John Kerry !

Source : cet article de William Nordhaus, publié sur le site de "The Economists' Voice", une revue en ligne dirigée par Jo' Stiglitz. 

Tout part d'un constat simple : l'histoire des élections présidentielles aux USA enseigne qu'un candidat qui est à la fois républicain et président sortant, et qui se présente quand la conjoncture économique se porte bien, a toutes les chances de l'emporter haut la main. Or, Bush ne l'a emporté qu'avec 3,2 points d'écart, ce qui est quand même assez peu. Nordhaus se réfère aux travaux de Ray Fair, (calembour), qui a construit un modèle tout simple, permettant de prévoir le résultat des présidentielles américaines en fonction du contexte politico-économique. Ce modèle donne, en général, de bons résultats. Mais cette fois-ci, le résultat de Bush est assez nettement en deçà du résultat prédit par le modèle, qui lui donnait 15,4 points d'avance. Évidemment, on peut se demander dans quelle mesure cet écart n'est pas lié à des variables oubliées, telles que la guerre ou le chômage, qui est peut être un meilleur indicateur de la conjoncture économique que la croissance. Mais, selon Nordhaus, d'autres modèles du même genre intègrent ces variables, et ne changent pas fondamentalement ce résultat d'un score prévu pour Bush  supérieur au score réel. 

Nordhaus va plus loin, en proposant une version désagrégée du modèle de Fair : cette fois, il tient compte non pas du score global de chaque candidat, mais de son score au sein d'une trentaine de groupes sociaux. Il propose deux variantes : la première explique le vote de chaque groupe uniquement sur la base du contexte politico-économique, la seconde ajoute à la première un trend temporel (qui me parait un peu contestable d'ailleurs). Alors que les chiffres montrent que les démocrates ont perdu des voix dans la plupart de ces groupes sociaux par rapport à 2000, le modèle montre qu'ils en ont perdu moins que ce qu'ils auraient dû, étant donné le contexte politico-économique. Ce résultat apparaît dans les deux variantes du modèle, bien qu'il soit plus fort dans la seconde.

Conclusion : étant donné un contexte ultra-favorable aux républicains, Kerry a fait bonne figure. Là où, en revanche, Nordhaus exagère un peu, c'est quand il prétend que les démocrates devraient prendre ce résultat comme un bon score, et non pas comme un échec qui devrait les conduire à redéfinir leur position sur l'échiquier politique. Il critique notamment les démocrates qui commencent à intégrer les valeurs et la religion dans leur discours. Sur le fond, il a certainement raison : les démocrates feraient mieux de s'affirmer dans leur culture que de singer leurs adversaires. Mais d'un point de vue électoral, Nordhaus semble oublier un point important : l'évolution démographique des groupes sociaux qu'il étudie. En particulier le groupe "va à la messe au moins une fois par semaine". Le score de Kerry dans ce groupe est certes supérieur à ce qui est prédit par le modèle, mais il est quand même nettement inférieur à celui de Bush. Si ce groupe prend de l'ampleur, démographiquement parlant, l'essentiel est quand même de savoir qui l'emporte, et pas si untel fait mieux ou moins bien que ce qui est prévu par le modèle.

A.B.