Valérie Pécresse
s'exprime sur la Recherche dans le Figaro. J'ai été agréablement surpris
d'y trouver un ton modéré mais ferme, derrière lequel je crois percevoir (du
moins ai-je envie de comprendre cela) un plaidoyer pour la technocratie dans
les domaines où elle est nécessaire ("Les scientifiques doivent pouvoir
s'exprimer et être entendus", "on entend beaucoup les militants opposés à telle
ou telle innovation, mais pas assez les chercheurs", "Il convient d'analyser
les risques et les bénéfices de chaque OGM séparément avant de prendre une
décision") - ou du moins rappelle-t-elle de façon salutaire le rôle du
Savant et du Politique ("Il revient aux scientifiques de nous dire quel est
l'état actuel des connaissances. Mais ce sont les politiques qui doivent en
tirer toutes les conséquences, dans un esprit de responsabilité", "Nous devons
mettre les savants au cœur de la société et leur donner davantage la parole. In
fine, il revient au politique de rester vigilant et de trancher").
Il y a des domaines qui doivent échapper à l'opinion; la Science en est
évidemment un, et il me paraîtrait aberrant d'organiser un "referendum sur les
OGM" (ou les nanotechnologies, ou autre) : les citoyens (moi le premier)
n'ont qu'une connaissance médiate et extrêmement biaisée (dans un sens ou dans
l'autre) de ce domaine. C'est la connaissance technique précise qui doit
présider aux choix qui sont faits dans ces domaines.
Sans aller jusqu'à dire que l'Economie fait aussi partie de ces domaines, on ne
peut que regretter que le Savant (l'Economiste - je vous préviens, le premier
commentaire du genre "bwa pfé laiconomi c pa une ciens lol c des charlatan
idéolog", il gicle sans préavis) soit aussi peu écouté par le Politique.
L'économie contribue à éclairer des choix qui trancheront parfois des conflits
d'intérêts, qui impliquent souvent une certaine conception de la justice
sociale, et qui doivent donc rester politiques. Mais quand c'est l'opinion,
guidée par
l'ignorance et la peur, qui devient seule conseillère du Politique, seules
les corporations et les idéologues en sortiront gagnants, au détriment de
tous.
Le citoyen de base préférant le confort de son ignorance et de ses préjugés à
la gratifiante difficulté de s'informer et comprendre combinée à l'humilité de
ne pas avoir d'opinion lorsqu'on ne sait rien, il paraît souhaitable, en
économie comme ailleurs, de donner plus de poids aux Techniciens compétents
dans le processus de décision Politique. C'est la définition de la
Technocratie, qu'on emploie malheureusement toujours de façon péjorative, lui
opposant la parfois dangereuse sagesse populaire : le bon sens étant la
chose la mieux partagée du monde, chacun en a une bien faible part.
Sourire...

