Est-il rationnel de passer pour un fou ? (2/2)
Par Antoine B. le dimanche 13 février 2005, 23:30 - Lien permanent
Par Antoine Belgodere
La suite
Vous connaissez le film Casino, de Martin Scorsese ? Il y a une scène à laquelle je pense souvent qui est une introduction parfaite à l'inférence statistique, dans laquelle, pour les spécialistes, De Niro accepte au seuil de risque a=1/(des milliards) l'hypothèse alternative H1 "mon responsable de la sécurité est un gros con". Mais c'est une autre scène qui nous intéresse pour tenter de comprendre l'attitude de Bush.
Peut-on vraiment imaginer que quelqu'un de normalement constitué puisse se moquer de la prison au point d'agir ainsi ? Difficilement. Par contre, de la part d'un fou, c'est tout à fait possible. Donc, si Pesci est un fou, son banquier à tout intérêt à lui donner l'argent qu'il demande, si bien qu'il n'aura pas à lui planter le stylo dans l'œil, et donc à passer 15 ans en prisons, etc. Mais donc, si un fou peut gagner de l'argent sans avoir à subir la prison, il n'est peut être pas si bête d'être fou ! Dans ce cas, l'attitude la plus rationnelle est peut être de convaincre l'autre joueur qu'on est un fou.
Prenons un autre exemple peut être plus frappant de l'intérêt qu'il y a à passer pour un fou. Un homme détient 10 otages dans une maison encerclée par la police. Il menace de les exécuter un par un s'il n'obtient pas une rançon. S'il est un tant soit peu intelligent, ça n'a pas de sens. Imaginez qu'il ait liquidé les 9 premiers. Il n'a aucun intérêt à tuer le dernier, car alors il se fera cueillir par la police, sans avoir de rançon, et avec un dixième meurtre à mettre à son passif. Donc, s'il a tué les 9 premiers, il a perdu. Donc, s'il a tué les 8 premiers, il n'a pas intérêt à tuer un 9ème, car sinon il se retrouve dans la situation précédemment décrite dans laquelle on a montré qu'il avait perdu. Si vous continuez comme ça, vous comprendrez qu'il n'a pas intérêt à tuer le premier.
Mais s'il est fou ? Si la police est intimement persuadée qu'il est mentalement incapable de se rendre compte de la stupidité de sa stratégie, alors le mieux, pour épargner la vie des otages, est peut être de céder à sa requête. Le problème, c'est qu'il lui est difficile de convaincre les policiers qu'il est fou. Ce qui est effrayant, dans l'histoire, c'est que la seule façon de se faire passer pour un fou est peut être de commencer effectivement à mettre la menace à exécution. Puisque c'est fou. Quoi de mieux que d'agir comme un fou pour passer pour un fou ?
Peut-on imaginer que l'administration Bush se situe dans cette logique ? Possible. C'est évidemment caricatural, mais pas impossible. Si c'était vrai, cela voudrait dire qu'il faudrait s'attendre à une grande agitation dans les années à venir. Pour faire penser qu'il est fou, Bush pourrait fort bien se livrer à des guerres à répétitions très coûteuses pour l'Amérique, dans le seul but de montrer qu'il s'en fiche. En fait, il y a une autre issue possible, c'est que les chefs d'état qui sont sur la liste noire de Bush anticipent ce comportement, et décident de se montrer conciliants. Ce qui serait évidemment l'issue la plus favorable. J'insiste sur le fait que je ne porte aucun jugement sur cette attitude, d'autant qu'encore une fois, je n'ai aucune compétence en matière de politique internationale. Je propose juste une grille de lecture sur l'aspect stratégique des choses, certes partielle, mais qui recèle peut-être une part de vérité.
A.B.


Commentaires
"j'appelle cela la stratégie du fou (...). Je veux que les Nord-Vietnamiens croient que j'en suis au point de faire n'importe quoi pour mettre fin à la guerre. Nous allons nous contenter de leur passer le mot : "mon Dieu, vous savez, Nixon est obsédé par le communisme. Impossible de le raisonner, et n'oubliez pas qu'il a le doigt sur le bouton nucléaire.". Dans les deux jours, Ho Chi Minh en personne sera à Paris pour quémander la paix".
Richard Nixon.
Je la connaissais pas, mais jouée par Joe Pesci, elle doit en jeter. Bon, j'ai pas dit non plus que c'était une stratégie infaillible. 'faudrait peut-être d'ailleurs le faire savoir...
Quand on livre une guerre, on a deux issues possibles: la victoire ou la défaite.
La statégie du fou reste t-elle crédible quelle que soit l'issue des guerres que l'on mène?
Pour être clair, si Bush perd la guerre en irak, ne devra t-il pas changer de stratégie?
Houlà ! Ca complique nos affaires là. Si tu introduis l'idée qu'il peut perdre une guerre, ça devient un jeu stochastique. Donc, est-ce que le fait de perdre une guerre modifie la perception qu'on a des probabilités de perdre la suivante ? En tout cas, s'il continue après avoir perdu une guerre, ça peut peut être renforcer aussi la probabilité perçue par l'adversaire qu'il est vraiment cinglé. Peut-on savoir lequel de ces effets l'emportera : s'il a perdu une guerre, c'est qu'il est affaibli, et donc la probabilité qu'il me batte est plus faible que prévu, mais d'un autre côté, s'il continue après sa défaite, c'est qu'il est vraiment fou, et la probabilité qu'il m'attaque est plus forte que prévu.
Vil Coyote:
Bonne question.
Je pense que ça modifie la nature du jeu. Si la Corée mets sa menace à excution le jeu est terminé et tout le monde à perdu par destruction mutuelle.
Donc à mon avis, faire la guerre est une menace crédible menacer d'utiliser l'arme nucléaire face à une autre puissance nucléaire pas vraiment.
Par contre, si la Corée du Nord menace simplement de faire la guerre alors la menace peut paraître crédible. Et on a deux équilibres possibles, la paix ou la guerre pertétuelle (stratégie oeil pour oeil).
P.S: la menace de guerre de la Corée du Nord est-elle vraiment crédible?