Par Antoine B. le mercredi 20 décembre 2006, 02:07
(Après 15 réécritures et 8 réorganisations de la première
sous-section de la première section de mon second chapitre de thèse, toutes
plus inutiles les unes que les autres, je pense qu’il est grand temps de me
changer les idées en écrivant un petit billet sur optimum. Ma contrainte :
pas plus de 10 minutes pour le rédiger. Au-delà, je culpabilise.)
Thierry Breton vient d’annoncer la
mise en place, dès janvier 2009, du prélèvement à la source de l’impôt sur le
revenu. Il a cru bon, pour vendre sa réforme, d’expliquer que les
contribuables bénéficieraient, de ce fait, d’une année fiscale blanche.
Explication : en 2007, nous paieront des impôts sur nos revenus de 2006,
en 2008, sur nos impôts de 2007, et dès janvier 2009, nous commenceront à payer
nos impôts sur la base de nos revenus de 2009. Donc, aucun impôt ne sera
prélevé sur les revenus de 2008. La dessus, tout le monde crie au coup de pub
de mauvais goût. En effet, on paiera bel et bien des impôts tous les ans, il
n’y aura pas une année entière sans impôt. Alors, vu que nous, à Optimum, on
est réputé pour dire du
mal de Thierry
Breton, on devrait sauter sur l’occasion pour joindre nos sarcasmes à ceux
des autres. Et ben non ! Pas moi, en tout cas. En fait, il y aura bel et
bien quelque chose qui s’apparentera à une année blanche : les revenus que
nous percevrons en 2008 ne seront jamais pris en compte dans le calcul de
l’impôt d’aucun exercice (disclaimer : sauf si j’ai mal compris). Il est
une question qui intéresse énormément les économistes, c’est celle des effets
incitatifs de l’imposition marginale. L’idée est la suivante : en raison
de la progressivité de l’impôt, il y a une différence entre le pourcentage
d’impôts que l’on paie en tout, et le pourcentage d’impôt que l’on paie sur un
euro gagné supplémentaire. Ainsi, quelqu’un qui serait dans une tranche
d’imposition de 40% ne paierait pas aux impôts 40% de ses revenus. Par contre,
si cette personne désire travailler un peu plus, afin de se payer un voyage au
Kirghizstan (pourquoi pas ?), et que ce travail supplémentaire lui
rapporte 2000 euros, il reversera bel et bien 40% de cette somme, soit 800
euros, au fisc. La question est donc la suivante : le fait de ne percevoir
que 1200 euros pour ce travail supplémentaire va-t-il le pousser à renoncer à
ce travail supplémentaire, jugeant qu’à ce prix là, ça ne vaut pas la peine de
sacrifier du temps libre (on appelle ça l’effet substitution : le loisir
est moins « cher » s’il conduit à renoncer à 1200 euros que s’il
implique un sacrifice de 2000 euros. Comme il est moins cher on en consomme
davantage) ? Ou, au contraire, le fait qu’il doive travailler plus
longtemps pour se payer le même voyage va-t-il l’inciter à travailler davantage
pour pouvoir se le payer malgré tout (on appelle ça l’effet-revenu : si
ses revenus sont taxés, il est plus pauvre, et quand on est plus pauvre, on
« consomme » moins de loisir.) ?
Si la transition vers le prélèvement à la source se
déroule bel et bien comme annoncé par Thierry Breton, alors l’année 2008
constituera, pour les économistes, une gigantesque expérience naturelle pour
mesurer cet impact des taux marginaux d’imposition. En effet, en 2008, comme la
base de calcul de l’impôt seront encore les revenus de 2007, les 2000 euros
supplémentaires ne seront pas taxés cette année-là. Ils n’auront également
aucune influence sur les impôts de 2009, lesquels seront basés uniquement sur
les revenus de 2009. Donc, en 2008, une personne gagnant 2000 euros
supplémentaires gagnera bel et bien 2000 euros de plus, sans rien verser au
fisc sur cette somme. Observer le rapport des français au travail cette
année-là peut donc se révéler bien riche en enseignements.
(Aller, je retourne à ma sous-section de $*%^, je laisse
les clés à Vil et Elessar !)