Réchauffement climatique et binarisation
Par Antoine B. le jeudi 10 février 2005, 01:02 - Lien permanent
Par Antoine Belgodere
Le discours public sur le réchauffement climatique est une bonne illustration des erreurs que l'on peut commettre lorsqu'on binarise un phénomène continu. Il semble que, dans l’inconscient collectif, le problème de la politique à mener contre l’effet de serre se présente comme une alternative entre les deux attitudes suivantes :
L’attitude B est, pour sa part, perçue comme une attitude altruiste, mais coûteuse. La vertu la recommande, mais il faut accepter des sacrifices en terme de confort, afin de permettre aux générations futures d’éviter ce drame écologique qu’est le réchauffement global.
Le discours public sur le réchauffement climatique est une bonne illustration des erreurs que l'on peut commettre lorsqu'on binarise un phénomène continu. Il semble que, dans l’inconscient collectif, le problème de la politique à mener contre l’effet de serre se présente comme une alternative entre les deux attitudes suivantes :
- A-Ne rien faire
- B-Agir
L’attitude B est, pour sa part, perçue comme une attitude altruiste, mais coûteuse. La vertu la recommande, mais il faut accepter des sacrifices en terme de confort, afin de permettre aux générations futures d’éviter ce drame écologique qu’est le réchauffement global.
Si le but de ce post était uniquement de dire que le bon choix est situé quelque part entre le A et le B, il aurait était d’une utilité assez limitée. Tout le monde sait bien, en effet, qu’une politique peut être plus ou moins active, qu’on peut faire un compromis entre notre confort actuel et l’état futur de la planète, et, au fond, la binarisation n’est qu’une simplification pour décrire un univers des possibles plus vaste.
Pourtant, je suis convaincu que cette vision polarisée des choses conduit à une mauvaise représentation du problème. Le problème principal vient de la difficulté qu’on a à admettre que, dans quasiment toutes les configurations, le réchauffement climatique aura lieu. Sauf à miser sur un phénomène physique inattendu, comme par exemple le rôle éventuellement refroidissant de nuages plus nombreux, où sur un effondrement économique de la Chine et de l’Inde qui les conduirait à réduire leur consommation d’hydrocarbures, on doit s’attendre à un réchauffement du climat assez net. Ce changement aura forcément des conséquences sur notre mode vie, qui nous pousseront à nous adapter. Or, entend-on souvent parler de l’adaptation à ce changement ? En fait, assez peu. Et pourtant, elle sera nécessaire. La question de l’agriculture en général, et dans les pays pauvres en particulier, se pose avec vigueur. Des zones fertiles deviendront probablement arides. Les modifications de la pluviométrie et de la température devraient conduire de nombreux agriculteurs à changer de culture. Cette adaptation représentera nécessairement un coût, et le fait d’anticiper pourrait peut-être altérer ce coût. Quel doit être le rôle des pays riches dans l’aide à l’adaptation des pays pauvres ? Dans quelle mesure la recherche sur les OGM devrait-elle être orientée en direction du problème de la résistance des cultures à la sécheresse ? La question de l’adaptation se pose également pour les zones urbaines construites à un niveau proche de la mer. Faut-il construire des remparts contre l’eau, ou accepter l’idée de l’abandon de certains quartiers ? C’est également vrai pour la gestion des « réfugiés climatiques », qui pourraient bien se compter par millions au Bangladesh. Anticiper des mouvements de population d’une telle ampleur n’est pas du luxe.
Mais non. La question de l’adaptation au changement, quel que soit son intérêt objectif, n’est pas prisée par le discours grand public sur le réchauffement climatique. La canicule de 2003 a été l’occasion d’appeler à la lutte contre le réchauffement climatique, dont elle était peut être une manifestation, mais très peu de gens ont parlé de la question de l’équipement des établissements en climatiseurs.
Comment expliquer cette focalisation sur la lutte contre l’effet de serre, au détriment de la question de l’adaptation ? Probablement par la binarisation. En effet, parler de l’adaptation, c’est accepter que le changement aura lieu, et, en se référant à l’alternative du début, si le changement a lieu, c’est qu’on a opté pour l’attitude B « ne pas agir ». Ca parait assez logique, pourtant, une donnée est absente du débat : c’est celle de l’efficacité de l’action. Selon les scenarii construits par les climatologues, l’adoption du protocole de Kyoto ferait reculer de 6 ans la hausse des températures. Autrement dit, le réchauffement global atteint en 2094 si l’on ne fait rien, serait atteint en 2100 si l’on appliquait à la lettre le protocole de Kyoto, y compris au-delà de 2012, alors que le protocole s’arrête à cette date. On est bien loin des discours de certains ministres, qui parlent encore de « vaincre l’effet de serre ». Ce constat pourrait, en première analyse, nous conduire à penser que le protocole en question est bien trop modeste et qu’il faudrait aller plus loin. Mais quand on voit les réticences de certains à l’adopter, et la difficulté d’autres à l’appliquer, on peut se demander si une certaine dose d’adaptation ne serait pas moins coûteuse et plus réaliste qu’une surenchère dans les objectifs de réduction. En fait, la question n’est pas celle-là. Elle est plutôt : étant donné qu’il est fort probable que, quoi qu’on fasse, la température mondiale augmente d’environ 2°C d’ici environ 100 ans, pourquoi n’aborde-t-on pas la question de l’adaptation à cette augmentation, comme si on pouvait encore croire qu’on allait y échapper ?
A.B.


Commentaires
Félicitations pour l'ouverture de ce blog qui entre directement dans mes favoris. L'émulation est une excellente chose, et profiter des difficultés techniques de la concurrence pour un lancement fracassant une pratique commerciale redoutable ;-).
Oui, il y a un côté charognard qui ne me déplaît pas :-)
Merci de votre soutient. Le lien sur éconoclaste nous a déjà rapporté pas mal de lecteurs.
Par contre, après un démarage en trombe, on n'aura pas votre rythme de publication. Peut-être 2 ou 3 messages par semaine, ça suffira.