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lundi 4 juin 2012

Le défaut et la Drachme

John Cochrane est rarement convainquant sur les questions macroéconomiques. Il a cependant bien raison de s'indigner de l'équation qui tend à s'imposer dans les discours les plus convenus : 'défaut de l’État grec = sortie de la zone Euro'. L'idée sous-jacente est que la zone Euro est un club d’États vertueux, et que, par conséquent, un État qui ne paie pas ses dettes ne mériterait plus de faire partie du club. Cette idée ne repose sur à peu près rien. On peut tout à fait imaginer que l’État grec fasse défaut purement et simplement, tout en restant dans la zone euro. Un État qui fait défaut ne prend-il pas le risque d'éprouver les pires difficultés à ré-emprunter de quoi financer de futurs déficits ? A l'évidence, mais en quoi cela devrait gêner les autres pays membres ? Les prêteurs savent faire la différence entre les différents États de la zone ! Encore si l'économie grecque pesait lourd au sein de la zone, pourrait-on dire que la fragilité de cet État est de nature à fragiliser l'Euro, mais la dette grecque pèse, rappelons-le une nouvelle fois, bien peu dans le PIB de la zone Euro.

J'ai moi-même, ici, présenté le retour à la drachme comme une option à envisager sérieusement. Mais soyons bien clairs : il ne s'agissait pas de présenter ce retour à la Drachme comme une punition pour la Grèce, mais comme un moyen pour elle de retrouver une politique monétaire. Je ne cachais pas le chaos que provoquerait certainement une éventuelle sortie de l'Euro pendant quelques mois, mais j'invitais à comparer ce chaos avec la situation actuelle, qui ressemble elle-même déjà à un gros chaos.

Si l'on se place du point de vue des autres membres de la zone euro, ils n'ont quasiment rien à gagner à un retour à la Drachme, qui créerait un précédent susceptible de fragiliser la monnaie unique.

Ce qui manque, à mon avis, à l'argument de Cochrane, c'est une indication de ce que gagnerait la Grèce à rester dans la zone Euro. [add 5 juin 14h37 : Cochrane propose que la grece reste dans la zone Euro mais fasse défaut "My favorite solution for Europe is sovereign default and keep the common currency" ] Bien sûr qu'un défaut total soulagerait largement les finances publiques (pas à 100% d'ailleurs, car il faudrait compenser par des dépenses sociales la perte de revenu de certains retraités grecs, dont le patrimoine est en partie investi dans de la dette de leur État). Mais la contrepartie serait une impossibilité quasi totale de connaître des déficits pendant de longues années, et on peine à comprendre ce qui pourrait faire office de stimulus dans un tel scenario : pas de déficit, pas de politique monétaire. Restent les politiques de compétitivité, qui consistent à espérer que tous les prix, et donc tous les salaires baissent suffisamment en Grèce pour stimuler les exportations. Beaucoup de douleur en perspective.

dimanche 18 mars 2012

1ère classe, 2e classe, classes sociales

Je lis dans le Monde que Thalys a pour projet de regrouper les voyageurs, dans ses trains, en fonction du prix du billet qu'ils auront payé. Attention, il ne s'agit pas ici de 1ère ou 2e classe : la prestation de voyage sera strictement identique, mais on regroupera dans les mêmes wagons les gens qui auront acheté les billets pas cher, dans d'autres ceux qui ont choisi un tarif moyen, et dans d'autres encore ceux qui auront fait fumer la Gold pour s'offrir les billets les plus chers.

Quoi qu'on puisse penser de cette stratégie commerciale, c'est un fabuleux exemple de discrimination tarifaire : ceux qui choisiront les prix les plus élevés achèteront de l'entre-soi, comptant sur l'exclusion que crée le tarif max pour rejeter les gueux entre eux dans les wagons bas tarif. Cette préoccupation existait déjà un peu dans le système 1ère/2de classe, dans lequel la différence de prix ne s'expliquait manifestement pas entièrement par le surcoût occasionné par la prestation de voyage offerte (plus de place donc moins de sièges par wagon, plus de confort matériel). Mais on a avec le projet de Thalys un cas d'école où on achète exactement la même chose, et où la différence de tarif ne sert qu'à choisir les gens avec qui on voyagera.

En ce qui me concerne, si je dois un jour voyager sur Thalys, je n'exclus pas de choisir le tarif moyen ou élevé pour échapper aux hordes de prolos puants et braillards assortis de chiards insupportables, qui peuvent vous transformer un voyage en calvaire.

mardi 10 janvier 2012

Quel macroéconomiste êtes-vous ? (réponses)

Éléments de réponse pour le test de jeudi dernier. Bravo à Jean et à Mathek [add: et à ALC] qui ont répondu à peu près ce que j'avais en tête. Reprenons.

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jeudi 5 janvier 2012

Quel macroéconomiste êtes-vous ?

Petit test, façon femme actuelle.

Le but du jeu est de donner la lettre que vous trouvez au terme des flèches, et d'essayer de trouver à quelle(s) école(s) de pensée macroéconomique vous vous rattachez.

Une autre façon de jouer consiste à ne pas se prononcer sur la lettre, mais à essayer de caractériser chaque lettre. Si vous êtes étudiant ou si vous essayez d'y voir clair dans les différents discours ambiants concernant la crise, ça vous aidera à mettre de l'ordre dans vos idées (j'espère !). Mes réponses d'ici demain peu.

Enjoy !

PS : attention, il y a un piège !

samedi 3 décembre 2011

Joan Robinson à un marxiste

Ne ratez pas, trouvée via Brad Delong, cette superbe lettre ouverte de Joan Robinson à un marxiste, datant de 1953. Avec énormément d'humour, celle qui se définit elle-même comme une "keynésienne de gauche" nous donne, en quelques lignes, une superbe leçon de méthode et d'histoire de la pensée, en tournant en dérision l’idolâtrie dont les marxistes savaient parfois faire preuve en ces temps là.

Pour les non anglophones, je me suis permis la petite traduction suivante (n'hésitez pas à me proposer des améliorations) :

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mercredi 9 novembre 2011

Le NIURONG et les trois zones euro

La mode est au NGDP targeting dans les milieux autorisés. Le NGDP targeting consiste à demander aux banques centrales de se fixer comme objectif de faire croitre à taux constant le PIB nominal (le Nominal Gross Domestic Product en anglais). La croissance du PIB nominal correspond à la somme de la croissance telle qu'on l'entend d’ordinaire (la croissance "réelle" ou "en volume") et du taux d'inflation. L'idée est que le PIB réel est censé croître à un rythme relativement régulier, de même que les prix. Un accroissement plus lent que prévu du PIB nominal contient un risque de récession (ou de baisse de la croissance), tandis qu'une croissance plus forte que prévu risque de se traduire par un excès d'inflation. Ainsi, si le taux s'avère inférieur à l'objectif, la banque centrale mettra en œuvre une politique accommodante (baisse des taux, création de liquidités) pour éviter un ralentissement de l'activité. Si, au contraire, le taux est supérieur à l'objectif, la banque centrale augmentera ses taux pour éviter une dérive inflationniste. Le NGDP targeting apparaît comme une manière de faire coïncider les deux objectifs que partagent la plupart des banques centrales : stabilité des prix et soutien à l'activité.  La blogosphère (surtout anglo-saxonne) regorge de discussions sur les avantages et inconvénients de cette idée. Mon propos ici est de me demander ce que pourrait être l'objectif de croissance du PIB nominal dans la zone euro. La réponse, hélas, semble varier selon les pays.

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mardi 1 novembre 2011

Géographie monétaire de la zone Euro

Un des sujets intéressants à étudier pour les spécialistes d'économie monétaire, dans le contexte actuel, est la capacité, ou plutôt l'incapacité, pour la BCE, à localiser les effets de sa politique monétaire.

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lundi 31 octobre 2011

Offre de la semaine

Allez, ça faisait longtemps. Cette fois Leclerc nous fait un Brelan d'offres incompréhensibles sur le café : les lots de deux paquets, identiques, à part l'autocollant "Offre spéciale", n'ont pas le même prix. Le lot de trois paquets du même café revient plus cher au kilo que quand on achète par deux.

cafe_leclerc Je ne vois pas comment ils peuvent vendre autre chose que des lots de deux "Offre spéciale". J'espère bien recevoir un jour un Nobel, "pour sa contribution décisive à la compréhension des mécanismes de prix foireux dans la moyenne et grande distribution".

Wishful thinking

Le sommet Européen du 26 Octobre s'est conclu par l'adoption d'une déclaration dont voici le texte. Concernant le problème de solvabilité de certains états membres, cette déclaration comporte des éléments qui ont largement été rendus publics (voir, par exemple, cette présentation de l'Expansion). Tout au plus pourra-t-on s'étonner que la déclaration officielle ne soit pas beaucoup plus précise que certains compte-rendus journalistiques. En revanche, en ce qui concerne la crise économique, et le fait qu'elle touche avec plus de vigueur certains pays que d'autres, la déclaration ne contient qu'un mélange de pensée magique et d'erreurs de diagnostic.

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samedi 29 octobre 2011

Le service public et l'Europe

L'émission "Arrêt sur images" de cette semaine s'attarde sur l'accord européen intervenu mercredi (j'en profite pour recommander l'abonnement au site @SI (30€ par an), qui fournit globalement un travail de qualité, abondant, intelligent et intéressant - même si les prises de position économiques de Schneidermann m'agacent). Les invités sont deux économistes, J.Généreux et K.Berger, conseillers, respectivement, de Mélenchon et Hollande. Généreux soutient notamment l'idée d'une dérogation unilatérale à certaines règles de fonctionnement de l'Union Européenne qu'il juge illégitimes, et il mentionne à ce titre la nécessité de déroger à la "mise en concurrence des services publics" imposée par l'UE (à 1h04 et 1h15 dans la vidéo de l'émission). Cette idée d'une incompatibilité entre le "service public à la française" et les règles libérales de l'UE est très répandue (notamment dans les manuels de SES de Terminale), mais n'est plus vraiment fondée aujourd'hui.
(Disclaimer : billet à contenu juridico-économique).

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