Le pire ne serait même pas certain
Par Antoine B. le vendredi 11 mars 2005, 02:13 - Lien permanent
La grande idée à la mode, c'est la nomination de Bono de U2 à la tête de la Banque Mondiale.
Vues les prouesses réalisées par l'institution depuis sa création (racontées de l'intérieur par William Easterly), on peut penser qu'il pourrait bien ne pas faire pire. Sa grande idée était l'annulation de la dette des pays du ties monde. Il voulait appeler ça le "jubilé", pour marquer le fait que ce n'était qu'une seule fois, et qu'on ne l'annulerait ensuite plus jamais (pour ne pas inciter les états à attendre la prochaine). Un argument moralement défendable est le suivant : on a prêté, par négligence, à des tyrans qui se sont servi de l'argent pour se construire des palais et financer des milices, il y a peu de raisons de demander aux contribuables pauvres des PVD de payer pour ça.
Vues les prouesses réalisées par l'institution depuis sa création (racontées de l'intérieur par William Easterly), on peut penser qu'il pourrait bien ne pas faire pire. Sa grande idée était l'annulation de la dette des pays du ties monde. Il voulait appeler ça le "jubilé", pour marquer le fait que ce n'était qu'une seule fois, et qu'on ne l'annulerait ensuite plus jamais (pour ne pas inciter les états à attendre la prochaine). Un argument moralement défendable est le suivant : on a prêté, par négligence, à des tyrans qui se sont servi de l'argent pour se construire des palais et financer des milices, il y a peu de raisons de demander aux contribuables pauvres des PVD de payer pour ça.


Commentaires
Poussons la logique jusqu'au bout: les seuls pays à qui on n'annulerait pas la dette sont ceux qui ne l'ont *pas* gaspillée ??? C'est un peu injuste, non ? Qui de ceux qui ont été rigoureux dans leurs remboursements ?
Et puis il y a qd même un pb de crédibilité. Je vais me faire l'avocat du diable. Les PVD sauront que s'ils gèrent mal leur prêts, il y aura toujours un argument moral en leur faveur pour ne pas faire les faire payer, puisqu'ils sont déjà si pauvres. Donc ils peuvent y aller gaiement avec leurs dépenses. Si ça marche, ils deviennent plus riches, si ça ne marche pas, c'est pour la poire des occidentaux.
Ce qui pose la question: après ce "jubilée", peut-on/faut-il encore prêter à des pvd mal gérés (ce qui est souvent le cas ...) ?
Et si non, que faire ? Des dons ? Peu de chance qu'un don soit mieux investi qu'un prêt pour lequel on est responsable. Ou alors il faut une Banque Mondiale paternaliste qui vérifie et gère de façon détaillée où vont ces dons. Pas très souhaitable non plus, amha.
En clair, je vois l'intérêt court-terme et l'argument moral en faveur de cette annulation, mais je ne vois pas comment échapper à la conclusion "et démerdez-vous tout seul maintenant!", qui ne me satisfait pas du tout.
LSR
Je suis en gros très d'accord avec ce que tu dis. J'y ajoute quand même deux nuances : 1) quid de la responsabilité des chefs d'état ? En cas d'abus flagrant dans la gestion des fonds prêtés, on pourrait bien considérer que les chefs d'état en question deviennent débiteurs à la place de leur pays. Là, en terme de responsabilité, ce serait bien plus efficace. 2) Quid de la responsabilité des prêteurs ? Moi, je suis agriculteur au Zaire. Parce qu'un membre écervelé de la BM à fait un prêt inconsidéré sans rien vérifier au président de mon pays, et que ce dernier n'en a rien fait, on va venir me prélever des impôts pour rembourser l'institution en question. Pourtant, qu'est ce qui relève là dedans de ma responsabilité ?
J'ai vu avancer (dans la revue du FMI il me semble) l'idée selon laquelle il faudrait créer une sorte de "tribunal arbitral international" qui décide lors de changement de régime si les dettes de l'ancien régime sont des "dettes odieuses" que le nouveau régime n'a pas à payer. L'objectif de la mesure serait d'obliger les prêteurs à faire preuve de discernement : tout prêt à un tyran kleptocrate risque, à terme, de faire l'objet d'une annulation sans contrepartie. De quoi faire réflechir.
Sauf que si les prêts aux tyrans kleptocrates ne sont plus remboursés, ça va pas être bon pour les finances du ministère français de la coopération...
L'idéal serait d'aller plus loin: faire passer la dette, dans ces cas là, du passif de l'état au passif personnel du kleptocrate en question. En pratique, si celui-ci ne rembourse pas, c'est pareil, mais on garderait la possibilité de le poursuivre, au moins théoriquement.
Excellente idée Antoine ! Seulement, pourquoi n'est-ce pas déjà fait ? certains grandes sociétés profiteraient-elles également un peu de la corruption de PVD ?
En outre, pour détourner les aides publiques, il faut un certain doigté que les tyrans divers et variés ne possèdent pas toujours. Se feraient-ils aider par quelques banquiers occidentaux peu scrupuleux ? les paradis fiscaux que les élites économiques ne veulent pas voir disparaitre et dans lesquels se retrouvent pêle-mêle fonds de despotes détournés, argent sale mafieux et pots-de-vin politico-économique, auraient-ils un rôle dans toute cette vaste (et néanmois dramatique) bouffonnerie ?
Je ne suis pas sur que le terme "doigté" soit vraiment approprié pour désigner l'action des milices de certains chefs d'état. A part ça, s'il y a des corrompus/racketteurs, c'est qu'il y a des corrupteurs/rackettés. Je ne sais pas ce que permet le droit international, en théorie et en pratique, pour attaquer des chefs d'état détournant à leur profit les fonds de la Banque Mondiale.
Dans les textes, le Droit international prévoit probablement beaucoup. Dans les faits, les élites bancaires mondiales resistent plus que bien. Ainsi, dans les faits, les précédents historiques de tyrans poursuivis se sont soldés par au mieux entre 0 et 10 % de fonds récupérés (ex. Marcos et autres). Le solde de tout compte restant bien au frais dans les coffres des gentils banquiers occidentaux et toujours à disposition de leurs gentils clients fortunés !
Tant que les grandes capitaines capitalistes mélangeront leurs fortunes dans les mêmes établissements discrets que les mafieux, voleurs, despotes etc ..., ça m'étonnerait quelque peu que les choses changent. Sauf à un susrsaut des Politiques ? encore faudrait-il qu'ils n'en croquent pas (même si c'est pour le bien de leur parti !).