Par Antoine Belgodere

Depuis hier, une réunion de l'OMC se tient au Kenya. Une procédure oppose le Brésil aux USA depuis 2003 concernant les subventions américaines aux producteurs de coton. L'illégalité de ces subventions à été confirmée hier en appel, ce qui est une bonne nouvelle. C'est plutôt une bonne décision. La bonne nouvelle, ça serait que les USA et l'UE décident enfin d'arrêter de subventionner leur agriculture. Ce serait une bonne nouvelle pour les nombreux agriculteurs des pays en voie de développement, qui seraient débarrassés d'une concurrence déloyale. Ce serait une bonne nouvelle pour les contribuables européens et américains qui seraient débarrassés d'une dépense publique inutile. Mais ce serait évidemment une mauvaise nouvelle pour les agriculteurs américains et européens. L'attitude des États des PVD est facile à comprendre : ils défendent leurs agriculteurs en demandant l'arrêt de ces subventions. Celle de l'UE et des USA pourrait être plus ambiguë : devraient-ils défendre leurs contribuables ou leurs agriculteurs ? 

L'économie et la politique donnent, à cette question, deux réponses différentes : selon les théories traditionnelles du commerce international (avantages comparatifs et HOS), qui sont appropriées pour étudier un secteur assez concurrentiel comme l'agriculture, les pays du nord seraient bien inspirés de produire un peu plus de biens industriels, pour lesquels ils payent un coût d'opportunité plus faible que les PVD, et les échanger contre des biens agricoles produits dans ces PVD. Ce qui impliquerait un arrêt des subventions, conformément aux requêtes des pays du sud. Mais la vie politique n'est pas aussi simple : les contribuables du nord ne seraient, individuellement, que modestement gagnants à cet arrêt des subventions, et il n'est pas sûr qu'ils en aient même conscience. Les agriculteurs, nettement moins nombreux, subiraient eux des pertes individuellement nettement plus importante, et ils le savent. Si bien qu'ils se mobilisent, à la différence des contribuables. Ce sont donc eux qui influent sur la politique agricole de leurs états.

Alors que la théorie économique suggère une entente mutuellement avantageuse entre les pays pour l'arrêt de ces subventions, la logique politique entraîne un désaccord entre eux. Un but non avoué de l'OMC est peut être de libérer les États de la pression de leurs lobbies, en leur fournissant un argument implacable : "c'est pas de ma faute, c'est l'OMC qui veut ça". Même si ce but ne traduit pas une haute confiance dans les vertus de la démocratie, espérons qu'il soit néanmoins atteint.

A.B.