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  <title>Optimum, le seul blog véritablement optimal</title>
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  <description>blog consacré à l'économie</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 10 Feb 2012 01:35:23 +0100</pubDate>
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    <title>Quel macroéconomiste êtes-vous ? (réponses)</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2012/01/06/Quel-macro%C3%A9conomiste-%C3%AAtes-vous-%28r%C3%A9ponses%29</link>
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    <pubDate>Tue, 10 Jan 2012 14:42:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
        <category>General</category>
            
    <description>&lt;p&gt;Éléments de réponse pour le &lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/post/2012/01/05/Quel-macro%C3%A9conomiste-%C3%AAtes-vous&quot;&gt;test de jeudi
dernier&lt;/a&gt;. Bravo à Jean et à Mathek [add: et à ALC] qui ont répondu à peu
près ce que j'avais en tête. Reprenons.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;La première question était &amp;quot;la demande globale a-t-elle une importance ?&amp;quot;.
La plupart des macroéconomistes répondent &amp;quot;oui&amp;quot; à cette question. Les seuls à
répondre &amp;quot;non&amp;quot; (&lt;strong&gt;réponse F&lt;/strong&gt;) appartiennent au courant dit de la
&amp;quot;nouvelle économie classique&amp;quot;, née dans les années 1970 sous l'influence de
Robert Lucas. Il serait très exagéré de considérer que tous les auteurs
appartenant à cette école nient tous et de façon absolue que la demande globale
puisse avoir une importance. En revanche, la pensée de cette école a deux
caractéristiques fortes : 1- la demande globale ne peut avoir d'influence que
si les agents économiques se trompent dans leurs anticipations d'inflation, et
il est vain d'imaginer que la banque centrale ou le gouvernement puissent les
tromper. 2- Dans toutes les crises économiques, les représentants de cette
école cherchent systématiquement des causes du côté de l'offre, c'est à dire
dans les fondamentaux de l'économie. Pour la grande dépression des années 1930,
par exemple, &lt;a href=&quot;http://www.minneapolisfed.org/research/QR/QR2311.pdf&quot;&gt;Harold Cole et Lee
Ohanian&lt;/a&gt; cherchent dans le New Deal des mesures qui auraient ralenti la
reprise économique en augmentant le coût du travail et le pouvoir de monopole
des grandes entreprises. Pour être honnête, les auteurs reconnaissent que la
crise est bel et bien créée par un choc de demande, mais que la longueur de la
crise est imputable à l'offre. De nos jours, les conséquences fiscale de la
réforme de la protection sociale mise en œuvre par Barack Obama ainsi que
l'augmentation de la durée d'indemnisation du chômage seront volontiers
convoquées pour expliquer la lenteur de la reprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En résumé, pour les nouveaux classiques : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- une crise peut survenir si l'inflation chute d'une façon brutale et
inattendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- mais le public révisera alors rapidement ses anticipations d'inflation, si
bien que la crise devrait prendre fin rapidement. Nul besoin d'intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- si malgré tout la crise se prolonge, c'est certainement à cause des
interventions politiques destinées à y mettre fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les autres courants de la macroéconomie reconnaissent un rôle à la
demande globale. Mais ce rôle peut concerner uniquement le court terme, ou le
long terme également. Commençons par ceux qui considèrent que la demande
globale a &amp;quot;toujours&amp;quot; un rôle. C'est là que se situait mon piège. La question
suivante était de savoir si la demande globale était stimulée plus efficacement
par la politique monétaire ou budgétaire. A ma connaissance, il n'existe pas de
courant qui considère en même temps que la demande globale a une importance
même à long terme et qui considère que la politique monétaire la stimule avec
plus d'efficacité que la politique budgétaire. Donc, selon moi, la
&lt;strong&gt;réponse A&lt;/strong&gt; ne correspond à aucun courant établi. Mais la
réponse de Jean me fait douter... Les post-keynésiens constituent un courant
relativement marginal, qui insistent sur le caractère endogène de la monnaie :
en périodes fastes, les banques sont enclines à accorder des crédits qui, par
construction, gonflent la masse monétaire. Inversement, les phases de
récessions paralysent le crédit ce qui contracte la masse monétaire. Ainsi,
pour eux, il est vain de vouloir contrôler la masse monétaire pour influencer
le cycle économique. Ce qui me fait dire que Jean se trompe. Mais, en revanche,
il est exact que les mêmes post-keynésiens insistent sur l'importance des taux
d'intérêt de la banque centrale, si bien que Jean a peut-être raison de les
mettre dans la catégorie A. Serais-je tombé dans mon propre piège ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis, en revanche, plus sûr de moi quand je dit que la &lt;strong&gt;réponse
B&lt;/strong&gt; correspond aux premiers keynésiens, et à quelques keynésiens actuels
qui n'adhèrent pas entièrement aux évolutions récentes du keynésianisme. Pour
les keynésiens &amp;quot;à l'ancienne&amp;quot;, évidemment, la demande globale a une importance,
et cette importance concerne le fonctionnement de l'économie dans le long
terme. Les politiques devraient avoir le soucis constant de s'assurer que la
dépense des agents économiques soit suffisamment importante pour assurer le
plein emploi des capacités de production. En témoigne cette citation de Joan
Robinson, extraite d'&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/post/2011/12/03/Joan-Robison-%C3%A0-un-marxiste&quot;&gt;une lettre que j'ai traduite
récemment&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;(...) &lt;span&gt;je comprends en un coup d'œil que Keynes montre que le chômage
va être un écrou très difficile à desserrer, car il n'est pas juste un accident
- il a une fonction.&amp;quot;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;En témoigne également cet extrait d'un article du keynésien James
Tobin &lt;a href=&quot;http://dido.wss.yale.edu/P/cp/p03b/p0361.pdf&quot;&gt;publié en 1972 par
l'American Economic Review&lt;/a&gt; :&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;&amp;quot;Zero-inflation unemployment is not wholly voluntary, not optimal, I
might even say not natural. In other words, the economy has an inflationary
bias: When labor markets provide as many jobs as there are willing workers,
there is inflation, perhaps accelerating inflation.&amp;quot;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Le sens de cet extrait est extrêmement clair : il ne saurait y avoir,
en aucun cas, de plein emploi sans inflation. En témoigne enfin &lt;a href=&quot;http://www.vanityfair.com/politics/2012/01/stiglitz-depression-201201?currentPage=all&quot;&gt;
cette analyse récente&lt;/a&gt; de Joseph Stiglitz de la crise. Selon lui, la
dynamique de long terme des sociétés capitalistes se caractérise par des
changements techniques qui réduisent le revenu de certaines catégories
d'agents, entrainant ainsi des crises, si le pouvoir politique n'intervient
pas. Ainsi, la grande dépression des années 30 aurait été causée par
l'amélioration de la productivité agricole, qui a privé d'emploi et de revenu
un grand nombre d'agriculteurs. De la même manière, le basculement de
l'activité économique américaine de l'industrie vers les services serait
responsable de la chute de la demande globale qui aurait entrainé la crise
actuelle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;L'autre caractéristique de ces keynésiens &amp;quot;à l'ancienne&amp;quot; est qu'ils
doutent de l'efficacité de la politique monétaire. Toujours dans le même
article, Joseph Stiglitz constate ce qu'il considère comme un échec des
politiques de quantitative easing (qui reviennent à des créations massives de
liquidités) de la part de la &lt;em&gt;federal reserve&lt;/em&gt;, et en tire également des
conclusions sur l’inanité (selon lui) des analyses monétaires de la grande
dépression :&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;&amp;quot;&lt;/span&gt;the inability of the monetary expansion to counteract this
current recession should forever lay to rest the idea that monetary policy was
the prime culprit in the 1930s&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, l'idée que la demande globale a une importance à long terme
sur le fonctionnement réel de l'économie est assez nettement devenue
minoritaire. Quand ils n'appartiennent pas à la catégorie F, les
macroéconomistes contemporains (de même que certains anciens) considèrent
généralement que la demande globale n'a d'importance qu'à court terme. On peut
dire sans craindre de trop se tromper (et au prix d'anachronismes pour certains
auteurs) que les auteurs des catégories C, D et E sont convaincus que ceux de
la catégorie F ont raison i- de mettre l'accent sur les anticipations faites
par les agents économiques, et ii- de refuser de construire des modèles dans
lesquels ces anticipations sont entachées d'un biais systématique (consistant,
par exemple, à systématiquement surestimer ou sous-estimer l'inflation).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se distinguent néanmoins des nouveaux classiques car ils estiment que
lorsque les anticipations ne se réalisent pas, ce qui peut arriver lorsque
l'économie est soumise à des chocs, l'ajustement de tous les prix (yc salaires,
loyers, etc) est beaucoup trop compliqué à mettre en place pour que l'économie
puisse se relever à court terme. Paul Krugman citait récemment &lt;a href=&quot;http://krugman.blogs.nytimes.com/2011/12/23/new-frontiers-in-economic-barbarism/&quot;&gt;
un texte de Milton Friedman&lt;/a&gt;, avec qui il était pourtant en désaccord sur
bien des choses, qui illustre ce problème de coordination :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;&amp;quot;The argument for flexible exchange rate is, strange to say, very nearly
identical with the argument for daylight saving time. Isn't it absurd to change
the clock in summer when exactly the same result could be achieved by having
each individual change his habits? All that is required is that everyone decide
to come to his office an hour earlier, have lunch an hour earlier, etc. But
obviously it is much simpler to change the clock that guides all than to have
each individual separately change his pattern of reaction to the clock, even
though all want to do so. The situation is exactly the same in the exchange
market. It is far simpler to allow one price to change, namely, the price of
foreign exchange, than to rely upon changes in the multitude of prices that
together constitute the internal price structure.&amp;quot;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte, qui concerne à priori le rôle du taux de change en matière de
commerce international, permet de façon plus générale de comprendre
l'importance de la demande à court terme : si l'inflation, en raison d'un choc
(panique bancaire par exemple), est plus faible que prévu, alors il faudrait
revoir à la baisse tous les prix simultanément : les prix de vente des biens
manufacturés, les salaires, les loyers, les taux d'intérêt, etc. ce qui peut
être long et pénible. Une autre solution  est de stimuler la demande afin
de recréer suffisamment d'inflation pour que le niveau général des prix soit à
nouveau en ligne avec ce qui était anticipé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois écoles se reconnaissent (avec peut-être un bémol pour une d'entre
elles) dans cette vision du rôle de la demande à court terme. Voyons ce qui les
distingue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'école représentée par la &lt;strong&gt;réponse C&lt;/strong&gt;, c'est la
politique monétaire qui est, en toutes circonstances, la plus efficace pour
stimuler la demande. Le mécanisme est le suivant : une augmentation de la masse
monétaire créée un excédent de liquidité, que les agents économiques
chercheront à remplacer par des placements plus rentables : obligations,
actions, logements, ..., dont le prix augmentera. Ces augmentations de prix
encouragent l'investissement (les obligations plus chères correspondent à des
taux d'intérêt plus faibles, les actions plus chères permettent de lever des
fonds à moindre coût, les logements plus chers rendent rentables les
constructions nouvelles...). La politique budgétaire, en revanche, a une faible
efficacité, car les dépenses publiques doivent être financées, soit par des
impôts immédiats, soit par de la dette et donc des impôts futurs, qui, dans les
deux cas, contrebalanceront au moins une partie du stimulus budgétaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce contrôle de la demande via la politique monétaire est souhaitable, pour
les monétaristes (école de Milton Friedman), ainsi, comme le souligne Jean dans
ses réponses, que pour les nouveaux monétaristes (ou &amp;quot;monétaristes de marché&amp;quot; :
&lt;a href=&quot;http://marketmonetarist.com/&quot;&gt;Laars Christensen&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.themoneyillusion.com/&quot;&gt;Scott Sumner&lt;/a&gt;,...) et certains nouveaux
keynésiens (&lt;a href=&quot;http://gregmankiw.blogspot.com/&quot;&gt;Greg Mankiw&lt;/a&gt; par
exemple). Bien des anciens classiques (tels David Hume) se reconnaitraient
vraisemblablement eux aussi dans ce courant. Il ne s'agit pas ici de stimuler
en permanence la demande, mais de la stimuler lorsque l'activité donne des
signes de ralentissement, et de la freiner, au contraire, lorsque l'inflation
menace de s'emballer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les tenants de la &lt;strong&gt;réponse D&lt;/strong&gt;, au contraire, il est
dangereux de vouloir intervenir : bien que la demande globale ait une
importance à court terme, la banque centrale ne devrait pas s'en préoccuper.
Les représentants de cette réponse sont les plus &amp;quot;libéraux&amp;quot; (dans le sens de
l'hostilité à l'intervention publique) de la liste : les économistes
autrichiens, héritiers de Friedrich Hayek. Leur argument est que la production
ne doit pas être considérée comme un tout homogène : une distinction doit être
faite entre les biens de consommation, qui répondent à une demande immédiate,
et les biens d'investissement, qui permettent d'augmenter les capacités de
production futures de l'économie, et qui répondent donc à une demande future.
Or, selon les autrichiens, investir n'a de sens que si les consommateurs
souhaitent réellement accroître leur épargne actuelle, pour accroître leur
consommation future. Les stimuli monétaires donnent l'illusion que
l'investissement est rentable, car le taux d’intérêt est faible. Mais les biens
d'investissement ainsi accumulés se révèlent finalement inutiles, lorsqu'il
apparait que les consommateurs n'ont pas réellement accru leur épargne, et
qu'ils ne souhaitent donc pas accroître leur consommation future. Les bulles
immobilières sont le type d'évènements mis en avant par les autrichiens : des
taux d'intérêt faibles encouragent la construction de logements neufs, comme en
Espagne dans les années 2000, mais ces logements ne trouvent pas acquéreurs, et
conduisent à la ruine des entrepreneurs trompés par des taux d'intérêt
artificiellement faibles. Certes, le stimulus a créé de l'emploi (dans la
construction), mais est à l'origine de la crise (la destruction d'emplois dans
la construction). Mieux vaut donc laisser le marché déterminer dans quel
secteur d'activité se trouvent les emplois pérennes, plutôt que de brouiller ce
signal fondamental qu'est le taux d'intérêt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les partisans de la &lt;strong&gt;réponse E&lt;/strong&gt; sont, pour
l'essentiel, ceux que l'on appelle les nouveaux keynésiens (ou la plupart
d'entre eux en tout cas). &lt;a href=&quot;http://krugman.blogs.nytimes.com/&quot;&gt;Paul
Krugman&lt;/a&gt; est, évidemment, le plus éminent représentant de ce courant. Pour
les nouveaux keynésiens, il existe deux situations économiques bien distinctes
: les situations ordinaires, au cours desquelles le taux d'intérêt nominal de
la banque centrale est éloigné de 0%, et les &amp;quot;trappes à liquidités&amp;quot;, au cours
desquelles ce taux est à peu près à 0%. Pendant les situations ordinaires, les
nouveaux keynésiens ne soutiennent pas des positions très éloignées de celles
des monétaristes. Dans ces situations, ce qui les distingue des monétaristes
est presque un détail technique : ils considèrent que l'instrument privilégié
de la politique monétaire est le taux d'intérêt (que la banque centrale doit
baisser ou accroître), tandis que les monétaristes accordent plus d'importance
à la masse monétaire. Mais lorsque le taux d'intérêt nominal de la banque
centrale est proche de 0%, ce détail prend toute son importance. En effet, le
taux nominal ne peut pas, pour des raisons évidentes, prendre une valeur
négative. Si l'on considère, comme les nouveaux keynésiens, que l'efficacité de
la politique monétaire passe par l'influence des taux à court terme sur les
taux à long terme, qui eux-même stimulent les investissements, alors la banque
centrale ne peut plus rien faire lorsque son taux est déjà à 0. Certes, elle
peut accroître les liquidités, mais lorsque les taux d'intérêt sont nuls,
conserver ces liquidités ne rapporte pas mois que d'autres placements, si bien
que les liquidités nouvellement créées sont tout simplement thésaurisées, et
n'ont aucune conséquence économique. Dans ces conditions, la seule façon de
stimuler la demande est de dépenser directement, via l'accroissement temporaire
des dépenses publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques remarques pour conclure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;-D'abord, je fais observer que le courant le plus radical dans son hostilité
à l'intervention publique (le courant autrichien) n'est pas le courant le plus
radical concernant l’inefficacité de cette intervention publique (le courant
nouveau-classique). Pour les nouveaux classiques, la politique monétaire n'a
simplement pas d'influence, ni positive ni négative, sauf si elle conduit à une
hyper-inflation. Pour les autrichiens, la politique monétaire a bien des effets
positifs à court terme, mais est à proscrire car ses effets à long terme sont
d'autant plus désastreux que les effets de court terme auront été positifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;-Ensuite, j'attire l'attention des lecteurs sur une source de confusion
importante : il existe deux types biens distincts d'oppositions à la politique
monétaire. La première forme d'opposition est celle qui considère qu'elle est
néfaste car inflationniste (nouveaux classiques, autrichiens). La seconde est
celle qui considère qu'elle est insuffisante pour stimuler la demande globale
(anciens keynésiens), et qu'il faut lui préférer la politique budgétaire. Il
est important de ne pas confondre ces deux types de rejets de la politique
monétaire : pour les premiers, elle va trop loin, pour les seconds, elle ne va
pas assez loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;-Enfin, je voudrais mettre en avant le fait que la présentation faite dans
ce billet des différents courants macroéconomiques peut donner une impression
bien trompeuse d'une profession totalement balkanisée. En réalité, (outre le
courant A qui n'existe pas) les courants B et D sont relativement marginaux :
le courant B (les vieux keynésiens) parce qu'il n'a pas intégré la
&lt;em&gt;révolution&lt;/em&gt; des anticipations rationnelles, le courant D (les
autrichiens) parce que ses représentants refusent de proposer de leur théorie
une version formalisée qui permettrait d'expliciter tous les mécanismes
sous-jacents et de les rendre empiriquement réfutables (c'est en tout cas mon
interprétation). Le courant F (les nouveaux classiques) est théoriquement assez
éloigné des courants C (monétaristes, anciens classiques) et E (nouveaux
keynésiens), mais en pratique, ils reconnaissent volontiers que les crises
peuvent provenir de problèmes de demande. Je vous invite par exemple à
parcourir &lt;a href=&quot;http://www.econ.washington.edu/news/millimansl.pdf&quot;&gt;ces
diapositives de Robert Lucas&lt;/a&gt; sur les crises de 1930 et 2008, qui avancent
sans ambiguïté des explications basées sur la demande (résumées par cette
phrase p17, au sujet des années 30 : &amp;quot;No change in american ability to
produce&amp;quot;), même s'il préconise un arrêt des politiques actives pour des raisons
basées sur l'offre. Enfin, les mêmes courants C et E sont en réalité
relativement proches. Ils ont les mêmes modèles, basés sur les anticipations
rationnelles (pour les contemporains en tout cas) et sur la rigidité des prix.
Leur seul point de divergence concerne les trappes à liquidité, mais même dans
ce cas, les nouveaux keynésiens reconnaissent que des interventions de la
banque centrale peuvent, au moins en théorie, sortir l'économie de telles
trappes, &lt;em&gt;via&lt;/em&gt; les anticipations d'inflation. C'est pour cette raison
que Krugman, pourtant grand défenseur de la théorie des trappes à liquidité, a
néanmoins accueilli favorablement les &amp;quot;quantitatives easings&amp;quot; (injections de
liquidités) de la federal reserve. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'irai même plus loin : étant donné i- la proximité entre la plupart des
macroéconomistes contemporains, et ii- leur distance avec la perception qu'ont
de l'économie nombre de dirigeants politique, ils seraient mieux inspirés en
tentant de communiquer sur les points de consensus qu'en se perdant en &lt;a href=&quot;http://noahpinionblog.blogspot.com/2011/12/great-ricardian-equivalence-throwdown.html&quot;&gt;
polémiques stériles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : pour ma part, je suis C la plupart du temps, E de temps en temps, et
j'ai quelques rares accès de D et F, mais je me soigne.&lt;br /&gt;
 &lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.optimum-blog.net/post/2012/01/06/Quel-macro%C3%A9conomiste-%C3%AAtes-vous-%28r%C3%A9ponses%29#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Quel macroéconomiste êtes-vous ?</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2012/01/05/Quel-macro%C3%A9conomiste-%C3%AAtes-vous</link>
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    <pubDate>Thu, 05 Jan 2012 17:53:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
        <category>General</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Petit test, façon femme actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but du jeu est de donner la lettre que vous trouvez au terme des flèches,
et d'essayer de trouver à quelle(s) école(s) de pensée macroéconomique vous
vous rattachez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre façon de jouer consiste à ne pas se prononcer sur la lettre, mais
à essayer de caractériser chaque lettre. Si vous êtes étudiant ou si vous
essayez d'y voir clair dans les différents discours ambiants concernant la
crise, ça vous aidera à mettre de l'ordre dans vos idées (j'espère !). Mes
réponses d'ici &lt;del&gt;demain&lt;/del&gt; peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enjoy !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : attention, il y a un piège !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/quelle_macro.png&quot;&gt;&lt;img title=&quot;quelle_macro.png, janv. 2012&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/.quelle_macro_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Joan Robinson à un marxiste</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/12/03/Joan-Robison-%C3%A0-un-marxiste</link>
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    <pubDate>Sat, 03 Dec 2011 17:55:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
        <category>c'est pas nous qui l'avons dit</category>
            
    <description>&lt;p&gt;Ne ratez pas, trouvée &lt;em&gt;via&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://delong.typepad.com/sdj/2011/12/joan-robinsons-open-letter-from-a-keynesian-to-a-marxist.html&quot;&gt;
Brad Delong&lt;/a&gt;, cette superbe &lt;a href=&quot;http://jacobinmag.com/blog/2011/07/joan-robinsons-open-letter-from-a-keynesian-to-a-marxist-2/&quot;&gt;
lettre ouverte de Joan Robinson à un marxiste&lt;/a&gt;, datant de 1953. Avec
énormément d'humour, celle qui se définit elle-même comme une &amp;quot;keynésienne de
gauche&amp;quot; nous donne, en quelques lignes, une superbe leçon de méthode et
d'histoire de la pensée, en tournant en dérision l’idolâtrie dont les marxistes
savaient parfois faire preuve en ces temps là.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les non anglophones, je me suis permis la petite traduction suivante
(n'hésitez pas à me proposer des améliorations) :&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lettre ouverte d'une keynésienne à un
marxiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Je dois vous avertir que vous allez trouver cette lettre très
difficile à suivre.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Non pas, je l'espère, en raison de sa
difficulté (je ne vais pas vous embêter avec de l'algèbre, ou des courbes
d'indifférence), mais parce que vous la trouverez extrêmement choquante et que
vous serez trop sonné pour en accepter la teneur.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Je voudrais commencer par une considération personnelle.&lt;/span&gt;
&lt;span&gt;Vous êtes très poli et essayez de ne pas me le faire sentir, mais, comme
je suis une économiste bourgeoise, votre seul intérêt possible à m’écouter est
d'entendre quelle sorte de non-sens je vais bien pouvoir débiter.&lt;/span&gt;
&lt;span&gt;Pire encore - je suis une keynésienne de gauche.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;J’ai tiré
des conclusions plus roses que bleutées de la &lt;em&gt;Théorie générale,&lt;/em&gt; bien
avant sa publication.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;(J'étais dans la position privilégiée d'être
membre d'un groupe d'amis qui ont travaillé avec Keynes alors qu'il était en
cours d'écriture.) J'ai donc été la toute première à atterrir dans le bocal
étiqueté «de gauche keynésienne».&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Au demeurant, je constitue
aujourd’hui une grande proportion du contenu du bocal, parce qu’une bonne
partie du reste s'en est exfiltré depuis.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Maintenant, vous savez
le pire.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Mais je veux que vous m’envisagiez en utilisant la méthode
dialectique.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Le premier principe de la dialectique, c'est que la
signification d'une proposition dépend de ce qu'elle réfute.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Ainsi
la même proposition a deux significations opposées selon que vous la considérez
d'en haut ou d’en bas.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Je sais à peu près de quel point de vue
vous considérez Keynes, et j’en infère correctement votre jugement.&lt;/span&gt;
&lt;span&gt;Utilisez un peu de dialectique, et essayez de comprendre le
mien.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;J'ai été étudiante à un moment où l'économie vulgaire était dans un
état particulièrement vulgaire.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;La Grande-Bretagne ne comptait pas
moins d'un million de chômeurs, et j’étais là, avec mon professeur m’enseignant
qu'il est logiquement impossible d'avoir du chômage à cause de la loi de
Say.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;C’est alors qu’arriva Keynes, qui prouva que la loi de Say est une
absurdité (Marx en a fait autant, bien sûr, mais mon professeur n'a jamais
attiré mon attention sur les opinions de Marx à ce sujet).&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Par
ailleurs (et c'est en cela que je suis une keynésienne de gauche, plutôt que de
l'autre genre), je comprends en un coup d'œil que Keynes montre que le chômage
va être un écrou très difficile à desserrer, car il n'est pas juste un accident
- il a une fonction.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;En bref, Keynes a mis dans ma tête l'idée
même de l'armée de réserve de travailleurs que mon professeur avait été si
attentif à garder hors d’elle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Si vous avez la moindre petite pincée de dialectique en vous, vous
verrez que la phrase « Je suis une keynésienne » a une signification
totalement différente quand je la prononce, de celle qu'elle aurait eu si vous
l’aviez prononcée (ce que, bien sûr, vous n'auriez jamais fait).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;La seule chose que je vais dire qui va vous sonner ou vous faire
bouillir (selon votre tempérament) au point de vous rendre incompréhensible le
reste de ma lettre est la suivante : Je comprends Marx, et de loin mieux que
vous.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;(Je vais vous donner une intéressante explication historique
dans une minute, si vous n'êtes pas complètement raide ou bouillant avant d’en
arriver là.)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Quand je dis que je comprends mieux Marx que vous, je ne veux pas dire
que je connais le texte mieux que vous.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Si vous commencez à me
lancer des citations, vous m’aurez déroutée en peu de temps.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;En
fait, je refuse de jouer avant même de commencer.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Ce que je veux dire est que j’ai Marx dans mes os alors que vous
l’avez dans la bouche.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Pour prendre un exemple - l'idée que le
capital constant est une accumulation de la force de travail dépensée dans le
passé.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Pour vous c'est quelque chose qui doit être prouvé avec un
tas de trucs hégéliens et de non-sens.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Alors que moi, je dis (même
si ma terminologie n’est pas aussi pompeuse que la vôtre): « Naturellement -
que pourrait-il être d’autre ? »&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;C'est pour cela que je suis terriblement embrouillée.&lt;/span&gt;
&lt;span&gt;Pendant que vous étiez en train d’essayer de le prouver, je pensais que
vous parliez de quelque autre chose (sans que je sache exactement laquelle) qui
avait besoin d’être prouvée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Autre exemple, supposons que nous voulions nous remémorer quelque
point délicat dans le &lt;em&gt;capital,&lt;/em&gt; par exemple le schéma à la fin du tome
II.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Que faites-vous?&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Vous ouvrez le volume et y
cherchez l’explication.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Que fais-je?&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Je prends le dos
d'une enveloppe et tente de résoudre le problème.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Maintenant, je vais vous dire quelque chose d'encore pire.&lt;/span&gt;
&lt;span&gt;Supposons, uniquement pour l’exemple, que la réponse trouvée sur ma
vieille enveloppe n'est pas celle qui figure dans le livre.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Que
dois-je faire?&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Je vérifie mon travail, et si je n’y trouve pas
d'erreur, je cherche une erreur dans le livre.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Maintenant, je
suppose que je pourrais aussi bien arrêter d'écrire, parce que vous pensez que
je suis folle à lier.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Mais si vous arrivez à me lire un instant de
plus, je vais essayer de m'expliquer.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;J'ai été élevée à Cambridge, comme je vous l'ai dit, dans une période
où l'économie vulgaire avait atteint les plus grandes profondeurs de la
vulgarité.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Mais tout de même, à côté d’un tas d’inepties, avait
été conservé un patrimoine précieux – la façon de penser de Ricardo.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;&quot;&gt; &lt;/span&gt;Ce n'est pas une chose que vous pouvez apprendre
dans les livres. &lt;span&gt;Si vous vouliez apprendre à rouler à bicyclette,
prendriez-vous un cours par correspondance sur la bicyclette?&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Non,
vous emprunteriez un vieux vélo, vous sauteriez en scelle, tomberiez, vous
écorcheriez, avanceriez en tremblotant, et puis tout d'un coup, hop !&lt;/span&gt;
&lt;span&gt;Vous feriez du vélo.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;C’est à cela que ressemblait le cours
d'économie à Cambridge.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Et c’est comme pour une bicyclette :
une fois que vous savez en faire, ça devient une seconde nature.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Lorsque je lis un passage dans &lt;em&gt;le capital&lt;/em&gt; je dois d'abord
comprendre ce que Marx entend par « c » &lt;span style=&quot;&quot;&gt; &lt;/span&gt;à
ce moment-là, s’il s’agit bien du stock total de travail accumulé (il n’aide
pas souvent en précisant de quoi il parle - ça doit être déduit du contexte),
et ensuite je me sens aussi à l’aise que sur ma bicyclette.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Un marxiste est très différent.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Il sait que ce que Marx
dit doit être juste dans tous les cas, alors pourquoi gaspiller sa propre
capacité mentale à savoir si&lt;/span&gt; &lt;span&gt;« c »&lt;/span&gt; &lt;span&gt;est un
stock ou un flux ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Puis j’en arrive à un endroit où Marx dit qu'il s’agit d’un flux,
alors qu’il est assez clair dans le contexte qu'il devait s’agir d’un
stock.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Sauriez-vous ce que je fais dans ce cas ?&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Je
descends de mon vélo, et je corrige l’erreur, et puis je me remets en scelle et
me voilà.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Maintenant, supposons que je dise à un marxiste: « Regardez un
peu - veut-il dire le stock ou le flux ?&lt;/span&gt; » &lt;span&gt;Le marxiste dit:
« « c » signifie le capital constant », et il me donne une
petite leçon sur le sens philosophique du capital constant.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Je dis
: « Tant pis pour le capital constant, n'a-t-il pas confondu le stock et
le flux ?&lt;/span&gt; » &lt;span&gt;Le marxiste me répond : « Comment aurait-il
pu faire une erreur ?&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Ne sais-tu pas qu'il était un génie ? »
&lt;span&gt;Et il me donne une petite leçon sur le génie de Marx.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Je me
dis : « Cet homme peut être un marxiste, mais il ne comprend pas
grand-chose au génie ».&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Votre esprit laborieux avance étape
par étape, prend le temps d'être prudent et évite les dérapages.&lt;/span&gt; Votre
&lt;span&gt;génie porte des bottes de sept lieues, et va arpentant, en laissant un
jeu de piste de petites erreurs derrière lui (et qui s'en soucie ?).&lt;/span&gt;
&lt;span&gt;Je dis : « peu importe ​​le génie de Marx &lt;em&gt;Est-ce&lt;/em&gt; un stock
ou un flux ?&lt;/span&gt; » &lt;span&gt;C’est alors que le marxiste se froisse et
change de sujet.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Et je me dis « Cet homme peut être un
marxiste, mais il ne risque pas d’aller loin en
bicyclette.&lt;/span&gt; »&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;La chose qui est intéressante et curieuse dans tout cela, est que le
brouillard idéologique qui entourait mon vélo quand j’ai débuté n’avait rien en
commun avec l'idéologie de Marx, et pourtant mon vélo devrait être le même que
le sien, avec quelques améliorations modernes et quelques altérations
modernes.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;A partir d’ici, ce que je vais dire est plus dans votre
ligne, donc vous pouvez vous détendre une minute.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Ricardo a existé à un tournant si fort de l'histoire anglaise que les
positions progressistes et les positions réactionnaires se sont totalement
déplacées en une génération.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Il écrivait juste au moment où les
capitalistes étaient sur le point de remplacer l'ancienne aristocratie foncière
en tant que classe dirigeante.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Ricardo était dans le camp
progressiste.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Sa principale préoccupation était de montrer que les
propriétaires étaient des parasites pour la société.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Ce faisant,
il a été dans une certaine mesure le champion des capitalistes.&lt;/span&gt;
&lt;span&gt;Ils faisaient partie des forces productives contre les parasites.&lt;/span&gt;
&lt;span&gt;Il a été pro-capitalistes contre les propriétaires plus qu'il n’a été
pro-travailleurs contre les capitalistes (avec la loi d'airain des salaires,
c’était simplement pas de chance pour les travailleurs, quoi qu’il
arrive).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Ricardo a été suivi par deux élèves doués et bien formés - Marx et
Marshall.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;En attendant, l'histoire anglaise avait dépassé son
tournant, et les propriétaires n'étaient plus la question depuis
longtemps.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Maintenant c’était les capitalistes.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Marx
retourna l'argument de Ricardo de cette façon: les capitalistes sont très
semblables à des propriétaires.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Et Marshall le retourna dans
l'autre sens : Les propriétaires sont très semblables à des
capitalistes.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Du tournant de l'histoire anglaise, partirent deux
bicyclettes de la même fabrication - l'une roulant vers la gauche et l'autre
vers la droite.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Marshall a fait bien plus que de changer la réponse.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Il a
changé la question.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Pour Ricardo, la théorie de la valeur a été un
moyen d'étudier la répartition de la production totale entre les salaires, la
rente et le profit, considérés chacun comme un tout.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;C'est une
grande question.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Marshall fait de la signification de la valeur
une petite question : Pourquoi un œuf coûte plus cher qu'une tasse de thé
?&lt;/span&gt; &lt;span&gt;C'est peut-être une petite question, mais il est très difficile
et compliqué d’y répondre.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Cela prend beaucoup de temps et
d'algèbre à théoriser.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Ça a donc occupé tous les élèves de
Marshall pendant cinquante ans.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Ils n'avaient pas le temps de
penser à la grande question, ou même de se rappeler qu'il y avait une grande
question, parce qu'ils devaient garder le nez dans le guidon pour élaborer la
théorie du prix d'une tasse de thé.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Keynes a retourné la question à nouveau.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Il a commencé à
penser en termes ricardiens : la production comme un tout, et pourquoi se
soucier d'une tasse de thé ?&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Lorsque vous pensez à la production
comme un tout, les prix relatifs partent au lavage - y compris le prix relatif
de l'argent et du travail.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Le niveau des prix s’invite au débat,
mais il s’invite en tant que complication, et non comme question
principale.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Si vous avez un tant soit peu pédalé sur les vélos de
Ricardo, vous n'avez pas besoin de vous arrêter et de vous demander ce qu'il
faut faire dans un cas comme ça, vous vous contentez d’avancer.&lt;/span&gt;
&lt;span&gt;Vous écartez par hypothèse la complication jusqu'à ce que vous ayez
clarifié le point principal.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Ainsi, Keynes a commencé en se
débarrassant des prix exprimés en monnaie.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;La tasse de thé de
Marshall s’est évaporée dans le néant.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Mais si vous ne pouvez pas
utiliser l'argent, quelle unité de valeur prenez-vous ?&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Une heure
de temps de travail d’un homme.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;C'est la mesure la plus utile et
judicieuse de la valeur, donc, naturellement, vous la prenez.&lt;/span&gt; &lt;span&gt;Vous
n'avez pas à prouver quoi que ce soit, vous le faite, tout
simplement.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voilà où nous en sommes - nous sommes revenus aux grandes questions de
Ricardo, et nous utilisons l'unité marxienne de la valeur. &lt;span&gt;De quoi vous
plaignez-vous ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span&gt;Et pour l'amour du ciel, laissez Hegel en dehors de ça.&lt;/span&gt;
&lt;span&gt;Pourquoi Hegel vient-il mettre son nez entre moi et Ricardo ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.optimum-blog.net/post/2011/12/03/Joan-Robison-%C3%A0-un-marxiste#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le NIURONG et les trois zones euro</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/11/09/Le-NAURONG-et-les-trois-zones-euro</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:5aa85a932663c7f41dddfd7e1e647de5</guid>
    <pubDate>Wed, 09 Nov 2011 13:54:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
        <category>réflexions ou tentatives</category>
        <category>Crise</category><category>NAURONG</category>    
    <description>&lt;p&gt;La mode est au &lt;a href=&quot;http://t.co/FSSHRO8w&quot;&gt;NGDP targeting&lt;/a&gt; dans les
milieux autorisés. Le NGDP targeting consiste à demander aux banques centrales
de se fixer comme objectif de faire croitre à taux constant le PIB nominal (le
Nominal Gross Domestic Product en anglais). La croissance du PIB nominal
correspond à la somme de la croissance telle qu'on l'entend d’ordinaire (la
croissance &amp;quot;réelle&amp;quot; ou &amp;quot;en volume&amp;quot;) et du taux d'inflation. L'idée est que le
PIB réel est censé croître à un rythme relativement régulier, de même que les
prix. Un accroissement plus lent que prévu du PIB nominal contient un risque de
récession (ou de baisse de la croissance), tandis qu'une croissance plus forte
que prévu risque de se traduire par un excès d'inflation. Ainsi, si le taux
s'avère inférieur à l'objectif, la banque centrale mettra en œuvre une
politique accommodante (baisse des taux, création de liquidités) pour éviter un
ralentissement de l'activité. Si, au contraire, le taux est supérieur à
l'objectif, la banque centrale augmentera ses taux pour éviter une dérive
inflationniste. Le NGDP targeting apparaît comme une manière de faire coïncider
les deux objectifs que partagent la plupart des banques centrales : stabilité
des prix et soutien à l'activité.  La blogosphère (surtout anglo-saxonne)
regorge de discussions sur les avantages et inconvénients de cette idée. Mon
propos ici est de me demander ce que pourrait être l'objectif de croissance du
PIB nominal dans la zone euro. La réponse, hélas, semble varier selon les
pays.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Je n'aurai sans doute pas de prix Nobel pour ça, mais je propose une piste.
Elle consiste à utiliser, pour définir l'objectif de croissance nominale, un
concept adapté du fameux &lt;a href=&quot;http://www.google.fr/url?sa=t&amp;amp;rct=j&amp;amp;q=nairu&amp;amp;source=web&amp;amp;cd=1&amp;amp;ved=0CB0QFjAA&amp;amp;url=http%3A%2F%2Ffr.wikipedia.org%2Fwiki%2FTaux_de_ch%25C3%25B4mage_n%2527acc%25C3%25A9l%25C3%25A9rant_pas_l%2527inflation&amp;amp;ei=9Xe6TvXzKtKZhQel2tHOBw&amp;amp;usg=AFQjCNHlbhWw8TeweM8O_HXsFXWdSJgHeQ&amp;amp;cad=rja&quot;&gt;
NAIRU&lt;/a&gt; : le Non &lt;del&gt;Accelerating&lt;/del&gt; &lt;strong&gt;Increasing&lt;/strong&gt;
Unemployment Rate Of Nominal Growth, autrement dit le &lt;del&gt;NAURONG&lt;/del&gt;
&lt;strong&gt;NIURONG&lt;/strong&gt;. L'idée est simple : si le NGDP targeting est
efficace, alors il ne devrait conduire à une stabilité économique, se
traduisant par un chômage constant. S'il existe un lien entre le taux de
croissance du chômage (gu) et le taux de croissance nominale (gn) tel que gu=a
- b * gn, alors le chômage sera constant (gu=0) si gn=a/b. Il nous faut donc
une estimation de a et b pour calculer le NIURONG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Évaluer &lt;em&gt;sérieusement&lt;/em&gt; a et b est au-dessus de mes compétences. Je
peux en revanche les estimer &lt;em&gt;approximativement&lt;/em&gt;, avec toutes les
précautions d'usage (merci aux commentateurs les plus féroces de bien noter que
cette phrase n'est pas qu'une précaution oratoire de principe !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai constitué un petit &lt;a href=&quot;http://dl.dropbox.com/u/23191237/monnaie_zone_euro.xlsx&quot;&gt;jeu de données&lt;/a&gt;
sur la macroéconomie de la zone Euro. Ces données proviennent d'Eurostat, sauf
en ce qui concerne les agrégats monétaires par pays, qui proviennent des
banques centrales nationales de la zone. Je n'utiliserai ici que deux variables
: le nombre de chômeurs et le PIB nominal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les données sont mensuelles. En fait, elles sont vraiment mensuelles pour
les statistique monétaires. Pour les autres données, elles sont trimestrielles,
mais mensualisées par interpolation linéaire, ce qui induit peut-être un biais
concernant la pertinence des tests de significativité (le nombre de degrés de
liberté est certainement surestimé).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref. Je calcule, pour ces deux séries (chômage et NGDP) des taux de
croissance sur six mois (ce qui me semble être un découpage raisonnable à vue
d’œil), sur la période janvier 2003 - juillet 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas emblématique de la Grèce, une simple régression linéaire donne
le résultat suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/naurong.BMP&quot;&gt;&lt;img style=&quot;width: 500px; height: 500px;&quot; title=&quot;naurong.BMP, nov. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/naurong.BMP&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc, pour la Grèce gu=9-3gn. Par conséquent, le taux de croissance
semestriel du PIB nominal devrait être de 9/3=3% pour stabiliser le chômage, ce
qui correspond à un rythme annuel de 6% (si vous me passez les intérêts
composés négligeables).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Grèce aurait donc besoin, d'après ce calcul, d'une banque centrale ayant
comme objectif de faire croître de 6% par an le PIB nominal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu de chances que la BCE se fixe un jour cet objectif. En effet,
répéter cet exercice sur chaque pays de la zone euro (à 12, c'est à dire les 12
pays membres de la zone à l'origine), révèle l’existence de trois groupes de
pays bien distincts (les résultats pour le Luxembourg ne sont pas
significatifs) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) les pays à fort NIURONG :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grèce 6%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espagne 6.6%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Portugal 8,4%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Irlande 9.6%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) les pays à NIURONG modéré :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pays Bas : 2.6%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autriche : 4,2%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Belgique : 3,6%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finlande : 3%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France : 3,4%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Italie : 2,2%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) &lt;em&gt;Le&lt;/em&gt; pays à NIURONG nul :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allemagne -0,2%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis bien conscient des limites méthodologiques de ce petit exercice.
J'espère pour la zone Euro et pour l'amitié germano-irlandaise qu'elles
suffisent à expliquer cette apparente disparité des structures
macroéconomiques.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Géographie monétaire de la zone Euro</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/11/01/G%C3%A9ographie-mon%C3%A9taire-de-la-zone-Euro</link>
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    <pubDate>Tue, 01 Nov 2011 19:23:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
        <category>réflexions ou tentatives</category>
        <category>crise</category><category>création monétaire</category><category>Euro</category><category>Friedman</category>    
    <description>&lt;p&gt;Un des sujets intéressants à étudier pour les spécialistes d'économie
monétaire, dans le contexte actuel, est la capacité, ou plutôt l'incapacité,
pour la BCE, à localiser les effets de sa politique monétaire.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Imaginons que la BCE puisse créer plus ou moins de monnaie selon les pays
membres de la zone. Si c'était le cas, partager la même banque centrale ne
serait pas un problème, puisqu'elle pourrait adapter sa politique aux besoins
(différents) des différents pays. Mais on comprend bien que si la BCE créait
davantage de monnaie en Grèce qu'en Allemagne (enfin, en corrigeant pour la
taille des pays), par exemple en alimentant davantage en liquidité les banques
grecques que les banques allemandes, l'excédant monétaire pourrait rapidement
franchir les frontières pour se retrouver en Allemagne, où il est plus tentant
pour les banques d'accorder des prêts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'endogéneité de la monnaie est vieille (pour votre culture,
voir l'opposition entre la &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Banking_school&quot;&gt;banking school&lt;/a&gt; et la &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Currency_school&quot;&gt;currency school&lt;/a&gt;). Pour
résumer grossièrement, les partisans de l'exogéneité de la monnaie considèrent
que les variations de la masse monétaire, décidées par la banque centrale (ou
par le hasard des découvertes de mines d'or lorsque la création monétaire était
conditionnée aux réserves d'or) ont une influence sur l'activité économique
nominale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les partisans de l'endogéneité de la monnaie, c'est au contraire
l'activité économique qui suscite la création monétaire, car celle-ci transite
par l'octroi de crédits, qui eux-même dépendent des opportunités
d'investissement, et donc de l'activité économique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'il est tout à fait possible de considérer que la monnaie a
une composante endogène et une composante exogène, mais il est difficile de ne
pas penser à la composante endogène lorsque l'on voit les graphiques suivants,
faits avec des données de la banque mondiale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/geoeurom1.BMP&quot;&gt;&lt;img style=&quot;width: 500px; height: 500px;&quot; title=&quot;geoeurom1.BMP, nov. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/geoeurom1.BMP&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/geoeurom1.BMP&quot;&gt;&lt;img style=&quot;width: 500px; height: 500px;&quot; title=&quot;geoeurom1.BMP, nov. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/geoeurom2.BMP&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces graphiques mettent en lumière une nouvelle difficulté liée à la conduite
d'une &lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/politiques/01012368802-et-si-l-union-monetaire-europeenne-n-etait-pas-une-si-bonne-idee&quot;&gt;
politique monétaire commune eu Europe&lt;/a&gt;. Cette difficulté est que si les
crédits sont accordés plus aisément dans les pays où l'activité économique est
forte, alors pour une même valeur des outils de politique monétaire (création
de liquidité ou taux d'intérêt), la création monétaire est plus importante dans
les pays ayant la meilleure conjoncture. C'est à dire dans les pays qui en ont
le moins besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet effet est particulièrement visible sur le premier graphique, c'est à
dire pour M1, autrement dit, pour la monnaie au sens strict (billets + comptes
courants. cf &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Masse_mon%C3%A9taire#Composants_de_la_masse_mon.C3.A9taire&quot;&gt;
agrégats monétaires&lt;/a&gt;). En 2010, la Grèce, l'Italie et l'Irlande avaient
moins de monnaie qu'en 2009, alors que la France et l'Allemagne en avaient
plus. Dans l'ensemble, la masse monétaire a bien augmenté de 2009 à 2010 (même
si cette augmentation est plus faible que l'année précédente), mais cette
augmentation globale masque des disparités entre les pays où elle a augmenté et
ceux où elle a diminué.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milton Friedman considérait que l'évolution de M2 est un bon prédicteur de
l'activité économique avec quelques mois de décalage. Si j'étais Friedmanien et
irlandais, le second graphique me ficherait une sacrée frousse.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.optimum-blog.net/post/2011/11/01/G%C3%A9ographie-mon%C3%A9taire-de-la-zone-Euro#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Offre de la semaine</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/31/Offre-de-la-semaine</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:5a7209bdd97547ffd5984209349261c2</guid>
    <pubDate>Mon, 31 Oct 2011 13:45:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>VilCoyote</dc:creator>
        <category>insolite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Allez, ça faisait longtemps. Cette fois Leclerc nous fait un Brelan d'offres
incompréhensibles sur le café : les lots de deux paquets, identiques, à
part l'autocollant &amp;quot;Offre spéciale&amp;quot;, n'ont pas le même prix. Le lot de trois
paquets du même café revient plus cher au kilo que quand on achète par
deux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/cafe.JPG&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/.cafe_t.jpg&quot; alt=&quot;cafe_leclerc&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;cafe_leclerc, oct. 2011&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
Je ne vois pas comment ils peuvent vendre autre chose que des lots de deux
&amp;quot;Offre spéciale&amp;quot;. J'espère bien recevoir un jour un Nobel, &lt;em&gt;&amp;quot;pour sa
contribution décisive à la compréhension des mécanismes de prix foireux dans la
moyenne et grande distribution&amp;quot;&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/31/Offre-de-la-semaine#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Wishful thinking</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/30/Wishful-thinking</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:94f501a86c5af29a8f9b8ec59a2f7c04</guid>
    <pubDate>Mon, 31 Oct 2011 12:31:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
        <category>réflexions ou tentatives</category>
            
    <description>Le sommet Européen du 26 Octobre s'est conclu par l'adoption d'une déclaration
dont &lt;a href=&quot;http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/ec/125663.pdf&quot;&gt;
voici le texte&lt;/a&gt;. Concernant le problème de solvabilité de certains états
membres, cette déclaration comporte des éléments qui ont largement été rendus
publics (voir, par exemple, &lt;a href=&quot;http://lexpansion.lexpress.fr/economie/comprendre-le-sauvetage-de-l-euro-en-10-lecons_267813.html&quot;&gt;
cette présentation de l'Expansion&lt;/a&gt;). Tout au plus pourra-t-on s'étonner que
la déclaration officielle ne soit pas &lt;em&gt;beaucoup plus&lt;/em&gt; précise que
certains compte-rendus journalistiques. En revanche, en ce qui concerne la
crise économique, et le fait qu'elle touche avec plus de vigueur certains pays
que d'autres, la déclaration ne contient qu'un mélange de pensée magique et
d'erreurs de diagnostic.&lt;br /&gt;    &lt;p&gt;Clarifions bien les choses pour éviter les malentendus.  Que faut-il
pour qu'un pays soit prospère ? La réponse à cette question tient en deux
points, qui concernent deux champs relativement séparés de la macroéconomie :
1) il faut qu'il ait des capacités de production importantes 2) il faut qu'il
les utilise. Le problème de l'accord européen, c'est qu'il n'évoque la
croissance qu'en de vagues termes relevant du point 1), alors que le problème
provient du point 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance relative de ces deux points dépend de l'horizon temporel auquel
on se situe. A long terme, c'est le point 1) qui compte. Et de ce fait, c'est
le plus important. Si un jeune couple s'interroge sur le niveau de vie qu'aura
son nouveau-né dans 50 ans, alors il doit s'interroger sur ce que seront les
capacités de production de son pays d'ici là. Ces capacités de production
dépendent de quelques facteurs abondamment étudiés par les économistes de la
croissance. Pour l'essentiel : taux d'investissement élevé, taux de scolarité
élevé, recherche féconde, ouverture commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A long terme, seules comptent les capacités de production, car même des
fluctuations de 10 ou 15 points de leur taux d'utilisation pèsent peu par
rapport à leur augmentation. Pour vous en convaincre, gardez en tête le fait
qu'une croissance de 2% par an pendant 50 ans correspond à une augmentation de
170%, tandis qu'une croissance de 3% par an pendant la même période correspond
à une augmentation de 338%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vous en convaincre, également, regardez ce graphique qui représente
l'évolution à long terme du PIB Français en millions de dollars constants de
l'an 2000:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img title=&quot;pib_fr_LT.png, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/.pib_fr_LT_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit bien que les petites fluctuations à court terme du PIB pèsent peu
par rapport à la tendance de long terme qui est portée par l'accroissement des
capacités de production (via l'épargne, l'éducation, le progrès technique...).
Je préfère sans ambiguïté vivre dans un pays riche qui n'utilise que 75% de ses
(fortes) capacités de production à cause d'une crise que dans un pays pauvre
qui utilise 95% de ses (faibles) capacités de production. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A court terme, les priorités s'inversent, et le point 2) devient le plus
important.  Pourquoi ? Parce que sur 2 ou 3 ans, l'augmentation à un
rythme annuel de 2% ou 3% pèse peu par rapport à un taux d'utilisation des
capacités de production qui, en temps de crise, peut chuter de 10%. Dans le
graphique suivant, je zoome sur le PIB de la France de 1926 à 1939 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img title=&quot;pib_fr_CT.png, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/.pib_fr_CT_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'évolution à court terme ne ressemble décidément pas à celle connue à long
terme. C'est d'ailleurs pour cette raison que la macroéconomie à court terme
n'utilise pas les mêmes modèles que la macroéconomie à long terme (à quelques
exceptions peu convaincantes près).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce graphique montre que le PIB français est passé de 195 à 165 milliards de
Dollars de 1929 à 1932, soit une perte de 15,3% en 3 ans. Personne ne peut
raisonnablement penser que cette diminution puisse être entièrement due, voire
même majoritairement due, à une baisse des capacités de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, il n'est pas question de technologie, de formation des travailleurs ou
de modernité de l'appareil productif, mais de demande : une crise de ce type
est un problème de coordination, qui fait que l'on pourrait produire plus de
richesses si davantage de travailleurs avaient un emploi, mais on ne les
emploie pas car la demande est insuffisante, et la demande est insuffisante car
on ne les emploie pas. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce genre de situations appelle des réponses appropriées, qui prennent
généralement la forme d'un accroissement de la masse monétaire et/ou d'un
accroissement des dépenses publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise économique de la Grèce correspond exactement à ce genre de
situations : l'appareil productif grec est capable de produire plus de richesse
qu'il n'en produit actuellement. Il &amp;quot;suffirait&amp;quot; pour cela que les 400'000
nouveaux chômeurs grecs depuis 2008 retrouvent un emploi. Que faire pour cela ?
J'évoquais &lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/25/Pour-un-retour-de-la-drachme&quot;&gt;récemment&lt;/a&gt; deux solutions :
une monétisation de la dette grecque par la BCE permettant un ré-endettement
(plus modeste bien sûr) de l'Etat grec afin de financer un plan de relance, ou
un retrait de la Grèce de la zone Euro afin de retrouver une politique
monétaire. On aurait pu en mentionner d'autres : un plan de relance directement
financé par les autres pays européens (je doute qu'ils y tiennent) ; une vaste
négociation avec les syndicats et les entreprises pour baisser à la fois les
prix et les salaires, afin de stimuler les exportations (ou les visites de
touristes, ce qui revient au même) ; ou, tout simplement, ne rien faire, car
les crises de la demande ne durent pas éternellement, les problèmes de
coordination finissent par se résoudre via des ajustements des prix. Le
problème de la dernière solution est que ça peut durer de longues années.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les leaders européens semblent pourtant avoir choisi cette dernière option,
puisque leur déclaration commune ne dit rien sur ce qui permettrait d'accroître
le taux d'utilisation des capacités de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, conscients qu'il existe bel et bien un problème de croissance,
ils se contentent d'évoquer des pistes qui, au mieux, relèvent de la question
des capacités de productions. Comme si accroître des capacités de production
était une urgence au moment où les capacités existantes sont
sous-utilisées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord un effet d'annonce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
&amp;quot;La stratégie que nous avons mise en place comprend des efforts déterminés qui
visent à assurer l'assainissement budgétaire, à soutenir les pays en difficulté
et à renforcer la gouvernance de la zone euro, ouvrant ainsi la voie à un
approfondissement de l'intégration économique entre nous et à &lt;strong&gt;une
stratégie ambitieuse pour la croissance&lt;/strong&gt;. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
on va voir ce qu'on va voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Nous soutenons pleinement la BCE dans son action visant à maintenir la
stabilité des prix dans la zone euro.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ça, c'est juste pour être sûr qu'on ne risque pas de faire appel à la BCE comme
prêteur en dernier ressort. Donc si le point 2) mentionné plus haut avait
quelque importance dans la situation actuelle, il ne faudrait pas compter sur
la BCE pour donner un coup de main, même à l'échelle de la zone Euro (alors la
Grèce, vous pensez bien...)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Des finances publiques viables et des réformes structurelles au service de la
croissance &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C'est une rubrique entière dévouée au service de la croissance. voyons ce que
ça contient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Nous réaffirmons que nous sommes pleinement résolus (...) à orienter les
dépenses publiques vers les secteurs de croissance.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ça ne mange pas de pain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Tous les États membres de la zone euro sont fermement déterminés à poursuivre
leur politique d'assainissement budgétaire et leurs réformes
structurelles.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
y compris les pays AAA qui préfèrent &lt;a href=&quot;http://krugman.blogs.nytimes.com/2011/10/30/european-doom-loop/&quot;&gt;prendre le
risque de replonger en récession plutôt que de perdre un A&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur l'Espagne :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Des mesures supplémentaires sont nécessaires pour stimuler la croissance afin
de réduire le taux de chômage, qui atteint un niveau inacceptable. Il convient
notamment d'approfondir les modifications apportées au marché du travail en vue
d'accroître la flexibilité au niveau des entreprises et de renforcer
l'employabilité de la main-d'œuvre, tout en menant d'autres réformes destinées
à renforcer la compétitivité, et notamment d'amplifier les réformes dans le
secteur des services.&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Autrement dit, le marché du travail fonctionnait très bien en Espagne jusqu'à
la crise, puis il s'est mis à moins bien fonctionner ce qui a déclenché la
crise, il faut donc revenir au fonctionnement du marché du travail d'avant la
crise pour mettre fin à la crise. Ça tombe sous le sens.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour l'Italie, même style de diagnostic :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;L'Italie mettra maintenant en œuvre les réformes structurelles proposées afin
d'accroitre la compétitivité en réduisant l'excès de formalités
administratives, en abolissant les tarifs minimaux dans les services
professionnels et en poursuivant la libéralisation des services publics et des
services d'intérêt général au niveau local. Nous notons que l'Italie est
déterminée à réformer le droit du travail et en particulier les règles et les
procédures en matière de licenciement et à réexaminer avant la fin de 2011 le
système d'allocations chômage qui est actuellement morcelé, en tenant compte
des contraintes budgétaires.&lt;br /&gt;
Nous prenons acte du projet de porter l'âge de la retraite à 67 ans d'ici 2026
et recommandons que le processus qui permettra d'atteindre cet objectif soit
défini d'ici la fin de l'année. &amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ou encore&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Nous approuvons l'intention qu'a l'Italie de réexaminer les programmes
relevant des fonds structurels en redéfinissant l'ordre de priorité des projets
et en privilégiant l'éducation, l'emploi, la stratégie numérique et les chemins
de fer/les réseaux, l'objectif étant de créer des conditions plus propices pour
renforcer la croissance et s'attaquer à la fracture régionale.&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, tout cela concerne les capacités de production uniquement.&lt;br /&gt;
plus loin, sur la zone Euro en général :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot;Une coordination pragmatique des politiques fiscales au sein de la zone euro
est un élément nécessaire du renforcement de la coordination des politiques
économiques en vue de favoriser l'assainissement budgétaire &lt;strong&gt;et la
croissance économique&lt;/strong&gt;&amp;quot;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Essayez de prononcer cette phrase en omettant la partie en gras, et
demandez-vous s'il manque &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; quelque chose.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et c'est tout ! Rien de spécifique sur la croissance en Grèce, qui semble
n'être concernée que par son défaut partiel et la solidité de ses banques.
Comme si, par magie, un défaut partiel allait résorber l'accroissement du
chômage depuis 2008. Wishful thinking.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la gouvernance économique de l'Europe ne change pas et si les grecs
tiennent vraiment à conserver l'Euro, ils auront intérêt à renouer avec leurs
traditions les plus anciennes pour prendre la longueur de la crise avec
philosophie.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le service public et l'Europe</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/29/Le-service-public-et-l-Europe</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:d27fd4156b3ca293760b0c37772edc16</guid>
    <pubDate>Sat, 29 Oct 2011 16:35:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>VilCoyote</dc:creator>
        <category>réflexions ou tentatives</category>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=4427&quot;&gt;L'émission
&amp;quot;Arrêt sur images&amp;quot;&lt;/a&gt; de cette semaine s'attarde sur l'accord européen
intervenu mercredi (j'en profite pour recommander l'abonnement au site @SI (30€
par an), qui fournit globalement un travail de qualité, abondant, intelligent
et intéressant - même si les prises de position économiques de Schneidermann
&lt;a href=&quot;http://www.arretsurimages.net/forum/read.php?4,1180593,1180690#msg-1180690&quot;&gt;m'agacent&lt;/a&gt;).
Les invités sont deux économistes, J.Généreux et K.Berger, conseillers,
respectivement, de Mélenchon et Hollande. Généreux soutient notamment l'idée
d'une dérogation unilatérale à certaines règles de fonctionnement de l'Union
Européenne qu'il juge illégitimes, et il mentionne à ce titre la nécessité de
déroger à la &lt;em&gt;&amp;quot;mise en concurrence des services publics&amp;quot;&lt;/em&gt; imposée par
l'UE (à 1h04 et 1h15 dans la vidéo de l'émission). Cette idée d'une
incompatibilité entre le &lt;em&gt;&amp;quot;service public à la française&amp;quot;&lt;/em&gt; et les règles
libérales de l'UE est très répandue (notamment dans les manuels de SES de
Terminale), mais n'est plus vraiment fondée aujourd'hui.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;(Disclaimer : billet à contenu juridico-économique).&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;br /&gt;
A l'origine, il est vrai, les conceptions française et communautaire étaient
diamétralement opposées. Dans la conception française du service public, il y a
une sorte de présomption de légitimité de l’intervention directe et totale de
l’État et des collectivités locales, pour assurer la fourniture d’une activité
d’intérêt général (selon les époques, le champ de ce qui est considéré comme
étant d’ &amp;quot;intérêt général&amp;quot; peut varier : le théâtre n’était pas reconnu
comme un service public au début du XXe siècle, mais l’est aujourd’hui, de même
que certains sports). Traditionnellement, le service public &amp;quot;à la française&amp;quot; se
présente alors comme une activité industrielle ou commerciale, confiée à un
opérateur monopolistique du secteur public verticalement intégré (propriétaire
et exploitant du réseau le cas échéant, fournisseur des services aux usagers),
l’État cumulant par ailleurs les fonctions de réglementation de l’activité, de
régulation du marché, de tutelle et de propriétaire de l’opérateur
économique.&lt;br /&gt;
A l’inverse de cette conception, le droit communautaire tendait à l’origine (et
jusque dans les années 1980) à privilégier le libre jeu du marché et de la
concurrence pour fournir tout service, quel qu’il soit, quelles que soient ses
spécificités ; le Traité de Rome (1957) met ainsi en avant la protection
des libertés économiques (libre circulation des marchandises, des capitaux et
des travailleurs) mais ignore la notion de service public. Le but de la
construction européenne était de construire un marché unique, et toute entrave
à la concurrence (tel qu'un monopole public de &amp;quot;service public&amp;quot;, comme on aime
à le faire chez nous) était vue comme un obstacle à cette construction. Le
droit communautaire se méfiait donc des monopoles et des grandes entreprises,
et prônait l’urgente libéralisation des services publics.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Face à cette vision radicalement libérale de la construction européenne, la
France a tenté d’imposer aux instances européennes une vision plus conforme à
la sienne. Cette confrontation finit par aboutir, dans les années 1980-1990, à
une certaine convergence des conceptions française et européenne des activités
d’intérêt général. Le droit européen a ainsi consacré la notion de service
d’intérêt économique général (SIEG). La Commission Européenne, dans une
communication du 26 septembre 1996, reconnaît qu’ils &lt;em&gt;&amp;quot;répondent à des
besoins fondamentaux. La fonction de ciment de la société que ces services
assument dépasse le seul niveau des préoccupations matérielles&amp;quot;&lt;/em&gt;. Ils
peuvent être justifiés par des &lt;em&gt;&amp;quot;considérations d'intérêt général telles que
(…) la promotion des intérêts des consommateurs&amp;quot;&lt;/em&gt;, d’autant plus lorsque
&lt;em&gt;&amp;quot;les forces du marché (…) peuvent risquer d'exclure une partie de la
population des bénéfices qui peuvent en être retirés et de ne pas permettre la
promotion de la cohésion sociale et territoriale. L'autorité publique doit
alors veiller à la prise en compte de l'intérêt général&amp;quot;&lt;/em&gt;. Dès lors,
&lt;em&gt;&amp;quot;&lt;strong&gt;les fournisseurs de services d'intérêt général bénéficient de
l'exemption des règles (de concurrence)&lt;/strong&gt; du traité, dans la mesure où
l'application de ces dispositions entrave l'accomplissement des missions
d'intérêt général dont ils sont chargés&amp;quot;&lt;/em&gt; (ce que prévoit par ailleurs
l'article 106§2 TFUE : &lt;em&gt;&amp;quot;les entreprises chargées de la gestion de
services d’intérêt économique général (…) sont soumises aux règles du Traité,
dans les limites où l’application de ces règles ne fait pas échec à
l’accomplissement en droit ou en fait de la mission particulière qui leur a été
impartie&amp;quot;&lt;/em&gt;). Le &lt;a href=&quot;http://www.traite-de-lisbonne.fr/Traite_de_Lisbonne.php?Traite=12&quot;&gt;Protocole
9&lt;/a&gt; annexé au traité de Lisbonne (2007) reconnaît &lt;em&gt;&amp;quot;le rôle essentiel et
la grande marge de manœuvre des autorités nationales (…) pour fournir, faire
exécuter et organiser les services d’intérêt économique général d’une manière
qui réponde autant que possible aux besoins des utilisateurs&amp;quot;&lt;/em&gt;, et promeut
&lt;em&gt;&amp;quot;un niveau élevé de qualité, de sécurité et quant au caractère abordable,
l’égalité de traitement et la promotion de l’accès universel et des droits des
utilisateurs&amp;quot;&lt;/em&gt;. Grosse brèche textuelle dans le tout-concurrentiel
jusqu'alors prôné par les Traités de l'UE : l'importance extra-économique
des activités d'intérêt général est mise en avant, et justifie des régimes
d'exemption des règles de concurrence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Deux arrêts de la Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE) consacrent
la spécificité des SIEG : dans l'arrêt &lt;em&gt;Corbeau&lt;/em&gt; du 19 mai 1993, la
CJCE admet que le Traité &lt;em&gt;&amp;quot;permet aux États membres de conférer à des
entreprises, qu'ils chargent de la gestion des services d'intérêt économique
général, des droits exclusifs qui peuvent faire obstacle à l'application des
règles du traité sur la concurrence, dans la mesure où des restrictions à la
concurrence, voire une exclusion de toute concurrence, de la part d'autres
opérateurs économiques, sont nécessaires pour assurer l'accomplissement de la
mission particulière qui a été impartie aux entreprises titulaires des droits
exclusifs&amp;quot;&lt;/em&gt;. Dans l'arrêt &lt;em&gt;Commune d'Almelo&lt;/em&gt; du 27 avril 1994, la
Cour affirme que &lt;em&gt;&amp;quot;des restrictions à la concurrence de la part d'autres
opérateurs économiques doivent être admises, dans la mesure où elles s'avèrent
nécessaires pour permettre à l'entreprise investie d'une telle mission
d'intérêt général d'accomplir celle-ci&amp;quot;&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
Un État membre peut donc confier à une entreprise un monopole d’exploitation de
ce qu’il aura &lt;em&gt;lui-même&lt;/em&gt; (cf.le protocole 9) défini comme un SIEG, si ce
monopole est nécessaire pour permettre l’accomplissement de la mission
d’intérêt général (dans l’arrêt Corbeau, la Cour admet que l’ensemble des
activités assurées par la Poste belge soient protégées contre la concurrence,
pour lui permettre de compenser financièrement ses activités non-rentables par
ses activités rentables). Le droit communautaire acceptera la définition
nationale du SIEG à partir du moment où il apparaît que la mission confiée à
l’entreprise comporte bien des obligations particulières, notamment
&lt;em&gt;&amp;quot;assurer un service ininterrompu, sur l’ensemble du territoire, à tous les
usagers, pour un prix détaché du coût réel&amp;quot;&lt;/em&gt; (arrêt Commune d’Almelo). Ca
ne s'appelle pas du service public, parce que l'expression elle-même est
franco-française, mais ça en a toutes les caractéristiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En plus de ces possibilités d'exemption des règles communautaires de
concurrence pour les SIEG, le droit européen consacre des obligations positives
à la charge des États en matière de fourniture de services d'intérêt général, à
travers la consécration du principe de &lt;em&gt;&amp;quot;service universel&amp;quot;&lt;/em&gt;. La notion
de service universel est consacrée de façon générale par la directive
européenne 2002/22/CE, qui instaure le service universel en matière de
télécommunications. Elle affirme que pour &amp;quot;&lt;em&gt;traiter les cas où les besoins
des utilisateurs finals ne sont pas correctement satisfaits par le marché&amp;quot;&lt;/em&gt;
(article premier, point 1), chaque État doit imposer à un ou plusieurs
opérateurs un &amp;quot;&lt;em&gt;ensemble minimal des services d'une qualité spécifiée
accessible à tous les utilisateurs finals, à un prix abordable&amp;quot;&lt;/em&gt; (article
premier, point 2). Le droit communautaire définit donc cet ensemble minimal de
services que doit faire assurer chaque État membre sur son territoire :
c’est cet ensemble de services qui constitue le service universel.&lt;br /&gt;
La directive prévoit que les services sont mis à la disposition de tous les
utilisateurs sur leur territoire, indépendamment de leur position géographique
(cela suppose une péréquation tarifaire pour les usagers), au niveau de qualité
spécifié et à un prix abordable; là encore, l'expression &amp;quot;service public&amp;quot; n'est
pas employée, mais il s'agit précisément de ça, et c'est l'UE qui
&lt;em&gt;impose&lt;/em&gt; aux États de l'assurer ou de le faire assurer (le service
universel de télécommunications comporte ainsi l’obligation de raccorder tout
utilisateur en faisant la demande, de lui fournir un service téléphonique et un
accès Internet à débit suffisant, à prix abordable, de même que l’accès à un
annuaire régulièrement mis à jour et à un service de renseignements, un
maillage suffisant du territoire en postes téléphoniques payants, ainsi qu’un
numéro d’appel d’urgence universel gratuit et des mesures spécifiques pour
assurer l’accès au service aux utilisateurs handicapés). Ces exigences sont
susceptibles d’être enrichies par le droit communautaire au gré des évolutions
technologiques ou des besoins des utilisateurs, et chaque Etat est libre
d’ajouter d’autres obligations qu’il souhaite imposer aux opérateurs sur son
territoire (considérant 25 de la directive). Les grands secteurs publics
libéralisés ont tous fait l’objet d’une définition des obligations de service
universel auxquelles ils étaient astreints (directive 97/67 pour les services
postaux, directive 96/92 pour l’énergie, règlement 1370/2007 pour le transport
ferroviaire).&lt;br /&gt;
Dans la mesure où fournir les services relevant du service universel n’est par
essence pas rentable pour l’opérateur économique qui en est chargé, la
directive 2002/22 prévoit deux modes de compensation de cette charge financière
(considérant 21 de la directive). Premièrement, la subvention d’équilibre
versée par l’État, par exception à l’article 107 TFUE qui interdit en principe
les aides d’État (voir dans le même sens l'arrêt &lt;em&gt;Altmark&lt;/em&gt;, CJCE 24
juillet 2003). Deuxièmement, la mise en place d’un fonds de service universel,
sur le principe du &lt;em&gt;&amp;quot;play or pay&amp;quot;&lt;/em&gt; : tout opérateur du secteur
concerné qui ne prend pas en charge les obligations du service universel verse
une taxe (au prorata de son chiffre d’affaires) qui sert à financer le déficit
structurel de l’opérateur chargé du service universel.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
M.Généreux peut donc être tranquille : aujourd'hui, le droit de l'UE
(Traités, directives, jurisprudence) garantit largement la possibilité - voire
l'obligation - pour chaque État membre de ménager des espaces hors concurrence
pour les services publics qui l'exigent. Mais ce ne serait pas très
mélenchonien de l'admettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(PS. Il y a de nombreuses lectures sur le sujet; vous pouvez vous référer à
la &lt;a href=&quot;http://www.conseil-etat.fr/fr/discours-et-interventions/la-notion-de-service-d-interet-economique-general-cadre-europeen-et.html&quot;&gt;
récente allocution&lt;/a&gt; du vice-président du Conseil d'État)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/29/Le-service-public-et-l-Europe#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Retrouver une politique monétaire : le cas de l'Argentine</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/27/Retrouver-une-politique-mon%C3%A9taire-%3A-le-cas-de-l-Argentine</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:f3a9700f3f4f5452c0ad6ccfc378542c</guid>
    <pubDate>Fri, 28 Oct 2011 00:54:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
        <category>réflexions ou tentatives</category>
        <category>argentine</category><category>Crise grecque</category><category>politique monétaire</category>    
    <description>&lt;p&gt;Petit suivi de &lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/25/Pour-un-retour-de-la-drachme&quot;&gt;mon
billet précédent&lt;/a&gt; (et de ses commentaires), dans lequel j'envisage la sortie
de la Grèce de l'Euro comme une solution moins mauvaise que d'autres. Je
donnerai ici quelques éléments permettant d'appréhender ce qui s'est produit
dans un cas relativement comparable : l'abandon en 2002 par l'Argentine de sa
caisse d'émission.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Petit rappel très rapide : afin de lutter contre les dérives inflationnistes
passées, l'Argentine s'est dotée en 1991 d'un mécanisme monétaire appelé une
caisse d'émission (currency board en anglais). Le principe en est simple : la
banque centrale argentine avait l'obligation de détenir en réserve un dollar
pour chaque peso qu'elle créait. En d'autres termes, il s'agissait du régime de
change le plus rigide possible, à l'exception bien sûr de l'union monétaire.
L’Argentine n'avait tout simplement pas de possibilité de créer de la monnaie,
sauf si ses réserves en dollar augmentaient. Si, au contraire, ses réserves
diminuaient, elle se voyait dans l'obligation de détruire des pesos, menant
ainsi une politique monétaire restrictive. L'Argentine a expérimenté un
douloureux épisode de fuite des capitaux : ses réserves en dollar on commencé à
diminuer au début de la décennie 2000 (c'est ce qui arrive lorsque la demande
de dollars contre des pesos est supérieure à la demande de pesos contre des
dollars). Un processus de prophétie auto-réalisatrice s'est alors enclenché :
si l'on pense que les réserves en dollar de la banque centrale vont
s'effondrer, alors on anticipe un abandon du système de caisse d'émission et
une dévaluation du peso. Dans ce cas, il est rationnel de vouloir changer ses
pesos contre des dollars, ce qui accélère la baisse des réserves, jusqu'à
provoquer effectivement l'abandon forcé du système. Cet abandon a eu lieu au
tout début de l'année 2002. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux grandes différences entre l'abandon de sa caisse d'émission par
l'Argentine et un hypothétique retour à la drachme de la Grèce : 1) l'argentine
n'a pas eu à changer sa monnaie nationale, 2) cet abandon a été douloureusement
imposé par une fuite des capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le point commun entre les deux, c'est que l'Argentine a retrouvé une
politique monétaire, comme le ferait la Grèce dans le cas d'un retour à la
drachme. C'est pourquoi, &lt;em&gt;mutatis mutandis&lt;/em&gt;, l'expérience argentine me
semble intéressante à étudier pour anticiper ce que pourraient être les
conséquences d'un retour de la drachme. (Toutes les données viennent de la
&lt;a href=&quot;http://databank.worldbank.org/ddp/home.do?Step=12&amp;amp;id=4&amp;amp;CNO=2&quot;&gt;banque
mondiale&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier effet de l'abandon, sans surprise, la banque centrale s'est mise à
créer de la monnaie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine2.BMP&quot;&gt;&lt;img style=&quot;width: 500px; height: 500px;&quot; title=&quot;Argentine2.BMP, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine2.BMP&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette création de monnaie s'est traduite par de l'inflation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine1.BMP&quot;&gt;&lt;img title=&quot;Argentine1.BMP, oct. 2011&quot; style=&quot; width:500px; height:500px&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine1.BMP&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petites remarques concernant l'inflation : d'abord, on observe sur ce
graphique que l'argentine connaissait avant la sortie de la caisse d'émission
un problème de déflation, dont à peu près tout le monde s'accorde à reconnaître
que c'est un problème redoutable. L'Argentine a donc guéri de cette déflation.
Ensuite, si elle a troqué sa déflation contre une inflation manifestement trop
forte, l'Argentine n'a pas connu d'épisode d'hyper inflation incontrôlable
comme dans les années 80. L'inflation était à un chiffre en 2004 et 2005, puis
est remontée, et était à nouveau à un chiffre en 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, cette inflation a eu un effet clairement positif : elle a fait
chuté le taux d'intérêt réel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine3.BMP&quot;&gt;&lt;img style=&quot;width: 500px; height: 500px;&quot; title=&quot;Argentine3.BMP, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine3.BMP&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'apprend dans les cours de microéconomie, la baisse du taux
d'intérêt réel stimule l'investissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine4.BMP&quot;&gt;&lt;img style=&quot;width: 500px; height: 500px;&quot; title=&quot;Argentine4.BMP, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine4.BMP&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette hausse de l'investissement se traduit par une augmentation du PIB réel
:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine5.BMP&quot;&gt;&lt;img style=&quot;width: 500px; height: 500px;&quot; title=&quot;Argentine5.BMP, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine5.BMP&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand le PIB repart à la hausse, le chômage repart à la baisse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine6.BMP&quot;&gt;&lt;img style=&quot;width: 500px; height: 500px;&quot; title=&quot;Argentine6.BMP, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/Argentine6.BMP&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A en juger par ces données, on en viendrait presque à se demander pourquoi
la crise monétaire argentine de 2002 est entrée dans les mémoires comme un
dramatique épisode d'effondrement. En réalité, cette impression est légitime,
car les effets bénéfiques du retour de la politique monétaire en Argentine se
sont fait sentir avec quelques mois de décalage (environ une année, à en juger
par ces données, mais on ne peut guère être précis car il s'agit de données
annuelles). La caisse d'émission a été abandonnée en début d'année 2002, et
2002 a été la pire année de la crise. Chronologiquement, on a bien assisté à
une crise monétaire en premier, puis à la pire année pour l'économie argentine
ensuite. A ces faits s'ajoutent des images d'argentins désemparés faisant la
queue pour changer leurs pesos contre des dollars et se demandant s'ils devront
demain transporter par brouette l'argent leur servant à acheter leur baguette
de pain. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute également que la dévaluation ne s'est pas bien passée : elle a été
trop modérée dans un premier temps, ce qui a suscité des anticipations d'une
nouvelle dévaluation, qui s'est effectivement manifestée (je parle de mémoire,
les données de la banque mondiale étant annuelles, elles ne permettent pas de
reconstituer l'évolution du taux de change mois par mois. Si un lecteur a cette
info, elle est bienvenue). On se rappelle que dans ce contexte, le FMI a tardé
à apporter son aide à l'argentine, en raison précisément de la faiblesse de la
dévaluation initiale. On peut en tirer comme leçon que dans ce genre de
situations, mieux vaut avoir de bonnes relations avec les institutions
financières internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais force est de constater que la situation s'inverse brutalement et
favorablement suite à la réappropriation par l'Argentine de sa politique
monétaire. Les mauvais chiffres de 2002 apparaissent très clairement, sur les
graphiques, comme un prolongement de la tendance des années précédentes, sans
accentuation qui serait due à la dévaluation. A contrario, les bons chiffres de
2003 constituent clairement une rupture de trend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens de ce billet n'est pas de dire qu'en cas d'abandon de l'Euro, la
Grèce connaitrait la même évolution. Les situations ne sont pas identiques, et
comme le précise Alexandre Delaigue en &lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/25/Pour-un-retour-de-la-drachme#c9429626&quot;&gt;commentaire&lt;/a&gt; du
billet précédent, il est beaucoup plus compliqué d'abandonner une monnaie pour
en recréer une que de modifier les règles de change d'une monnaie qui, bien que
dévaluée, continue d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais à défaut de pouvoir étudier un cas de retrait d'une union monétaire, il
n'est pas vain de se faire une idée des conséquences d'une réappropriation de
sa politique monétaire par un pays en crise. Et apparemment, elles sont
positives.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/27/Retrouver-une-politique-mon%C3%A9taire-%3A-le-cas-de-l-Argentine#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Pour un retour de la drachme</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/25/Pour-un-retour-de-la-drachme</link>
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    <pubDate>Wed, 26 Oct 2011 15:25:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
        <category>réflexions ou tentatives</category>
        <category>Crise grecque</category><category>création monétaire</category><category>Keynes</category><category>Krugman</category><category>Sumner</category>    
    <description>&lt;p&gt;Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se démènent pour &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/10/25/paris-berlin-deux-approches-differentes-pour-sauver-l-euro_1593682_823448.html&quot;&gt;
sauver l'Euro&lt;/a&gt;. Si j'étais grec, pas sûr que je souhaiterais qu'ils y
parviennent.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Pour comprendre ce point du vue, il faut commencer par bien formuler les
problèmes. Concernant la Grèce, il y en a deux bien distincts, quoi qu'ils
soient intimement liés l'un à l'autre : le premier est un problème de
solvabilité de l'Etat Grec, le second est un problème de crise économique. Même
s'il est difficile de parler d'un problème sans évoquer l'autre, il faut garder
en tête qu'ils ne sont pas identiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Etat insolvable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le problème de la solvabilité, en soi, est assez simple : l'Etat Grec ne
peut pas payer sa dette, et ne peut donc plus lever de fonds à un taux
d'intérêt raisonnable sur les marchés financiers. Le graphique suivant, tiré de
données d'&lt;a href=&quot;http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/statistics/search_database&quot;&gt;Eurostat&lt;/a&gt;,
permet de se faire une idée de la situation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img title=&quot;grece1.jpg, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/.grece1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2005, la dette publique représentait &lt;em&gt;seulement&lt;/em&gt; une année de PIB,
ce qui n'est certes pas mince, mais pas catastrophique. Le déficit primaire
(c'est à dire hors charge de la dette) était inférieur à 1%. Mais le déficit
incluant la charge de la dette dépassait les 5%, ce qui n'est guère favorable à
la stabilité de la dette. 4 phénomènes font que la crise a considérablement
aggravé la situation : &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Pendant une crise, les dépenses publiques augmentent (prestations
chômage...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Pendant une crise, les recettes fiscales diminuent (car elles sont
appuyées sur l'activité).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Pendant une crise, le PIB ralentit puis diminue, ce qui fait baisser le
dénominateur dans le ratio dette/pib&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Quand les prêteurs (qui ne sont pas nécessairement des spéculateurs, mais
simplement des gens qui s'inquiètent de savoir si leur argent sera remboursé)
commencent à douter de la soutenabilité de la dette, ils prêtent moins
volontiers, ce qui fait augmenter le taux d'intérêt, ce qui alourdit la charge
de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend bien que le point 4- peut être à l'origine d'un effet boule de
neige particulièrement dévastateur, ce qui, par parenthèse, donne un argument
aux partisans d'une rigueur budgétaire &lt;em&gt;en temps ordinaires&lt;/em&gt; (c'est à
dire hors récession) : un Etat faiblement endetté peut se permettre,
exceptionnellement, lorsqu'une crise l'exige, de connaître deux ou trois années
de déficit élevé sans craindre pour sa solvabilité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela ne signifie pas que l'Etat grec soit irréprochable, qu'il n'y ait
pas de difficulté à prélever l'impôt en Grèce, etc. Mais les circonstances
n'aident pas, c'est le moins qu'on en puisse dire. (pour une présentation à
plus long terme des déficits grecs, lire ce billet de &lt;a href=&quot;http://verel.typepad.fr/verel/2011/10/restructuration-de-la-dette-grecque.html#more&quot;&gt;
Verel&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est donc : comment organiser le défaut partiel de l'Etat grec ?
Autrement dit : à quelle hauteur doit-il s'exercer ? Peut-on obtenir un
consensus des créanciers ? Comment éviter de fragiliser les banques créancières
? Comment les recapitaliser ? Ces questions en entraînent d'autres,
inévitables, telles que : comment faire fonctionner le &lt;a href=&quot;http://www.touteleurope.eu/fr/actions/economie/euro/actualite/actualites-vue-detaillee/afficher/fiche/4411/t/43803/from/2277/breve/les-etats-adoptent-des-mecanismes-de-surveillance-de-prevoyance-et-dassistance-a-ces-membres.html?cHash=ac5e3a7b19&quot;&gt;
Fonds Européen de Stabilité Financière&lt;/a&gt; ? La BCE pourra-t-elle le financer ?
Comment éviter que d'autres pays ne profitent de ce fonds pour éviter de
contrôler leurs déficits, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pays en crise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces questions, si intéressantes soient-elles, ne disent pas grand
chose sur le deuxième grand problème de la Grèce : la crise. Toujours prises
sur Eurostat, voici les données sur le chômage en Grèce depuis 2006 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img title=&quot;grece4.jpg, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/.grece4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation grecque est la suivante : le nombre de chômeurs a été multiplié
par deux en quelques trimestres. Et bien que les questions posées par les
exécutifs français et allemand soient éminemment pertinentes, on comprend mal
en quoi les réponses éventuellement trouvées pourraient de quelque manière
apporter un début de solution à ce problème.  &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons les bases. Cette crise est une crise de la demande. Qu'est-ce que
cela signifie ? Tout simplement qu'elle provient d'une diminution forte de la
dépense agrégée. On peut suivre Scott Sumner, qui &lt;a href=&quot;http://www.adamsmith.org/files/ASI_NGDP_WEB.pdf&quot;&gt;préconise&lt;/a&gt; (via
econoclaste) de détecter l'évolution de la demande à travers le PIB nominal (et
qui a été récemment approuvé en cela par &lt;a href=&quot;http://t.co/SR5EAkRL&quot;&gt;Paul
Krugman&lt;/a&gt;. J'en profite pour saluer cette convergence inespérée entre deux
grands esprits). Voici ce que cela donne pour la Grèce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img title=&quot;grece5.jpg, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/.grece5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, la dépense globale en Grèce est inférieure d'environ 25% à ce
qu'elle serait si elle avait suivi la même évolution qu'entre 1995 et 2007. Il
n'y a, en Grèce aucune poussée inflationniste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img title=&quot;grece6.jpg, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/.grece6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le PIB réel diminue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img title=&quot;grece2.jpg, oct. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/.grece2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
Bref, on est là dans un cas classique de crise de surproduction, version années
30. Mais sans new deal et sans politique monétaire. &lt;strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour aux fondamentaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement à ce que certains pourraient penser, il existe un vaste
consensus chez les économistes pour prédire qu'une chute aussi forte de la
dépense nominale se traduit nécessairement par une contraction de l'activité et
un accroissement du chômage (cf. par exemple, ce qu'en pensent les très
conservateurs John Cochrane et Robert Barro, via toujours &lt;a href=&quot;http://www.themoneyillusion.com/?p=10124&quot;&gt;Scott Sumner&lt;/a&gt;). Et dans ces cas
là, il existe fondamentalement deux types de remèdes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Un stimulus budgétaire (accroissement des dépenses publiques et/ou
diminution des prélèvements obligatoires)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Un stimulus monétaire (création de liquidités par la banque centrale)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que la Grèce appartient à la zone Euro, le stimulus monétaire est tout
simplement impossible. Il faudrait, pour qu'il soit mis en œuvre par la BCE,
que l'ensemble des pays de la zone soient dans la même situation que la Grèce.
Tant que ça n'est pas le cas, un tel stimulus est impossible car les pays qui
vont mieux que la Grèce, Allemagne en tête, prétendront (non sans raison) qu'un
tel stimulus aurait des dérives inflationnistes chez eux. On touche là du doigt
ce qui définit une zone monétaire optimale, ou plutôt, par contraste, une zone
monétaire non optimale : lorsque des pays différents ont des conjonctures
différentes, il leur est difficile de partager la même politique monétaire :
celui dont la conjoncture est bonne préfère une politique monétaire rigoureuse,
afin d'éviter l'inflation, tandis que l'autre réclamera une politique plus
accommodante pour relancer l'activité. Aucune politique monétaire ne peut
satisfaire les deux simultanément. La zone Euro serait une zone monétaire
optimale si les chômeurs Grecs avaient massivement migré en Allemagne pour
trouver un emploi, et si la reprise Allemande avait stimulé les importation
germaniques en provenance de Grèce, de manière à relancer l'activité
hellénique. Manifestement, rien de cela ne s'est produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au stimulus budgétaire, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que
les plans de sauvetage de la Grèce ont précisément pour objet de baisser la
dépense publique et d'accroître les prélèvements obligatoires, ce qui
constitue, précisément, l'inverse d'un stimulus. Peut-on d'ailleurs en faire le
reproche à Sarkozy et Merkel ? On comprendrait mal qu'ils se mobilisent pour
annuler 50% de la dette Grecque, et qu'ils demandent en même temps à la Grèce
de se ré-endetter à la même vitesse. Pourtant, le résultat du premier &lt;em&gt;plan
de sauvetage&lt;/em&gt; a déjà été une contraction accélérée de l'activité, et
finalement une aggravation du problème de l'endettement. Si, comme le souhaite
le couple franco-allemand, le déficit public est ramené de 10% à 5% du PIB en
2012, cela constituera un contre-stimulus de 5 points de PIB, alors qu'il
faudrait un stimulus d'au moins autant pour commencer à combler l'écart entre
le PIB potentiel et le PIB effectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un salut dans l'Euro, mais peu crédible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce à dire qu'il n'est point de salut pour la Grèce dans l'Euro ? Pas
tout-à-fait. Il existe bien une solution théorique, mais elle semble
politiquement totalement irréaliste. Il s'agirait d'autoriser la BCE à racheter
la totalité de la dette grecque sur une dizaine d'années et à ne pas se faire
rembourser. Dit comme ça, ça peut sembler extrême. Ca ne l'est pas tant que ça.
La dette Grecque représente environ 300 milliards d'euros, le PIB de la zone
Euro environ 9000. Le ratio est donc d'environ 3,33%. Les choses sont un peut
plus délicates lorsqu'on rapporte la dette grecque à la base monétaire, c'est à
dire aux moyens de paiement émis par la BCE, qui sont de l'ordre de &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Base_et_masse_mon%C3%A9taires-_102009.png&quot;&gt;
1000 milliards d'Euros&lt;/a&gt;. Mais rachetée sur 10 ans, cela représenterait de
l'ordre de 3% de la base monétaire par an, soit une somme pas si terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains s'effraieront peut-être de ce que cela conduise la BCE à la
faillite, ce à quoi on peut répondre que la BCE peut difficilement faire
faillite. Une banque fait faillite lorsque son actif ne lui permet pas de
rembourser ses dettes. La BCE pourra toujours rembourser ses dettes, du moins
libellées en Euro, puisqu'elle crée l'Euro. C'est son privilège !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette monétisation totale de la dette grecque, accompagnée d'un plan
crédible de stabilisation des dépenses de fonctionnement, permettraient à
l'Etat de se ré-endetter un peu, sur deux ou trois ans, afin de mettre en œuvre
de vastes programmes d'investissement temporaires. Si le plan est suffisamment
crédible, le financement pourra se faire à des taux d'intérêt raisonnables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons sincère, ce que je viens d'écrire me brûle les doigts. Monétiser une
dette pour se ré-endetter, c'est ce qui définit le populisme macroéconomique,
c'est ce qui est à l'origine de toutes les crises d'hyper inflation que le
monde ait connues, et c'est aux antipodes de ce que je considère d'ordinaire
comme une bonne politique économique. Mais pour être clair, la gravité de la
situation fait qu'il n'y a que de mauvaises solutions. Et celle qui consiste à
laisser la Grèce s'enfoncer sans plan de relance ni stimulus monétaire ne me
paraît pas être la moins mauvaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'effraie dans une solution de ce type, ça n'est pas tant directement
l'hyperinflation liée à la monétisation, car les ordres de grandeurs ne sont
pas si effrayant, mais c'est les dérives qu'elle ne manquerait pas de susciter
de la part des autres pays lourdement endettés de la zone, qui pourraient être
tentés de suivre l'exemple. Et l'Italie, c'est plus grand que la Grèce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre problème, plus fondamental, de cette solution : elle maintient la
Grèce dans une zone monétaire qui la prive de politique monétaire, et dont on a
vu qu'elle n'avait rien d'optimal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Drachme, c'est la fin de l'étalon-or&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre solution consiste donc, pour la Grèce, à retrouver une politique
monétaire, en retournant à la Drachme. Cette solution est systématiquement
balayée d'un revers de main par tous les gens sérieux, au prétexte suivant : la
Drachme serait instantanément dévaluée, et la dette étant libellée en Euro, son
poids exploserait exprimée en Drachme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet argument ignore simplement le fait que si l'on peut imposer aux
créanciers de l'Etat grec de perdre 50% de la valeur de leur créance, on peut
tout aussi bien leur imposer un changement de la devise de leur créance. Je ne
dis pas que c'est &lt;em&gt;facile&lt;/em&gt;, mais ça ne semble pas &lt;em&gt;beaucoup plus
difficile&lt;/em&gt; que de faire accepter un défaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quoi pourrait ressembler un tel scenario ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons clairs : pas à un rêve. Mais encore une fois quand il n'y a que de
mauvaises solutions...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat grec annonce, brutalement, que tous les contrats libellés entre grecs
en Euro seront désormais libellés en Drachme, sur une base de 1 drachme = 1
euro, que la dette publique grecque libellée en euros sera dorénavant libellée
en Drachme sur la même base. Pour les autres contrats entre Grecs et non Grecs
libellés en euro... il faut voir (peut-être les conserver en euro avec
possibilité de renégociation...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque centrale grecque se voit dotée d'un status provisoire lui
permettant de racheter massivement de la dette publique, ce qui lui permet de
créer les premières unités de la Drachme. Bien sûr, elle en crée plus que ce
qu'il faudrait pour assurer la stabilité des prix. Cette politique permet
d'ancrer une anticipation d'inflation assez forte pendant trois ou quatre ans,
ce qui entraîne : 1) une dévaluation de la Drachme qui permet de stimuler les
exportations grecques, 2) une diminution du taux d'intérêt réel ce qui stimule
l'investissement. 3) Une diminution de la valeur réelle de la dette, ce qui est
une façon de faire partiellement défaut sans faire vraiment défaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique monétaire présente un énorme avantage sur la budgétaire : elle
n'implique pas de dérive des dépenses publiques. Par conséquent, un tel plan
pourrait être mis en œuvre sans que l'Etat grec ne renoue avec les dérives
passées. Je ne dis pas que, dans l'éventualité d'une mise en œuvre d'un tel
plan, l’État grec deviendrait brutalement vertueux au plan fiscal, je dis juste
que la rigueur ne serait, dans ce cas, pas incompatible avec l'efficacité d'un
stimulus monétaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'un tel scenario comporte la menace d'une dérive
inflationniste, qui serait de nature à fâcher les grecs tout autant que le
chômage actuel. Mais, d'une part, ça n'est pas certain et peut être évité,
d'autre part, l'histoire montre que l'inflation excessive peut être
efficacement combattue, au prix de petites crises passagères.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne doute pas que ce message suscitera des réactions indignées, de gens
pensant que je suis devenu hérétique. Je demande par avance à ces gens de tenir
compte de deux choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- J'ai bien dit et répété qu'il n'y avait, face à la gravité de la
situation, que de mauvaises solutions, celle défendue ici en fait partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- L'histoire connait un autre épisode célèbre de pays empêtrés dans une
crise obtenant de bons résultats en retrouvant une politique monétaire : c'est
l'abandon de l'étalon or au début des années, 30, annoncé à juste titre par
Keynes comme une &lt;a href=&quot;http://twentycentparadigms.blogspot.com/2011/10/keynes-on-youtube.html&quot;&gt;bonne
nouvelle&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/25/Pour-un-retour-de-la-drachme#comment-form</comments>
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  <item>
    <title>Mon maire est un économiste</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/10/13/Mon-maire-est-un-%C3%A9conomiste</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:fd9e2a9c5bcc06f4de477af376f260f1</guid>
    <pubDate>Thu, 13 Oct 2011 14:42:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>VilCoyote</dc:creator>
        <category>General</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dans ma ville, il y a un carrefour avec des feux tricolores (normaux), mais
comme il est mal foutu (très mauvaise visibilité), il est un peu dangereux. Du
coup, la mairie a gardé les feux mais, au lieu de les laisser tricolores, les a
tous faits oranges clignotants tous en même temps. Ils ne sont jamais rouges,
jamais verts. Ca peut sembler dangereux, mais en fait non; en effet, en créant
un danger visible et évident (&amp;quot;la circulation n'est pas régulée par des arrêts
imposés, tout le monde est susceptible de traverser le carrefour à tout
moment&amp;quot;), ce système incite les conducteurs à être beaucoup plus prudents
qu'ils ne l'auraient été en se reposant sur un bon vieux feu vert qui donne un
blanc-seing pour traverser le carrefour comme un canut à mach-12 avec sa Mito
rouge en mettant un coup de Cucarcha, au risque de s'empafer le vélo qui
arrivait dans l'autre sens et qui était caché par l'angle de la maison (oui, je
vous ai dit qu'il était mal foutu, ce carrefour).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis en mesure d'affirmer que c'est ce raisonnement qu'a suivi la mairie,
l'ayant lu tel quel (enfin, j'ai un peu romancé), dans le journal
d'informations municipales. Mon maire est un économiste : il a compris que
&lt;em&gt;&amp;quot;people respond to incentives&amp;quot;&lt;/em&gt;, de même que S.Landsburg préconisait
dans &lt;a href=&quot;http://www.amazon.com/Armchair-Economist-Economics-Everyday-Life/dp/0029177766&quot;&gt;
The armchair economist&lt;/a&gt; d'installer des lances sortant du volant et pointées
sur la poitrine des conducteurs pour les inciter à rouler un peu moins comme
des gros cakes.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Brèves</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/09/28/Br%C3%A8ves</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:d5776387d558b7446a690239882f7eb3</guid>
    <pubDate>Wed, 28 Sep 2011 16:47:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>VilCoyote</dc:creator>
        <category>grosse fatigue</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Quelques &amp;quot;idées&amp;quot; (ha-ha) en vrac en passant...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vu en faisant mes courses sur Leclerc Drive tout à l'heure : un nouveau
mystère des prix; il coûte moins cher d'acheter deux paquets séparés de &amp;quot;3D
Nature&amp;quot; qu'un lot de deux (&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/discrim.JPG&quot;&gt;voir le
screenshot&lt;/a&gt;). Ma foi...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Lu cet après-midi à Paris sur un autocollant autocollé sur un réverbère :
&amp;quot;Les SDF ne sont pas tous des alcooliques ! Exigeons un logement pour les
SDF cleans&amp;quot;. Je ne sais pas si ce sont les clodos eux-mêmes qui ont fait
placarder ça, mais quand la stigmatisation s'immisce au sein même d'un groupe
ostracisé qui essaie de se débarrasser de ses brebis galeuses au lieu de jouer
la solidarité et d'essayer de tirer tout le monde vers le haut, ça va mal. Les
SDF qui s'approprient les discours puants de Sarko/Wauquiez &amp;amp; Cie sur
l'assistanat et le mérite...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A partir de samedi, l'introduction d'un recours en justice &lt;a href=&quot;http://penseesdoutrepolitique.wordpress.com/2011/09/28/payer-35-e-pour-avoir-acces-a-la-justice/&quot;&gt;
sera payant&lt;/a&gt;. 35€. Dépêchez-vous d'assigner votre voisin qui a niqué vos
pétunias en passant le Kärcher sur une racaille qui traînait par là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Une nouvelle (fausse) &amp;quot;taxe carbone&amp;quot; &lt;a href=&quot;http://www.lefigaro.fr/impots/2011/09/27/05003-20110927ARTFIG00851-le-retour-de-la-taxe-carbone.php&quot;&gt;
refait surface&lt;/a&gt;. Evidemment, elle est calculée en fonction du chiffre
d'affaires, histoire de perdre tout effet incitatif sur l'émission de CO2. Et
de toutes façons elle ne durera pas. Je propose qu'on taxe plutôt la connerie.
1€ versé à chaque connerie dite/écrite, 2€ si elle émane d'un politique. Rien
qu'entre le Figaro et les déclarations du gouvernement et de ses larbins, on
sera en excédent de 4% dès l'an prochain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sinon tout va bien ! A bientôt.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Taxons les locataires</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/03/10/Taxons-les-locataires</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:ddca1bb965466019f0a86fc5cbfc56a4</guid>
    <pubDate>Thu, 10 Mar 2011 10:55:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>VilCoyote</dc:creator>
        <category>General</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Econoclaste a consacré il y a peu &lt;a href=&quot;http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2011/03/03/1772-immobilier-parisien-le-retour-de-la-revanche-du-controle-des-loyers&quot;&gt;
un billet&lt;/a&gt; au contrôle des loyers. Sans doute n'aura-t-il pas été lu par le
Secrétaire d'Etat au logement, M.Apparu, qui a aujourd'hui la magnifique idée
de taxer les loyers supérieurs à 40€ le m² (voir &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/03/10/chambres-de-bonne-le-secretaire-d-etat-au-logement-veut-taxer-les-proprietaires-abusifs_1490899_3224.html&quot;&gt;
l'article du Monde&lt;/a&gt;). Donc, dissuader les propriétaires de fixer des loyers
trop élevés en les taxant.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sauf que... on en revient toujours à l'incidence fiscale : étant donnée
l'extrême tension sur le marché locatif, y compris pour des taudis scandaleux
et hors de prix, les propriétaires pourront probablement (pour ne pas dire
évidemment) répercuter cette taxation sur le loyer, toujours trouver un (ou
trente) preneurs, et continuer au final à toucher le même loyer net. Allez,
courage, on peut sûrement trouver une idée encore plus con !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Révolution fiscale</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/02/15/R%C3%A9volution-fiscale</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:7c05b76cd124da671cd444b35ac824ad</guid>
    <pubDate>Mon, 21 Feb 2011 16:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
        <category>c'est pas nous qui l'avons dit</category>
        <category>fiscalité</category><category>Inégalités</category><category>Landais</category><category>Piketty</category><category>Redistribution</category><category>Saez</category>    
    <description>&lt;p&gt;Les offensives médiatiques sur de grandes questions économiques émanent
rarement de chercheurs qualifiés, connaissant à fond le sujet dont ils parlent.
L'opus de Landais (&lt;a href=&quot;http://www.ecopublix.eu/search?q=%22%27Camille%27%22&quot;&gt;d'écopublix&lt;/a&gt;),
Piketty et Saez, &amp;quot;Pour une révolution fiscale, Un impôt sur le revenu pour le
XXIème siècle&amp;quot; fait office d'exception. Ne boudons pas notre plaisir.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;En moins de 150 pages, les trois économistes, spécialistes de fiscalité et
de distribution des revenus, réussissent à nous passionner pour un sujet aussi
&lt;em&gt;à priori&lt;/em&gt; rébarbatif que les impôts en France. Pour résumer ce que
m'inspire leur travail, je dirai :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Ce livre est remarquable au plan didactique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Le projet de réforme des auteurs est particulièrement stimulant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Il existe malgré tout des raisons d'être réservé sur ce projet...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- ...mais au fond peu importe : ce livre est un outil indispensable à toute
personne voulant réfléchir sur la fiscalité française.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons-y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1- Ce livre est remarquable au plan didactique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous pensez que les dépenses publiques sont financées essentiellement par
l'impôt sur le revenu, qu'au-delà de 70'000 euros de revenus annuels, on paye
40% d'impôts sur le revenu, que la CSG est une petite taxe insignifiante, que
les pauvres ne paient pas d'impôts, ou que l'industrie française appartient aux
fonds de pension californiens, alors la lecture de ce livre vous est très
vivement conseillée. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Résumons. D'abord les ordres de grandeurs. La France a un revenu national de
33'300€ par an et par adulte, soit 2800€ par mois. Kezaco ? Le revenu national,
c'est le Produit Intérieur Brut, moins les amortissements (plus les transferts
nets de revenus de l'étranger, mais c'est négligeable), c'est à dire moins la
dépréciation de l'appareil productif. Une fois repeintes les façades
détériorées, rafistolées les routes endommagées et remplacés les ordinateurs
défectueux, il reste au français moyen 2800€ par mois pour consommer ou
épargner. Enfin, il lui resterait cette somme si nous vivions dans un monde
dépourvu de services publics. Si c'était le cas, nous devrions utiliser une
partie de cet argent pour payer des écoles privées à nos enfants, des salaires
aux chirurgiens qui nous opèrent, et des milices de quartier pour faire régner
l'ordre public. Comme l'éducation, la santé et la police sont financées en
grande partie par l'impôt, tout se passe comme si nous consacrions environ 700€
(un quart), sur ces 2800 de revenu national, à ces services publics fournis par
l'État, et accessibles plus ou moins gratuitement aux usagers. Sur les 2100€
restant, l'État (au sens très général de : &amp;quot;les administrations publiques&amp;quot;) en
prend encore 600, mais pour les redistribuer sous formes de pensions de
retraite ou d'allocations chômage aux ménages. Par conséquent, le revenu
disponible des ménages est bien de 2100€ par adulte, mais les prélèvements
obligatoires s'élèvent à 1300€ soit 49% du revenu national (car on a fait des
arrondis). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces 2800€ proviennent à 75% de revenus du travail ou de revenus mixtes
(comme le revenu de l'artisan qui rémunère tant son travail que son
investissement dans son atelier), à 16% de revenus financiers et à 9% de
revenus immobiliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment sont prélevés les 49% de prélèvements obligatoires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charges sociales : 23%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TVA (et autres impôts indirects) :13%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impôts sur le capital (Impôt sur les sociétés, ISF, taxe foncière, droit de
successions) : 4%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CSG (Contribution Sociale Généralisée) : 6%&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voilà, on a donc 23+13+4+6=46%... mince, il manque quelque chose... ah oui
!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) : 3%, le compte y est
!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera opportunément l'importance des cotisations sociales et de la TVA,
l'importance relative, également, de la CSG, et le caractère très marginal de
l'IRPP, que l'on a peut-être tendance, symboliquement, à assimiler aux
impôts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-delà les ordres de grandeur, les auteurs s'intéressent à la distribution
dans la population de ce fardeau fiscal (rappelons que Thomas Piketty est
l'auteur de &lt;a href=&quot;http://www.amazon.fr/L%C3%A9conomie-in%C3%A9galit%C3%A9s-Thomas-Piketty/dp/2707142913&quot;&gt;
l'économie des inégalités&lt;/a&gt;). C'est sur ce point qu'ils présentent des
résultats quelque peu iconoclastes. Qui a en tête les taux marginaux
d'imposition de l'IRPP ne peut que penser que les plus riches s'acquittent d'un
volume d'impôts plus important, en pourcentage, que les pauvres. C'est ce qu'on
appelle la progressivité de l'impôt. Les auteurs montrent que cette
progressivité ne s'applique que pour les classes populaires (les 50% les plus
pauvres) et dans une moindre mesure pour les classes moyennes (les 40% situés
au dessus des 50% les plus pauvres, et en dessous des 10% les plus riches). En
revanche, dès lors qu'on entre chez les classes aisées (les 10% les plus
riches), le taux moyen d'imposition tend à décroître continument à mesure que
le revenu s'accroît.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment est-ce possible ? D'abord, les impôts progressifs, comme l'IRPP,
l'ISF ou les droits de successions, ne représentent qu'une faible part des
impôts totaux. Ensuite, les autres impôts, qui ne pas progressifs, n'ont pas
tous comme assiette l'ensemble des revenus. Ainsi, les cotisations sociales
sont prélevées sur les salaires. Si la part des salaires dans les revenus
totaux des individus diminue lorsque les revenus augmentent (ce qui est le cas
pour les hauts revenus), alors le rapport entre les cotisations sociales et le
revenu total doit également diminuer lorsque le revenu augmente. Le graphique
suivant, issu du livre et &lt;a href=&quot;http://www.revolution-fiscale.fr/le-systeme-actuel/des-impots-progressifs-/12-un-systeme-faiblement-progressif-decomposition-par-impots-&quot;&gt;
du site compagnon&lt;/a&gt;, décompose cette non-progressivité par type de
prélèvement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img title=&quot;lps01.png, fév. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/lps01.png&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les riches ont une part plus faible que les pauvres de revenus du travail,
par conséquent, la part des prélèvements sur le travail est plus faible (effet
régressif). La part de leur revenu qu'ils consomment est plus faible, ils
payent donc une part plus faible de TVA (effet régressif). La part de revenu du
capital dans leurs revenus totaux est plus élevée, ils payent donc plus d'impôt
sur le capital (effet progressif). Au total, comme le taux des cotisations
sociales est très élevé, l'effet régressif l'emporte sur l'effet
progressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le seul intérêt de ce livre était de faire connaître au grand public ces
ordres de grandeur, il constituerait déjà une grande contribution au débat
public sur les impôts. Mais il y a plus dans ce livre. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2- Le projet de réforme des auteurs est particulièrement
stimulant.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet central de &amp;quot;Pour une révolution fiscale&amp;quot; est de proposer une...
révolution fiscale. Bon. Pas de quoi s'affoler. Il ne s'agit pas de pendre le
dernier banquier avec les tripes du dernier patron. Plus simplement de rétablir
une certaine progressivité dans les taux d'imposition totaux, ainsi qu'une
certaine lisibilité dans la fiscalité sur le revenu. Les principes sont les
suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Supprimer l'IRPP et la CSG, pour les remplacer par un impôt unique sur les
revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Prélever cet impôt à la source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Supprimer toutes les niches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Exprimer le taux d'imposition en taux global, en abandonnant le système
des tranches et des taux marginaux associés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Individualiser l'impôt, autrement dit, considérer chaque adulte comme un
foyer fiscal indépendant, quel que soit son statut matrimonial, quitte à
compenser autrement la charge liée à la garde des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Calculer le barème de sorte que cet impôt rapporte autant (donc ni plus,
ni moins, d'où le côté faiblement révolutionnaire de la proposition) que les
deux impôts actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Et bien sûr : faire que ce barème augmente avec le revenu, afin de
rétablir de la progressivité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques remarques sur ce projet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons, pour commencer, le bien fondé de la fusion proposée de la CSG et de
l'IRPP, ne fut-ce que parce qu'elle implique la disparition d'un impôt. Sur 100
français, je doute qu'un nombre important sachent ce qu'ils paient en CSG, ou
que cet impôt rapporte deux fois plus à l'État que l'IRPP. Accroître la
lisibilité du système fiscal fait partie des objectifs des auteurs, et cette
proposition va clairement dans ce sens. Étant donné que les assiettes de ces
deux impôts sont assez proches (la CSG a en fait une assiette un peu plus
large), on ne comprend d'ailleurs pas bien qu'ils n'aient pas déjà été
fusionnés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre point qui suscite, en toute subjectivité, mon approbation la plus
totale : l'individualisation de l'impôt. En raison de la progressivité de
l'IRPP, les couples ayant des revenus inégaux paient moins d'impôts du simple
fait qu'ils sont mariés (ou pacsés). Que l'État souhaite utiliser la fiscalité
pour orienter les comportements économiques des citoyens passe, mais qu'ils
subventionne des choix de vie intime me semble aller un peu au-delà de ce que
je considère comme ses prérogatives légitimes. Car, ne nous y trompons pas,
baisser les impôts pour les couples mariés à revenus inégaux revient à les
accroître pour les célibataires, ou les couples ayant des revenus égaux. Les
auteurs mentionnent un autre effet pervers du système : une femme travaillant
provisoirement à mi-temps (pour élever ses enfants par exemple), et donc
gagnant moins que son époux, a un taux marginal d'imposition plus élevé que si
elle était célibataire. Ce système revient donc à pénaliser fiscalement la
reprise d'un emploi à plein temps pour les femmes dans cette situation (ou les
hommes bien sûr).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que penser de la suppression des taux marginaux par tranche, au profit de
taux globaux directement applicables ? Il est évident qu'elle rendrait, elle
aussi, plus lisible le système fiscal. Ce qu'il faut préciser, et qui n'est
expliqué qu'en trois lignes dans le livre (les trois dernières de la page 86),
c'est qu'entre les seuils qu'ils proposent, la progression du taux d'imposition
est linéaire. Bien des contribuables ne comprennent pas, dans le système
actuel, que lorsqu'ils changent de tranche, le nouveau taux marginal ne
s'applique qu'à la partie de leur revenu qui dépasse le seuil de la tranche. Le
taux marginal d'imposition (c'est à dire le taux qui s'applique sur un euro de
revenu supplémentaire) est constant au sein d'une tranche, puis change
brutalement lorsque le revenu change de tranche. Ici, rien de tel : le taux
marginal augmente progressivement. Par exemple, le taux proposé est de 10% pour
un revenu mensuel de 2200€, et de 13% pour 5000€. Quel est le taux d'imposition
total et marginal d'un individu gagnant 2500€ ? Réponse : soit R le revenu
(compris entre ces deux bornes), le taux d'impôt est de
10%+(13%-10%)*(R-2200€)/(5000€-2200€). Donc, pour R=2500, l'impôt est de
10%+(13%-10%)*(2500€-2200€)/(5000€-2200€)=10,32%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le taux marginal, ça se complique un peu (alors que, pour le coup,
c'est plus simple dans le système actuel). L'impôt payé est de
R*(0.1+(0.13-0.1)*(R-2200€)/(5000€-2200€)), et donc l'impôt marginal est obtenu
en dérivant cette expression par rapport à R, ce qui donne :
(0.1+(0.13-0.1)*(R-2200€)/(5000€-2200€))+(0.13-0.1)*R/(5000€-2200€), soit pour
R=2500€, un taux marginal de 12,68%. On voit là poindre une petite critique,
bien que la section critique soit la suivante : ce qu'on gagne en lisibilité
pour les taux globaux est nettement perdu pour ce qui concerne les taux
marginaux. Or, ce sont bien les taux marginaux qui ont une influence sur les
choix économiques, notamment sur l'offre de travail. Ce problème pourrait être
réglé par la présentation d'une courbe des taux marginaux, permettant à chacun
de se situer. Mais un autre problème vient du fait que les taux marginaux ne
soient jamais constants : le taux d'imposition marginal ne s'applique que sur
une augmentation... marginale du revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, dans la mesure où il est difficile de proposer un barème qui soit
lisible à la fois pour les taux globaux et pour les taux marginaux, il faut
bien choisir. Les taux marginaux sont les plus pertinents pour les choix
économiques, les taux globaux sont plus pertinents pour réfléchir sur la
contribution aux biens publics des différentes classes de revenus. Le choix des
auteurs peut donc se justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un petit mot sur le prélèvement à la source : il ne s'agit pas là d'une
mesure indispensable. La réforme proposée pourrait parfaitement être adoptée
sans prélèvement à la source. Disons que ce type de prélèvement tend à rendre
l'impôt plus indolore, donc pourquoi pas. Par contre, Il est nettement plus
aisé d'effectuer un prélèvement à la source en présence d'un taux d'imposition
constant (donc le même pour tout le monde), qu'avec un taux variable, qui
obligerait l'entreprise à être en contact permanent avec l'administration
fiscale. L'un dans l'autre, à titre personnel, j'incline quand même à être
favorable au prélèvement à la source, car j'aime à penser que l'argent que me
verse mon employeur en fin de mois est vraiment à moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlons enfin de ce qui semble être l'élément principal de la proposition
aux yeux de Landais, Piketty et Saez : la progressivité. Selon leurs calculs,
leur proposition rétablirait une progressivité de l'impôt, en faisant croître
le taux d'imposition des contribuables les plus riches à 50%, contre 35% à 45%
environ pour les 1% les plus riches. Cette progressivité, au demeurant, est
assez limitée, car, en raison du poids important des cotisations sociales,
toutes les catégories auront un taux d'imposition supérieur à 40% (ce qui est
déjà le cas actuellement, en tout cas pour les adultes travaillant à au moins
80% du temps plein, qui est la population de référence étudiée). Le coup de
génie des auteurs est que, selon eux, cette progressivité retrouvée fait que la
réforme permet de diminuer la charge fiscale de 97% des contribuables. Il
faudrait atteindre environ 7000€ mensuels de revenus bruts pour commencer à
payer plus d'impôts dans le cadre de leur réforme. Les contribuables gagnant
moins seraient tous au moins légèrement gagnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, voici donc une réforme qui, si elle était adoptée, nous ferait
bénéficier d'un système fiscal plus lisible, neutre au plan des recettes, qui
ferait payer moins d'impôt à la quasi totalité de la population, au seul
détriment des 3% les plus riches, qui ne seraient que ramenés à des taux
d'imposition très légèrement supérieurs à ceux dont s'acquitte déjà le reste de
la population. Le rêve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3- Il existe malgré tout des raisons d'être réservé sur ce
projet...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons-en trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;strong&gt;première réserve&lt;/strong&gt;, peut être pas la plus significative,
concerne le caractère soit naïf, soit très optimiste, de la proposition de
supprimer toutes les niches fiscales. Notons qu'il ne s'agit pas là d'une
critique interne de la proposition, mais d'une critique externe. Les auteurs
proposent que dans les trois années suivant la mise en place de la réforme,
aucune niche ne soit maintenue, et que soient éventuellement rétablies au terme
de ce délai celles dont les promoteurs auront montré l'utilité sociale. Et dans
ce cas, chaque réintroduction de niche devra entraîner un accroissement des
taux de base, ce qui, selon eux, devrait limiter la faisabilité politique de
ces réintroductions. Personnellement, bien que totalement non politologue, je
ne crois absolument pas en ce scenario. Je doute qu'il y ait beaucoup d'hommes
politiques qui ne souscrivent pas à l'idée que l'infinité de niches qui minent
la fiscalité sur le revenu en France devraient disparaître. Si personne ne les
fait disparaitre, c'est parce que la majorité de contribuables qui y
gagneraient n'y gagneraient pas suffisamment pour défendre leur suppression,
tandis que les minorités qui en bénéficient ont tellement à perdre qu'elle
représentent une force importante de mobilisation politique. Pour ne citer que
cet exemple, j'imagine très mal les journalistes accepter sans mot dire une
suppression de leurs avantages fiscaux, et j'imagine tout aussi mal un élu
accepter de se mettre à dos la corporation des journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, cette difficulté ne se pose pas uniquement pour les niches
à proprement parler. La simple individualisation de l'impôt risque de susciter
des protestations dans toutes les familles où seul un membre du couple perçoit
un revenu. Dans ces cas, la hausse d'impôt pour le ménage concerné sera
tellement substantielle qu'elle risque de ne pas passer comme une lettre à la
poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;strong&gt;deuxième réserve&lt;/strong&gt; concerne l'incidence fiscale, c'est à
dire les effets négatifs des hausses d'impôts sur le comportement des
catégories concernées. La question posée ici est celle d'un possible effet
Laffer : l'accroissement du taux d'imposition n'est-il pas susceptible de
réduire fortement l'assiette ? Landais, Piketty et Saez abordent, évidemment,
cette question, sorte de tarte à la crème pour les économistes de la fiscalité.
Les réponses qu'ils apportent sont intéressantes, mais un peu courtes à mon
goût (elles vont de la page 98 à 100 du livre). ils nous invitent opportunément
à distinguer plusieurs problèmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier concerne l'effet des variations d'impôt sur l'offre de travail
des actifs. Autrement dit, des actifs plus taxés ne risquent-ils pas de
travailler moins ? Ce premier problème n'en est vraisemblablement pas un. D'une
part, les économistes du travail savent qu'une hausse des impôts a des effets
contradictoires sur l'offre de travail : un effet substitution - le travail
rapporte moins, donc on peut à moindre coût substituer du loisir au travail, et
un effet revenu - comme on est moins riche, on est incité à travailler
davantage pour conserver son niveau de vie. D'autre part, comme la réforme est
neutre sur les recettes fiscales, il y a des bénéficiaires à côté des perdants,
et on peut penser que l'effet éventuellement négatif sur l'offre de travail des
perdants sera compensée par l'effet positif sur l'offre de travail des
gagnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxième problème, celui des migrations de travailleurs et de capitaux,
motivés par une fiscalité plus avantageuse à l'étranger. Sur cette question,
les auteurs sont un peu rapides. Ils indiquent à raison que leur réforme ne
concerne pas la fiscalité des entreprises, mais des personnes physiques et que
donc les choix en matière d'investissements ne seront pas affectés. Concernant,
en revanche, les migrations des personnes, les auteurs évacuent un peu
rapidement la question, en mentionnant les exemples Danois et Espagnol, dont
les réformes fiscales destinées à attirer les travailleurs immigrés auraient eu
un succès net chez les footballeurs, mais plus difficile à estimer pour les
autres travailleurs qualifiés. Le seul lien donné par les auteurs est celui
d'un &lt;a href=&quot;http://personal.lse.ac.uk/kleven/Downloads/MyPapers/workingPapers/NBER_w16545.pdf&quot;&gt;
working paper&lt;/a&gt; montrant précisément l'importance des effets migratoires pour
les footballeurs. J'avoue que je serai plus convaincu par un travail montrant
qu'il n'y a pas d'effet significatif, plutôt qu'un travail montrant qu'il y en
a bien un pour les footballers, suivi de l'assertion que cet effet sera
vraisemblablement plus faible pour les autres métiers. Rappelons que les
augmentations d'impôts prévues par la proposition concernent les personnes
gagnant plus de 7000€ bruts par mois, c'est à dire des gens qui gagneront
suffisamment pour se payer, en cas d'émigration, des allers-retours fréquents
vers le cher pays de leur enfance. Ajoutons que l'on trouve en général dans ces
niveaux de revenus des gens bien formés, souvent à l'aise dans le maniement des
langues étrangères, ce qui peut faciliter leur expatriation. Gardons à l'esprit
que l'accroissement des impôts préconisé pour le haut de la distribution des
revenus est très substantiel. A ce titre, d'ailleurs, il pourrait servir
d'expérience naturelle permettant de tirer des conclusions scientifiques sur la
réaction des travailleurs les plus qualifiés face à une modification de la
fiscalité. En attendant, je ne suis pas sûr de voir ce qui permet d'affirmer
que l'impact serait négligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas en train de dire que je &lt;em&gt;sais&lt;/em&gt; qu'un tel accroissement
de la fiscalité des hauts revenus génèrerait le grand exode fiscal. Je dis
juste que je n'en sais rien, que la question se pose, et que je ne trouve pas
dans le livre d'éléments de réponse convaincants à cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisième problème, celui de la défiscalisation frauduleuse au Liechtenstein
ou en Suisse. Sur ce point, les auteurs sont encore plus rapides : c'est
illégal. Certes, mais ça existe. Périodiquement, les responsables politiques
haussent le ton, et expliquent que l'on va mettre un terme à ces pratiques.
Avec quel succès ? Avec quel risque de voir réapparaître des paradis fiscaux
lorsqu'on aura mis au pas les premiers ? Là encore, les réponses manquent. Et
&lt;a href=&quot;http://www.nytimes.com/2011/02/21/world/europe/21greece.html?_r=1&amp;amp;partner=rss&amp;amp;emc=rss&quot;&gt;
l'expérience grecque&lt;/a&gt; semble indiquer que la lutte contre l'évasion fiscale
n'est pas un jeu d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en à la &lt;strong&gt;troisième réserve&lt;/strong&gt;, qui concerne un des
arguments centraux du livre : le caractère régressif de la fiscalité en France.
Cette régressivité est en fait en trompe l'œil, pour une raison que les auteurs
expliquent d'ailleurs eux-même (de même qu'ils fournissent le graphique
montrant ce caractère en trompe l'œil) : on a déjà dit que les charges sociales
étaient pour beaucoup dans la régressivité de la fiscalité française. Or, il
convient de distinguer deux types de cotisations sociales : les cotisations qui
ouvrent des droits d'une part, celles qui financent des dépenses universelles
de l'autre. Les cotisations qui ouvrent des droits sont les cotisations
retraite et chômage. Elles représentent 13 vingt-troisièmes (13/23, soit
environ 57%) des cotisations totales (cf p.43). Les autres financent la
maladie, la famille, la formation, etc. Or seules ces dernières peuvent
légitimement être considérées comme des impôts, c'est à dire comme finançant
des prestations ouvertes à tous, indépendamment de la contribution de chacun.
Les premières, au contraire, sont assimilables à de l'épargne forcée (pour ce
qui concerne la retraite) ou à une assurance obligatoire (pour ce qui concerne
le chômage). Dans les deux cas, les prestations sont proportionnelles au
revenu, et comme les cotisations sont également proportionnelles au revenu,
finalement les prestations sont proportionnelles aux cotisations. Obliger les
travailleurs à prévoir leur retraite et à s'assurer contre la perte de leur
emploi relève du paternalisme. C'est sans doute justifié, mais le fait que ces
cotisations ouvrent des droits au cotisant en fait des dépenses d'une nature
bien différente de celle des autres prélèvements obligatoires. Les riches
épargnent assez spontanément, et certains s'assurent contre des baisses de
revenus (par exemple, les propriétaires immobiliers ont des assurances contre
les sinistres entrainant une perte de loyer). Si l'État les obligeait, par
paternalisme, à épargner et à s'assurer, ça ne changerait pas grand chose à
leur comportement, mais ça transformerait une partie de cette épargne et de ces
cotisations en prélèvements obligatoires, de façon parfaitement
artificielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'objectera que l'assurance chômage et la retraite ne sont pas des
mécanismes purement individuels. Par exemple, la retraite ne tenant pas compte
des différences d'espérance de vie à la retraite des différentes catégories de
travailleurs, les ouvriers perçoivent moins, en proportion de leurs cotisations
totales, que les cadres. Ce qui est injuste, mais on touche là à un problème du
système de retraite en soi plutôt qu'à un problème fiscal. Thomas Piketty
lui-même, avec Antoine Bozio, &lt;a href=&quot;http://piketty.pse.ens.fr/fichiers/public/BozioPiketty2008.pdf&quot;&gt;préconise&lt;/a&gt;
l'adoption d'un système individualisé de cotisations retraites, qui permettrait
de bonifier les cotisations des ouvriers pour tenir compte des différences
d'espérance de vie. Il semble bien plus pertinent, en effet, de s'attaquer
directement au fonctionnement du système de retraites, plutôt que de considérer
que ces anomalies justifient qu'on considère les cotisations retraites comme
des impôts comme les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ajouter à cela qu'en cas de déséquilibre des assurances sociales, la
différence est comblée par l'Etat, si bien qu'une partie des impôts autres que
les cotisations est en fait utilisée pour garantir les droits obtenus
individuellement par les cotisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris, mon propos ici est de dire que la bonne mesure de la
fiscalité, pour évaluer son caractère progressif, consiste à soustraire aux
prélèvements obligatoires totaux la partie des cotisations sociales qui finance
les retraites et le chômage. Cette soustraction peut être faite grâce au
graphique de la page 120 du livre, auquel je me suis permis d'ajouter un trait
rouge :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img title=&quot;lps03.png, fév. 2011&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/lps03.png&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au dessus de ce trait rouge se trouvent les cotisations retraite et chômage.
En dessous figurent tous les autres prélèvements obligatoires. C'est donc ce
trait rouge qui nous donne la mesure de la progressivité de la fiscalité
française. Comme on le voit, avec cette mesure, la fiscalité est bien
progressive pour les 99 premiers percentiles. Seul le dernier, qui compte les
1% de contribuables les plus riches, connaît une tendance à la regressivité de
la fiscalité, tendance beaucoup moins nette que celle mesurée par la totalité
des prélèvements, retraites et chômage inclus. Ce que suggère ce graphique,
c'est que c'est bien la fiscalité sur le revenu (CSG+IRPP) qui est en cause
pour la baisse des taux d'imposition des plus riches. Ceci s'explique par
l'exclusion de l'IRPP d'une partie des revenus du patrimoine, liée à des
abattements sur certains revenus mobiliers, ou l'exclusion des loyers fictifs
que se versent à eux-même les propriétaires de leur logement (loyers fictifs,
mais économie bien réelle !). Finalement, l'objectif d'accroître la
progressivité du système serait atteint si le dernier percentile voyait son
taux d'imposition global s'accroître jusqu'à 40%, au lieu de stagner un peu
au-dessus des 30% actuellement. Cela pourrait être atteint, dans le cadre de la
réforme proposée par les auteurs, par des taux d'imposition plus faibles que
ceux qu'ils défendent, avec des conséquences mineures sur l'impôt des autres
catégories. Comment le sais-je ? Simplement parce que j'utilise, sur le site
compagnon, le magnifique &lt;a href=&quot;http://www.revolution-fiscale.fr/simuler/nouvel_ir/&quot;&gt;simulateur de réforme
fiscale&lt;/a&gt;, qui me permet de tester différents barèmes, avec impact sur les
recettes publiques et sur les inégalités. Je vous invite à y simuler vos
propres barèmes, mais à prendre avec précaution l'impact de vos barèmes sur les
inégalités : celles-ci sont présentées en incluant toutes les cotisations
sociales. Si vous admettez, avec moi, l'idée que les charges liées au chômage
et aux retraites doivent être soustraites, alors gardez à l'esprit qu'elles
représentent plus de la moitié des cotisations, et ne soyez pas intimidés par
la sanction du logiciel &amp;quot;Le système que vous proposez est très régressif&amp;quot;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4- ...mais au fond peu importe : ce livre est un outil indispensable
à toute personne voulant réfléchir sur la fiscalité française.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris, si le projet de réforme de Landais, Piketty et Saez était
soumis &lt;em&gt;en l'état&lt;/em&gt; à un référendum, je ne serais pas un défenseur
acharné du &amp;quot;oui&amp;quot;, à cause essentiellement des taux trop élevés pour le haut de
la distribution (auquel je précise que je n'appartiens évidemment pas...). Mais
finalement, est-ce bien important ? J'ai abordé la lecture de ce livre avec une
connaissance assez rudimentaire du système fiscal français, et avec, en
corolaire, assez peu d'idées. J'en sors avec une vision beaucoup plus précise
de la réalité fiscale, et avec une obsession pour cette question qui ne me
quitte pas depuis une semaine. D'ailleurs, et je vais là me laisser aller à une
conjecture, je parierai que l'objectif des auteurs est moins de défendre bec et
ongles une réforme en l'état, que de susciter ce genre de réflexions. A l'appui
de cette conjecture, la page 95 du livre propose 4 projets alternatifs de
réforme. La leur étant (assez habilement au demeurant) présentée comme la
proposition centriste, s'y ajoutent une proposition &amp;quot;ultra-égalitaire&amp;quot;, une
proposition &amp;quot;de gauche&amp;quot; (plus progressive que la leur, ce qui suggère qu'eux
sont centristes), une proposition &amp;quot;de droite&amp;quot;, un peu moins progressive, et une
proposition &amp;quot;ultra libérale&amp;quot; sous la forme d'une flat tax à taux unique de 13%.
Ces 5 barèmes rapporteraient les mêmes recettes fiscales qu'actuellement. A
l'appui de cette conjecture, également, le chapitre 3 du livre, qui est une
collection d'idées concernant tous les points qui ne sont pas directement
concernés par la réforme proposée (y compris la question du financement de la
santé et de la famille par les cotisations sociales). Au fond, Landais, Piketty
et Saez ne pensent certainement pas clore les discussions sur la fiscalité avec
ce livre. Ils souhaitent qu'elles s'ouvrent. Et la meilleure façon de les
ouvrir est peut-être de montrer à quoi pourrait ressembler un projet concret,
avec un chiffrage précis. Le propos du livre n'est pas tant &amp;quot;voilà la réforme
du siècle&amp;quot;, mais plutôt &amp;quot;ne voyez-vous pas que la fiscalité française est
incompréhensible et régressive ?&amp;quot;. Les auteurs anticipent l'objection &amp;quot;mais que
voulez-vous y faire ?&amp;quot; par l'illustration qu'on peut, en la matière, faire des
propositions à la fois concrètes et ambitieuses. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faites-en l'expérience, se confronter à cette proposition en lisant le livre
ne peut que susciter la soif de formuler une contre-proposition. Et le simple
fait de pousser le lecteur à réfléchir de la sorte à la fiscalité, en lui
livrant tous les éléments factuels dont il a besoin pour nourrir sa réflexion,
est en soi une prouesse, qui fait que je recommanderai vraisemblablement
pendant des années la lecture de ce livre.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Piqûre de rappel fiscal</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/02/17/Piq%C3%BBre-de-rappel-fiscal</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:51b9a394b7c742493e3b6ed2477883fd</guid>
    <pubDate>Thu, 17 Feb 2011 12:08:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>VilCoyote</dc:creator>
        <category>General</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ca ne vous apprendra pas grand-chose (voire rien, ô savants Lecteurs), mais
je trouve toujours intéressant de remettre en parallèle actualité et théorie...
Relisez donc &lt;a href=&quot;http://www.ecopublix.eu/2007/09/qui-paie-les-impts.html&quot;&gt;ça&lt;/a&gt; puis &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/02/07/sfr-et-orange-ne-repercuteront-pas-la-hausse-de-la-tva-sur-leurs-clients_1476523_651865.html&quot;&gt;
ça&lt;/a&gt; (ou l'inverse).&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.optimum-blog.net/post/2011/02/17/Piq%C3%BBre-de-rappel-fiscal#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le free lunch du jour</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2011/02/10/Le-free-lunch-du-jour</link>
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    <pubDate>Thu, 10 Feb 2011 00:15:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>VilCoyote</dc:creator>
        <category>insolite</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Photo prise sur le panneau d'affichage des associations d'étudiants de M2 de
l'université Paris I - Panthéon-Sorbonne (centré Panthéon, il n'y a que des
juristes; pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font). Enjoy.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/freelunch.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/.freelunch_t.jpg&quot; alt=&quot;free lunch&quot; title=&quot;free lunch, fév. 2011&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Le syndrome &quot;winner-take-all&quot;</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2010/11/10/Le-syndrome-%22winner-take-all%22</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:e444ac2b7492e2aba11d39918ad3fdf1</guid>
    <pubDate>Wed, 10 Nov 2010 10:36:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
        <category>divers</category>
        <category>Krugman</category><category>twitter</category><category>winner-take-all</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Voici le top ten des économistes (anglo saxons) sur twitter (l'axe vertical
représente le nombre d'abonnés) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img title=&quot;winner_take_all, nov. 2010&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://www.optimum-blog.net/public/.wtall_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;a href=&quot;http://oxfordthought.com/2010/10/22/top-10-economists-on-twitter/&quot;&gt;source&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : les commentaires du billet sourcé révèlent pas mal d'oublis dans la
liste, notamment Bill Easterly et Mark Thoma, mais leur inclusion ne changerait
pas l'allure générale du graphique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS2 : le seul but de ce billet est de mettre en avant une curiosité. Je ne
dis ni que c'est injuste pour les autres, ni que c'est en soi la preuve de la
supériorité intellectuelle de Krugman, je dis juste que c'est inattendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS3 : Tim Harford présente une &lt;a href=&quot;http://timharford.com/2010/11/the-top-10-economists-on-twitter/&quot;&gt;autre
liste&lt;/a&gt;, avec des parts de marché moins déséquilibrées.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Orientation des lycéens et récurrence à rebours</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2010/10/22/Orientation-des-lyc%C3%A9ens-et-r%C3%A9currence-%C3%A0-rebours</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:422c7e15d40c72635467138f4954c012</guid>
    <pubDate>Fri, 22 Oct 2010 12:03:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
        <category>General</category>
            
    <description>&lt;p&gt;Les lycéens se mobilisent contre la réforme des retraites. Olivier
Bouba-Olga les &lt;a href=&quot;http://obouba.over-blog.com/article-salauds-de-vieux-59347105.html&quot;&gt;invite&lt;/a&gt;
à trouver des arguments plus convaincants que la &lt;a href=&quot;http://en.wikipedia.org/wiki/Lump_of_labour_fallacy&quot;&gt;lump of labour
fallacy&lt;/a&gt;. Pour ma part, sachant qu'ils prendront leur retraite dans une
cinquantaine d'année, cette mobilisation me fait espérer qu'ils ont enfin
compris le principe de la &lt;a href=&quot;http://en.wikipedia.org/wiki/Backward_induction&quot;&gt;récurrence à rebours&lt;/a&gt;,
contrairement à ce que révèle parfois leurs choix d'orientation.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Ayant enseigné en licences et Masters d'économie, en IUT et en IAE, j'ai
souvent été frappé par le nombre jeunes qui, ayant d'excellents résultats au
bac, passent par une formation &lt;em&gt;professionnalisante&lt;/em&gt;, type IUT, avant
d'intégrer un Master d'économie ou de gestion. Questionnés sur les raisons de
ce choix, ils répondent fréquemment qu'il est le fruit d'un raisonnement en
deux étapes : la première étape intervient à la sortie du Bac. L'angoisse
suscitée par le marché du travail les conduit à être attirés par les promesses
de professionnalisation des formations les plus courtes. La seconde étape
intervient à la sortie des ces formations (depuis la réforme LMD, cela
correspond de plus en plus souvent à l'obtention d'une licence
professionnelle), quand se pose la question de l'opportunité de poursuivre des
études, plutôt que d'affronter le marché du travail avec un Bac+2 ou Bac+3 en
poche. A ce stade, les meilleurs étudiants réalisent qu'il est préférable de
pousser encore deux ans, et ils s'inscrivent en Master d'économie et/ou de
gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont d'ailleurs bien raison. L'insee publie &lt;a href=&quot;http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1313/ip1313.pdf&quot;&gt;une enquête&lt;/a&gt; (données
disponible &lt;a href=&quot;http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip1313/ip1313.xls&quot;&gt;en
format Excel&lt;/a&gt;) qui fait le point sur l'insertion professionnelle des
personnes ayant terminé leurs études depuis 10 ans ou moins, en fonction de
leur diplôme. Les résultats ne sont pas surprenants : plus le nombre d'années
d'études est grand, plus le chômage baisse, plus le salaire médian augmente, et
plus la probabilité d'être cadre augmente. J'invite les lecteurs lycéens
s'interrogeant sur leur orientation à consulter ces données attentivement.
D'une manière générale, une formation post-bac professionnalisante (DUT ou BTS)
se traduit par un taux de chômage de 8%, un taux de cadres de 8%, et un salaire
médian de 1460 euros mensuels nets. Avec une licence, qu'elle soit
professionnelle ou non (les catégories de l'insee ne sont pas très précises
pour les licences), le taux de chômage reste à 8%, la part de cadres monte à
18%, le salaire médian à 1520 euros, ce qui n'est pas extraordinaire. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'a à gagner un étudiant intéressé par l'économie-gestion à poursuivre en
Master ? S'il obtient un master d'économie, son taux de chômage tombera à 7%,
sa probabilité d'être cadre montera à 40%, et son salaire médian à 1790 euros.
S'il obtient un master de &amp;quot;finance - assurance - comptabilité - gestion&amp;quot;, le
taux de chômage tombe à 5%, la probabilité d'être cadre monte à 54%, et le
salaire médian à 2070 euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, il y gagne une meilleure insertion, un meilleur salaire, et
vraisemblablement un boulot plus sympa. Lorsqu'il a le niveau, en général, il
n'hésite donc pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Où est le problème ? Le principe de l'&lt;a href=&quot;http://en.wikipedia.org/wiki/Backward_induction&quot;&gt;induction à rebours&lt;/a&gt;, cher
aux théoriciens des jeux, nous invite à raisonner en partant du denier choix
que l'on ait à faire (chronologiquement), pour remonter ensuite progressivement
au premier. Combien de bacheliers se refusent à se projeter 3 ans en avant,
pour anticiper la question qu'ils devront se poser de la poursuite de leurs
études une fois leur licence professionnelle acquise ? Les chiffres indiqués
plus haut montrent pourtant à quel point cette question est cruciale. Une fois
la réponse à cette question identifiée, pour ceux qui souhaiteront poursuivre
en master, la nouvelle question à se poser est : &amp;quot;quelle formation initiale est
la plus adaptée au Master que je voudrai intégrer dans 3 ans?&amp;quot;. En revanche,
pour un étudiant qui sait qu'il n'aura pas le profil pour poursuivre au delà de
trois années d'études, alors la question est : &amp;quot;quelle est la formation courte
qui m'assure les meilleurs débouchés ?&amp;quot;. On l'aura compris, la réponse à ces
deux questions n'est pas du tout la même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un étudiant qui sait qu'il fera des études courtes a très certainement
intérêt à opter pour une filière professionnalisante. Celles-ci ont,
d'ailleurs, été conçues comme des passerelles entre la vie scolaire et le
premier emploi. J'atteste que les IUT proposent, en la matière, d'excellentes
formations. Les étudiants sont très encadrés, font beaucoup de stage, et ont
des cours très axés sur le monde professionnel qu'ils aspirent à
intégrer. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, un étudiant qui sait dès le départ (à condition d'avoir pris la
peine de se poser la question) qu'il poursuivra en Master, pour avoir un
meilleur salaire et un travail plus intéressant, devrait privilégier une
licence classique. Ces formations sont conçues pour donner les bases sur
lesquelles sont bâties les formations en Master. La logique du système LMD est
de favoriser les passerelles entre les formations, et donc de permettre,
parfois, à des personnes n'ayant pas suivi la licence qui précède un master de
l'intégrer quand même. Mais entre obtenir le droit de s'inscrire dans un master
et maîtriser les fondamentaux pour suivre les cours, il y peut y avoir un
monde. Dans le cas de l'économie &lt;em&gt;stricto sensu&lt;/em&gt;, c'est évident.
Difficile de comprendre un cours de macro dynamique ou de théorie des jeux sans
avoir de bonnes bases dans les matières économiques fondamentales (disons,
micro et macro). Mais même en gestion, filière plus &lt;em&gt;appliquée&lt;/em&gt; que
l'économie, les masters les plus sélectifs, et donc les plus prisés sur le
marché de l'emploi, comportent des matières qui peuvent être rédhibitoires pour
un étudiant n'ayant pas certaines bases. Je pense en particulier aux cours de
finance et/ou d'assurances, qui s'appuient, pour les aspects théoriques, sur
des modèles de microéconomie qui sont enseignés en deuxième ou troisième année
de licence. Je pense également à tous les cours de statistique (économétrie,
analyses factorielles...), qui s'appuient abondamment sur des notions de
probabilité et d'algèbre linéaire qui sont enseignées en licence, mais pas (en
tout cas pas de manière aussi poussée) dans les formations de type GEA. Mon
propos n'est bien entendu pas de prétendre qu'un étudiant provenant d'un IUT
&lt;em&gt;ne peut&lt;/em&gt; pas réussir dans un master d'économie-gestion. Ils sont
nombreux à y parvenir. Toutes les matières n'ont pas le même niveau de
difficulté, et le bachotage permet souvent de s'en sortir. Mais il est toujours
préférable d'avoir de solides acquis en liaison avec la formation qu'on
s'apprête à recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les futurs BAC+5 s'inscrivaient moins fréquemment, à la sortie du BAC,
dans des filières qui ne sont pas conçues pour eux, cela présenterait un autre
avantage : libérer des places dans ces filières pour &lt;a href=&quot;http://legizmoblog.blogspot.com/2010/05/les-iut-un-vivier-de-doctorants.html&quot;&gt;ceux
pour qui elles sont faites&lt;/a&gt;... et qui ne peuvent y accéder en raison de la
sélection à l'entrée qui s'y pratique, à la différence des filières
universitaires. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier conseil aux lycéens : si vous avez compris l'induction à rebours et
que les retraites vous inquiètent vraiment... &lt;a href=&quot;http://www.info-retraite.fr/?id=514&quot;&gt;devenez marins&lt;/a&gt; !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://www.optimum-blog.net/post/2010/10/22/Orientation-des-lyc%C3%A9ens-et-r%C3%A9currence-%C3%A0-rebours#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>36 15 MaVie</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2010/10/02/36-15-MaVie</link>
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    <pubDate>Sat, 02 Oct 2010 11:05:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>VilCoyote</dc:creator>
        <category>HS</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Un mot en passant, pour les rares que ça intéresserait, pour signaler que ma
présence épisodique ces derniers temps ne va pas s'intensifier. J'ai quitté mon
&lt;del&gt;travail&lt;/del&gt; alibi de prof de sciences écos (je me suis toujours refusé à
faire le &amp;quot;social&amp;quot;... clin d'oeil à Denis &amp;quot;Yellow Face&amp;quot;) pour reprendre des
études de Droit (en Master). Je continuerai bien sûr à m'intéresser de très
près à la blogosphère économique, et à poster ici à l'occasion, mais
l'essentiel de mon énergie est désormais concentré ailleurs.&lt;br /&gt;
Merci à tous nos lecteurs, et bonne continuation à tous :-) A très bientôt, ici
ou ailleurs.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>La beauté des maths</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2010/09/02/La-beaut%C3%A9-des-maths</link>
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    <pubDate>Fri, 03 Sep 2010 10:44:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Antoine B.</dc:creator>
            
    <description>    Via &lt;a href=&quot;http://www.marginalrevolution.com/marginalrevolution/2010/08/andrew-wiles-and-fermats-last-theorem.html&quot;&gt;
Marginal Revolution&lt;/a&gt;, ne manquez pas ce superbe reportage (en anglais) de
vulgarisation sur la démonstration du Théorème de Fermat. Notez que comprendre
les mathématiques est totalement accessoire pour savourer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;object data=&quot;http://video.google.com/googleplayer.swf?docid=8269328330690408516&amp;amp;hl=en&amp;amp;fs=true&quot; id=&quot;cotncmih&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; width=&quot;432&quot; height=&quot;364&quot;&gt;&lt;param name=&quot;movie&quot; value=&quot;http://video.google.com/googleplayer.swf?docid=8269328330690408516&amp;amp;hl=en&amp;amp;fs=true&quot; /&gt;
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