Par Antoine belgodere

J'ai lu plusieurs fois, sous la plume d'Alexandre Delaigue d'éconoclaste, une critique de la tarification rigide d'EDF. Si le prix est le reflet de la rareté d'un bien et que cette rareté évolue, alors le prix en question doit évoluer également pour assurer une allocation optimale de la ressource. J'ai toujours considéré cet argument comme un exemple attrayant d'illustration des modèles de base en micro économie, mais je ne pouvais m'empêcher de penser que l'enjeu de ce débat n'était pas très important. Ce qui m'a fait changer d'avis, ce n'est pas un argument théorique, mais la pénurie "organisée" d'électricité qui touche la Corse depuis la semaine passée. Ne pouvant satisfaire une demande que l'hiver rigoureux a boostée, l'EDF organise des coupures tournantes, par secteur géographique. Alors que ces coupures dépassaient rarement 1 heure, ce qui est supportable, jusqu'à hier, je sors d'une coupure de 3 heures, dont j'avais fini par ne plus attendre la fin. Naturellement, face à la crise, les doléances sont unanimes : "Il faut plus de moyens". C'est peut-être vrai, mais j'en doute. La crise se produit de manière ponctuelle au cœur d'un hiver exceptionnel. Ce qu'il faut, c'est gérer cette excès temporaire de la demande sur les capacités d'offre. 

La technique des coupures arbitraires est bien pratique, mais elle est extrêmement frustrante : pendant les périodes sans coupures, on consomme de l'électricité y compris pour des choses sans grand intérêt (par vice, je règle volontairement les radiateurs électriques à bloc dans ces moments là, juste pour illustrer la bêtise du procédé). Pendant les coupures, des utilisations aussi importantes que se chauffer ou utiliser les ordinateurs au travail sont rendues impossibles. Si le prix de l'électricité augmentait pendant la crise, et si nos compteurs étaient assez intelligents pour être programmables et pour recevoir en direct l'information sur le prix du KWH, la gestion de la rareté serait autrement intelligente. Chacun ferait un effort, de manière égoïste, afin de payer moins, pour limiter les utilisations les moins utiles de l'électricité (notamment en baissant un peu le chauffage, en sortant les appareils à pétrole, en remettant les machines à laver à plus tard...).

Ce qui est le plus frustrant, c'est que personne (à part, donc, AD) n'évoque cette solution. Tout le monde estime évident qu'il faut plus de moyens. Rappelons-nous les sages conseils du vieil Hayek (petite provoc' libérale, désolé) : si l'information est éparpillée, rien de tel qu'un processus de décision décentralisé.

A.B.

PS :j'ai eu à peine le temps de poster ce billet, c'était reparti pour 1 heure de coupure. GRRRRR