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  <title>Optimum, le seul blog véritablement optimal - Présidentielles</title>
  <link>http://www.optimum-blog.net/</link>
  <description>blog consacré à l'économie</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Thu, 24 Jul 2008 12:55:48 +0200</pubDate>
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  <docs>http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss</docs>
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    <title>Le mépris du vote Bayrou &quot;de gauche&quot; et la théorie des jeux</title>
    <link>http://www.optimum-blog.net/post/2007/02/21/Un-vote-Sego-est-il-un-vote-Sarko</link>
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    <pubDate>Wed, 28 Feb 2007 18:06:00 -0500</pubDate>
    <dc:creator>Elessar</dc:creator>
        <category>Présidentielles</category>
            
    <description>&lt;p&gt;Connaissez-vous la meilleure façon de faire rentrer au bercail une
partenaire tentée depuis longtemps par l'infidélité qui vient de passer à
l'acte ? C'est très simple: aller la voir et expliquez lui d'un ton
suffisant qu'il n'y pas plus débile que son idée d'aller voir ailleurs, que
vous ne comprenez pas, même bête comme manifestement elle semble l'être,
comment ça a pu lui prendre comme ça mais que si elle veut, elle peut revenir.
Pas convaincu par la méthode ? C'est pourtant la stratégie que semblent
appliquer les soutiens de Ségolène Royal, que ce soit dans la presse ou sur les
blogs, envers le vote Bayrou &amp;quot;de gauche&amp;quot;.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Petite &lt;a href=&quot;http://petites-phrases.com/2007/02/21/les-poujadistes-soft-a-la-pause-pipi/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;illustration&lt;/a&gt;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;François Bayrou en martelant son ni de gauche ni de droite récupère ce que
j’appellerai les poujadistes soft, ceux qui pensent que droite et gauche c’est
pareil mais qui n’oseraient pas voter le Pen ou de Villier : les ni-ni, au
mieux sincèrement déçus des luttes des clans mais le plus souvent sans courage,
sans opinion et sans rêve.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;ou &lt;a href=&quot;http://petites-phrases.com/2007/02/21/les-poujadistes-soft-a-la-pause-pipi/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;encore&lt;/a&gt;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;François Bayrou c’est comme une aire de repos pratique, vous savez sur les
autoroutes, avec les petites tables en bois pour le pique-nique, des jeux pour
les enfants et un endroit pour faire pisser le chien mais c’est pas là qu’on va
passer nos vacances.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;ou encore, &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-875584,0.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;mieux
écrit&lt;/a&gt;:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jamais il n'avait eu idée plus folle, plus osée, plus inavouable. Plutôt que
de voter blanc, voter mou. Franchir la ligne blanche, voter à droite, rien
qu'un petit peu mais quand même... Ce fut une expérience incroyable, un
cocktail de sensation, un vrai trip de l'underground civique. Il avait
l'impression d'avoir fumé du colza à l'état pur.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et on trouvera le même discours, plus édulcoré mais pas moins méprisant, par
exemple chez &lt;a href=&quot;http://www.radical-chic.com&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Radical-Chic&lt;/a&gt;, chez &lt;a href=&quot;http://hugues.blogs.com/commvat/2007/02/limpasse_bayrou.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Hughes&lt;/a&gt; et même dans la nouvelle équipe de Ségolène Royal (Bayrou, le
candidat &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-875846@51-822961,0.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;attrape-benêts&lt;/a&gt;, avec l’exception honorable, comme toujours,
de Bernard Kouchner).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour résumer, la gauche socialiste semble totalement incapable de voir dans
un vote Bayrou &amp;quot;de gauche&amp;quot; autre chose qu'un vote d'esthètes bobos à l'abri du
besoin, décadents et désabusés, se faisant plaisir par un geste post-moderne
vide de sens et sans aucune prise sur le réel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que je fais partie de ceux, s'identifiant &amp;quot;de gauche&amp;quot;, &lt;a href=&quot;http://www.radical-chic.com/?2007/01/29/584-j-peux-pas-elle-est-trop-conne&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;qui ne peuvent pas&lt;/a&gt; (mais sans second degré, hélas) voter pour
Ségolène Royal, et je dois avouer que ce mépris m'exaspère et que la logique du
raisonnement &amp;quot;voter Bayrou=voter Sarko&amp;quot; m'échappe totalement. Evidemment, si
cette incapacité à prendre au sérieux un vote Bayrou &amp;quot;de gauche&amp;quot; se résumait à
un quelconque crétin amateurs de bon mots pour dîners parisiens, un bouffon
ancien ministre et certains blogueurs, ça n'aurait pas grand intérêt de la
dénoncer. La bave du crapaud, tout ça. Mais il me semble que cette attitude est
bien plus répandue que ça, et surtout qu’elle pourrait être une stratégie
anti-Bayrou bien plus intelligente que ne le laisse penser mon
introduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tout d'abord ne pas manquer de voir dans ces attaques un terrible
aveu de faiblesse. J'aurais trouvé logique et convaincant qu'on me dise
&amp;quot;&lt;em&gt;toi qui te dis de gauche, il faut que tu votes Ségolène Royal plutôt que
François Bayrou, elle est bien meilleure car ...&lt;/em&gt;&amp;quot; et s'ensuit un discours
enflammé vantant la compétence de la candidate et l'intelligence de son
programme. Je discute beaucoup de politique, je fréquente des gens plutôt
diplômés, plutôt à gauche, et il est quand même frappant que &lt;em&gt;presque
personne&lt;/em&gt; n'essaie de défendre son projet ni sa méthode &amp;quot;participative&amp;quot;. Il
y a sûrement un biais de sélection dans mes fréquentations, mais ce manque
d'entrain à défendre leur candidate en dit long sur le désarroi des quelques
élites (au sens large) encore de gauche. Les fans de Sarkozy qui croisent ma
route n'ont eux aucun complexe à défendre leur champion et son programme. Leur
stump-speech n'emporte pas en général mon adhésion, mais au moins, j'ai
l'impression que &lt;em&gt;eux&lt;/em&gt; y croient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A gauche, point de discours enflammés et point de débat de fond. Au lieu de
ça, on commence en général par s'excuser (&amp;quot;&lt;em&gt;tu sais, moi j'étais pour
DSK&lt;/em&gt;&amp;quot;) pour ensuite m'expliquer que voter Bayrou serait la pire des
idioties. Parce que son programme est nul ? Non, du tout, en général on
m'accorde à demi-mot qu'il est plutôt bon, mais c'est &amp;quot;&lt;em&gt;stratégique,
vois-tu. Voter Bayrou, c'est en fait voter Sarko. Et il faut tout faire pour
éviter de faire passer Sarko. Et puis Bayrou, c'est un mou de droite, un
imposteur&lt;/em&gt;&amp;quot; etc. etc., voir le début de ce post pour les citations les plus
fleuries, &amp;quot;&lt;em&gt;ne te fais pas avoir&lt;/em&gt;&amp;quot;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &amp;quot;argumentaire&amp;quot; ne tient absolument pas la route. Tout faire pour éviter
de faire passer Sarko, vraiment ? A en croire &lt;a href=&quot;http://www.ifop2007.fr/photo/File/IntentionDeVote/FID-FL7GP-0207.pdf&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;les derniers sondages&lt;/a&gt;, si vraiment le seul but est de faire
obstacle à Sarkozy, on a tout intérêt à abandonner Ségolène Royal en rase
campagne et de tous se rallier autour de François Bayrou. Car c'est bien lui
qui est le mieux placé pour battre Sarkozy. &amp;quot;&lt;em&gt;Oui, mais Bayrou n'a aucune
chance de passer le premier tour&lt;/em&gt;&amp;quot; me dira-t-on. Si la gauche sérieuse vote
pour lui, si. Et il battra Sarkozy, contrairement à Ségolène Royal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, si Ségolène est si sure de passer le premier tour, où bon sang est
le mal de voter Bayrou ? En quoi est-ce un vote Sarkozy ?
&lt;strong&gt;Rien, absolument rien ne m'empêche de voter Bayrou au premier tour et
de voter Royal au second.&lt;/strong&gt; Un vote Bayrou est avant tout une vote …
Bayrou, pour l’homme et ses idées. Le seul scénario où un vote Bayrou serait un
vote Sarko est celui ou voter Bayrou risquerait de faire passer Le Pen plutôt
que Royal au premier tour. D'après les sondages, on en est loin et ce n'est pas
du tout ce que la &amp;quot;dynamique des courbes&amp;quot;, comme disent les sondeurs, laisse
penser. Et pourtant, le matraquage stupide &amp;quot;Bayrou=Sarko&amp;quot; et les remarques
méprisantes continuent et vont en s’accentuant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Faisons un peu de psychologie. Chez les électeurs, il y a un
coût psychologique à changer d’intention de vote. Il faut s’intéresser au
candidat rival, lire (à peu près) son programme, l’écouter, et aussi avouer à
soi mais aussi aux autres qu’on a eu tort au début, etc. Il y a également chez
beaucoup d’électeurs l’envie de voter pour un gagnant (le &lt;a href=&quot;http://en.wikipedia.org/wiki/Bandwagon_effect&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;bandwagon
effect&lt;/a&gt;). Changer son intention d’un gagnant probable à un loser probable
n’est donc pour toutes ces raisons pas particulièrement attractif : on
doit faire des efforts, on se prive du plaisir de voir son poulain gagner tout
en passant pour un rigolo auprès de ses copains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est là qu’un petit détour pédagogique par la théorie des jeux s’impose
(Hé, c’est un blog d’économie quand même !), et en particulier la notion
d’équilibre multiple. Prenons un exemple illustratif, une crise financière.
Vous détenez des devises d’un pays que vous suspectez au bord d’une crise de
balance des paiements. Que faites-vous ? Vous vendez vos devises
immédiatement, avant que la crise ne se confirme, après il sera trop tard. Mais
si tous les détenteurs de devises tiennent ce raisonnement, tous vendent, ce
qui déclenchera immanquablement une crise de balance de paiements, quels que
soient les fondamentaux. C’est ce qu’on appelle une prophétie
auto-réalisatrice. Dans ce jeu, il y a deux équilibres. Il suffit que tous les
agents craignent la crise pour que, par leurs actions (vendre), ils la
déclenchent pour de vrai (1er équilibre) et l’inverse : si personne ne
craint la crise, personne ne vend et il n’y aura pas de crise (2ème équilibre).
Retour à vous, petit investisseur individuel. Ce qui importe pour vous,
finalement, c’est de deviner quel équilibre sera joué, c’est-à-dire d’anticiper
les anticipations des autres. Que vous craigniez la crise ou pas n’a pas grande
importance, ce qui compte, c’est de savoir si les autres la craignent, et de
vendre le plus vite possible si c’est le cas. On aura reconnu le &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Concours_de_beaut%C3%A9_de_Keynes&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;concours de beauté&lt;/a&gt; de &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Maynard_Keynes&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Keynes&lt;/a&gt;
chers aux adeptes de la &lt;a href=&quot;http://www.pse.ens.fr/orlean/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;théorie des conventions&lt;/a&gt;. Et la question vraiment intéressante (et
ouverte en finance internationale) est : comment se forment ces croyances
des agents, et comment peuvent-elles brusquement changer pour déclencher une
crise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour à nos moutons. Ségolène Royal est-elle au bord de la crise, pour
reprendre le vocabulaire du paragraphe précédent ? On retrouve les mêmes
deux équilibres : si tous les électeurs du centre gauche la croient en
sécurité, peu seront tentés par un vote Bayrou. Celui-ce ne décolle pas,
confirmant ainsi les anticipations des électeurs, qui trouveront qu’ils ont eut
bien raison de ne pas se casser la tête à changer de poulain à mi-course. Mais
si tous s’attendent à ce que Ségolène Royal va être dépassée par Bayrou, ils se
précipitent électoralement chez lui, il fait un tabac dans les sondages et il
devient très crédible pour la victoire finale. Là encore, les électeurs de
centre gauche, ses nouveaux fans, trouveront qu’ils ont été rudement bien
avisés de payer le &amp;quot;coût&amp;quot; d’un changement d’intention de vote pour laisser
tomber cette looseuse de Ségolène au bénéfice de François Bayrou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les soutiens de Ségolène Royal, il ne s’agit donc pas de faire
re-changer d’avis les électeurs de gauche déjà tentés par Bayrou. Ceux-là, on
s’en fiche complètement, ils voteront bien Royal au second tour et puis basta.
Non, il s’agit d’éviter à tout prix que d’autres électeurs soient tentés et
que, par le jeu des prophéties auto-réalisatrices, la béarnaise ne prenne et
que Bayrou ne devienne un candidat crédible. D’où les petites phrases
assassines et les moqueries. Il faut absolument augmenter le plus possible le
coût psychologique d’une renonciation à voter Royal. Donc Bayrou est un mou
sans avenir, un centriste sans ambition ni envergure, et surtout toi, électeur,
tu es le dernier des bouffons si tu te fais avoir par cette supercherie, un
benêt, voire un poujadiste qui s’ignore. Et si on continue à le dire très
souvent très fort, on espère bien que ces insultes deviendront le discours
dominant à gauche. Car c’est toute la subtilité d’une prophétie
auto-réalisatrice : c’est la croyance dominante qui se verra confirmée
dans les faits, par les actions des agents agissant en fonction de ces
croyances. Celui qui sait influencer les anticipations sait changer la réalité.
Donc réussir avec succès à faire croire à une majorité de gauche que Bayrou n’a
aucune chance, c’est effectivement le défaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout de suite, on comprend mieux la hargne d’une gauche pourtant pas si
éloignée, dans les faits, du projet de François Bayrou. Ils ont compris le
danger. François Bayrou pourrait bien éliminer Ségolène Royal au premier tour
en lui prenant le centre gauche, et chaque point de sondage qu’il gagne
crédibilise cette alternative, précipitant le mouvement. Donc branle-bas de
combat, cette alternative doit être décrédibilisée à tout prix, et chacun y va
de sa petite phrase. Mais peut-être que le mal est déjà fait ? Dans les
derniers deux mois, François Bayrou est passé de 5% à 19%, et il monte
encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, la théorie des jeux n’explique pas tout. On aura en particulier
noté l’absence totale d’arguments politiques. Je n’ai a aucun moment expliqué
en quoi Bayrou serait un meilleur président que Royal. Une fois que Royal et
Bayrou seront au coude à coude, c’est, je l’espère pour la démocratie (et pour
Bayrou !), bien sur leurs projets et leur personnalité que se fera la
différence. Mais le soudain concert de mépris venant de la gauche socialiste
m’étonnait et exaspérait tant que j’ai essayé de lui trouver une explication
rationnelle. Je pense que la théorie des jeu en offre une crédible. Il reste
aux soutiens et électeurs potentiels de François Bayrou de retourner la logique
et d’arroser l’arroseur. Le plus important n’est pas de voter Bayrou, mais de
le dire, de le claironner haut et fort. Plus les électeurs de Bayrou seront
visibles et audibles, plus l’électeur de gauche moyen entend au bureau ou en
famille qu’untel, de gauche, va voter Bayrou, plus sa victoire deviendra
crédible et plus cet électeur sera lui aussi prêt à sauter le pas.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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