Houuuuuuu ! Le vilain raisonnement, monsieur Marseille...
Par Antoine B. le mardi 8 mars 2005, 00:20 - Lien permanent
Par Antoine Belgodere
Sur France 2, à l'instant, Jacques Marseille, économiste de formation, mais qui doit avoir oublié ses cours, a fait une belle bourde que personne, comme d'habitude, n'a relevée. En particulier, même pas Bernard Maris qui, pourtant, le déteste copieusement. JM a dit qu'il ne fallait pas s'intéresser au montant absolu du profit de total, mais qu'il fallait le rapporter au... chiffre d'affaire de total. On obtiendrait ainsi seulement 10%, ce qui est peut. C'est bien beau, mais ça ne veut rien dire ! (lire la suite)
Imaginons les résultats de la filière bois d'un pays fictif. Dans un premier temps, les 3 entreprises de la filière (la coupe, la scierie et l'assemblage) sont indépendantes juridiquement.
L'entreprise de coupe n'a pas de consommation intermédiaire, elle vend ses arbres à la scierie pour 100 euros. Donc Chiffre d'affaire : 100 euros, Valeur ajoutée : 100 euros, Bénéfice : 5 euros, salaires : 95 euros. Ratio "Marseille" 5/100 = 5%
La scierie achète, donc, le bois pour 100. Elle vend ses planches à l'usine d'assemblage pour 200 euros. Chiffre d'affaire : 200, valeur ajoutée : 100, Salaire : 95, profit : 5. Ratio "Marseille" : 5/200 = 2,5%
L'usine achète les planches, donc, pour 200 euros, et vend ses tables pour 500 euros. Chiffre d'affaire : 500, valeur ajoutée : 300, salaires 200, profit 100. Ratio "Marseille" : 100/500 = 20%.
Dans un second temps, strictement rien ne change au plan économique, mais, juridiquement, les 3 entreprises fusionnent.
Consommation intermédiaire : 0 (puisque tout est en interne), chiffre d'affaire 500, valeur ajoutée 500, salaires : 390, profits : 110, ratio "Marseille" : 110/500 = 22%
Et oui ! ça n'est même pas la moyenne des taux précédents. Cet exemple illustre le fait que le chiffre d'affaire n'est pas une base pertinente pour estimer l'importance du profit, car le chiffre d'affaire dépend du niveau d'intégration vertical de la filière. Quand la filière était peu intégrée, la somme des chiffres d'affaires était 100+200+500 = 800. Mais ce 800 ne représente rien, car le chiffre d'affaire des firmes en amont sont les consommations intermédiaires des firmes en aval. C'est pour ça qu'on a inventé la valeur ajoutée. Quand la filière s'intègre, la somme des chiffres d'affaire diminue mécaniquement.
Ce qui compte, ce n'est pas le rapport du profit au chiffre d'affaire, mais le rapport du profit aux fonds propres, ou celui de l'EBE au capital utilisé.
A.B.

Commentaires
Ce qui a retenu mon attention : Après que l'évolution du partage de la valeur ajoutée ait été assimilé à l'évolution du pouvoir d'achat des salariés par l'élu présent sur le plateau, c'est Francis Mer qui a été le premier à réagir... alors que les deux professeurs d'économie ont entre temps eu la parole.
Exact ! Il est vrai qu'il y avait d'autres bourdes. Mais j'ai bondi sur celle-là, car Marseille est quand même prof d'éco. C'est un peu gros...
j'ai pas tout regarder, mais j'ai trouvé le passage sur les entreprises assez mal traité par les 2 economistes. Moi c'est l'histoire du rachat d'action assimilé à Gainsbourg qui brule de billets qui m'a choqué. Ca venait du 2eme economiste dont je n'ai pas retenu le nom.(enfin j'ai peut etre révé tellement ca me semble ...)
Binou : Bernard Maris en a sorti de belles également, dont celle-là.
je vous conseille de lire le dernier article de Bernard Maris dans Charlie Hebdo cettte semaine et vous verrez que la politiques des entreprises comme total par exemple consiste réellement à faire bruler leurs actifs pour faire grimper artificiellement la valeur de leurs actions ... eh oui l'économie est d'abord un joli tour de passe passe ... et ces multinationales savent exploiter à merveille leurs réserves de Cash Flow ... plutôt que de les utiliser en investissements productifs .. triste époque où l'on réclame davantage de flexibilité mais POURQUOI ET POUR QUI ?
Misticbibi : Et alors ? Depuis Modigliani Miller, on sait que distribuer des dividendes et racheter des actions sont deux moyens identiques de rémunérer les actionnaires. Je reconnais bien là le style inimitable de Marris, qui préfère faire dans le sensationnel, genre « regardez bien, l’économie est entre les mains de savants fous qui font des choses délirantes pour le plus grand profit de forces obscures », afin de susciter des questions façon théorie du complot, plutôt que d’essayer de livrer des analyses précises et éclairantes.
Est-il vraiment professeur d' economie?