées en matière de soins de santé baissent le "prix" de l'obésité payé en perte de durée de vie. Mais les pauvres sont justement ceux qui n'ont *pas* accès à ces soins, et ce sont eux qui sont majoritairement obèses. Ils ne peuvent donc pas faire ce calcul. Donc l'argument est complètement bidon.
5) "The food-stamp program, for example, may raise the incidence of obesity among lower-income persons"
Un minimum de data pour voir si cette correlation existe vraiment, serait-ce trop demander ? De plus, si vraiment il cherche à montrer que l'Etat et son interventionnisme fausse le "marché" pour l'obésité, pourquoi ne pas accuser les subventions pour l'agri-business ? Serait-ce (c'est juste une idée, hein) parce que ce serait critiquer un des lobbys de Bush (voir le Farm-bill de ca. 2002), et que c'est tellement plus facile et convenu de taper sur le Welfare ?
6) Une critique sur le modèle en soi : il ne travaille qu'avec des calories. Or il y a calorie et calorie. La nouriture de qualité coûte *très* cher aux US, et en achat et en temps de préparation. Il est bien moins cher, à quantité de calories égale, de se nourrir en junk-food et plat préparés. Un élément d'arbitrage "mauvaises" vs. "bonnes" calories est amha un très grand manque (au point d'invalider ses conclusions, mais voilà, j'ai pas le temps pour vraiment développer ce point qui demande de la réflexion, voire d'écrire le modèle moi-même).
7) Tout ceci me donne l'impression que l'article est plus politique qu'économique, i.e. on part d'un point de vue politique ("montrons que l'obésité aux US est librement choisie et qu'on ne peut donc pas la critiquer") et on cherche ensuite le modèle et les hypothèses qui pouront servir à cet effet. Il n'y a d'ailleurs absolument pas d'étude économétrique. Il ne fait qu'affirmer péremptoirement ses conclusions sur la base d'un modèle très simpliste *dont il n'a jamais justifié les hypothèses*. Et qu'on ne me sorte pas Friedman et son billard. Car les conclusions sont elles aussi vérifiées nulles part, sauf de façon "PMU" (i.e. les conlusions sont en accord avec les idées reçues qu'on a généralement sur l'obésité).
Dommage que je n'ai pas plus de temps ...
LSR
Je savais que ça te plairait ;-) Là où tu as raison, c'est sur le problème de l'information et/ou la rationalité. Il parait évident qu'il y a un phénomène d'addiction à la nourriture qui n'est pas pris en compte par l'article, et qui change tout.
Beuh ?
J'ai tort sur tout le reste ;-((( ???
LSR
C'est pas ça, mais il suffit que tu ais raison sur ce point pour que le reste ait nettement moins d'importance. Pour le 7) notamment, ça rejoint mes allusions sur le caractère très "chicagoïen" de la démarche.
Bonnes vacances, ramène-nous des photos !