Joe Pesci, un caïd de la mafia, a confié une partie de ses économies à un banquier véreux qui a pignon sur rue (appelons-le Mike). Celui-ci a fait quelques placements risqués qui ont fait perdre un peu d'argent à Pesci. Ce dernier, remonté, convoque le banquier et, après quelques Salamaleks, lui tient, très calmement, à peu près le discours suivant (de mémoire) : "Vous connaissez mal mon boulot, Mike. Alors je vais vous expliquer un peu en quoi il consiste. Par exemple, demain matin, après avoir amené mon gosse à l'école, j'irai faire un peu de jogging du côté de votre banque. Et là, si vous ne me donnez pas mon fric, je vous planterai ce stylo entre les deux yeux. Puis si tout se passe bien, dans 15 ans, quand vous sortirez du coma, moi je sortirai de taule. Alors je viendrai vous retrouver pour vous re-planter ce stylo entre les deux yeux. C'est parce que je suis un con. J'en ai rien à foutre, moi, de la taule. La taule, c'est mon boulot".

Peut-on vraiment imaginer que quelqu'un de normalement constitué puisse se moquer de la prison au point d'agir ainsi ? Difficilement. Par contre, de la part d'un fou, c'est tout à fait possible. Donc, si Pesci est un fou, son banquier à tout intérêt à lui donner l'argent qu'il demande, si bien qu'il n'aura pas à lui planter le stylo dans l'œil, et donc à passer 15 ans en prisons, etc. Mais donc, si un fou peut gagner de l'argent sans avoir à subir la prison, il n'est peut être pas si bête d'être fou ! Dans ce cas, l'attitude la plus rationnelle est peut être de convaincre l'autre joueur qu'on est un fou.

Prenons un autre exemple peut être plus frappant de l'intérêt qu'il y a à passer pour un fou. Un homme détient 10 otages dans une maison encerclée par la police. Il menace de les exécuter un par un s'il n'obtient pas une rançon. S'il est un tant soit peu intelligent, ça n'a pas de sens. Imaginez qu'il ait liquidé les 9 premiers. Il n'a aucun intérêt à tuer le dernier, car alors il se fera cueillir par la police, sans avoir de rançon, et avec un dixième meurtre à mettre à son passif. Donc, s'il a tué les 9 premiers, il a perdu. Donc, s'il a tué les 8 premiers, il n'a pas intérêt à tuer un 9ème, car sinon il se retrouve dans la situation précédemment décrite dans laquelle on a montré qu'il avait perdu. Si vous continuez comme ça, vous comprendrez qu'il n'a pas intérêt à tuer le premier. 

Mais s'il est fou ? Si la police est intimement persuadée qu'il est mentalement incapable de se rendre compte de la stupidité de sa stratégie, alors le mieux, pour épargner la vie des otages, est peut être de céder à sa requête. Le problème, c'est qu'il lui est difficile de convaincre les policiers qu'il est fou. Ce qui est effrayant, dans l'histoire, c'est que la seule façon de se faire passer pour un fou est peut être de commencer effectivement à mettre la menace à exécution. Puisque c'est fou. Quoi de mieux que d'agir comme un fou pour passer pour un fou ?

Peut-on imaginer que l'administration Bush se situe dans cette logique ? Possible. C'est évidemment caricatural, mais pas impossible. Si c'était vrai, cela voudrait dire qu'il faudrait s'attendre à une grande agitation dans les années à venir. Pour faire penser qu'il est fou, Bush pourrait fort bien se livrer à des guerres à répétitions très coûteuses pour l'Amérique, dans le seul but de montrer qu'il s'en fiche. En fait, il y a une autre issue possible, c'est que les chefs d'état qui sont sur la liste noire de Bush anticipent ce comportement, et décident de se montrer conciliants. Ce qui serait évidemment l'issue la plus favorable. J'insiste sur le fait que je ne porte aucun jugement sur cette attitude, d'autant qu'encore une fois, je n'ai aucune compétence en matière de politique internationale. Je propose juste une grille de lecture sur l'aspect stratégique des choses, certes partielle, mais qui recèle peut-être une part de vérité.

A.B.